Creusement des inégalités et érosion des programmes de sécurité sociale

Source : Guy Taillefer, Simplicité involontaire – Le Devoir, 27 décembre 2018 – ÉDITORIAL, https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/544331/retraites-simplicite-involontaire

EXTRAIT

Par Guy Taillefer, éditorialiste, Le Devoir
Dans l’empire de l’économie néolibérale qui tient le petit contribuable en laisse, le creusement des inégalités et l’érosion des programmes de sécurité sociale, là où ils existent, se sont accélérés en 2018, que les gouvernements pensent à droite ou qu’ils fassent semblant de pencher à gauche. […]
Moins médiatisée car plus éparpillée, cette exaspération s’est aussi manifestée cette année au sein d’une catégorie de citoyens qu’on ne voit pas souvent se mobiliser : les retraités. Leur courroux n’en est que plus éloquent.
De la France à la Russie en passant par le Nicaragua et l’Argentine, ils sont descendus dans la rue pour dénoncer des « réformes » promues par des gouvernements plus ou moins dysfonctionnels et déconnectés qui, de fait, se trouvent à approfondir la pauvreté des uns et à fragiliser les revenus de « classe moyenne » des autres au nom pratique d’impératifs budgétaires. Dans la dernière ligne droite de l’existence, trop de retraités — et de retraitées ! — deviennent, de force, des apôtres de la décroissance par simplicité involontaire. Dans le pire des cas, la religion du PIB à laquelle ils ont obéi toute leur vie les réduit à la mendicité.
[…]
Les programmes de sécurité sociale font partout débat, ici, là-bas. Mais il tombe sous le sens que lesdites réformes sont d’emblée injustes et que le dialogue social est inégal à partir du moment où ce sont les moins nantis qui paient la note et s’en trouvent davantage précarisés. Conçue pour les hautes castes, la réforme fiscale de Trump en est un cas grave en ce qu’elle creuse la tombe de programmes comme celui de la Social Security, le fonds finançant les retraites des Américains.
Comment peut-on parler de démocratie dans un monde où prospèrent les inégalités ? De plus en plus difficilement. Une solution radicale et salutaire consisterait évidemment à fermer les paradis fiscaux. Mais nos gouvernements en ont peu la volonté — ou n’y ont tout simplement pas intérêt. Le « vieillissement de la population » est une réalité qui continuera donc d’avoir le dos large. Et le pillage se poursuivra sur le dos de classes moyennes de plus en plus exsangues.

Que faire contre les inégalités ?

La montée des inégalités menace notre démocratie. Quest-ce quon attend pour agir ? Lécart est trop grand entre les discours et les actes. L’Observatoire des inégalités lance une campagne dont lobjectif est de formuler des propositions concrètes. A un an de lélection présidentielle, nous devons mettre les partis politiques face à leurs responsabilités. Chacun dentre nous, sil se sent concerné, a les moyens dagir pour plus de justice sociale.Pour cela, nous vous proposons de participer à lédition dun ouvrage rassemblant un ensemble de propositions concrètes pour réduire les inégalités et à lélaboration dune campagne dinformation. Dès 5 euros, vous recevrez une invitation à la conférence de présentation de louvrage.Chaque soutien fait lobjet dune réduction dimpôt sur le revenu équivalente à 66 % du montant versé.LObservatoire des inégalités est une association indépendante. Depuis 13 ans, il existe grâce au soutien de ses donateurs.

Source : Que faire contre les inégalités ? – Ulule

Ce qu’il faut retenir des « Panama papers ».

Politiques, footballeurs, de nombreuses personnalités sont présentes dans les documents panaméens qui ont été à la base de l’enquête internationale sur l’offshore.

Source : Ce qu’il faut retenir des « Panama papers »

Plus les riches sont riches et moins la croissance est forte.

Un document de travail du Fonds monétaire international (FMI) conteste la théorie libérale du « ruissellement », selon laquelle l’enrichissement des plus riches bénéficierait à la croissance.

