L’islam n’interdit pas aux enseignantes musulmanes de ne pas porter leur voile au travail.

L’islam n’interdit pas aux enseignantes musulmanes de ne pas porter leur voile au travail

Les femmes et les hommes politiques en campagne électorale qui vitupèrent ces semaines-ci la Loi sur la laïcité du Québec modifieraient leur discours s’ils connaissaient mieux l’islam (et ne craignaient pas de perdre l’appui d’électeurs). Honnêtes, ils demanderaient aux enseignantes musulmanes québécoises d’accepter de bon cœur de ne pas porter leur voile islamique en classe. Pourquoi? Parce qu’ils sauraient que les musulmans obtiennent l’approbation de leur conscience pour mettre en oeuvre des solutions ou pour conclure des accommodements dans des situations plus difficiles pour eux que celle que la Loi sur la laïcité crée pour des enseignantes musulmanes. Exemple :

Il existe en islam des obligations fondamentales (fondamentales!) appelées piliers : la récitation des cinq prières quotidiennes imposées par le Coran en est une. Chaque prière doit obligatoirement être dite à une heure déterminée de la journée ou de la nuit; c’est le Coran, donc la parole de Dieu selon les musulmans, qui l’exige. Bien des musulmans des deux sexes ne tiennent pas compte de l’horaire des prières; ils ne s’y soumettent pas parce que leur métier les astreint à un emploi du temps contraignant, par exemple; certains disent toutes les prières avant d’aller travailler, un accommodement généralement bien accepté dans leur milieu, par leurs coreligionnaires. Comme le port du voile islamique n’est pas une obligation fondamentale (des penseurs musulmans soutiennent que ce n’est même pas une obligation secondaire), il est incompréhensible que des musulmans s’opposent à l’obligation faite aux enseignantes musulmanes (seulement à celles qui ne travaillaient pas dans une école publique avant l’adoption de la Loi sur la laïcité) de ne pas porter leur voile au travail, seulement, seulement pendant leurs heures de travail. Si l’islam trouve acceptable que des musulmans « contournent » l’obligation fondamentale du Coran concernant les cinq prières quotidiennes, il ne saurait reprocher aux enseignantes musulmanes de travailler à l’école publique sans porter un vêtement dont le port n’est pas une obligation fondamentale, n’est même pas jugé obligatoire par une partie du monde musulman.

Roger Martel, citoyen de Lévis

Les vêtements et les signes religieux communiquent au moins un message; il faut absolument qu’il en soit tenu en compte!

Les vêtements et les signes religieux communiquent au moins un message;

il faut absolument qu’il en soit tenu en compte!

Les personnes qui portent un vêtement ou un signe religieux reconnaissable véhiculent toutes au moins un message, un message très clair : « Je pratique la religion [catholique, musulmane ou autre], que je crois être la meilleure puisque je la choisis ». (En classe, les élèves ne manqueront pas de demander à l’enseignant pourquoi il porte des vêtements ou signes particuliers.)

Dans un pays, qui devrait être habilité à déterminer quels vêtements ou signes sont religieux, lesquels ne le sont pas, et lesquels doivent être portés obligatoirement, lesquels peuvent être portés selon une décision libre?

Dans un pays, qui devrait être habilité à déterminer ce qu’est une religion, à élaborer les critères en fonction desquels il serait établi si X dit la vérité quand il affirme avoir été chargé par un dieu grand comme un sequoia géant, qui lui est apparu une nuit, de le représenter auprès des Terriens, ou quand Y prétend être la douzième et dernière réincarnation de l’évangéliste Luc? Qui déterminerait si toutes les religions se valent? Si les religions ne se valent pas toutes, qui feraient le classement des religions?

Si un État autorisait les enseignantes musulmanes à porter un vêtement religieux, il ne serait pas logique qu’il leur interdise d’inscrire un ou plusieurs passages de leur « livre saint », le Coran, sur ce vêtement; son incohérence serait d’autant plus incompréhensible que le Coran est vendu en toute légalité dans les commerces et qu’on peut l’emprunter dans les bibliothèques des municipalités, des écoles publiques secondaires, etc. Dans les établissements d’enseignement, les enseignantes musulmanes seraient donc autorisées à transmettre à leurs élèves des paroles comme : « Tranchez les mains du voleur ou de la voleuse » (V : 38); « ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens » (V : 51); « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu » (IX : 29).

