Féminisme : état des lieux

Le dernier numéro de la revue québécoise Relations, numéro 762, février 2013, présente un dossier intitulé Féminisme : état des lieux. Le Passeur de la Côte vous en offre quelques extraits.

Extrait 1

« À la croisée du néolibéralisme et du conservatisme qui dominent l’horizon idéologique et politique de notre société, les acquis et les droits des femmes sont attaqués, leur situation économique fragilisée et la violence exercée contre elles toujours à éradiquer. Leurs revendications se heurtent de plus en plus au mur d’une austérité imposée que rien ne légitime si ce n’est la grande fumisterie – pour reprendre le titre d’un essai de Murray Dobbin (Écosociété, 2003) – qui ne cesse de se déployer pour justifier l’injustifiable et la mainmise des puissants sur le bien commun. » ( Catherine Caron, rédactrice en chef adjointe de Relations, Féminismes : état des lieux, Relations, février 2013, p. 12, http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=3066 )

Extrait 2

« À travers le féminisme, des milliers de femmes vivent leur citoyenneté et se battent qu quotidien pour l’élargissement de la démocratie, pour des politiques publiques plus équitables, pour prendre en charge leur existence, pour contrer la violence institutionnelle ou personnelle à leur encontre et pour échapper à des situations de marginalité ou de pauvreté. » (Diane Lamoureux, professeure au département de science politique de l’Université Laval, Un combat pour l’égalité et la justice sociale, Relations, février 2013, p. 13)

Extrait 3

Le « néoconservatisme vise à enfermer les femmes dans l’univers privé de la famille, définie en termes classiquement patriarcaux et hiérarchiques, structurée autour de la logique du « papa a raison » qui dispense d’avoir à fournir des raisons. » (Diane Lamoureux, professeure au département de science politique de l’Université Laval, Un combat pour l’égalité et la justice sociale, Relations, février 2013, p. 16)

Extrait 4

Le « néolibéralisme dépolitise les rapports sociaux au nom de la gouvernance et réduit la citoyenneté à l’autonomie matérielle. Or, pour formuler nos propres préoccupations politiques, nous avons besoin d’une compréhension du social en termes de rapports sociaux entre groupes et non pas en termes de morale individuelle. » (Diane Lamoureux, professeure au département de science politique de l’Université Laval, Un combat pour l’égalité et la justice sociale, Relations, février 2013, p. 16)

Extrait 5

« Manière de penser le monde et les rapports sociaux de sexe, le féminisme contemporain se déploie en une multitude de propositions théoriques et pratiques pour interroger et comprendre l’expérience des femmes. Il offre des réponses variées pour expliquer le maintien et la reconduction des inégalités entre les femmes et les hommes. Au Québec, le féminisme s’incarne dans un mouvement social pluriel, multiforme et résilient qui reconnaît le caractère socialement et historiquement construit des rapports sociaux de sexe. Rejetant l’enfermement des femmes dans une identité prédéterminée et complémentaire à celle des hommes, il implique un engagement intellectuel, social, politique et éthique en faveur de l’abolition des rapports de sexe constitués en système de pouvoir, et vise la libération des femmes de toute aliénation patriarcale. Essentiellement porteurs d’un projet de changement social, les discours et les pratiques féministes s’actualisent, au quotidien, dans une pléiade de contributions individuelles et collectives qui visent la reconnaissance pleine et entière des droits des femmes tout comme la réappropriation par celles-ci des espaces public et privé. » (Francine Descarries, professeure au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal et directrice du Réseau québécois en études féministes, Féministes, gare à la dépolitisation! Relations, février 2013, p. 17)

Extrait 6

« Face aux attaques inquiétantes portées actuellement contre les acquis des femmes par les droites politiques, économiques et religieuses, nous ne pouvons laisser le champ libre aux visions et pratiques inégalitaires qui bafouent autant les idéaux humanistes que ceux portés par les traditions religieuses. » (Élisabeth Garant, directrice du Centre Justice et Foi et de la revue Relations, Des chrétiennes engagées et insoumises, Relations, février 2013, p. 24)

Autonomisation des jeunes femmes

BAN KI-MOON RAPPELLE QUE L’AUTONOMISATION DES JEUNES FEMMES EST FACTEUR DE DÉVELOPPEMENT

ACTUALITÉS ONU (UN NEWS)

New York, 13 août 2012 4:50PM

Le Secrétaire général Ban Ki-moon a rappelé lundi que l’autonomisation des jeunes femmes était nécessaire au développement partout dans le monde et qu’elle constitue une priorité de l’ONU pour encourager celles-ci à participer activement aux décisions qui concernent les sociétés dans lesquelles elles vivent.