Source : Plus les riches sont riches et moins la croissance est forte

Les tenants de la théorie du « ruissellement » ou « trickle down », selon laquelle les revenus des plus riches contribueraient à la croissance, ont du souci à se faire : des économistes du Fonds monétaire international (FMI) contestent ouvertement cette approche. Dans une étude sur les causes et les conséquences des inégalités, présentée lundi 15 juin, ils établissent au contraire que, plus la fortune des riches s’accroît, moins forte est la croissance.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/06/15/les-inegalites-de-revenus-nuisent-a-la-croissance_4654546_3234.html#U0T8ZWwA2ujwoW3k.99

Centre d’actualités de l’ONU – L’ONU établit le bilan des Objectifs du millénaire pour le développement à l’approche de la date butoir de 2015

 

 » Il est indispensable que ce programme s’attaque aux défis urgents dont la lutte contre la pauvreté et les inégalités », a indiqué M. Sajdik en affirmant qu’il est indispensable que les modes de consommation et de production soient parties intégrantes des objectifs de développement durable.  »

 

 

New York, 7 juillet 2014

À l’approche de la date butoir des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), le Secrétaire général des Nations Unies, Ban, a présenté lundi un rapport sur l’état de réalisation des objectifs, dont plusieurs ont été réalisés ou sont près d’être réalisés, en appelant à l’adoption d’un nouveau cadre d’objectifs ambitieux et inclusifs.

 

À 550 jours de la date butoir, M. Ban Ki-moon a souligné aux participants d’une réunion de haut-niveau du Conseil économique et social que le monde se trouve à un moment historique après que plusieurs étapes importantes ont été franchies.

 

Selon le rapport sur les OMD de 2014, le monde a d’ores et déjà atteint l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté ainsi que de ceux n’ayant pas accès à une source d’eau améliorée, l’objectif de réduire les disparités entre filles et garçons et il s’est félicité de l’amélioration des conditions de vie des populations urbaines qui vivent dans des bidonvilles.

 

« Des réalisations remarquables dans le domaine de la lutte contre le paludisme et la tuberculose ont été atteints et d’autres objectifs importants, tel que l’accès universel au traitement du VIH et l’élimination des substances nuisibles à la couche d’ozone peuvent être atteints dans les temps », a expliqué M. Ban.

 

« Les OMD ont aidé à unir, inspirer et transformer et l’action combinée des gouvernements, de la communauté internationale, de la société civile et du secteur privé peut faire la différence », a-t-il ajouté.

 

Le rapport indique cependant que des retards sont accusés pour la réalisation d’autres objectifs, tel que la réduction de la mortalité infantile et maternelle et l’amélioration de l’accès universel à l’assainissement.

 

M. Ban a jugé indispensable un cadre de développement d’après 2015 qui s’appuie sur ce qui n’a pu être réalisé, mais intègre aussi des domaines non couverts par les huit OMD. Il a souligné que le monde avait beaucoup changé depuis 2000 et que le développement, la paix et la sécurité et l’état de droit n’avait jamais été aussi connecté. Notant que la bonne gestion de l’environnement est de plus en plus importante pour garantir un développement économique et social durable, le Secrétaire général a jugé urgent de limiter l’augmentation de la température mondiale et de renforcer la résilience au climat.

 

De son côté le Président du Conseil économique et social, M. Martin Sajdik a dit que la Communauté internationale doit prendre conscience des opportunités qui s’offrent lors de la phase finale de la détermination du programme de développement d’après 2015. Il a souhaité que ce nouveau programme soit centré sur les gens et s’appuie sur les objectifs inachevés des Objectifs du Millénaire pour le développement 2000-2015.

 

« Il est indispensable que ce programme s’attaque aux défis urgents dont la lutte contre la pauvreté et les inégalités », a indiqué M. Sajdik en affirmant qu’il est indispensable que les modes de consommation et de production soient parties intégrantes des objectifs de développement durable.

 

« Vous devez prouver l’importance de l’ECOSOC pour favoriser l’intégration harmonieuse des trois piliers du développement durable » a lancé M. Sadjik aux États membres en rappelant que le programme d’après 2015 exige un engagement de haut niveau et une action collective.