Supposons que des membres d’une religion demande à l’État d’autoriser leurs coreligionnaires enseignants

à porter des vêtement et des signes religieux à l’école.

Pensez-vous que l’État pourrait autoriser le port de certains vêtements et signes

et prétendre avoir la compétence d’en interdire d’autres, le niqab, par exemple ?

 

Si l’État du Québec autorisait les enseignants musulmans à communiquer aux élèves des messages du Coran, il serait incompréhensible qu’il interdise aux enseignants adeptes d’une autre religion ou d’une secte de communiquer des messages religieux eux aussi. Le catholique pourrait donc répandre des passages de la Bible  : « Femmes, soyez soumises à vos maris » (Colossiens 3:18), « Ne croyez pas [c’est Jésus qui parlerait] que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. » (Matthieu 10:34-35), etc. Les Freedomites de la Saskatchewan en exil au Québec pourraient revendiquer à l’école le droit de s’opposer à toute ingérence de l’État et celui de refuser l’intégration et la modernité.

Si l’État du Québec autorise des croyants à transmettre dans les écoles publiques des messages religieux, ne serait-il pas obligé d’autoriser les personnes qui nient l’existence des dieux à faire connaître leur opinion?

Les vêtements et les signes religieux communiquent au moins un message;

il faut qu’il en soit tenu en compte!

Les écrits et les paroles des religions ne sont pas tous conformes à la morale;

il faut qu’il en soit tenu compte!

 

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

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Ils sont si différents les humains qui vivent sur la Terre, à chercher à vivre ensemble dans un pays

Si des chrétiens et des musulmans entendaient l’anthropologue Françoise Héritier leur dire :

« Je ne puis adhérer au message des religions révélées : elles sont apparues à un moment récent de l’histoire de l’humanité avec l’idée d’un dieu unique, créateur, et qui ne permettait pas la coexistence ni avec les autres dieux, ni avec des systèmes de pensée animistes.

« À mes yeux d’anthropologue, les religions révélées, celles du Livre, sont le berceau de l’intolérance et j’allais presque dire, de l’extrême violence. Elles conduisent à des attitudes excessives où même des personnes qui ont eu la chance d’accéder à la connaissance et à la rationalité scientifique récusent celles-ci au nom de la foi. » *

Comment réagiraient les chrétiens et les musulmans à ces paroles de Madame Héritier?

* Source : Florence Quentin, Françoise Héritier : « À mes yeux, les religions révélées sont le berceau de l’intolérance », Le Monde des religions, 12/10/2012,

http://www.lemondedesreligions.fr/mensuel/2012/56/francoise-heritier-a-mes-yeux-les-religions-revelees-sont-le-berceau-de-l-intolerance-12-10-2012-2768_192.php

Françoise Héritier a enseigné au Collège de France; elle a dirigé la Chaire d’anthropologie sociale fondée par Claude Lévi-Strauss; elle a publié De la violence, un ouvrage collectif en deux tomes consacré aux phénomènes de violence contemporains.

La revue Le Monde des religions fait partie du groupe auquel appartient le prestigieux quotidien français Le Monde.

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Le monothéisme : Parole d’un musulman, Moreno al Ajamî. Médecin, Docteur en Littérature et Langue arabe, Islamologue, Théologien, Spécialiste de l’exégèse du Coran

Les Cahiers de l’islam, https://www.lescahiersdelislam.fr/La-violence-les-religions-l-islam-et-le-Coran_a1212.html

La violence, les religions, l’islam et le Coran

De manière générale, l’on a coutume de dire que le monothéisme est un concept porteur en soi de violence, puisque n’admettant plus la présence des dieux de l’autre, il refuse l’altérité. Cette posture dogmatique contient potentiellement le germe de toute forme de violence à l’encontre de celui que l’on considère alors impie, au pire impur, au mieux égaré. Ce raisonnement est juste, sauf que l’on ne peut l’imputer à l’idée du monothéisme, mais bien à la constitution des religions monothéistes. Ici, le pluriel s’impose, et les trois sœurs ennemies : le judaïsme, le christianisme et l’islam, partagent en la matière les mêmes croyances. Non point quant au Dieu auquel ils croient, mais s’agissant du Peuple élu, de la Nation élue ou de la Communauté élue, juifs, chrétiens et musulmans ont tous fondé, de par la Sainte-Alliance entre théologie et pouvoir, leur religion sur la suprématie de leur confession respective.