« Le manque de représentation et d’autonomisation des femmes affecte non seulement leurs droits individuels, mais freine aussi le développement des nations dans leur ensemble », a affirmé M. Ban dans une allocution prononcée lors d’un congrès mondial sur le partenariat mondial des jeunes femmes qui s’est tenu aujourd’hui à Séoul, en République de Corée. (http://www.un.org/apps/news/infocus/sgspeeches/statments_full.asp?statID=1618)

Dans tous les secteurs d’activité, de l’agriculture à l’administration publique, en passant par l’armée, les femmes ont su montrer leur aptitude à contribuer de façon positive à leurs sociétés, a souligné M. Ban. Cependant, celles-ci ne bénéficient toujours pas des mêmes privilèges que les hommes, a-t-il relevé, appelant les gouvernements à redoubler d’efforts pour renforcer leur autonomisation.

« Malgré d’importants progrès, les femmes ne disposent pas encore d’une voix assez forte dans les processus de décision. Elles représentent une minorité infime des chefs d’entreprises, des chefs d’état et de gouvernements ou des parlementaires », a précisé M. Ban.

« Les femmes travaillent plus pour un salaire inférieur à celui des hommes. Elles produisent jusqu’à 80% des denrées alimentaires en Afrique subsaharienne, mais demeurent plus pauvres que les hommes », a-t-il ajouté.

Le Secrétaire général a souligné la nécessité d’encourager les initiatives cherchant à promouvoir le respect des droits des femmes, notamment par l’éducation, la réduction de la mortalité maternelle et la lutte contre la violence sexiste et sexuelle.

« La discrimination à l’encontre des femmes empêche le développement. L’égalité entre les sexes permet en revanche de grandes avancées », a indiqué M. Ban en rappelant que les Objectifs du Millénaire pour le développement ne pourraient être réalisés sans prendre en compte les besoins et droits des femmes.

Le Secrétaire général est arrivé ce weekend en République de Corée, où il a rencontré plusieurs représentants du gouvernement, dont le Premier ministre, Kim Hwang-sik, et le Ministre des affaires étrangères, Kin Sung-hwan.

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Veuillez consulter le site du Centre de nouvelles ONU pour plus d’information http://www.un.org/french/newscentre/

Glanures de lectures – 27 juillet 2012

« LE POLITIQUE S’EST AGENOUILLÉ DEVANT LES MARCHÉS POUR S’EN FAIRE LE LAQUAIS. »

 (Jean-Pierre Dupuy, philosophe, L’avenir de l’économie, Flammarion, 2012; cité par Denis Clerc et Christophe Fourel, « Le politique est devenu le laquais des marchés », Alternatives économiques (revue française), juin 2012, p.78) (Site web d’Alternatives économiques : http://www.alternatives-economiques.fr/)

« C’EST INCROYABLE DE VOIR À QUEL POINT LES INÉGALITÉS S’AGGRAVENT SANS QUE LES GENS RÉAGISSENT. »

 (Warren Buffet, milliardaire et philanthrope américain, propos rapportés dans The Economist, Londres, cité dans Courrier international, numéro 1125, du 24 au 30 mai 2012, p.8)

LE MOUVEMENT DESJARDINS, LA COOPÉRATION ET LE BRASSAGE D’AFFAIRES

« Capital régional et coopératif Desjardins injecte 26 millions $ dans le Groupe Filgo, un distributeur de produits pétroliers et gestionnaires de stations-service (…) Rappelons qu’une des filiales du Groupe Filgo, Philippe Gosselin et Associés, avait plaidé coupable en 2009 et payé une amende de 600 000 $ après avoir comploté pour fixer les prix de l’essence à la pompe à Thetford Mines et à Victoriaville. » (Pierre Couture, Desjardins investit 26 M$ dans le Groupe Filgo, Le Soleil (quotidien de Québec), 29 juin 2012, p. 23) – « À la suite de cette transaction, CRCD (Capital régional et coopératif Desjardins) devient actionnaire de l’entreprise… » (communiqué de CRCD daté du 28 juin 2012, http://www.capitalregional.com/Fr/communiques/527.html)

LES DROITS DES FEMMES

Le sommet de Rio + 20 n’est pas seulement décevant du point écologique. Il l’est aussi du point de vue des droits des femmes. Sous pression du Vatican, de plusieurs pays d’Amérique latine, de la Russie, de l’Egypte et – c’est une première – du Canada, le paragraphe qui prévoyait de reconnaître le droit de se reproduire ou non a été retiré. Les hommes du Vatican, si concernés, s’en félicitent.