 

Le Président de l’Assemblée générale, John Ashe, a estimé que ces délibérations seront essentielles pour déterminer notre vision de l’avenir du développement durable. Il a dit l’importance d’assurer le contrôle du programme de développement d’après 2015 en jugeant indispensable que la Forum soit en mesure d’établir des partenariats avec les agences des Nations la société civile et les autres partenaires pertinents.

 

M. Ashe a déclaré que l’objectif visant à parvenir à un développement inclusif est lourd à relever, mais que le débat de haut niveau de la session de 2014 du Conseil économique et social et de la réunion ministérielle de trois jours du Forum politique de haut niveau sur le développement durable aidera à avancer.

 

Solidarité : nous connaissons le mot; pratiquons la chose qu’il désigne.

Journée internationale de la solidarité humaine

BAN KI-MOON SOULIGNE LE BESOIN DE DAVANTAGE DE SOLIDARITÉ POUR MIEUX LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ ET LES INÉGALITÉS

source : Centre d’actualités de l’ONU: http://www.un.org/french/newscentre/

New York, 20 décembre 2013

À l’occasion de la , le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a souligné vendredi l’importance d’un effort commun de la communauté internationale pour lutter contre la pauvreté, la faim et les inégalités.

       « À l’aube de ce siècle, les dirigeants mondiaux réunis au Sommet du Millénaire ont réaffirmé leur attachement à la paix et à la sécurité, aux droits de l’homme et à la bonne gouvernance », a rappelé M. Ban dans son message pour la journée.

Les dirigeants mondiaux sont convenus d’un ensemble d’objectifs assortis d’échéances, récapitulés dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), en vue d’éliminer d’ici à 2015 l’extrême pauvreté et la faim, ainsi que de lutter contre les maladies évitables et d’autres maux sociaux et économiques mondiaux.

Le Secrétaire général a rappelé que ces objectifs exigeaient de chacun d’entre nous le respect mutuel et le partage des responsabilités.

« Nous marquons cette année la Journée internationale de la solidarité humaine en affirmant notre détermination à travailler ensemble à combler les lacunes qui subsistent pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement et définir la voie à suivre après 2015 afin d’instaurer un avenir plus viable pour tous », a déclaré M. Ban.

 

Le chef de l’ONU a indiqué que chacun a un rôle à jouer pour relever les défis économiques, politiques, environnementaux et sociaux actuels et chacun doit contribuer selon ses moyens aux efforts à déployer afin d’assurer le développement durable, pour profiter selon les besoins de les avantages. C’est là le principe même de la justice et de l’équité et c’est le sens de la solidarité.

« En cette Journée internationale de la solidarité humaine, je demande à chacun, quel que soit son pays, sa confession, sa culture ou sa tradition, de faire cause commune pour que soit tenue la promesse faite au tournant du Millénaire et pour que les générations futures reçoivent la paix, la prospérité et le progrès durable en héritage », a déclaré M. Ban.

Société et démocratie – État des lieux pour préparer une reconquête

Extraits d’un texte à lire à tout prix

État des lieux pour préparer une reconquête

par Serge Halimi,directeur de la rédaction du Monde diplomatique

Le Monde diplomatique, numéro 710, mai 2013, pages 1 et 8-9

( L’article de M. Halimi est réservé aux abonnés du mensuel Le Monde diplomatique. Retrouvez-en la version intégrale dans Le Monde diplomatique actuellement en kiosques, et dans l’édition électronique. http://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/HALIMI/49056 )

Extrait 1

Nul ne croit plus que la raison l’emportera sur des politiques d’austérité insensées, ni que la morale préviendra les scandales mêlant argent et pouvoir. Désormais, l’espoir d’un changement de direction repose sur la mise en cause frontale des intérêts en jeu.

« Je veux savoir d’où je pars

Pour conserver tant d’espoir »

(Paul Eluard, Poésie ininterrompue)

Certaines révélations renvoient à ce que nous savions déjà. Venons-nous d’apprendre que des responsables politiques aiment l’argent, fréquentent ceux qui en possèdent ? Qu’ensemble ils s’ébrouent parfois comme une caste au-dessus des lois ? Que la fiscalité dorlote les contribuables les plus fortunés ? Que la libre circulation des capitaux leur permet d’abriter leur magot dans des paradis fiscaux ?