Nous voici au cœur du problème, le fondement des luttes d’expansion des uns et des autres et la cohorte des violences et oppressions faites à l’autre, ce que l’on nomma les guerres de religion. Ce lourd bagage commun repose sur trois postulats intrinsèques à ces trois religions, à savoir : le refus de l’universalité de la foi, la prétention à l’exclusive du Salut, la non-reconnaissance de la pluralité des religions et des croyances. Plus précisément, car je ne cherche pas à faire là le procès des religions, mais parce que je suis musulman, je traiterai de l’islam. Cet objet toujours étranger à nos yeux d’Occidentaux, mais qui ces dernières décennies, et plus encore depuis les événements récents, a été projeté sur le devant de la scène, là où maintenant l’horreur le dispute à l’incompréhension. Or, la peur et l’incompréhension ne peuvent qu’enfanter la haine.

Il faut agir en faveur de la laïcité à l’école, au Québec.

 

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/549944/monsieur-legault-agissez-en-faveur-de-la-laicite-a-l-ecole

Monsieur Legault, agissez en faveur de la laïcité à l’école

 

L’école accueille des enfants, par définition influençables,

et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle. 

Texte collectif*

15 mars 2019

Monsieur le Premier Ministre,

Vous vous apprêtez à présenter devant l’Assemblée nationale un projet de loi portant sur la laïcité de l’État. Nous vous soutenons dans cette initiative. D’emblée, nous pouvons vous dire que nos attentes sont élevées pour le milieu de l’éducation. S’agissant de l’école, le débat est trop souvent partiel. En effet, il tourne presque toujours autour de la question de l’interdiction de l’affichage des symboles religieux des enseignants. Cette façon de procéder nous semble réductrice, car elle omet l’essentiel : le rôle de l’école et le respect de la liberté de conscience des enfants. L’école accueille des enfants, par définition influençables, et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle.

Les Québécois ont eu à se pencher sur cette question à quelques moments phares de leur vie collective. Le rapport Parent est en ce sens un document fondateur. Inculquer une culture humaniste du monde et construire l’autonomie de jugement préparent les élèves à assumer le rôle qui deviendra, plus tard, le leur : habiter, construire, réenchanter le monde. Libérer l’école de l’emprise du clergé a constitué le point de départ d’une grande ambition.

Monsieur le Premier Ministre, vous êtes aujourd’hui confronté aux mêmes défis. En effet, comment accepter que des enseignants puissent exhiber des symboles religieux ostentatoires alors que leur fonction les oblige à se conformer à une certaine idée de la citoyenneté intimement liée à l’égalité entre les femmes et les hommes par exemple ?

L’enseignement ne consiste pas seulement à transmettre des savoirs et des savoir-faire, il véhicule, d’abord, une conception du monde, nécessairement inspirée par un choix de valeurs. Les deux impératifs doivent aller de pair. Il faut que les élèves apprennent à distinguer ce qui relève de la croyance et ce qui est de l’ordre de la connaissance. Ce qui peut avoir valeur d’universel et ce qui peut être lié à la particularité d’un individu. L’enseignant qui place ses croyances individuelles au-dessus de sa mission éducative se met dans une situation insurmontable. Évoquer cette exigence revient à considérer la liberté de conscience des élèves. Il est donc nécessaire d’interdire l’affichage des symboles religieux à l’école publique et d’imposer un seul et même régime à l’ensemble du corps enseignant. Ce n’est pas tout. Dans un souci de cohérence, cette exigence doit être étendue aux éducatrices en service de garde et à l’ensemble du personnel de l’école.

Quelques mots sur le voile puisqu’il fait l’objet, lui aussi, d’un débat intense. Le voile n’est pas une obligation religieuse. Par ailleurs, certains musulmans qui ont une lecture littéraliste des textes religieux en font une obligation. Il faut reconnaître que les musulmans sont divisés sur cette question. Ce qui est important à nos yeux, c’est d’évoluer avec son temps.