(…)

Le nouveau président islamiste, Mohamed Morsi, ne risque pas de changer de cap, bien au contraire. L’une de ses premières déclarations a été d’encourager les femmes égyptiennes à faire plus d’enfants… C’est dire si l’alliance entre pays conservateurs et patriarcaux n’est pas éteinte. Surtout si le gouvernement canadien – sous l’influence d’ultralibéraux protestants proches de la droite religieuse américaine – se joint au club.

Source : Caroline Fourest, Croissez et polluez, journal Le Monde, 29.06.2012, http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/29/croissez-et-polluez_1727003_3232.html

 FRÈRE

 Un frère est quelqu’un à qui on rend la dernière bille qu’on vient de lui gagner. (Joseph Joffo, Un sac de billes, 1973, éd. Le Livre de Poche, p. 12)

INÉGALITÉ

La saison approchait [à Nice], il allait y avoir du monde. Dans des lignes assez amères, papa nous apprenait que malgré « les malheurs qui s’étaient abattus sur la France » les places, le casino, les boîtes de nuit étaient pleins et que décidément, la guerre n’existait que pour les pauvres. (Joseph Joffo, Un sac de billes, 1973, éd. Le Livre de Poche, p. 181)

AU CANADA, DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES ENFANTS DES PREMIÈRES NATIONS

Un jugement de la Cour fédérale ouvre enfin la voie à l’audition d’une cause décisive sur la discrimination à l’égard des enfants des Premières Nations (extraits)

Source : Assemblée des Premières nations, http://www.afn.ca/index.php/fr/nouvelles-et-medias/dernieres-nouvelles/un-jugement-de-la-cour-federale-ouvre-enfin-la-voie-a-laudition-dune-cause-decisive-sur-la-discrimination-a-legard-des-enfants-des-premieres-nations

Le 18 avril 2012

(Ottawa) Dans un jugement rendu aujourd’hui, la Cour fédérale a exhorté le Tribunal canadien des droits de la personne à examiner les preuves démontrant que les enfants des Premières Nations sont victimes de discrimination parce que les services d’aide à l’enfance offerts dans les réserves sont sous-financés par le gouvernement fédéral. Ce jugement confirme que le gouvernement fédéral peut être tenu responsable, en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne, de veiller à ce que les membres des Premières Nations qui vivent dans les réserves bénéficient d’un accès juste et équitable aux services gouvernementaux.

Il y a plus de cinq ans que la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada (SSEFPNC) et l’Assemblée des Premières Nations (APN) ont déposé cette plainte pour discrimination. Toutefois, les preuves n’avaient jamais été examinées en raison d’une série d’objections techniques soulevées par les avocats du gouvernement fédéral.

[…]

Les lois et normes internationales en matière de droits de la personne indiquent clairement qu’aucune excuse n’est acceptable pour justifier une pratique discriminatoire », a déclaré Craig Benjamin, porte-parole d’Amnistie Internationale Canada. « Nous nous réjouissons du message clair que la Cour a adressé au gouvernement fédéral concernant son devoir de respecter ses obligations internationales en matière de droits de la personne. »

OÙ FAITES-VOUS VOS ACHATS ?

« Pour que le client de Wal-Mart soit comblé, le travailleur doit souffrir… Pour que les prix de Wal-Mart et de ses sous-traitants soient toujours les plus bas, il faut aussi que les conditions sociales se dégradent alentour. Et mieux vaut par conséquent que les syndicats n’existent pas. Ou que les produits viennent de Chine. »

Serge Halimi, Le Poumon du capitalisme américain, dans Manière de voir (Le Monde diplomatique), numéro 122, avril-mai 2012, p. 28

MANIÈRE DE VOIR DANS LE WEB : http://www.monde-diplomatique.fr/mav/

INÉGALITÉS ENTRE HOMMES ET FEMMES

La question des inégalités entre hommes et femmes est loin d’être réglée : quels que soient le domaine et la dimension de la vie sociale que l’on considère, la persistance des disparités, quelquefois importantes, entre la condition faite aux hommes et celle subie par les femmes est patente, en dépit du principe hautement affirmé de l’égalité entre les sexes.