Le dévoilement des transgressions individuelles devrait nous encourager à remettre en cause le système qui les a enfantées (lire « Le carnaval de l’investigation »). Or, ces dernières décennies, la transformation du monde a été si rapide qu’elle a pris de vitesse notre capacité à l’analyser. Chute du mur de Berlin, émergence des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), nouvelles technologies, crises financières, révoltes arabes, déclin européen : chaque fois, des experts se sont relayés pour nous annoncer la fin de l’histoire ou la naissance d’un nouvel ordre mondial.

Au-delà de ces mises en bière prématurées, de ces accouchements incertains, trois grandes tendances se sont dégagées, plus ou moins universelles, dont dans un premier temps il importe de dresser le bilan : l’envol des inégalités sociales, la décomposition de la démocratie politique et le rétrécissement de la souveraineté nationale. Pustule d’un grand corps malade, chaque nouveau scandale nous permet de voir les éléments de ce triptyque resurgir séparément, et s’emboîter l’un dans l’autre. La toile de fond générale pourrait se résumer ainsi : parce qu’ils dépendent prioritairement des arbitrages d’une minorité favorisée (celle qui investit, spécule, embauche, licencie, prête), les gouvernements consentent à la dérive oligarchique des systèmes politiques. Lorsqu’ils se cabrent devant ce reniement du mandat que le peuple leur a confié, la pression internationale de l’argent organisé s’emploie à les faire sauter.

Extrait 2

(Halimi cite François Hollande, président de la France)

« Jusqu’à ces dernières années, nous avions la conviction que nos enfants vivraient mieux que nous. Cette croyance s’est dissipée. »

Extrait 3

Une économie mondialisée où « le gagnant rafle tout »; des syndicats nationaux en capilotade; une fiscalité légère pour les revenus les plus lourds : la machine inégalitaire façonne la planète entière. Les soixante-trois mille personnes (dont dix-huit mille en Asie, dix-sept mille aux États-Unis et quatorze mille en Europe) qui détiennent un pactole supérieur à 100 millions de dollars possèdent une fortune cumulée de 39 900 milliards de dollars. Faire payer les riches ne tiendrait plus seulement du symbole.

Extrait 4

Éclairer les vrais ressorts de ce qui se trame, les mécanismes grâce auxquels richesses et pouvoirs ont été captés par une minorité contrôlant à la fois les marchés et les États, réclamerait un travail continu d’éducation populaire. Il rappellerait que tout gouvernement cesse d’être légitime quand il laisse se creuser les inégalités sociales, entérine l’affaissement de la démocratie politique, accepte la mise sous tutelle de la souveraineté nationale.

Dans un prochain article, l’auteur parlera de « stratégies politiques susceptibles de dégager des voies alternatives ».

Les inégalités de revenus au Canada, au Québec et dans le reste du monde

Les inégalités, l’un des grands tabous de notre époque

Journal montréalais Le Devoir, 7 février 2013 | http://www.ledevoir.com/societe/justice/370261/les-inegalites-l-un-des-grands-tabous-de-notre-epoque – Texte de Michel Venne (directeur général de l’Institut du Nouveau Monde) et Nicolas Zorn (chargé de projet, Institut du Nouveau Monde)

Les inégalités sont en hausse constante dans presque tous les pays développés.

Les inégalités tuent. Elles rendent malade, méfiant et malheureux. Elles frappent toute la population d’une société inégalitaire, qu’on soit riche ou pauvre. Plusieurs études confirment qu’elles poussent à se surendetter simplement pour maintenir son statut social. Le Fonds monétaire international considère qu’un niveau élevé d’inégalités est dangereux pour la stabilité économique et qu’il minerait la reprise économique.

Les inégalités en hausse chez nous

Mauvaise nouvelle : selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), les inégalités de revenus sont en hausse constante dans presque tous les pays développés. Le Canada connaît l’une des augmentations les plus fortes, a montré une étude du Conference Board.