Avant de conclure, nous aimerions rappeler un simple fait, une évidence même, l’islam n’est pas une « race ». Mettre sur le même registre islam et « race » comme le font certains est dangereux. Surtout lorsque cette confusion est instrumentalisée de façon à jeter l’opprobre sur des personnes qui militent contre une approche fondamentaliste de l’islam en les traitant d’islamophobes, voire de racistes. L’islam est une religion pratiquée par des millions de personnes. Il y a des musulmans arabes, iraniens, chinois, russes, ouzbeks, maliens, soudanais, bosniaques, etc., et chacun pratique un islam en fonction de sa compréhension, de ses traditions, de sa culture et de son environnement institutionnel. Il existe plusieurs islams.

Au Québec, il s’agit de voir ce qui est compatible avec notre démocratie. Pour nous, il y a deux indicateurs pour mesurer ce degré de compatibilité : le respect des lois de notre pays d’adoption et la reconnaissance de leur primauté sur n’importe quelle autre considération.

 

*Ont signé ce texte :

Mohand Abdelli, ingénieur retraité ; Rachida Ait Tahar, enseignante ; Karim Akouche, poète, romancier et dramaturge ; Nadia Alexan, professeure retraitée ; Fatiha Attou, enseignante ; Amani Ben Ammar, comptable agréée ; Radhia Ben Amor, militante associative ; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine ; Leila Bensalem, enseignante ; Djafer Bouchilawen, ingénierie Télécoms ; Ferid Chikhi, conseiller en emploi ; Kamal Codsi, entrepreneur ; Nadia El-Mabrouk, professeure à l’Université de Montréal ; Zabi Enayat-Zada, fiscaliste, auteur et conférencier ; Aziz Fares, auteur et journaliste ; Said Guerfi, professeur au collège ; Ensaf Haidar, présidente de la Fondation Raif Badawi ; Hassiba Idir, gestionnaire ; Nacere Irid, ingénieur ; Ali Kaidi, militant pour la laïcité, membre fondateur de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) ; Ferroudja Kaidi, enseignante ; Ammar Lakehal, maître de taekwondo ; Leila Lesbet, technicienne en éducation spécialisée, militante féministe ; Belkacem Nasri, militant associatif ; Farid Salem, Solidarité Québec Algérie ; Nacéra Si Serir, enseignante ; Nacera Zergane, conseillère en sécurité financière ; Nabila Ben Youssef, comédienne et humoriste.

Éducation : prenons les jeunes au sérieux !

Prendre la jeunesse au sérieux

 

Louis Cornellier, le Devoir, 2 décembre 2017

http://www.ledevoir.com/culture/livres/514379/prendre-la-jeunesse-au-serieux

 

On veut les divertir, même à l’école, mais les jeunes méritent mieux et plus que ça. Souvent, sous le prétexte qu’ils sont encore à l’âge de l’insouciance, on ne leur réserve que des nourritures intellectuelles insignifiantes. Les choses sérieuses, croit-on, viendront bien assez vite.

 

Alors qu’on refuse de laisser les enfants se gaver de n’importe quoi en avançant l’idée qu’ils doivent bien se nourrir pour croître sainement, on tolère, on encourage même, leur consommation de produits culturels commerciaux et insipides. Pourtant, la croissance intellectuelle est certainement aussi importante que la croissance physique, et les jeunes, avant d’être corrompus par la malbouffe culturelle, restent ouverts à des stimulations plus substantielles. Il suffit parfois de leur en offrir pour constater qu’ils aiment ça.

 

À une époque où l’on a érigé l’estime de soi en culte, il est étonnant qu’on ne se rende pas compte des pouvoirs de la culture à cet égard. Avoir des connaissances, être cultivé, nous permet de mieux lire notre environnement, nous donne une prise sur le monde qui nous entoure, et cela rend fier et fort, en nous fournissant une armature intellectuelle inébranlable.

Dans les écoles du Québec, des toilettes attrayantes pour augmenter la rétention des élèves.

« Le lab-école: un mépris de la profession d’enseignant. » – Éclairons vite le ministre de l’éducation.

