Si l’état du monde et l’humanitaire vous intéressent…

 

L’humanitaire et l’état du monde vous intéressent? Allez au http://www.msf-crash.org/ (c’est un site de Médecins sans frontières). On y trouve entre autres les résultats de recherches sur ces sujets :

 

Camps, réfugiés, déplacés

Catastrophes naturelles

Droits de l’homme, justice internationale

Effets pervers et limites de l’aide

Epidémies

Famine, malnutrition

Génocide

Ingérence, responsabilité de protéger

Médecine, accès aux soins

Médias, témoignage, plaidoyer

Sécurité du personnel humanitaire

Urgence, réhabilitation, développement

 

Allez-y !

Allez au http://www.msf-crash.org/

 

Nature et civilisation

NATURE

L’été a été là d’un seul coup, avec ses roses et sa verdure épaisse. La grive s’est tue. L’homme met son caleçon de bain, Le grillon meurt. Le coucou se gorge de chenilles. Autrefois, on savait ces choses par la colonne de gauche de l’Almanach Vermot. Il ne prend même plus la peine d’en parler. La nature ne sera bientôt qu’une espèce de souvenir d’enfance pour l’homme, assis sur une chaise en métal au milieu d’un cube de ciment. Le village aussi. Qui se souvient encore du bruit que faisait l’enclume du maréchal-ferrant, et des étincelles bleues qui l’entouraient dans l’ombre ? La forge était un coin des champs. Maintenant, tout le paysage n’est plus que sidérurgie. Autrefois il y avait l’église, le forgeron et la gendarmerie. Maintenant, il n’y a plus que l’usine. On sauvera la gendarmerie. Et on marchera vers le bonheur. Du même pas, en colonne par quatre. On sera heureux au commandement. (Alexandre Vialatte, Les Champignons du détroit de Behring, textes choisis par Ferny Besson, Paris, Julliard, ©1988, p. 282)

CIVILISATION

Le ciel est bleu. Le « fond de l’air » est frais. La surface aussi. J’écrivais récemment, dans ces colonnes, je crois : la civilisation se lézarde sous un ciel gris. C’est une phrase qu’il faut modifier, car les situations évoluent. Il faut savoir reconnaître ses torts. J’écrirai donc cette fois, pour ne pas faire d’entorse à la vérité historique : la civilisation s’effrite sous un ciel bleu. Que dis-je ? Elle s’effrite ? Elle se lézarde, elle se crevasse. Elle tombe par pans, par blocs énormes qui écrabouillent les gens au passage. La civilisation n’existe qu’où il y a une règle du jeu et un minimum de « fair play ». Or il n’y a plus de règle du jeu en nul domaine. Le crime fait la loi, le kidnapping politique, l’envahissement des ambassades, la sauvagerie payante, le mépris des traités, le sacrifice des otages, le massacre des innocents, la délation, les camps de la mort, le stalinisme élevé à la hauteur d’un culte, un enthousiasme général pour la barbarie triomphante, la danse rituelle autour de l’incendie, et l’incendie considéré comme un feu de joie. Dans les quelques îlots qui restent préservés, le feu couve à l’abri des regards. Et ces choses ne peuvent y finir que par des régimes de corruption bientôt suivis de dictatures effroyables. La civilisation n’a plus de chances de survie qu’en se défendant par des coups bas. Qui la suppriment. J’exagère ? Lisez les journaux.

Et les journaux ne disent pas tout. »

(Alexandre Vialatte, Les Champignons du détroit de Behring, textes choisis par Ferny Besson, Paris, Julliard, ©1988, p. 53-54)