Message destiné à l’imam de Lévis, M. Karin Elabed – La loi islamique (charia)

Lévis, le 30 juillet 2018

 

Monsieur Karim Elabed, imam

Mosquée

Lévis (Québec)

 

Monsieur,

À Lévis, devant des Lévisiennes et des Lévisiens (j’imagine que la majorité étaient des catholiques ou avaient grandi auprès de parents catholiques), vous avez présenté sous un très beau jour ce que vous avez appelé « la charia » (loi islamique); cette rencontre, organisée par votre mosquée et Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles, portait ce nom : « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane ».

Dire à l’autre qui l’on est

« ON A DU MAL À SAVOIR CE QUE LE TERME « CHARIA » RECOUVRE PRÉCISÉMENT » (1) Comme il existe beaucoup de « charias » dans le monde, il me semble, Monsieur Elabed, que vous n’auriez pas dû présenter votre « charia » sans dire avec un minimum de précision ce qu’elle contient. Pourriez-vous dire maintenant aux gens de Lévis quel est le contenu de votre « charia »?

(1) Beaudoin Dupret, La charia. Des sources à la pratique, un concept pluriel, Paris, La Découverte, coll. Cahiers libres, 2014, p. 27. M. Dupret, spécialiste du droit dans les sociétés arabes et islamiques, est chercheur à l’Institut français du Proche-Orient.

LA CHARIA EST LA « LOI CANONIQUE ISLAMIQUE » La charia, dit un dictionnaire Larousse (2), est la « Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle, appliquée de manière stricte dans certains États musulmans » (vous avez bien lu : le dictionnaire dit bien que la charia régit la vie politique, la vie sociale…). Vous n’avez pas expliqué, Monsieur Elabed, comment pourrait être appliquée votre « charia » au Canada et au Québec, des entités laïques. Pourriez-vous le faire maintenant, pour les gens de Lévis? Pourriez-vous aussi expliquer pourquoi le quotidien montréalais La Presse en 2014 a pu écrire ce titre : « La Tunisie rejette la charia » (http://www.lapresse.ca/international/afrique/201401/04/01-4725613-constitution-la-tunisie-rejette-la-charia.ph), pourquoi la Tunisie, dont la grande majorité des citoyennes et des citoyens sont des musulmans sunnites (http://www.liberte-religieuse.org/tunisie/), n’ont pas voulu de la charia?

(2) https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/charia/14756

Dans les activités comme « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane », il faut que les imams (les prêtres aussi, il va de soi) et les porte-paroles officiels ou « autoproclamés » des musulmans (et ceux des chrétiens aussi, bien sûr) : évitent de faire des affirmations qui ne sont pas claires et qui peuvent embrouiller ou embrouillent celles et ceux qui les entendent; il faut qu’ils évitent de faire des affirmations qui ne sont pas suffisamment élaborées; il faut qu’ils évitent de faire des affirmations qui constituent des demi-vérités (à plus forte raison, il faut qu’ils évitent de mentir par omission ou autrement, est-il nécessaire de le dire?). Naturellement, la communauté musulmane doit veiller à ce que les personnes dûment autorisées à parler en son nom (mais qui leur donne cette autorisation?) possèdent les connaissances requises pour assumer cette importante responsabilité, pour traiter des sujets au programme, et ne pas tolérer les porte-paroles « autoproclamés », dans la mesure du possible. J’ajoute qu’il ne peut être satisfaisant, acceptable, d’organiser des échanges entre un ou deux musulmans inaptes à jouer leur rôle correctement ou même avec des musulmans possédant de vastes connaissances sur l’islam, d’une part, et un auditoire catholique, d’autre part, sur des sujets comme les rapports entre l’islam et la violence, les différences entre le dieu des musulmans et celui des chrétiens (y en a-t-il? islam et christianisme ont-ils le même dieu?), le salafisme, etc.; il vaut mieux organiser des échanges entre des spécialistes rigoureux pour traiter de tels sujets avec une profondeur suffisante devant des personnes qui s’interrogent (à qui on donnera la possibilité de poser des questions). On comprendra que des personnes qui n’ont jamais tenu un Coran entre leurs mains, qui n’ont pas beaucoup lu sur l’islam, peuvent difficilement trouver quelque chose à redire à un musulman qui leur exprimerait sa pensée, du haut d’une estrade, sur des points de doctrine, sur des dogmes, sur les droits humains islamiques, ou sur la loi islamique (charia).

