Mouvements étudiants québécois. – Plus que jamais solidaires!

Mot de Françoise David de Québec solidaire

Texte publié au http://www.quebecsolidaire.net/francoise-david/

 

Plus que jamais solidaires!

 

J’ai vécu le printemps 2012 comme l’un des moments les plus significatifs de ma vie. Ce printemps-là, je ne l’oublierai jamais. J’y ai vu une jeunesse enfiévrée, enthousiaste, audacieuse, créatrice, revendiquer un Québec de justice et de solidarité. Avec des gens de mon âge, j’ai participé à des marches aussi festives que déterminées, réunissant enfants, parents et grands-parents. J’ai tapé sur une casserole soir après soir avec mes voisines et voisins, dans une camaraderie jamais vue dans mon quartier. Un an plus tard, un gouvernement dont les ministres portaient le carré rouge du gel des droits de scolarité au printemps 2012, impose une indexation de 3% de la hausse des revenus des familles. Bonjour la contradiction!

 

Hier, à la marche, des étudiantes et étudiants me disaient leur déception et leur colère devant ce qui a l’apparence d’une défaite pour les mouvements étudiants qui se sont tant battus. Je les comprends fort bien…et pourtant.

 

Ce que les mouvements étudiants ont gagné

 

Pourtant, la jeunesse québécoise a fait tomber un gouvernement, provoqué des élections, obtenu l’annulation de la hausse brutale de Jean Charest et l’abrogation de la loi spéciale tant honnie.

 

Les mouvements étudiants viennent d’obtenir du nouveau gouvernement qu’il oblige les universités à rendre des comptes de façon claire et transparente. Celles-ci doivent se comporter en services publics puisqu’elles sont largement subventionnées par l’État. Un Conseil national des universités donnera de la cohérence à l’offre de programmes à travers le Québec et fera des recommandations au Ministre de l’enseignement supérieur. Les énormes frais afférents auxquels sont assujettis les étudiantes et étudiants deviennent un objet d’études au sein du chantier sur la politique de financement des universités. Ce même chantier révisera les critères qui président au financement des universités. Le gouvernement indique déjà que l’accueil d’étudiants-es de première génération sera considéré au moment de décider quel montant aura une université. Tout le monde aura compris qu’il s’agit d’aider davantage les universités en région, donc le réseau UQ. On réaffirme la pertinence des cégeps et leur rôle essentiel dans les régions.

 

Tout aussi important : la modulation des droits de scolarité n’est plus sur la table contrairement à ce que réclamaient plusieurs recteurs, la CAQ et les milieux d’affaires.

 

Le combat continue

 

Je n’essaie pas de dorer la pilule. Il y a bel et bien indexation des droits de scolarité. Les coupes dans les cégeps et universités de même que dans les fonds de recherche demeurent, comme dans bien des services publics ces temps-ci. Le gouvernement péquiste se refuse toujours à aller chercher l’argent là où il se trouve : dans les grandes entreprises et chez les contribuables aux revenus élevés.

 

Le combat pour la justice doit donc continuer.

 

Si j’écris ce petit texte, cependant, c’est parce que je veux réaffirmer avec force que le printemps 2012 fut et demeure un moment historique au Québec. Bien sûr, avec toutes ses divisions et contradictions. Mais tout de même, nous avons vécu des rassemblements spectaculaires!

 

Ce printemps aura été une pépinière d’idées, un terreau fertile en débats fondamentaux. Il y avait bien longtemps que nous n’avions discuté de désobéissance civile! Depuis quand avions-nous eu un débat social sur l’importance de l’enseignement supérieur, sur la possibilité de la gratuité scolaire?

 

Allez, on ravale nos larmes et on poursuit nos débats et nos combats! Plein de mouvements sociaux, au Québec, critiquent avec une force grandissante les choix budgétaires du gouvernement actuel. Un jour, un gouvernement Solidaire rendra l’éducation gratuite de la maternelle à l’université!

 

Françoise David

 

 

Voterez-vous pour un parti qui vous ment effrontément?

Nouveau billet – Blogue de Françoise David – Une grosse menterie!

30 août 2012

Texte tiré de http://www.quebecsolidaire.net/francoise-david/

Qu’est-ce qu’on peut lire en ce moment dans plusieurs stations du métro de Montréal? Une grosse menterie péquiste. Il faudrait, dit ce parti, un gouvernement majoritaire péquiste pour abolir les droits de scolarité universitaires. Faux! Un simple décret ministériel suffirait.

Il faudrait aussi cette majorité pour abolir la loi spéciale. Faux: l’article 36 de cette loi mentionne que « Les dispositions de la présente loi cesseront d’avoir effet le 1er juillet 2013 ou à la date ou aux dates antérieures fixées par le gouvernement. » Cet article met dans les mains du Conseil des ministres d’un gouvernement, majoritaire ou minoritaire, la possibilité de mettre fin à la loi spéciale.

Je suggère vigoureusement aux militants-es sincères du Parti québécois d’exiger de leur direction qu’elle cesse de propager ces menteries qui nuisent à la crédibilité-même de leur parti.

En cette fin animée de campagne, je propose que nous demeurions sur le terrain des idées, des projets, des visions pour un Québec prospère pour tous-tes, vert, souverain.

Françoise David

La pub en question :

Les destructeurs, les libéraux du Québec

Nouvelle publiée le 3 juin 2012

Hebdomadaire L’Oie blanche de Montmagny, http://www.oieblanc.com/nouvelles/lire/les-destructeurs?utm_medium=email&utm_campaign=LETTRE+OUVERTE+DE+JEAN+GARON%3A+%5C%22LES+…&utm_source=YMLP&utm_term=6a01156f944385970b01630618863b

LES DESTRUCTEURS

 

Par Jean Garon, citoyen de Lévis (Québec), ex-ministre de l’Agriculture et de l’Éducation et indépendantiste plus que jamais

 

Les libéraux ont toujours eu un grand talent pour démolir, pervertir ou affaiblir ce qui, dans la société québécoise, incarne notre identité, favorise le progrès social et permet de réduire les inégalités.