Au Québec, les revenus du 1 % de la population le mieux nanti ont connu une croissance cinq fois plus importante que celle du 99 % restant depuis 1985 []

L’espérance de vie d’un enfant naissant dans Hochelaga-Maisonneuve est toujours de 11 ans inférieure à celle de l’enfant qui naît à Westmount.

Les inégalités sociales se transforment en inégalités scolaires. L’analphabétisme et le décrochage scolaire creusent les écarts.

On reste là, les bras croisés…

L’attitude la plus convenue par rapport aux inégalités est le laisser-faire. Les inégalités croissent depuis dix ans dans l’indifférence. []

 Les inégalités ne sont pas une fatalité. Tous les pays ont subi les effets de la mondialisation du commerce et des innovations technologiques. Pourtant, les inégalités n’ont pas crû de la même manière partout.

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Les inégalités de revenus : causes, évolution et situation québécoise

Texte de Jean-M. Cousineau publié au http://blogue.economistesquebecois.com/2011/10/20/les-inegalites-de-revenus-causes-evolution-et-situation-quebecoise/ ( Jean-Michel Cousineau est le président du Comité des politiques publiques, Association des économistes québécois, ainsi que professeur titulaire, École de relations industrielles, Université de Montréal. )

20 octobre 2011

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 Du côté de l’évolution des inégalités à travers le temps, on considère que la mondialisation, les changements technologiques et l’affaiblissement des institutions propres au marché du travail (salaire minimum, syndicalisme) sont les principaux facteurs explicatifs de leur agrandissement depuis le début des années 1980.

 De 1996 à 2006, nous avons pu trouver que les inégalités de marché ont diminué mais que les inégalités de revenus après impôts ont augmenté. Le coefficient de Gini après impôt est passé d’une valeur de 0,363 en 1996 à 0,376 en 2006. Deux raisons expliquent ce résultat. D’une part, les coupures qui ont été opérées au niveau fédéral en matière de transferts sociaux auprès des provinces et, deuxièmement, la baisse des impôts qui a fait que les plus hauts revenus ont payé moins d’impôts alors que la situation n’a pas changé pour les plus bas revenus.

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Écart entre riches et pauvres: le fossé se creuse

 Texte de Stéphanie Grammond publié dans le quotidien québécois La Presse le 14 mai 2011 – http://affaires.lapresse.ca/economie/canada/201105/13/01-4399274-ecart-entre-riches-et-pauvres-le-fosse-se-creuse.php

  (Montréal) Vingt-six dollars: c’est le prix d’une entrée de fruits de mer dans un chic steak house du centre-ville de Montréal. Mais 26$, c’est aussi ce qu’il reste à plusieurs assistés sociaux pour faire l’épicerie du mois au complet. Les études le confirment: le fossé entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser depuis 20 ans, emportant même une partie de la classe moyenne. Le Canada et le Québec n’échappent pas à ce phénomène mondial. «Danger!», prévient l’OCDE.

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 Une série d’études en arrivent à la même conclusion: depuis les années 80, une large part de la croissance économique a profité aux riches, tandis que les pauvres et la classe moyenne ont vu leurs conditions s’étioler.

 «Les inégalités de revenus augmentent sans cesse depuis deux décennies», a déclaré Angel Gurria, secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économique, lors d’un forum sur les inégalités qui s’est déroulé à Paris la semaine dernière.

 Selon l’OCDE, la polarisation économique devient carrément dangereuse. On n’a qu’à penser aux troubles sociaux au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. «Il est plus urgent que jamais de mettre fin à l’inégalité grandissante», insistait M. Gurria.

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 Au Canada, le revenu après impôt des familles qui font partie des 10% les plus fortunées a augmenté de 24% entre 1989 et 2004. Durant la même période, le revenu des familles les moins fortunées a reculé de 8%, selon les données les plus récentes de Statistique Canada.

[…]

Au Québec, le constat est semblable. La croissance de la richesse s’est concentrée entre les mains des plus riches, au détriment du reste de la population, conclut l’IRIS dans une étude approfondie de la période 1976-2006.

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 Mais la situation est encore plus décourageante pour les familles à faibles et moyens revenus: elles gagnent 10% de moins, alors qu’elles travaillent 13% de plus.