[ … ] Comme les inégalités sociales auxquelles elles s’articulent, celles entre sexes se répètent et se cumulent : elles s’engendrent et se nourrissent mutuellement, en multipliant les avantages au profit des uns et les handicaps au détriment des autres. Ainsi la division inégalitaire du travail domestique dresse un sérieux obstacle à l’activité, à l’investissement dans une carrière professionnelle des femmes.

[ … ] S’attaquer directement à cette citadelle relève d’une mission presque impossible. On touche là au coeur de la vie privée des individus. Or toute notre civilisation, au moins depuis la Renaissance et plus encore à compter de l’établissement de régimes démocratiques, repose sur des principes intangibles tels que l’autonomie de l’intimité, garante de la liberté individuelle, à l’égard du champ public. Autrement dit, l’inégalité entre les sexes s’engendre à l’ombre de la vie privée, sous couvert de préserver les droits de la personne.

Alain BIHR et Roland PFEFFERKORN, Manière de voir ( Le Monde diplomatique), numéro 122, avril-mai 2012, p. 61, 62, 63

MANIÈRE DE VOIR DANS LE WEB : http://www.monde-diplomatique.fr/mav/

LE COUPLE MONDIALISATION ET PUBLICITÉ

«  La culture de la mondialisation, culture de l’abondance et de la répétition, ne peut exister que grâce aux bouches ouvertes des consommateurs. […]

« Pour entretenir le besoin, rien de tel que les messages publicitaire. Ils savent bien capter l’attention des enfants du Monde. Sont-ils la voix de la mère? La publicité décrète, c’est elle qui décide ce qu’il faut consommer, comment le consommer, quand et avec qui. La publicité pénètre les zones les plus intimes des enfants du Monde, utilisant les fragilités de la maturation pour les faire régresser dans les besoins du tout début de la vie. Se nourrissant des dernières idées en vogue sur l’inconscient, elle s’accroche avec beaucoup d’habilité aux pulsions, aux fantasmes et aux besoins narcissiques des enfants du Monde pour leur offrir les images crues de la sexualité, de la violence et elle se joue ainsi de la détresse humaine. Les fantasmes secrets et les expériences les plus personnelles se trouvent mis en images, banalisés, exposés à chaque coin de rue. C’est un viol du psychisme, un vol de la vie intérieure. »

(Kathleen Kelley-Laîné, psychanalyste, et Dominique Rousset, journaliste, Contes cruels de la mondialisation, Ed. Bayard, p. 67-68)

L’ÉCONOMIE, LES BESOINS, LE DÉSIR

« Tous les grands auteurs qui ont réfléchi à la place essentielle ou exorbitante que joue l’économie dans les sociétés moderneS – Adam Smith, Hegel, Tocqueville, Durkheim, Weber – ont été sensibles à ce paradoxe que l’économie, dans son étymologie même, c’est la mesure, la gestion prudente des choses de la maisonnée. Alors que l’économie réalisée, c’est la croissance sans bornes, le toujours plus, la démesure. Tous ont conclu que le moteur de économie avait à voir non avec les besoins mais avec le désir, non avec le matériel mais avec le spirituel. » (Jean-Pierre Dupuy, philosophe, propos recueillis par Denis Clerc et Christophe Fourel, « Le politique est devenu le laquais des marchés », Alternatives économiques (revue française), juin 2012, p.78)

(Site web d’Alternatives économiques : http://www.alternatives-economiques.fr/)

IL SERAIT TEMPS QUE SHORTS ET ROBES SOLEILS DISPARAISSENT

Par Georges de Montigny, commerçant de Saint-Romuald (Québec)

Texte paru dans Le Foyer, juin 1956 (Le périodique Le Foyer a été publié à Saint-Romuald, au Québec, de 1949 à 1972.)

« Petites ou grandes, blondes ou brunes, elles sont claires, nettes et saines, et Dieu lui-même doit sourire lorsqu’Il les voit passer. » 

Bien sûr qu’il avait raison Guy de Nigauderie. Seulement, ce jeune écrivain français ne devait pas se souvenir avoir débarqué sur le continent américain lorsqu’il écrivit ces lignes.

Dès juin, défilent dans les rues et sur les places publiques, des femmes affreusement attifées de shorts, de blue-jeans, de pedal pusher, de pantalons toréador, etc. En tout temps, d’ailleurs, on peut assister à la mascarade !