 

La liste est longue de ces reculs et trahisons : les amendements libéraux à Loi 101, les contournements systématiques de la Loi sur le financement démocratique des partis politiques, l’indifférence face au contrôle par les québécois de nos leviers économiques, les modifications à la Loi sur la protection du territoire agricole n’en sont que quelques exemples.

 

Dans le domaine agricole que j’ai bien connu, on parle aujourd’hui d’un niveau de détresse et de découragement sans précédent chez les producteurs. Selon moi, il y a un lien direct entre cette situation et la perversion par les libéraux du principal outil de soutien à l’agriculture, l’assurance stabilisation des revenus. Cet outil avait été conçu dans mon temps pour protéger la ferme familiale indépendante et efficace mais les libéraux l’ont mis au service des méga corporations agricoles qui font des agriculteurs des ouvriers agricoles sur leurs propres fermes.

 

Partout et toujours, la caisse électorale libérale n’est jamais loin lors de ces changements de cap qui affaiblissent notre société.

 

La dernière cible des libéraux est l’accessibilité aux études supérieures. Pour moi, le fait que cette accessibilité pour tous soit plus grande au Québec que partout ailleurs en Amérique du Nord, du moins sur le plan financier, est une source de fierté. Pour Jean Charest, on dirait que c’est une honte nationale.

 

La richesse d’une nation c’est d’abord et avant tout sa population et qu’est-ce qui permet de développer cette richesse sinon les investissements en éducation et en santé? Vouloir faire des économies de bout de chandelles dans ces domaines est une erreur magistrale, surtout quand des solutions alternatives existent.

 

Lors de mon bref passage au ministère de l’Éducation, en 1994-96, j’ai été moi aussi confronté au défi de limiter la croissance des dépenses en éducation. Comme aujourd’hui, la solution facile qu’on me proposait était d’augmenter la contribution des étudiants. J’ai toujours refusé et j’ai plutôt forcé les recteurs à faire des économies et les banques à consentir de meilleurs taux sur le financement des prêts aux étudiants.

 

Cela prend un peu d’imagination et surtout un gouvernement qui a les coudées franches face aux puissances de l’argent et à ceux qui tirent les ficelles derrière les portes closes des conseils d’administration.

 

La crise actuelle que Jean Charest a lui-même déclenchée est en train de faire une victime collatérale : la solidarité intergénérationnelle entre les jeunes et leurs ainés. Cela me peine de constater qu’une proportion importante de personnes âgées trouvent que les étudiants sont gâtés et devraient payer plus. Songent-elles au jour où il faudra augmenter les budgets pour leurs soins en foyer ou à domicile et où ces mêmes jeunes diront que les «vieux sont trop gâtés, qu’ils auraient dû économiser quand c’était le temps et qu’ils payent plus maintenant». Ce serait triste de voir cela arriver.

 

Jean Charest s’est peinturé dans le coin en faisant de la hausse des droits de scolarité une question de vie ou de mort pour son gouvernement. Il a pourtant reculé bien des fois sur des sujets plus importants. Il est comme le «pissou» qui se sent des gros bras quand son adversaire lui semble plus petit que lui.

 

Dans l’état actuel des choses, sa démission du poste de premier ministre m’apparaît la seule issue pour dénouer l’impasse. Un nouveau chef pourrait changer la donne sans perdre la face. Les libéraux seraient battus quand même, mais au moins le champ de ruines qu’ils se préparent à laisser derrière eux ne comporterait pas l’accessibilité aux études et la solidarité intergénérationnelle.

 

Que Paul Desmarais se présente

 

Il y a quelque temps, j’ai entendu une des déclarations les plus stupides de la part d’un politicien de ma longue carrière. Le ministre Gignac, visiblement frustré, a invité les jeunes leaders étudiants à se présenter aux élections s’ils ne sont pas contents.

 

D’abord, j’ai beaucoup d’admiration pour ces jeunes qui ont les idées pas mal plus claires et s’expriment infiniment mieux que le ministre en question. Mais, ils ont vingt ans et bien d’autres choses à faire pour quelques années encore.

 

Ce ne sont pas ces jeunes qui devraient se présenter, mais celui qui est sans doute le leader des leaders de l’ombre derrière tout ce chaos social, ici comme ailleurs : Paul Desmarais que les français viennent d’expulser des coulisses du pouvoir en même temps que Sarkozy.

 

Ces grands personnages qui prétendent diriger notre société sans avoir le courage de se présenter, en utilisant des pantins achetés à gros prix, m’écœurent profondément.

 

Je suis heureux de voir sur certaines pancartes brandies par les manifestants : «Desmarais = Charest». J’espère que ce n’est que le début de l’éveil.

 

Jean Garon, citoyen de Lévis, ex-ministre de l’Agriculture et de l’Éducation et indépendantiste plus que jamais

 

Lettre ouverte publiée dans le Journal de Montréal et Journal de Québec du dimanche 3 juin 2012.

 

 

La question de la hausse des droits de scolarité au Québec et les injonctions

Réfléchissons!

Injonctions et grève étudiante – La primauté du droit en péril?