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En fait, seules les familles les plus riches – les 10% les mieux nanties – sont réellement gagnantes. Elles gagnent 24% de plus, tout en travaillant 5,7% moins d’heures.

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Démocratiser l’économie – À bâbord ! Éditorial de février-mars 2013

Revue québécoise À bâbord ! Éditorial du no 48 (février-mars 2013)

Présentation du dossier du no. 48

source : http://www.ababord.org/spip.php?article1557

Démocratiser l’économie

Philippe Hurteau, Chantal Santerre, Claude Vaillancourt

Un moyen incontournable pour combattre l’injustice et les inégalités

Deux constats sont à l’origine de ce dossier. Le premier devrait être une évidence pour chacunE de nous : les institutions économiques telles que nous les connaissons ne favorisent pas le développement de la démocratie. Elles génèrent des inégalités effarantes, distribuent injustement les fardeaux et les bénéfices de la production de biens et de services, mettent en concurrence les individus et les groupes et asservissent les institutions politiques aux classes dominantes.

Pour que la démocratie puisse s’exercer, il faut faire en sorte qu’elle soit au service du politique et du bien commun – et pas seulement des intérêts des classes dominantes. Ce premier constat nous impose un programme : celui de démocratiser l’économie. C’est-à-dire permettre aux citoyens et aux citoyennes d’obtenir un véritable contrôle des décisions économiques dans l’intérêt de la majorité.

Or, il est possible d’observer, ici et là, de convaincantes réalisations de ce programme. C’est là le deuxième constat à l’origine de ce dossier, et il est aussi encourageant que le premier pouvait être désolant.

Les citoyens et les citoyennes ont inventé des moyens multiples et remarquables pour se réapproprier l’espace public, pour démontrer que notre compréhension de l’économie ne doit pas se limiter à l’application des préceptes du libre marché. La preuve est alors faite que l’économie n’est pas ce à quoi tous et toutes doivent se soumettre et obéir.

C’est ainsi qu’en première partie de ce dossier, des articles nous donnent des exemples de différents types de politiques budgétaires dans lesquelles on retrouve des alternatives aux diktats que veulent nous imposer les tenants du marché. C’est là un précieux moyen de décider de l’utilisation de nos ressources collectives.

En deuxième partie du dossier, on trouvera justement des outils pour contrôler l’utilisation de ces ressources. Un premier article porte sur la vérification citoyenne de la dette, où l’on questionne l’origine de cette dette, sa signification et sa légitimité. Un autre article aborde la question du contrôle de la circulation des capitaux par l’implantation d’une taxe sur les transactions financières. On démontre enfin la nécessité de réguler le marché pour pallier l’une de ses importantes et dangereuses défaillances, les externalités.

Notre dossier se termine par une réflexion sur le travail, sur son rôle et sa place dans nos sociétés et sur son organisation, de manière à développer une plus grande démocratie. En théorie, dans notre système économique, le travail est libérateur parce qu’il nous permet de sortir de la pauvreté. Dans les faits, on constate qu’il est pour bien des gens une contrainte tellement forte qu’il les empêche d’exercer cette liberté pour laquelle ils travaillent. Il nuit ainsi à l’organisation d’une vie démocratique pleine et entière.

Ce dossier nous fait donc pénétrer dans un vaste chantier. Nous souhaitons que les propositions énumérées ici soient stimulantes et permettent d’en inventer d’autres, tout aussi appropriées. La démocratisation de l’économie est sans aucun doute un des moyens les plus incontournables pour combattre l’injustice et les inégalités.

ARTICLE ÉCRIT PAR Philippe Hurteau, chercheur à l’IRIS

Chantal Santerre

Claude Vaillancourt

Le revenu annuel des 100 personnes les plus riches suffirait à éradiquer quatre fois la pauvreté.

Nous ne pouvons plus prétendre que la création de richesses pour une poignée de privilégiés bénéficiera inévitablement au plus grand nombre – trop souvent, c’est le contraire qui est vrai.”