Source : Le Devoir, http://www.ledevoir.com/societe/education/495621/le-lab-ecole-un-mepris-de-la-profession-d-enseignant

LETTRE

Le lab-école: un mépris de la profession d’enseignant

Le Devoir, 5 avril 2017 | Gérard Lévesque

Notre sympathique ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a décidé d’investir dans les travaux de trois vedettes, elles aussi fort bien intentionnées, qui offrent leurs services pour repenser nos écoles et en faire des milieux modernes et stimulants de réussite scolaire. Ces vedettes du monde culinaire, sportif et architectural ont présenté leur participation particulière à ce projet à l’émission 24/60 du lundi 3 avril. Pierre Thibault, architecte, se chargera de l’environnement physique de l’école moderne et des meilleures stratégies pour construire des écoles. Pierre Lavoie, de l’éducation physique des élèves, et Ricardo Larrivée, de leur alimentation à la cafétéria des écoles. Toutes ces intentions, certes louables, sont néanmoins étrangères aux conditions favorables au développement du désir de connaître, au fondement de l’apprentissage et de la réussite scolaire. C’est comme si on croyait que la réussite de la relation amoureuse d’un couple dépend de la beauté de leur appartement, de l’apparence physique des partenaires et de la qualité de leur alimentation. Cette façon de procéder s’inscrit dans le paradigme habituel et suranné du ministère de l’Éducation, qui croit que, pour parler sainement de l’éducation des élèves, il vaut mieux s’en remettre à ceux qui y sont étrangers. Le ministre de l’Éducation serait beaucoup mieux avisé de confier la réflexion aux praticiens qui s’acharnent sur le terrain avec l’insuffisance des moyens que son gouvernement leur alloue.

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Source : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/495584/quebec-inc-la-plaie

Québec inc., la plaie

Le Devoir, Francine Pelletier, 5 avril 2017

S’il y a une vache sacrée au Québec, elle se promène en veston cravate et s’appelle Québec inc. Depuis 50 ans que nous sommes maîtres chez nous, nous avons toujours salué bien bas les entrepreneurs qui ont contribué à rapatrier notre économie et à rehausser notre estime de soi. Jusqu’à dimanche dernier, du moins, alors que 200 manifestants ont craché sur le fleuron de la Couronne, l’intouchable Bombardier. À la suite des augmentations obscènes chez ses dirigeants, la mèche est désormais plus courte face aux bonzes qui se croient tout permis.

[…]

Bien sûr, il n’y a pas que Bombardier dans cette galère. Je pense ici à Pierre Lavoie, Ricardo Larrivée et l’architecte Pierre Thibault, qui ont récemment été adoubés par le ministre de l’Éducation pour « repenser » l’école. Grande et noble mission pour « trois vedettes » qui n’ont rien à voir avec l’école proprement dite, outre des prestations hypermédiatisées à l’occasion, qui ne savent pas ce qui s’y fait (vraiment), mais qui arrivent auréolés par l’entrepreneuriat avec un grand E, le marketing à gogo, le branding tous azimuts et la page Facebook qui explose. Les attributs du Québec inc., en veux-tu, en v’là !

« Ils vont venir nous dire que ça prend des écoles mieux aménagées, ouvertes sur la nature, où on crée des espaces de collaboration. On le sait, tout ça », disait cette semaine le président de la Fédération autonome des enseignants, Sylvain Mallette, en soulignant l’insulte faite ici à tous les professionnels de l’éducation qui ont beaucoup plus d’idées sur la question, qui ont longuement réfléchi sur ce que devait être la mission de l’école, mais qui n’ont aucunement été conviés par le ministre.

On boude les véritables artisans, les vrais producteurs de contenu, au profit du béton, des infrastructures et de la poudre aux yeux.

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CONTRIBUTION DU PASSEUR DE LA CÔTE

Au lieu de gaspiller de l’agent pour orner le pont Laporte d’ampoules, de lampions, de je ne sais quoi,

qu’on cherche donc des idées pour illuminer (éclairer, si vous préférez) le ministre de l’Éducation du Québec.

Que les vedettes choisies par le ministre Sébastien Proulx n’oublient pas les toilettes!

Ça ne prend pas grand-chose pour rendre des toilettes attrayantes; le besoin d’uriner, par exemple. Mais les vedettes du ministre Proulx devraient quand même plancher fort sur la façon de faire des toilettes scolaires l’un des principaux facteurs de rétention des élèves.

Une belle porte peut faire aimer l’école.

 

Un message drôle au-dessus d’un urinoir peut tout changer. L’humour fait aimer l’école.

 

Roger Martel

Dans mon coffre aux souvenirs : l’école Saint-Dominique de Lévis (Québec) et Le Trouve-Tout (journal des élèves).