Christian Brunelle – Professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval 30 avril 2012 Éducation

Source : Le Devoir, http://www.ledevoir.com/societe/education/348806/injonctions-et-greve-etudiante-la-primaute-du-droit-en-pe

Le conflit qui oppose les étudiants collégiaux et universitaires au gouvernement du Québec a beaucoup mobilisé les ressources – limitées – du système judiciaire ces dernières semaines. Plusieurs juges de la Cour supérieure ont ainsi été appelés à statuer, par voie de requête en injonction, sur le droit de certains étudiants d’avoir libre accès aux salles de classe en vue d’y suivre leurs cours, malgré une décision majoritaire de leurs associations étudiantes de décréter une grève et de déserter les cours à titre de moyen de pression.

En matière d’injonction, la Cour doit notamment déterminer si la partie qui sollicite l’injonction dispose d’un « droit apparent ». À ce jour, une majorité de juges a jugé que le fait d’avoir payé des droits de scolarité emporte un droit clair à recevoir l’enseignement. Et si la réalité était plus complexe ?

Le monopole des associations étudiantes

La Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants (LAFAEE) confère à toute association accréditée le monopole de représenter les étudiants et de promouvoir leurs intérêts. Elle reconnaît à tout étudiant le droit de participer à la formation de cette association et à ses activités.

Selon la loi, tout étudiant représenté par une association accréditée en « est réputé membre » et lui verse obligatoirement une cotisation. De plus, tout établissement d’enseignement doit reconnaître l’association accréditée comme le représentant exclusif des étudiants. À l’évidence, le législateur a ainsi voulu inciter les étudiants à unir leurs forces, en s’inspirant fortement du modèle de représentation syndicale applicable en matière de travail. Il a même conféré à sa loi une portée « quasi constitutionnelle » puisqu’elle rend « sans effet » toute autre disposition inconciliable.

Dans ces conditions, si une majorité d’étudiants adopte, au cours d’une assemblée délibérante, un vote majoritaire par lequel elle décide de recourir à la grève, ce choix collectif peut-il être remis en cause par certains étudiants qui ne le partagent pas ?

À la lumière du régime législatif aménagé par la loi, le droit de ces « dissidents » paraît plutôt douteux. Or, en épousant une approche essentiellement individualiste fondée sur le respect du contrat conclu entre un établissement d’enseignement et l’étudiant, une majorité de juges réfutent cet avis. C’est ainsi que des droits individuels de nature contractuelle l’emportent sur des droits collectifs de nature politique, par un effet de banalisation de la démocratie étudiante.

Les libertés fondamentales

Les Chartes des droits garantissent les libertés d’association et d’expression. Il est maintenant acquis que la liberté d’association a une dimension collective en ce qu’elle assure, en contexte de travail, un droit dérivé à la négociation collective emportant notamment une obligation constitutionnelle de négocier de bonne foi opposable au gouvernement.

Si les avis sont partagés quant à savoir si la liberté d’association protège également le droit de grève, plusieurs juristes défendent ce point de vue et une décision récente, rendue en Saskatchewan, est d’ailleurs au même effet.

La liberté d’association n’étant pas limitée au seul domaine du travail, elle bénéficie assurément aux associations étudiantes. Certes, à la différence du Code du travail, la LAFAEE ne garantit pas expressément le droit de grève, mais elle n’interdit pas davantage son exercice, se limitant à affirmer le droit des étudiants de participer aux « activités » de l’association.

Les juges jusqu’ici saisis de litiges dans le cadre du conflit ont soit refusé de se prononcer sur la question, soit conclu péremptoirement à une « grève illégale ». Pourtant, la liberté d’association, par sa nature constitutionnelle, peut être une source autonome de droit, malgré le silence du législateur.

Par ailleurs, les tribunaux ont reconnu que la liberté d’expression acquiert une importance accrue lorsque le message qu’elle véhicule est de nature politique. La décision, prise en assemblée, de déserter les cours et de dresser des piquets de grève est clairement de cette nature et résulte d’un choix collectif et non individuel. Assimiler une telle décision non pas à une « grève » – comme pour mieux nier sa nature collective -, mais plutôt à un simple « boycottage » des produits d’« un fabricant de jus de raisin ou un magasin de grande surface » (sic) confond liberté d’expression commerciale et liberté d’expression politique, comme si l’une valait l’autre. L’éducation n’est pourtant pas une marchandise !

Le respect des injonctions

Une ordonnance d’injonction doit contraindre à « accomplir un acte ou une opération déterminés » et « être susceptible d’exécution ». Or, plusieurs des jugements rendus ordonnent aux établissements d’enseignement de dispenser les cours « de façon normale », plaçant ainsi les dirigeants de ces institutions et leurs professeurs dans une situation intenable et nullement propice à l’enseignement. C’est ainsi que, dans le contexte de crise actuelle, plusieurs de ces ordonnances ne peuvent simplement pas être respectées, malgré toute la bonne foi des administrations collégiales et universitaires.

Dans un État de droit, le respect des ordonnances des tribunaux est de la plus haute importance. C’est même une condition essentielle de maintien d’une société libre et démocratique. Or, l’appréciation essentiellement individuelle des demandes d’injonction fait en sorte que la dimension collective du conflit ne semble pas suffisamment prise en compte, ce qui contribue à exacerber les tensions sur les campus plutôt qu’à les atténuer.

L’on sait que le juge saisi d’une demande d’injonction dispose d’une très vaste discrétion. En matière d’éducation, les tribunaux ont traditionnellement eu pour pratique de ne pas intervenir dans la gestion des activités d’enseignement au sein des établissements collégiaux et universitaires, à moins d’un abus de pouvoir équivalent à une fraude à la loi. Le temps est peut-être bien choisi pour revenir à cette sagesse judiciaire.

La crise sociale vécue actuellement appelle d’urgence une solution négociée par les acteurs politiques. Et la dernière chose dont la société québécoise ait besoin, c’est que l’autorité de ses tribunaux sorte affaiblie de cette crise. La primauté du droit en dépend.