Jeremy Hobbs, Directeur général, Oxfam International

Publié le 19 Janvier 2013 au http://www.oxfam.org/fr/pressroom/pressrelease/2013-01-19/revenu-annuel-100-plus-riches-eradiquerait-pauvrete-4-fois

Selon Oxfam, les dirigeants doivent se fixer pour objectif d’au moins ramener les inégalités au niveau de 1990

L’explosion de la richesse extrême et des revenus colossaux exacerbe les inégalités et entrave la capacité du monde à combattre la pauvreté, comme l’explique aujourd’hui Oxfam dans un rapport publié en vue du Forum économique mondial de Davos, qui se tiendra la semaine prochaine.

Le revenu net des 100 milliardaires les plus riches s’élevait en 2012 à 240 milliards de dollars, ce qui suffirait à éradiquer quatre fois la pauvreté extrême, selon le rapport d’Oxfam intitulé « The cost of inequality: how wealth and income extremes hurt us all » (Le coût de l’inégalité : comment la richesse et les revenus extrêmes nous portent préjudice à tous). L’organisation exhorte les dirigeants mondiaux à endiguer les revenus extrêmes d’aujourd’hui et à s’engager à au moins ramener les inégalités au niveau de 1990.

Ces vingt dernières années, les revenus du pourcent le plus riche de la population ont augmenté de 60 %, une évolution que la crise financière contribue à intensifier, et non à freiner.

Oxfam souligne le fait que la richesse et les revenus extrêmes ne sont pas seulement contraires à l’éthique ; inefficaces sur le plan économique et destructeurs sur le plan politique, ils divisent la société et nuisent à l’environnement.

« Nous ne pouvons plus prétendre aujourd’hui que la création de richesses pour une poignée de privilégiés bénéficiera inévitablement au plus grand nombre – trop souvent, c’est le contraire qui est vrai », a averti Jeremy Hobbs, directeur général d’Oxfam International.

« La concentration des ressources entre les mains du pourcent le plus riche affaiblit l’activité économique et rend la vie de toutes les autres personnes plus difficile, en particulier au bas de l’échelle économique.

« Dans un monde où même les ressources les plus essentielles, telles que les terres et l’eau, se raréfient, nous ne pouvons pas nous permettre de concentrer les actifs entre les mains de quelques personnes et laisser le plus grand nombre se disputer les restes. »

Selon les estimations, les personnes appartenant au pourcent le plus riche émettent jusqu’à 10 000 fois plus de CO2 que le citoyen américain moyen.

Oxfam ajoute que les dirigeants mondiaux devraient tirer les enseignements des réussites actuelles observées dans des pays tels que le Brésil (qui a connu une croissance rapide accompagnée d’une baisse des inégalités), mais aussi des réussites historiques telles que le New Deal du président Franklin Roosevelt dans les États-Unis des années 1930, qui a permis de réduire les inégalités et de freiner les intérêts particuliers. De fait, Roosevelt avait déclaré : « l’égalité politique que nous avions su conquérir a perdu sa signification face aux inégalités économiques ».

Un « New Deal » mondial contre les inégalités

« Nous avons besoin d’un nouveau New Deal mondial pour renverser la croissance des inégalités constatée ces dernières décennies, a ajouté Jeremy Hobbs. Pour commencer, les dirigeants mondiaux devraient s’engager officiellement à ramener les inégalités au niveau de 1990.

« Dans les paradis fiscaux aux lois laxistes en matière d’emploi, les plus riches tirent profit d’un système économique mondial faussé qui joue en leur faveur. Il est temps que nos dirigeants réforment le système pour que celui-ci œuvre dans l’intérêt de l’ensemble de l’humanité et non d’une élite mondiale. »

La fermeture des paradis fiscaux, qui abriteraient 32 billions de dollars, soit un tiers de la richesse mondiale, pourrait générer un supplément de recettes fiscales de 189 milliards de dollars. Outre la lutte contre les paradis fiscaux, un nouveau New Deal mondial pourrait également viser à :

renverser la tendance actuelle à des formes de fiscalité plus régressives ;

instaurer un taux minimum d’imposition des sociétés à l’échelle mondiale ;

stimuler les revenus plutôt que le rendement des capitaux ;

accroître des investissements en faveur de services publics gratuits et de filets de sécurité sociale.