Dans les dialogues entre les musulmans et les chrétiens, la clarté des déclarations écrites ou orales, la franchise des interlocuteurs et la sincérité de leurs paroles sont de première importance. La mauvaise foi n’est pas le fait d’amis. La mauvaise foi mène à un cul-de-sac.

L’islam inquiète-t-il?

Qui peut nier – vous-même, Monsieur Elabed, ne le nieriez sans pas, que des musulmans se soumettent ou sont obligés de se soumettre, dans certaines parties du monde, à des lois, à des règles, à des interdits que la grande majorité des citoyennes et des citoyens du Québec et du reste du Canada rejettent catégoriquement? Il n’est pas étonnant, par conséquent, que l’islam inquiète (que celle ou celui qui en doute consulte des sources sérieuses du web).

Pour l’islam au Canada, il serait très bénéfique, ça m’apparaît évident, que les musulmanes et les musulmans manifestent publiquement leur opposition aux lois, règles et interdits de l’islam inacceptables au Canada, mais qui existent ailleurs.

Il serait bénéfique pour l’islam au Canada que les musulmanes et les musulmans canadiens interviennent publiquement quand, par exemple, il est question dans les organes d’information de la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 et de son article 12 qui se lit ainsi « Toute personne a le droit d’exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites prescrites par la Loi », c’est-à-dire la charia, comme le précise cette note d’explication de la Déclaration : « Le terme « Loi » signifie la shari’ah, c’est-à-dire la totalité des ordonnances tirées du Coran et de la Sunnah et toute autre Loi déduite de ces deux sources par des méthodes jugées valables en jurisprudence islamique. « (3). La plupart des Québécoises et des Québécois n’accepteraient pas que leur déclaration des droits humains contienne des limites imposées par une religion.

(3) https://fr.wikisource.org/wiki/D(%C3%A9claration_islamique_universelle_des_droits_de_l%E2%80%99homme_de_1981

Il serait bénéfique pour l’islam au Canada que les musulmanes et les musulmans canadiens dénoncent publiquement le sort des musulmanes de l’étranger qui sont considérées comme des personnes mineures et qui sont placées sous la responsabilité d’un tuteur masculin, réclament que les musulmans et les musulmanes aient partout le droit d’abandonner leur religion publiquement, fassent campagne pour que les musulmanes et les musulmans homosexuels ne soient pas traités différemment des hétérosexuels et des bisexuels.

Ne croyez-vous pas, Monsieur Elabed, que les communautés musulmanes du Canada réduiraient l’inquiétude que l’islam fait naître dans une partie de la population du Canada si elles faisaient savoir plus souvent aux Canadiennes et aux Canadiens ce qu’elles pensent de telle ou telle question (liberté religieuse, homosexualité, etc.)? Cela permettrait aux non-musulmans de les connaître mieux, les non-musulmans se rendraient compte que l’islam n’est pas vécu de la même façon partout dans le monde. La vie ne serait-elle pas plus belle?

(Je vous soumets une idée : l’islam du Canada devrait publier un livre informatif qui pourrait s’intituler L’Islam : comment on le vit au Canada.)