Christian Brunelle – Professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval

À Cap-Rouge, c’était comme si Hubert Reeves portait le Carré rouge des étudiants québécois, le 9 mai 2012

Le 9 mai 2012, le célèbre astrophysicien Hubert Reeves a prononcé une conférence à l’invitation du Club d’astronomie Véga de Cap-Rouge (Cap-Rouge est un secteur de la Ville de Québec). Est-ce parce que cette conférence était intitulée « Le monde est une chose bien étrange » que M. Reeves a ouvert une parenthèse, à un moment donné, pour déclarer (je le cite textuellement) : « J’aime bien la protestation des étudiants ». [Pour ceux qui ne le sauraient pas : il y a douze ou treize semaines commençait la plus grande lutte étudiante de l’histoire du Québec; l’objet de la lutte : la hausse des droits de scolarité (aujourd’hui, l’opposition étudiante vise aussi, pour bon nombre des protestataires, l’incompétence et l’arrogance du gouvernement du Parti libéral du Québec et de son chef, Jean Charest, qui semblent considérer les jeunes comme des citoyens immatures.]

 Avant de fermer sa parenthèse, M. Reeves a dit qu’il devait beaucoup au Prêt d’honneur. Qu’était la Fondation du Prêt d’honneur? Une œuvre créée en 1944 par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, et destinée à aider les jeunes Québécois démunis à faire des études. La Fondation prêtait de l’argent; les conditions de remboursement étaient avantageuses pour l’emprunteur; l’emprunteur ne versait pas un sou d’intérêt. (Pour en savoir plus, allez au http://www.ssjb.com/contenu/la-fondation-du-pret-d-honneur.)

Le Passeur de la Côte (Roger Martel)

« J’aime bien la protestation des étudiants », a dit M. Reeves.

Photo: Roger Martel

 Site web officiel de M. Hubert Reeves : http://www.hubertreeves.info/index.html

Brûler pour ne pas s’éteindre. La désobéissance civile expliquée aux puissants.

 « La désobéissance civile, c’est le souffle de la démocratie. Il n’y a pas de régime démocratique sans capacité à refuser de se soumettre. » (Georges Bernanos)

À propos de la crise créée par le projet de hausse des frais de scolarité au Québec

Stéphane Baillargeon  Le Devoir 28 avril 2012 – Texte tiré de http://www.ledevoir.com/societe/education/348767/bruler-pour-ne-pas-s-eteindre

La grève, enfin, le boycottage, euh, la chienlit qui sévit depuis onze longues semaines déjà s’enlise aussi dans des débats sémantiques. Dénoncer, par exemple, est-ce exactement la même chose que condamner, désapprouver, critiquer ou proscrire ? Et combien de synonymes faut-il aligner pour convaincre de la sincérité dans l’interdit de la violence ?

Et la violence, au fond, qu’est-ce que c’est et qui la porte ? La racaille qui n’étudie peut-être pas mais en profite pour casser de la vitrine et de la police ? La cavalerie prête à charger ? Le ministre de la Sécurité publique qui menace de déposer des accusations contre le leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois ?

Les disputes convergent autour de la notion-clé de « désobéissance civile ». Tous les bords l’évoquent, y compris les médias. Les associations étudiantes plaident sa nécessité. Des élus politiques et bien des préposés au sens médiatique la condamnent ou la galvaudent. Ce concept est lui-même un champ de bataille.

« Il va falloir faire des compromis, il va falloir regarder la situation dans son ensemble, a déclaré le maire au journal télévisé de Radio-Canada, jeudi soir. Pas des compromis sur la sécurité. Pas des compromis sur la brutalité. Pas des compromis, par exemple, sur la désobéissance civile. C’est pas acceptable dans notre société. »

Transgression délibérée – 
Reprenons. On parle de quoi, au juste ? « La désobéissance civile est une transgression délibérée et consciente de la loi au nom d’une cause juste », répond Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de la revue de gauche catholique Relations, qui a récemment consacré un dossier complet au sujet (numéro 743, septembre 2010). « Cette forme de contestation surgit face à un statu quo, par exemple face à des négociations bloquées avec un pouvoir politique. »

Et la violence, alors ? Où commence-t-elle ? « Normalement, les gestes symboliques doivent rester pacifiques, poursuit M. Ravet. Mais on peut s’attaquer à des lieux et des choses, faire des sit-in, occuper des immeubles, manifester illégalement. En France, le mouvement altermondialiste de José Bové a fauché du blé OGM. Le sabotage est plus problématique. Je ne suis pas certain que lancer des briques dans le métro puisse être considéré comme de la désobéissance civile. On va dire : oui, mais les casseurs ! Ça, c’est inévitable, même dans un mouvement non violent. Les provocateurs, d’ailleurs parfois envoyés par la police, peuvent infiltrer le mouvement. Dans ce rapport de forces, les autorités cherchent à discréditer l’adversaire, y compris en utilisant les médias qui sont très attentifs au spectaculaire. Mais non violent, ça ne veut pas dire passif ou inoffensif. »

Le philosophe Christian Nadeau, professeur d’histoire des idées politiques et de philosophie morale à l’Université de Montréal, insiste lui aussi sur le fondement pacifique de cette forme moderne de contestation. « On peut évidemment discuter la hiérarchie des gestes de violence, dit-il à son tour. Il y a une différence entre taper sur une voiture de police et frapper quelqu’un. Un étudiant m’a déjà répliqué que j’adoptais ainsi une position “ bon chic bon rouge ”. En fait, la réponse à cette objection brillante, c’est que la désobéissance civile, par définition, ne peut pas être quelque chose de révolutionnaire [dit le philosophe et professeur Christian Nadeau]. »