Dieu sourit-il du haut du ciel, en assistant au défilé de ces accoutrements hybrides ? J’en doute, parce qu’il est intelligent et que l’être humain a été créé à sa ressemblance ! Peut-être n’en veut-il pas surtout aux marchands juifs d’avoir popularisé comme vêtement féminin ces vulgaires culottes qu’on appelait autrefois ‘overalls’ – les pauvres diables, ils ont besoin d’argent ! – mais à la femme qui renverse ses plans d’ordre et de beauté. »

LES FILLES, par Guy de Larigaudie (1908-1940)

« Les jeunes filles sont l’image précieuse de notre mère lorsqu’elle avait notre âge. Petites ou grandes, blondes ou brunes, elles sont claires, nettes et saines, et Dieu lui-même doit sourire lorsqu’Il les voit passer. Plus tard seulement, lorsque tu seras plus mûri, tu découvriras parmi elles, ta femme de demain. Aujourd’hui, considère-les tout simplement comme de franches compagnes. Une éducation faussée nous a trop souvent appris à ne voir dans la femme qu’une occasion de péché, au lieu d’y déceler une source de richesses. Mais sœurs, cousines, amies, camarades ou cheftaines, les jeunes filles sont les compagnes de notre vie, puisque dans notre monde chrétien nous vivons, côte à côte, sur le même palier. Sans doute la camaraderie entre garçons et filles est chose infiniment délicate, qu’il faut mener avec prudence et régler chacun pour soi à sa propre mesure. Mais c’est un manque à gagner certain que de négliger ce don de Dieu que sont les vraies jeunes filles. […] Leur grâce nous allège et rétablit l’équilibre. Nous sommes trop cérébraux. Les jeunes filles comprennent d’un seul coup avec leur cœur ce que nous disséquons péniblement avec notre raison. Leur présence est un apaisement. Elles sont un sourire et une douceur dans notre cercle de luttes.

Mon Dieu, faites que nos sœurs les jeunes filles soient harmonieuses de corps, souriantes et habillées avec goût. Faites qu’elles soient saines et d’âme transparente. Qu’elles soient la pureté et la grâce de nos vies rudes. Qu’elles soient avec nous, simples, maternelles, sans détours ni coquetterie. Faites qu’aucun mal ne se glisse entre nous. Et que, garçons et filles, nous soyons, les uns pour les autres une source, non de fautes, mais d’enrichissement ».

Guy de Larigaudie (1908-1940) – Etoile au grand large

Publié dans : La Jeunesse de Dieu

Étoile au Grand Large – Suivi du Chant du vieux pays. Le testament spirituel de Larigaudie. Seuil, Paris, 1943.

« Guillaume Boulle de Larigaudie, connu sous le nom de Guy de Larigaudie, est un Routier Scout de France, écrivain, explorateur, conférencier et journaliste français, né à Paris, le 18 janvier 1908, et mort pour la France, tombé au champ d’honneur, le 11 mai 1940, à Musson, en Belgique. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_de_Larigaudie)

Relations. Vous, moi, la souffrance. Notre société créatrice de souffrance.

Si la souffrance vous fait mal, lisez le numéro de mars 2012 de la revue québécoise RELATIONS.

Si la souffrance des autres ne vous fait pas mal, lisez le numéro de mars 2012 de la revue RELATIONS. Il n’est peut-être pas trop tard. Bonne chance !

Le Passeur de la Côte

À notre époque, de plus en plus de gens souffrent d’un système socio-économique et d’une idéologie managériale fondés sur des contraintes de performance déshumanisantes. Comment entendre la voix de ceux qui souffrent dans un monde où l’on tend à « médicaliser l’existence »? La souffrance peut-elle avoir un sens? Et que dire de celle engendrée par la violence vécue par les peuples du Sud, victimes de ce même système inégalitaire? Dans ce dossier, nous nous pencherons aussi sur la souffrance en tant que condition inhérente à l’expérience humaine, sur laquelle le christianisme a jeté un regard particulier. (source : revue Relations, mars 2012, http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/)

SOUFFRANCES

Par Jean-Claude Ravet

« Tenir debout, dans l’ombre

de la cicatrice en l’air.

Tenir-debout-pour-personne-et-pour-rien.

Non-reconnu,

pour toi

seul.