Des enfants à l’école coranique

Depuis peu, le dimanche, je pense à des enfants musulmans que je connais depuis quelques années; je pense à eux d’une manière particulière depuis que j’ai appris qu’ils fréquentent une école coranique, le dimanche (des écoles coraniques accueillent les enfants de quatre ans, comme vous le savez, Monsieur Elabed). J’ai fait découvrir la Terrasse du Chevalier de Lévis à ces enfants et à leurs parents; un jour, je suis allé les rencontrer, à l’invitation de leurs parents, dans un parc de Lévis (le plus âgé des enfants allait jouer au soccer); ces enfants ont vécu un nuit de Noël chez moi, avec leurs parents, avec les miens, avec d’autres personnes nées au Québec ou ailleurs. Aujourd’hui, ces enfants fréquentent une école coranique, ils récitent le Coran. Je me demande : est-il pour bientôt, le dimanche où on leur fera lire le passage qui constitue un appel à tuer les juifs et les chrétiens, ou un autre des passages dits douloureux du Coran (on sait que la Bible contient elle aussi des passages douloureux)? J’imagine que l’école aura la bonne idée de reporter à plus tard, à des années plus tard, la lecture (et l’explication ou la tentative d’explication) des passages douloureux. Par ailleurs, je sais que les musulmanes et les musulmans ne prennent pas au pied de la lettre les passages douloureux (il y en a qui le font – des candidats au terrorisme et des terroristes, par exemple, mais ils constituent une minorité); je sais aussi que les enfants dont je parle ici ont des parents qui voudront leur faire comprendre qu’il n’est pas question pour les musulmans de tuer les adeptes d’autres religions ou qui que ce soit. Malgré tout, j’aimerais que les passages violents des livre sacrés soient supprimés; je ne vois pas pourquoi quelqu’un y perdrait. Je sais que des penseurs musulmans respectés demandent que certains passages du Coran soient retirés. Qu’en pensent les musulmanes et les musulmans du Canada, les imams du Canada, Monsieur Elabed?

Les dialogues entre l’islam et le christianisme sont laborieux, ils s’éternisent. Mahomet lui-même, mort en 632, a dû dialoguer avec des chrétiens, ou des chrétiens ont dû dialoguer avec Mahomet; des siècles et des siècles plus tard, dans les années 1960, le Concile Vatican II (chez les catholiques, assemblée d’évêques et de théologiens présidée par le pape) a cherché à favoriser les discussions entre les chrétiens et les musulmans; mais, en 2015, François Jourdan, islamologue, docteur en histoire des religions et en anthropologie religieuse, théologien, a écrit : « lorsque le Concile Vatican II a ouvert les portes de l’altérité et du dialogue, après un moment d’euphorie bien compréhensible pour sortir des ornières du passé, on s’est installé commodément dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel » (Islam et christianisme. Comprendre les différences de fond, nouvelle édition, Paris, Éditions du Toucan, 2015); et en 2018, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, dans son message aux musulmanes et aux musulmans célébrant le début du Ramadan, s’est permis d’écrire, un demi-siècle après Vatican II, cette phrase qui en dit long sur le dialogue islamo-chrétien : « Chrétiens et musulmans doivent passer de la confrontation à la collaboration » (https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Le-Vatican-appelle-collaboration-entre-chretiens-musulmans, 18 mai 2018). Nous deux, Monsieur Elabed, on s’essaie, on entame un vrai dialogue?

Je vous lirais avec intérêt.

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

P.-S. Cette communication et votre réponse, si vous me répondez, seront publiées dans le web, au www.lepasseurdelacote.com.

Je transmettrai cette communication au Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles ainsi qu’à un certain nombre de personnes, dont M. Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec.

Roger Martel

À propos, encore une fois, de la Soirée d’échange avec la communauté musulmane tenue à Lévis (Québec)

Lévis (Québec), le 27 juillet 2018

Monsieur Elhadji Mamadou Diarra

Président du conseil d’administration

Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles

Lévis (Québec)

Monsieur,

Permettez-moi de vous inviter à lire cette déclaration :

Pour le bien des citoyennes et des citoyens du Québec et du « pays » qu’ils forment, il est essentiel de dénoncer les faux dialogues entre les musulmanes et les musulmans, d’une part, et les non-musulmanes et les non-musulmans, d’autre part, de même que les affirmations inexactes, approximatives, inacceptables faites dans le cadre de ces dialogues ou dans d’autres contextes. Faux dialogues, demi-vérités et mensonges mènent à un cul-de-sac. La mauvaise foi n’est pas le fait d’amis.

Le 18 mai 2017, à Lévis, des citoyennes et des citoyens ont participé à une activité appelée « Vivre ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane », organisée par la Mosquée de Lévis et Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles. L’imam de la Mosquée locale, M. Karim Elabed, et la porte-parole de la communauté musulmane de Québec, Mme Marie-Josée Coulombe (qui a dit être une Québécoise de souche convertie à l’islam), ont été les principaux protagonistes de cette soirée. Je vous ai déjà écrit au sujet de cette soirée.