Le paradoxe essentiel est là : au fond, cette critique en action ne veut pas renverser l’ordre établi, mais bien plutôt le refonder dans le respect de ses principes. « La désobéissance civile rappelle ce qu’est l’esprit des lois, dit le professeur Nadeau. C’est un moyen de stabiliser la société contre des éléments internes qui la déstabilisent. C’est la réaction quasi épidermique d’une société civile qui dénonce une situation en train d’affaiblir les institutions ou de les détourner de leurs sens, de la valeur du bien commun par exemple, pour des intérêts particuliers. »

 

Le désordre moins le pouvoir

Henry David Thoreau, mort il y a 150 ans, père du concept (il parlait en fait de « résistance au gouvernement »), aimait répéter qu’il est parfois plus nécessaire de « cultiver le respect du bien que le respect de la loi » ; quand elle est mal faite, évidemment. Thoreau, qui s’opposait au régime esclavagiste, à la guerre contre le Mexique, a contesté pacifiquement en ne payant pas ses impôts. Martin Luther King et les militants des droits civiques dans les États-Unis des années 1960 luttaient contre la discrimination érigée en système dans le parfait mépris des droits fondamentaux.

Le numéro «Pouvoir de la désobéissance civile de la revue Relations remonte l’histoire jusqu’à Jésus et étend les études de cas à travers le monde. « Il y a des leçons à tirer des expériences étrangères, note le rédacteur en chef Ravet. En Allemagne et en France, quand des casseurs viennent entacher une manifestation pacifique, les participants non violents s’assoient, se regroupent et attendent. Voilà un mouvement non violent massif dont les étudiants devraient s’inspirer. »

De Tolstoï à Gandhi, jusqu’au philosophe politique John Rawls, les penseurs de cette forme démocratique de contestation en font un dernier recours. Mieux : ils rendent le pouvoir injuste et borné responsable des effets négatifs de cette dérive.

« Il doit y avoir une légitimité, poursuit le professeur Nadeau. Les protestations des membres de Fathers for Justice n’ont rien à voir avec la désobéissance civile puisqu’elles remettent en cause l’ordre social légitime. Il doit y avoir une rationalité derrière les gestes et les fins doivent s’accorder aux moyens. La désobéissance, par définition, dit à celui qui prétend être le plus fort qu’il n’a pas le droit d’imposer sa volonté. La force ne peut jamais donner le droit. »

De même, le refus extrême mais pacifique ne peut s’exercer au nom d’intérêts corporatistes. On l’entend assez, surtout dans les éditoriaux et les chroniques : Gabriel Nadeau-Dubois serait un vieux jeune, syndicaliste à sa façon. « Quand on reproche aux étudiants de politiser le débat, les leaders ont raison de répliquer que la grève est étudiante, mais que la lutte est populaire, explique alors Christian Nadeau. Ils affirment que l’éducation est un bien social. La légitimité du mouvement se concentre là, dans la lutte contre une menace directe d’affaiblissement d’une institution fondamentale de la société. Il y a bien des slogans stupides dans cette lutte, mais un des plus forts répète : jamais un peuple instruit ne sera soumis. »

M. Ravet en propose un autre, sublime, emprunté à Bernanos : il faut beaucoup de gens indisciplinés pour faire un peuple libre. « La désobéissance civile, c’est le souffle de la démocratie, conclut-il. Il n’y a pas de régime démocratique sans capacité à refuser de se soumettre. »

La lutte des étudiants au Québec (printemps 2012)

ÉCLAIRAGE SUR LA LUTTE

Extraits d’un article de la journaliste Catherine Lalonde paru dans Le Devoir, le 28 avril 2012. Mme Lalonde rapporte des propos de M. Nicolas Lévesque, philosophe et directeur de la collection « Nouveaux essais spirale » des éditions Nota bene. L’article s’intitule « La jeunesse qui pousse le Québec à la maturité. Face à l’échec du modèle d’autorité néolibéral, les «Y» avancent une vision humaniste à long terme ».

(http://www.ledevoir.com/societe/education/348723/la-jeunesse-qui-pousse-le-quebec-a-la-maturite)

Extrait 1 – Ce qui est évident avec la crise étudiante [dit M. Lévesque], c’est que le modèle d’autorité présenté par le gouvernement est dépassé. On sait que ce ne sont plus nos dirigeants qui prennent les décisions, que les structures sociales sont déréglées. Que l’idéologie néolibérale, capitaliste, économiste, roule toute seule. Le gouvernement y est soumis, ni souverain, ni autonome. On a élu des êtres humains au pouvoir, avec un jugement, et les voilà qui se fient seulement à des statistiques, des études de marché, des chiffres. Au lieu de dire aux jeunes et à la CLASSE de cesser de jouer le jeu de l’intimidation, on pourrait demander au gouvernement de cesser d’être intimidé par les pouvoirs financiers.

Extrait 2 – Les étudiants ont des idées humanistes, se mobilisent au nom de la prochaine génération. Ils ont une impressionnante vision à long terme. Le gouvernement, lui, ne montre pas de patience. Il regarde les choses à la pièce, pense à la remise de la session ou aux conséquences pour cet été, au mieux à la fin de son mandat. L’éducation envisagée à court terme, c’est franchement terrible. À l’âge qu’ont les étudiants, c’est dur de leur demander d’être plus matures que le gouvernement.