Avec tout ce qui a ici d’espace,

et même sans

parole. »

Paul Celan

Le terme « souffrance » recoupe tant d’expériences qu’on ne peut faire autrement que tracer la frontière entre ce qui est inéluctable et ce qui est intolérable, entre ce qu’il faut pleinement assumer comme partie intégrante de la condition humaine, ce qu’il faut soulager parce qu’empêchement de vivre et ce contre quoi il faut résolument se rebeller étant la forme du mal, du malheur, de l’injustice, de la domination – de l’inhumanité.

C’est d’autant plus nécessaire que, dans une société comme la nôtre où tout tend à être jugé à l’aune de la rentabilité et de l’efficacité, toute souffrance apparaît de plus en plus comme un écueil, une entrave au bon fonctionnement du système économique, ou encore comme une tare dans un monde passé, à dépasser, à traiter avec des moyens techniques. Or, à « fonctionner » plutôt qu’à être, nous ne pouvons que préparer le terrain à bien… des souffrances, nous enfonçant toujours plus dans un terrible mal-être, sirène d’alarme signalant que le chemin emprunté nous écarte de notre humanité. Saurons-nous, un jour, lui répondre par une juste colère en renonçant à le traiter avec des analgésiques – médicaux ou sociaux comme le divertissement, la consommation, etc. – et opposer à la fuite en avant actuelle une action politique collective entamant une transformation radicale de notre manière de vivre? Porter attention à la souffrance vécue dans notre monde actuel est certainement un pas dans cette direction.

L’étymologie du mot « souffrance » porte le caractère paradoxal de l’expérience humaine qu’elle évoque. Elle renvoie à endurance. Souffrir, endurer, ce n’est pas se résigner, encore moins abdiquer. C’est persister dans l’existence malgré la douleur. Autant nous appréhendons la souffrance, autant elle se présente à nous comme la compagne inséparable de ce qui nous est le plus cher. Comme si l’amour, le bien, la bonté, la liberté, la justice et même l’art, devaient un jour ou l’autre passer par elle pour s’accomplir. Signe d’un manque, d’un ailleurs fondamental, où se joue l’existence. N’est-ce pas grâce à cette fragilité de l’existence, où se lovent tant de souffrances et d’angoisses, que nous sommes à même d’éprouver la merveille de la vie et la beauté du monde? Comment aimer sans risquer de souffrir? Comment lutter contre l’injustice, endiguer la violence, s’opposer à la domination sans accuser des coups, subir la répression? Mais alors souffrir se métamorphose en souffrir avec… souffrir pour… Une souffrance toute autre, puisque l’insensé devient injecté de sens.

La souffrance comme telle, en effet, est non-sens. Elle peut écraser, ronger l’âme et le corps. Elle peut même devenir le ressort d’autres souffrances pires encore, infligées à soi ou aux autres. Elle peut fabriquer des monstres insensibles à la souffrance des autres. Combien d’écorchés deviennent à leur tour des tortionnaires? Peut-on, d’ailleurs, vraiment faire souffrir sans avoir souffert?

Tous nous portons des cicatrices, certaines encore vives ou simplement endormies – un frôlement suffit à réveiller la douleur et à nous plonger aussitôt dans ses griffes acérées et son étreinte étouffante. Quelques-uns plus que d’autres. Pensons aux personnes qui souffrent de certaines maladies, de viol, de la perte d’un enfant, de la torture, de la misère, de l’exclusion. Souffrances existentielles, corporelles, psychiques ou politiques, proches ou lointaines, silencieuses ou épanchées. Dans tous les cas, cette épreuve s’apparente à un arrêt du temps. À une perte de repères et de mémoire. Plus rien ne semble exister que cette douleur qui pèse et nous entraîne avec elle dans un gouffre. Alors le monde tend à se défaire. À se vider. Celui qui souffre se sent seul, terriblement seul. Jusqu’à la parole qui s’assèche. Ne reste plus qu’un râle, puis le silence atroce de celui qui est emmuré vivant dans la détresse.

Or, être capable de raconter sa souffrance, fût-ce par bribes, c’est déjà s’en libérer un peu, refaire son monde, contrer son émiettement. Reprendre pied dans l’abîme. La solidarité est aussi essentielle pour ranimer la présence, soutenir l’espérance, donner prise à la parole. Ne plus être que souffrance.

Car toute blessure peut devenir ouverture; toute fêlure, seuil. De la vulnérabilité, du dénuement peut émerger un monde essentiel – passé inaperçu dans l’affairement utilitaire – où les liens, la solidarité, le partage, la gratuité, le dépouillement, le don sont à demeure.

