Des musulmans indifférents aux événements qui secouent le monde; des musulmans favorables à la sécularisation de leur société et à la privatisation des pratiques religieuses…

N’oublions pas que des musulmans sont indifférents aux événements qui secouent le monde, que d’autres luttent pour la sécularisation de leur société et pour la privatisation des pratiques religieuses.

Extrait de Géo-histoire de l’Islam, ouvrage de Pascal Buresi, édition de poche, Belin, © Éditions Belin/Humensis 2018 (© Éditions Belin, 2005, pour la première édition), p. 497
[Pascal Buresi, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (France) et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (France). Il dirige l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (Paris). Il a notamment écrit Les mondes de l’Islam. Une foi, des cultures (Larousse, 2006) et Histoire de l’Islam (La Documentation française, 2007); il a dirigé la publication de Histoire des pays d’Islam De la conquête de Constantinople à l’âge des révolutions ((2018)

La lecture religieuse des conflits mise en question

« …l’examen attentif des différentes régimes politiques dans les États où l’islam est la religion dominante et l’existence de troubles ou de problèmes similaires dans des régions ou des États non musulmans prouvent bien, d’une part que la religion musulmane n’est pas responsable de tous les maux politiques, sociaux ou économiques dont souffrent certains États musulmans, d’autre part qu’il faut chercher ailleurs les explications des problèmes que traversent les pays concernés. La violence au nom de Dieu ou de la religion n’est pas l’apanage des « islamistes ». Elle est aussi celle de tous les intégrismes religieux; elle ne doit pas non plus faire oublier que, dans le même temps, de nombreux musulmans vivent leur foi dans l’indifférence à l’égard des événements qui font la une des journaux et que d’autres luttent, contre les islamistes, pour la sécularisation de leur société et la privatisation des pratiques religieuses. Renoncer à la généralisation conduit à invoquer des héritages géographiques, sociaux, politiques ou anthropologiques bien plus nombreux et complexes que la seule religion musulmane qu’ils déterminent aussi en partie. »

Le monde est en guerre, dit le pape François, une guerre d’intérêts, d’argent, de ressources, pas de religions.

Source : http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/476503/le-monde-est-en-guerre-estime-le-pape

Le monde est «en guerre», estime le pape

Le Devoir, 28 juillet 2016 |Agence France-Presse | Éthique et religion

Cracovie — Le pape François a estimé mercredi, en arrivant en Pologne au lendemain de l’assassinat d’un prêtre en France, que le monde était « en guerre », mais, a-t-il souligné, pas en guerre de religion. « Le monde est en guerre parce qu’il a perdu la paix », a dit le souverain pontife. [Mais] quand je parle de guerre, je parle d’une guerre d’intérêts, d’argent, de ressources, pas de religions. Toutes les religions veulent la paix, ce sont les autres qui veulent la guerre ». « […] Depuis longtemps le monde est en guerre fragmentée. La guerre qui était celle de 1914, puis de 1939-1945, et maintenant celle-ci. » Le pape utilise souvent le terme de « guerre fragmentée » pour décrire une guerre composée de différents événements violents.

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe. Opinion d’un Québécois de religion musulmane.

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe | Le Devoir.

 

LIBRE OPINION

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe

Le Devoir, 5 février 2015 | Zaari Jabiri Mohammed – Résident en psychiatrie, Université Laval |

L’autre jour mon patient m’a avoué candidement, après plusieurs rencontres, qu’il n’aimait pas les Arabes et les musulmans en raison de ce qu’il voyait à la télévision. Pour lui, je représente une contradiction, car je suis un musulman « différent de ceux qu’on lui présentait dans les médias ». L’incident est plutôt banal, mais en dit long.

 

 

En parcourant nos médias, je suis toujours surpris par le fait que c’est la minorité qui monopolise nos écrans et alimente nos débats. En général, on fera de grands titres sur l’imam radical, sur l’intégriste potentiel, sur la femme voilée battue, ou encore, si ce n’est pas l’intégriste musulman, c’est l’islamophobe et le xénophobe qui prendront la parole. Ces « phénotypes » ne cessent d’être glorifiés. On les met en première page sans jamais penser à la majorité. On dirait que c’est juste leur voix qui est audible !

 

 

En tant que musulman, quand je tourne la tête autour de moi ou dans mon milieu de travail, je ne vois pas d’intégristes ni d’islamophobes. Je vois une majorité de Québécois de confession musulmane, pratiquants ou non, pour qui la religion est le dernier des sujets de conversation. Je vois une majorité de gens qui ont réussi leur vie et se sont bien intégrés dans leur société.

 

 

Je vois aussi autour de moi une majorité de Québécois dits « de souche » respectueux de la différence, respectueux de l’autre, soucieux du « nous », soucieux de rassembler et non de diviser ; je vois des collègues avec qui on rit de nos différences sans manquer de respect à l’autre ; je vois des Québécois qui ne me font pas sentir ma différence, mais plutôt mon appartenance au groupe. Or toutes ces belles personnes, on ne les entend pas ; on dirait que cette majorité, elle n’existe pas.

 

 

Qui se souciera, pour une fois, question de faire différent, de raconter l’histoire du neurochirurgien musulman qui sauve la vie à des centaines de personnes chaque année ? Qui se souciera de parler de la jeune psychiatre musulmane qui écoute et soigne des centaines de patients québécois sans distinction de race ou de religion ? Qui se souciera de partager les histoires et le vécu des milliers d’hommes et de femmes qui représentent une majorité de bons exemples de la communauté musulmane, des symboles d’intégration et non d’intégrisme dans le vrai sens du terme ; des symboles démontrant que le vivre-ensemble est possible et que ces gens-là représentent l’espoir d’un futur qui nous inclut tous.

 

 

N’importe quelle communauté a ses torts et ses brebis galeuses, mais lorsqu’on ne montre que ces dernières et les choses négatives, lesquelles sont statistiquement non significatives, lorsqu’on ne se concentre que sur un groupe en particulier, cela devrait nous pousser à nous poser des questions. Même cette communauté va commencer à se poser des questions sur sa société d’accueil qui ne cesse de se jeter sur n’importe quelle occasion pour la diaboliser.

 

Aidons les jeunes à s’intégrer en leur présentant de bons exemples auxquels s’identifier, des personnages qui ont réussi leur vie et qui leur donneront l’espoir d’une vie meilleure loin du ghettoïsme et de l’intégrisme.

 

 

Si on veut m’assimiler à une minorité qui ne croit pas aux valeurs humaines communes, ou qui croit à la violence, qui nie la liberté d’expression d’autrui, je dis NON haut et fort. Allez faire croire que j’en fais partie à l’un de mes collègues ou patients, ils vont rire de vous. Heureusement pour moi, mais sûrement pas pour une majorité ailleurs… suivez mon regard.