Extrait 3 – Ce qu’on voit finalement, c’est que nos dirigeants sont des pions. Des enfants qui jouent. Ça serait beau que Jean Charest se lève un matin en disant « je suis tanné de recevoir des téléphones de Power Corporation, des minières et des pétrolières ». Je pense que nos dirigeants ne voient même pas le « big picture », hypnotisés par leurs rôles. Ce sont des grenouilles qui se pensent plus grosses que le boeuf. Résultat : des enfants en position d’autorité, face à des enfants obligés de vieillir trop vite. Si, comme jeune, tu as ce poids sur les épaules, et qu’en plus tu te fais traiter de petit merdeux d’individualiste qui écoute juste son iPod, ben oui, tu vas avoir envie de péter des vitrines. L’impasse que les jeunes dévoilent avec la violence existe bel et bien. Ce qui est scandaleux de Charest et Beauchamp, c’est qu’ils nient cette impasse. On revit le Titanic. Le problème actuel, c’est que les jeunes ne voient pas pour qui voter pour que ça change. C’est là que la démocratie ne marche plus, si tous les partis sont financés par cette idéologie néolibérale.

Extrait 4 – Je ne pense pas qu’il y ait de dialogue possible présentement. Simplement. Les jeunes voient cette société complètement colonisée par un système externe. Les autorités sont en déni. La CLASSE a raison de n’accepter aucune solution facile. Je pense qu’elle devrait être plus radicale encore dans le discours et la philosophie, et moins dans les gestes, et dire que c’est tout le système qu’il faut repenser : la santé, l’éducation, le politique. C’est le temps d’aller jusque-là. Même si les étudiants gagnaient maintenant, ça serait une économie de bouts de chandelle. Ils n’ont pas résisté jusque-là pour retirer un petit 1000 $. Ce serait une immense défaite. Il faut leur dire qu’ils sont en train de changer le monde. Et qu’on va les aider. Qu’on va leur donner les outils pour changer la société. On ne peut pas s’excuser en disant « oui mais, moi j’ai payé des droits de scolarité, qu’ils les paient eux aussi », ce ne serait qu’un signe d’amertume. C’est vraiment mal vieillir que de ne pas vouloir que les jeunes aient une meilleure vie que nous. Il faut toujours souhaiter que nos enfants nous dépassent.

Contestation de la hausse de 1 625 $ des droits de scolarité

On trouve le texte suivant se trouve au http://www.pauvrete.qc.ca/article.php3?id_article=793.

 

Riccardo Petrella s’adresse aux étudiantEs du Québec (vidéo)

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Le mercredi 18 avril 2012.

De passage au Québec pour une série de conférences, Riccardo Petrella en a profité pour s’adresser aux étudiantes et étudiants qui s’opposent à la hausse de 1625 $ des droits de scolarité.

Figure emblématique de l’altermondialisme, Riccardo Petrella est politologue et économiste. Président de l’Institut européen de recherche sur la politique de l’eau (IERPE) et professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, il est fondateur du Groupe de Lisbonne et a publié de nombreux ouvrages. Dans son livre « Pour une nouvelle narration du monde » (2007), il prend position contre la marchandisation du monde et pour la défense du bien commun. Il milite activement pour un contrat social mondial fondé sur l’aspiration de toute personne et de tout peuple à la dignité, à la justice, à la liberté et à la paix.

POUR ENTENDRE M. PETRELLA, ALLEZ AU

http://www.youtube.com/watch?v=wCW-_mJIM_o&feature=channel&list=UL.

Universités, droits de scolarité, gratuité scolaire

Université inc., Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir

Par Eric Martin et Maxime Ouellet

Suivi de contributions de Guy Rocher, Lise Payette, Omar Aktouf, Victor-Lévy Beaulieu

ISBN : 978-2-89596-126-0

156 pages, 14.95 $

Pour l’élite politique, les affairistes et les bureaucrates, le dossier est clos : pour que nos universités soient concurrentielles sur le marché mondial du savoir, il est impératif d’augmenter les frais de scolarité. Une telle hausse les sauvera de la faillite, garantira un enseignement de qualité et, ô miracle, ne limitera pas l’accès à l’éducation.

Université inc. démontre à quel point ce discours repose sur des chiffres tronqués et des arguments biaisés. Ce qu’il fait passer pour un plan de sauvetage de l’institution correspond en fait à un changement profond – et dramatique – dans son mode de financement. Plus encore : la conception de la culture et de l’enseignement qu’il trahit, on le réalise très vite, relève de la vulgarité bien comprise. Nous assistons en somme au pur et simple détournement de l’université vers des fins mercantiles.

Eric Martin est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa et chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). Maxime Ouellet détient un doctorat en études politiques de l’Université d’Ottawa. Il est actuellement professeur au Collège Lionel

Université inc., Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir_Par Eric Martin et Maxime Ouellet_156 pages_14.95 $

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Économie du savoir – L’université n’est pas une entreprise

Lors d’un «rendez-vous du savoir» tenu début octobre, le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, appelait à intensifier la collaboration entre l’enseignement supérieur et les milieux d’affaires: «Les cerveaux [doivent] correspondre aux besoins des entreprises», expliquait-il. Le nouveau scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, faisait sa première apparition publique devant la Chambre de commerce de Montréal pour parler de la «création de nouveaux partenariats [de recherche] entre les secteurs public et privé» qui auraient des «retombées économiques» positives.

Dans une telle perspective, l’enseignement et la recherche devraient répondre immédiatement aux besoins des marchés, tant en ce qui concerne la «formation de main-d’oeuvre» que la production de recherche commercialisable. Si ce projet sert les intérêts de l’entreprise, il signifie en revanche la remise en question de la nature et des finalités du système d’éducation québécois, c’est-à-dire la privatisation de l’institution, de son financement et de sa mission.

Marchandisation du savoir

Les mêmes recteurs et gens d’affaires affirment qu’il faut augmenter les droits de scolarité sous prétexte que l’université serait «sous-financée». Or, le calcul du prétendu «sous-financement» ne tient pas compte des budgets de recherche «externes», qui ont doublé au cours des 10 dernières années au Canada. L’université de l’enseignement crie famine; mais l’université de la recherche qui répond aux besoins «d’innovation» commercialisable des entreprises est de plus en plus financée. De fait, en 2000, les universités effectuaient 28 % de la R&D au Canada. En 2008, elles en réalisaient 38 %, recevant pour cela des sommes dépassant 11 milliards de dollars. L’objectif est de recopier ce modèle au Québec, c’est-à-dire faire exécuter une part croissante de la R&D au sein des universités.