Je vous ai rappelé que l’activité « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane » devait servir à M. Elabed et à Mme Coulombe, selon Le Tremplin, à atteindre le but suivant : « démystifier la religion musulmane et la culture islamique, faisant le rapprochement entre les valeurs islamiques et les valeurs de la société québécoise ».

Je vous ai dit que Le Tremplin et son conseil d’administration avaient commis une erreur en faisant appel uniquement à des musulmans pour « démystifier » l’islam et la culture des musulmanes et des musulmans (comme si l’islam était pratiqué de la même façon partout, comme si la culture des adeptes de l’islam français était identique à celle des musulmanes et des musulmans de l’Arabie saoudite), et ce, devant un auditoire qui ne pouvait pas savoir si ces musulmans avaient la formation requise pour remplir leur mission convenablement (que savaient ces musulmans de la théologie musulmane et de la théologie catholique, par exemple?), sans savoir s’ils étaient capables de faire l’examen du christianisme et des valeurs québécoises, et de faire l’examen de leur religion et de leurs valeurs, qu’ils vénèrent sans doute, sans les embellir, devant un auditoire probablement composé surtout de catholiques ou de personnes ayant grandi auprès de parents catholiques, des personnes, faut-il ajouter, qui n’avaient peut-être jamais tenu un exemplaire du Coran entre leurs mains, jamais lu un livre sur l’islam, et qui peuvent difficilement trouver quelque chose à redire à des musulmanes ou à des musulmans qui leur parlent, du haut d’une estrade, de points de doctrine, de dogmes, de droits humains islamiques, de la loi islamique (charia) présentée sous un très beau jour, le 18 mai 2017, par l’imam Elabed qui devait pourtant : savoir que la charia est la « Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, POLITIQUE, SOCIALE et individuelle, appliquée de manière stricte dans certains États musulmans », écrit Larousse (https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/charia/14756); M. Elabed devait pourtant savoir que la charia est la traduction juridique du Coran (Mohammed Arkoun, professeur d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne, ABC de l’islam, Paris, Éditions Grancher, © 2007, p. 86); M. Elabed devait pourtant savoir que, en 2014, « La Tunisie tourne le dos à la charia », lit-on dans Le Monde, au https://www.lemonde.fr/international/article/2014/01/07/la-tunisie-officialise-le-renoncement-a-la-charia_4343892_3210.html, « La Tunisie s’affranchit de la charia », lit-on au https://www.lesechos.fr/08/01/2014/LesEchos/21600-030-ECH_la-tunisie-s-affranchit-de-la-charia.htm, « La Tunisie rejette la charia », lit-on dans le quotidien montréalais La Presse, au http://www.lapresse.ca/international/afrique/201401/04/01-4725613-constitution-la-tunisie-rejette-la-charia.phà.

– NOTE importante : « La grande majorité des Tunisiens sont des musulmans sunnites », écrit l’Observatoire de la liberté religieuse, au http://www.liberte-religieuse.org/tunisie/.

Servirait-il à quelque chose que nous dialoguions, vous et moi? Je pense que oui. Mais pas en tête-à-tête entre quatre murs, bien sûr; il y a beaucoup mieux à faire : je vous propose que nous nous exprimions tous les deux par écrit, que nous échangions des lettres, et que toutes nos paroles soient rendues publiques dans le site web du Tremplin ainsi que dans mon blogue, www.lepasseurdelacote.com; de cette façon, nos dires parviendraient à un certain nombre de nos concitoyennes et concitoyens (et à d’autres personnes, le web étant ce qu’il est), et ils pourraient leur être utiles; ils seraient beaucoup plus utiles que si nous les gardions pour nous deux. Qu’en pensez-vous?

Cette lettre et votre réponse, si vous me répondez, seront publiées au WWW.LEPASSEURDELACOTE.COM.

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

P.-S. Ce message sera transmis à des employés du Tremplin.