Même dans l’enfer de la désolation, un sursaut de vie inouï peut subvenir. Comme ce « Je… pro… teste », entendu in extremis dans un amoncellement de corps décharnés à Buchenwald, prêts à être jetés dans un four crématoire (Imre Kertesz, Être sans destin). Partout où la déshumanisation se déchaîne surgit cette voix immémoriale de Job contre le destin. Qui ose l’entendre, comme celui ou celle en qui elle monte, renonce à jamais à l’innocence, prend à bras-le-corps la responsabilité d’exister dans un monde où le fumier peut devenir la demeure de l’humain et affronte, dans un combat à mort, l’absurde et le mal.

Toute souffrance est, au fond, un appel à l’aide. Une plainte réveillant notre responsabilité à l’égard d’autrui. C’est l’espérance, au cœur du désespoir, que se tient tout près du souffrant – fût-il écrasé, avili, abandonné à sa terrible solitude – quelqu’un capable de l’aider à panser sa plaie et, s’il le faut, à se tenir debout, à résister et à riposter. Nous ne sommes jamais seuls. L’absence de réponse restera toujours un scandale : la possibilité de l’humain d’être inhumain, en se fermant à la souffrance de l’autre… et de soi.

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UN 8 MARS ENTRE RAGE ET ESPOIR

Par Catherine Caron

En janvier dernier, au Forum économique mondial (FEM) de Davos, au temple de la « corpocratie », les élites économiques et politiques ont fait mine de se rendre compte que les inégalités croissantes étaient un grave danger pour l’humanité. Elles ont feint d’ignorer que de vastes mouvements sociaux – régulièrement réprimés par leurs polices – leur assènent cet avertissement depuis des décennies et leur fournissent d’excellentes solutions pour y remédier.

Il fallait entendre le fondateur et président du FEM, Klaus Schwab, s’interroger sur la perte du sens moral dans notre monde avec l’archevêque anglican sud-africain et Prix Nobel de la paix, Desmond Tutu. Et s’enquérir auprès de lui des moyens pratiques à privilégier pour bâtir une société plus juste. Oui, surtout, soyons pragmatiques, insistait-il l’air de dire qu’après tout, les vrais leaders ne sont pas aveuglés par de vilaines idéologies… La scène était aussi surréaliste que révoltante, alors que nous assistons depuis des mois à un vaste exercice d’hypocrisie et d’inertie destiné à protéger une classe dominante repue de bonus extravagants et de biens publics spoliés à la faveur de la crise.

Desmond Tutu a bien parlé de l’impasse qui guette un monde gangrené par la cupidité, l’injustice et l’immoralité. Il a lancé un appel pour une révolution menée par les femmes et la fin de l’exclusion de la moitié du genre humain des lieux de pouvoir et des processus décisionnels. Cet appel résonne encore en ce mois marqué par la Journée internationale des femmes. Mais dans un tel lieu, il n’a suscité que des applaudissements anémiques. Les murs du temple n’ont guère vibré. Brûlant, il s’est figé au contact de l’air aseptisé et privatisé de Davos, trop loin du tumulte de la rue où les femmes ne mènent peut-être pas mais participent pleinement aux luttes pour la liberté, l’égalité, la démocratie, la justice sociale. Elles le font au risque d’être celle qui, Place Tahrir en Égypte, a fini à la une des médias du monde entier, à moitié dévêtue, inconsciente, frappée presque à mort, avec à ses côtés anéantie aussi, celle qui aura courageusement cherché à la secourir.

Cette répression ciblée et sauvage des femmes sévit dans plusieurs pays actuellement. Si les pouvoirs médiatiques ont laissé l’image de cette brutalité ébranler nos écrans, nos consciences, combien d’autres images de violence faite aux femmes restent, elles, immontrées, inexistantes? A-t-on la moindre image en tête des centaines de femmes autochtones qui, au Canada, sont assassinées dans l’indifférence? Une indifférence que viendra secouer, espérons-le et grâce à la mobilisation des femmes, l’enquête d’un comité des Nations unies.

Ainsi, il semble que le 8 mars de cette année se vit entre rage et espoir pour toutes les femmes qui sont « au front ». Le front du quotidien, comme le dit si bien Ivone Gebara dans ce numéro, soit celui de l’avenir rendu possible « seulement si la vie est maintenue au présent ». Le front du politique. Le front de l’âme, de l’intime aussi, où elles révolutionnent mille fois à l’intérieur d’elles-mêmes l’art de transformer en force le chagrin des deuils et le chagrin des dénis et des trahisons subis quant à leurs droits.

