Les gilets jaunes en France : « Dieu se rit des hommes qui déplorent des effets dont ils chérissent les causes. »

La Vie (revue française), http://www.lavie.fr//debats/bloc-notes/une-detestation-inguerissable-04-12-2018-94798_442.php, décembre 2018

EXTRAIT

Il appartiendra aux historiens de comprendre pourquoi un jeune président [Emmanuel Macron], élu en 2017, nanti d’une majorité à sa main, d’un noyau de fidèles et d’obligés, et d’une sympathie de principe, aura pu déclencher si vite un rejet exaspéré. Il va bien plus loin que l’impopularité terminale de ses prédécesseurs. La détestation, cette fois, est viscérale. Pourquoi et comment ?

On répond généralement en évoquant l’arrogance, l’inclination pour les riches, le profil technocratique, etc. Mais pour ne pas rester vague, donnons ici quelques exemples : les « fainéants »,« ceux qui ne sont rien », ceux qui aiment « foutre le bordel », les « extrémistes », les chômeurs« multirécidivistes » du « refus d’embauche », ceux qui « feraient mieux de travailler » pour « se payer un costard », ceux qui se contentent d’être « illettrés », les « classes laborieuses », etc.

Un président qui s’exprime doit savoir qu’il alimente, jour après jour, une aversion spécifique. Et durable ! À propos de l’Arc de triomphe et de la tombe du Soldat inconnu, ajoutons que cette antipathie aura gagné les rangs de la police et l’armée elle-même. La parution récente d’un livre de ma consœur Nathalie Guibert, Qui c’est le chef ? (Robert Laffont) revient sur le sujet. Son premier chapitre – publié par Le Monde – dit à lui seul de quoi il s’agit : « Ce jour où Macron a pulvérisé l’honneur du général de Villiers. »

À ce stade une question se pose : comment gérer pareille détestation afin d’aller jusqu’au bout d’un quinquennat mal engagé ? Et cela, en tablant sur la seule police et sur un maintien de l’ordre « musclé » ? Suggérons à Emmanuel Macron, à propos de sa prétendue arrogance technocratique, de relire cette phrase de Bossuet, que le pape François avait reprise en février 2014 dans son discours aux ambassadeurs:

« Dieu se rit des hommes qui déplorent des effets dont ils chérissent les causes. »

Bossuet, théologien et écrivain français ordonné prêtre en 1652

Macron tu nous prends pour des cons

maintenant subis notre révolution


« …  les gilets jaunes sont le contraire de nantis. Ils sont, par définition, des perdants de l’économie mondialisée et libérale. »

(Laurent Joffrin, journal français Libération, https://www.liberation.fr/politiques/2018/11/22/gilets-jaunes-insurrection-des-beaufs-ou-juste-colere-du-peuple_1693631?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot, 22 novembre 2018)


« En attendant de connaître le sort de leur mouvement, les gilets jaunes pourront toujours commenter une actualité qui est à la fois à des années-lumière et qui n’est pas tout à fait sans rapport avec la leur, puisque c’est encore une affaire de bagnoles et d’impôts. Voici la véridique histoire de Carlos Ghosn, l’homme qui gagnait treize millions d’euros par an et qui n’en avait jamais assez. Accusé par les dirigeants de Nissan d’avoir dissimulé au fisc une partie de ses revenus, et autres malversations, il est aujourd’hui en garde à vue à Tokyo. Le vertige de la toute-puissance et de l’impunité a fini par le faire chuter. Il pourra se dire, comme Mirabeau (la formule, paraît-il, est de lui) que « la roche Tarpéienne est proche du Capitole ». Car même dans la jungle du capitalisme financier tout n’est pas possible. Encore que le vrai scandale est celui des salaires de ces grands patrons qui s’auto-augmentent sans vergogne. La confrontation de cette affaire avec le mouvement des gilets jaunes offre une illustration de la question à laquelle tout nous ramène toujours, celle du partage des richesses. Les gilets jaunes penseront sans doute que Ghosn appartient à une autre planète. Mais non, c’est sur la même planète qu’un homme estime valoir six cents fois plus que son salarié smicard. Et c’est un peu comme une insulte à la condition humaine. »

(Denis Sieffert, La stratégie du pourrissement, revue française Politis, 21 novembre 2018, https://www.politis.fr/articles/2018/11/la-strategie-du-pourrissement-39635/)

 

C’est Macron qui a ouvert les portes du Panthéon à Veil. Qu’en pensent ceux qu’il appelle « les gens qui ne sont rien » ?

Paroles d’Emmanuel Macron, président de la France, autrefois fille de l’Église catholique :

 

« Une gare, c’est un lieu où on l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. » (29-06-2017)

 

 

https://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-macron/de-foutre-le-bordel-ceux-qui-ne-sont-rien-6-phrases-polemiques-d-emmanuel-macron-5293359

 

Simone Veil aurait préféré être accueillie par un rien du tout.

 

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)