5 Levis Ecole St-Dominique 2011-11-04

L’école Saint-Dominique le 4 novembre 2011. (Photo de Roger Martel)

L’école Saint-Dominique est située tout près de l’Hôtel-Dieu, rue Wolfe, et de la communauté apostolique des Soeurs de la Charité de Saint-Louis, rue Saint-Louis de France. Elle se trouve sur le territoire de l’ancien village de Bienville, créé en 1863 et annexé en 1924 à Lauzon, Lauzon qui forma avec Lévis, en 1989, une nouvelle ville, Lévis-Lauzon (rebaptisée Lévis en 1991).

L’école « [reçoit] « 400 élèves du quartier, du préscolaire à la 6e année ainsi que des élèves du territoire de la commission scolaire [des Navigateurs] en Classe d’Intégration Scolaire et Sociale (CISS) » (http://web.csdn.qc.ca/ecole-fiche/245 vu le 19-08-2015).

L’école Saint-Dominique, pour moi, c’est avant tout le lieu où mes enfants ont longtemps fréquenté plusieurs « jardiniers en intelligences humaines » (le mot est de Victor Hugo), c’est-à-dire des maîtres d’école (comme disait Hugo), des enseignants (si l’on préfère). C’est aussi le lieu où j’ai collaboré pendant douze ans, de 1986 à 1998, à la réalisation du journal des élèves, Le Trouve-Tout. Pendant ces années, des centaines d’élèves ont eu entre les mains leur Trouve-Tout, publié quatre fois par année; beaucoup ont écrit pour Le Trouve-Tout, aidés par les enseignants, encouragés par la direction de l’école. J’étais convaincu, je le suis toujours, qu’il faut chercher à tout prix à faire naître chez les enfants l’amour de la lecture et de l’action d’écrire, il faut leur offrir souvent des raisons et des occasions de lire et d’écrire, et, cela va de soi, le temps de lire et d’écrire. Les journaux d’école invitent, portent, poussent à écrire et à lire.

Roger Martel (le Passeur de la Côte)

4 1988-09 Eveline Martel en classe, ecole St-Dominique

Une classe de l’année 1988-1989. (Photo de l’école Saint-Domoinique)

1 Le trouve-Tout Ecole S t-Dominique 1986-98

La première page de quelques numéros de Le Trouve-Tout.

3 Le Trouve-Tout Mars 1991

2 Le Trouve-Tout Avril 1988

Une page du numéro d’avril 1988 de Le Trouve-Tout.

6 Ecole St-Dominique 2014-09-17 Recreation

La récréation le 17 septembre 2014. (Photo de Roger Martel)

7 Levis Bd de l Entente_École St-Dominique_03-12-26 - 1

L’école Saint-Dominique le 26 décembre 2003. (Photo de Roger Martel)

Note – En 1986, l’année où j’ai commencé à collaborer au journal Le Trouve-Tout, j’ai acquis mon premier ordinateur. La capacité de son disque dur était de vingt millions d’octets (20 millions !).

L’humiliation OU L’éducation d’étudiants en droit et du ministre de l’Éducation du Québec

Dans sa chronique du 25 août 2014, Jean-François Nadeau parle de l’« activité d’intégration » des étudiants en droit, à Québec : « M’as t’la fourrer dans le cul », raconte la chanson promise à l’accompagnement des célébrations de la rentrée de l’Université Laval. « Cours avant qu’j’te fourre avec ma grosse graine d’ours. » Des « chanteurs » de la cohorte deviendront peut-être juge ou ministre de l’Éducation…

 

Dans sa chronique, Jean-François Nadeau porte justement un jugement sévère sur le ministre de l’Éducation actuel du Québec, cadeau du premier ministre Philippe Couillard : « Le ministre Yves Bolduc, médecin de son État, est un bel exemple des jolis produits de notre système d’éducation. Après avoir minimisé le fait que, bien que salarié à titre de député, il engrangeait aussi des primes généreuses comme médecin, le voilà à plaider qu’aucun enfant ne mourra si on achète encore moins de livres dans les écoles. Rien de grave, pour un ministre de l’Éducation pareil, à ce que les bibliothèques scolaires soient à nouveau plongées la tête sous l’eau. Seul compte que la révolution conservatrice à laquelle il participe continue de tout avaler pour mieux engraisser quelques individus dans son genre. »

 

On lit Nadeau dans le journal Le Devoir. On trouve sa chronique du 25 août 2014, intitulée L’humiliation, au http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/416766/l-humiliation.

 

 

Roger Martel (le Passeur de la Côte)