Ici même, au Québec, les femmes sont inquiètes et mobilisées devant les conséquences économiques bien concrètes de la crise et les politiques rétrogrades qui affectent leur vie et d’importants acquis. Dans ce contexte, le processus des États généraux de l’action et de l’analyse féministe, lancé par la Fédération des femmes du Québec, est judicieux. Souhaitons entre autres qu’il fasse une belle place aux femmes immigrées et réfugiées, en particulier celles qui ne parlent pas ou peu le français et dont l’intégration à la société québécoise est bloquée par un grave manque d’accès aux ressources en garderie, en francisation et en emploi. Libres dans une société riche, nous leur devons notre solidarité active pour changer les choses. Comme nous devons aux femmes du « printemps arabe » de ne pas jouer les donneurs de leçon et de ne pas laisser nos gouvernements se taire lorsqu’elles sont exclues ou brimées par les processus ou les réformes en cours.

Le silence et les contradictions du gouvernement Harper à cet égard sont manifestes. À l’heure où il fait reculer les droits des femmes ici même au Canada, il se targue de se battre pour leurs droits ailleurs. Nul doute qu’il fera avancer bien davantage les droits des entreprises – en menant des négociations commerciales avec le Maroc, par exemple, alors que la répression y discrédite chaque jour les promesses de réforme – et une attitude guerrière étrangère aux rêves et aux aspirations des femmes.

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Relations remporte un Prix de la SODEP pour «La force de l’indignation»

Communiqué de presse de la revue Relations

Au moment de la parution de son nouveau numéro consacré à la démocratie, la revue Relationsremporte le Prix du journalisme culturel de la Société de développement des périodiques culturels (SODEP), dans la catégorie meilleur dossier ou reportage, avec «La force de l’indignation», paru en mars 2011. 

Amélie Descheneau-Guay et Catherine Caron représentaient la revue à la soirée organisée au Lion d’Or à Montréal, le 5 avril, dans le cadre du Printemps des revues, en compagnie de l’écrivaine Suzanne Jacob. L’équipe de Relations est d’autant plus heureuse de recevoir ce prix qu’il s’agit là de son numéro 70e anniversaire, dont le tirage est épuisé. Il témoigne bien du fait qu’à 70 ans, Relations a toujours cet ancrage dans la réalité sociale et culturelle de notre temps qui lui a fait sentir la nécessité d’aborder le thème de l’indignation, choisi à l’automne 2009, avant la vague d’indignation qui déferle sur notre monde depuis.

L’équipe de Relations remercie les membres du jury et les collaborateurs de ce dossier : Sarita Ahooja, Catherine Caron, Amélie Descheneau-Guay, Bernard Émond, Mouloud Idir, Vivian Labrie, Hugo Latulippe, Jean-François Lessard, André Myre, Sylvie Paquerot, Pol Pelletier, Jean-Claude Ravet, Aminata Traoré ainsi que l’artiste invité Lino, la directrice artistique Mathilde Hébert, le correcteur Éric Massé et son comité de rédaction. Relations félicite aussi les autres finalistes : les revues Ciel variableNuit blanche et ETC.
L’indignation dont il est question ici n’a rien d’une mode superficielle. Elle est, comme l’écrivait Jean-Claude Ravet, « une force tellurique qui ébranle et fissure le train-train quotidien et nous place au cœur du combat de la vie devenue conscience et solidarité ». Elle se retrouve bien palpable au coeur du numéro de Relations qui sort en kiosques le 13 avril et qui s’intitule « Notre démocratie : fiction ou réalité? ».Au sommaire :
Notre démocratie : fiction ou réalité? Catherine Caron
L’emprise de la démocratie-marché au Québec Maxime Ouellet
Gouvernance vs démocratie Jean-Claude Ravet
Les périls de la révolution conservatrice Christian Nadeau
Vers des pratiques émancipatrices Martin Breaugh
Renouveler la culture politique Diane Lamoureux
L’éducation citoyenne à l’école Jacques Racine
Le corset canadien Amélie Descheneau-Guay
Artiste invité : Christian Tiffet
Contact médias : Catherine Caron, Revue Relations
Tél. : (514) 387-2541 p. 273    
ccaron.relations@cjf.qc.ca