Ce phénomène s’explique par le fait que depuis les années 1990, les entreprises externalisent leur fonction de recherche et développement (R&D) vers les universités. Ce processus de sous-traitance s’inscrit dans le contexte de la mise en place d’une «économie du savoir» qui repose sur la logique spéculative du capitalisme financiarisé. Comme les entreprises doivent répondre aux critères du rendement à court terme imposé par la sphère boursière, elles sont incitées à réduire leurs investissements les plus risqués, notamment leurs dépenses en R&D.

Les études effectuées tant aux États-Unis qu’au Canada ont démontré que ces «partenariats», très profitables pour les entreprises, s’avèrent très coûteux pour les fonds publics et pour les universités, en ce que ces dernières tirent très peu de revenus de ce type de recherche, et qu’elles doivent en plus assumer les nombreux coûts de gestion associés à ces activités commerciales (frais judiciaires, gestion de brevet, recherche de subventions, etc.). Dans la mesure où moins de 1 % du revenu des universités provient de la commercialisation de la recherche, autant dire qu’on socialise les pertes et qu’on privatise les profits.

La «financiarisation» de l’éducation ne se limite pas à la production de brevets, mais comprend également les étudiants qui devront subir une augmentation marquée des droits de scolarité. Les revenus que les universités tireront de cette hausse n’iront vraisemblablement pas à améliorer la qualité de l’enseignement, mais serviront plutôt à financer la reconversion commerciale de l’institution. La hausse des droits de scolarité et l’augmentation de l’endettement qui lui est inhérent se légitiment à partir de l’idéologie voulant que l’éducation consiste en un «investissement en capital humain». Or, cette conception marchande de l’éducation risque de mener, selon le magazine The Economist, à l’éclatement d’une nouvelle bulle spéculative, celle de l’éducation supérieure, en raison de l’augmentation massive d’étudiants qui ne sont pas en mesure de rembourser leurs dettes.

Détournement commercial

Le président de l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC) disait récemment que «la recherche universitaire couronnée de succès transforme le savoir en produits et services dont l’économie mondiale a besoin». Cette redéfinition du rôle de l’université la réduit à n’être qu’une usine à diplômes et à brevets. Or, comme le rappelle le philosophe français Plinio Prado, le «principe d’université est le principe qui [la fonde] comme lieu de l’exercice inconditionnel, libre et public de la pensée».

En cultivant l’autonomie à l’encontre des pouvoirs, l’université doit maintenir une distance critique avec le monde, celle-là même qui devrait lui permettre d’éduquer au jugement, de transmettre la culture et de réfléchir sur le sens de notre présence dans le monde. En des temps de crise économique, écologique, culturelle et sociale, nous aurions plus que jamais besoin d’un lieu dédié à une telle réflexion. Mais il faudra pour cela résister à la nouvelle «université inc.» promue par les milieux d’affaires et les recteurs.

Eric Martin et Maxime Ouellet, Le Devoir, 26 octobre 2011

Source : http://www.luxediteur.com/content/universite-inc

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Prônons la gratuité scolaire sans modération ! Pour que les personnes soient plus instruites, mieux formées.

VOUS, MADAME, VOUS MONSIEUR, POURRIEZ-VOUS NOUS DIRE

PAR QUI VOUS PRÉFÉRERIEZ VOUS FAIRE SOIGNER, OPÉRER?

PAR LE MÉDECIN XYZ QUI TRAVAILLAIT DANS UN RESTAURANT 10, 12, 15 OU 18 HEURES PAR SEMAINE

PENDANT SES SESSIONS D’ÉTUDE?

OU PAR LE MÉDECIN ABC QUI ÉTUDIAIT  10, 12, 15 OU 18 HEURES DE PLUS PAR SEMAINE QUE LE MÉDECIN XYZ

PENDANT SES SESSIONS D’ÉTUDE?

 

Le texte suivant, écrit par Lisa-Marie Gervais, a été publié dans le quotidien Le Devoir le 11 avril 2012 (voir http://www.ledevoir.com/societe/education/347145/la-lutte-des-etudiants-est-juste-dit-guy-rocher).

La lutte des étudiants est juste, dit Guy Rocher

L’un des penseurs du système d’éducation québécois prône l’abolition des droits de scolarité

Le principe de la gratuité scolaire est toujours d’actualité, estime le sociologue Guy Rocher.

Le sociologue Guy Rocher a choisi son camp: c’est dans la rue avec les étudiants qu’il trouve sa place depuis le début du mouvement de grève. Et au-delà du gel des droits de scolarité, c’est pour le principe de la gratuité scolaire qu’il milite, une lutte qu’il qualifie de «juste», a-t-il confié en entrevue au Devoir. «La gratuité est souhaitable, a rappelé M. Rocher. En adoptant ce principe de départ, ça nous impose de repenser les politiques tout autrement. Tant qu’on est dans le débat du gel et du dégel, on reste sur une discussion de chiffres qui tournent en rond.»

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« En 1960, la gratuité de l’université était souhaitable et atteignable. Depuis lors, on nous a convaincus qu’il s’agit d’une utopie. Pourtant, un bon nombre de pays d’Europe, la Scandinavie notamment, pratiquent cette utopie et avec succès. Ils ont compris que, l’éducation ne doit pas être uniquement envisagée comme un investissement personnel et individuel, il s’agit plutôt de la voie par laquelle une société tisse des liens entre les générations et prépare son avenir. Le financement de l’éducation est une responsabilité qui concerne la collectivité. Selon les données même du ministère des Finances du Québec, la gratuité scolaire à l’université aurait coûté au gouvernement, en 2011-2012, un montant maximum additionnel de 750 millions $ (Source : Plan de financement des universités équitable et équilibré, tableau 6, p. 23) . La gratuité à l’université n’a rien d’une utopie. C’était l’objectif visé « à long terme » par les membres de la Commission Parent. Il s’agit d’un choix de société, d’un choix politique pour être plus précis qui coûterait autour de 1% du budget du gouvernement du Québec. Compte tenu du montant en jeu, cet idéal peut être rapidement atteint. Pour rendre l’éducation supérieure accessible à celles et ceux qui ont les aptitudes pour la suivre, sans égard à leur origine sociale, le gouvernement n’a qu’à réintroduire un certain nombre des paliers d’imposition qu’il a abolis entre 1988 à 1998. Il obtiendrait, par le fait même, la somme requise pour répondre positivement aux revendications étudiantes. (Yvan Perrier et Guy Rocher, Professeur émérite, Sociologie, Université de Montréal, Les droits de scolarité à l’université: « Juste part » ou « Lutte juste »? in Le Devoir, avril 2012, http://www.ledevoir.com/documents/pdf/droits_scolarite_rocher.pdf)

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« Nous sommes dans une société du savoir. Dans ce contexte, la formation postsecondaire est l’assise du développement de la société et des individus qui la composent. L’accès aux études supérieures doit être posé, par les membres de la classe politique, comme un droit et non comme un privilège à tarifer. La lutte pour le gel des droits de scolarité et la lutte pour l’élimination de ces droits à l’université correspondent, l’une comme l’autre, à une « lutte juste ». Les droits de scolarité constituent en soi une mesure régressive. Seuls les étudiants en provenance de milieux aisés peuvent l’envisager. Pour les autres, ils assumeront difficilement les augmentations qu’on veut leur imposer. C’est par une fiscalité progressive des contribuables et des entreprises que doit être financé dorénavant l’enseignement universitaire. Les montants recueillis par l’impôt, pour financer ce niveau d’enseignement, devront plutôt correspondre à la capacité de payer de chacun. Seule une éducation financée à même les impôts permettra de la rendre plus accessible. Mais pour y arriver, il faudra que le gouvernement ait le courage politique d’imposer une fiscalité juste et équitable. Quarante-six ans après la publication du Rapport Parent, nous sommes d’avis que l’élimination des droits de scolarité doit être envisagée comme une mesure à instaurer non pas à « long terme » mais plutôt à « court terme ». Il ne s’agit plus d’un objectif inaccessible. Il s’agit plutôt, pour reprendre le mot de Max Weber cité en exergue, de quelque chose de « possible ». (Yvan Perrier et Guy Rocher, Professeur émérite, Sociologie, Université de Montréal, Les droits de scolarité à l’université: « Juste part » ou « Lutte juste »? in Le Devoir, avril 2012, http://www.ledevoir.com/documents/pdf/droits_scolarite_rocher.pdf)

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LA GRATUITÉ SCOLAIRE AILLEURS DANS LE MONDE

« Un rapport de la fondation européenne Robert Schumann publié en 2011 montre que le modèle européen se distingue toujours nettement de celui des pays anglo-saxons. Il classe les universités européennes en trois catégories. (1) Celle où l’université est entièrement gratuite inclut les pays scandinaves, y compris la Finlande dont le système scolaire a été régulièrement vanté par toutes les études de l’OCDE. (2) La catégorie des pays où les droits de scolarité sont modérés ou quasi inexistants comprend la France, l’Allemagne et la République tchèque, l’Espagne. C’est le modèle européen dominant. (3) Seuls le Royaume-Uni et les Pays-Bas se sont alignés sur le modèle anglo-américain avec des droits de scolarité élevés. Mais, contrairement à la Grande-Bretagne, où ceux-ci atteindront bientôt 14 000 $ par année, aux Pays-Bas, ce montant ne dépasse pas 2500 $ par année. Le pays jouit par ailleurs d’un généreux système de bourses, alors que le Royaume-Uni privilégie les prêts. » (Christian Rioux, Droits de scolarité à l’université – La quasi-gratuité reste la norme en Europe, Le Devoir, 3 mars 2012)

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Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels

Ce pacte, qui prône la gratuité scolaire, a été adopté par l’Assemblée générale dans sa résolution 2200 A (XXI) du 16 décembre 1966; il est entrée en vigueur: le 3 janvier 1976. Le Canada l’a signé et, pour honorer sa parole, doit le respecter; le Québec est tenu lui aussi de le respecter.

En vertu de l’article 13 du Pacte :

1. Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à l’éducation. Ils conviennent que l’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et du sens de sa dignité et renforcer le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ils conviennent en outre que l’éducation doit mettre toute personne en mesure de jouer un rôle utile dans une société libre, favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux, ethniques ou religieux et encourager le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.

2. Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent qu’en vue d’assurer le plein exercice de ce droit:

a) L’enseignement primaire doit être obligatoire et accessible gratuitement à tous;

b) L’enseignement secondaire, sous ses différentes formes, y compris l’enseignement secondaire technique et professionnel, doit être généralisé et rendu accessible à tous par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité;

c) L’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité;

d) L’éducation de base doit être encouragée ou intensifiée, dans toute la mesure possible, pour les personnes qui n’ont pas reçu d’instruction primaire ou qui ne l’ont pas reçue jusqu’à son terme;

e) Il faut poursuivre activement le développement d’un réseau scolaire à tous les échelons, établir un système adéquat de bourses et améliorer de façon continue les conditions matérielles du personnel enseignant.