À Québec, au Montmartre, une conférence sur la prétendue similitude entre les musulmans et les chrétiens

Lévis, le 10 septembre 2018

Père Édouard Shatov

Le Montmartre, Centre de culture et de foi

1679, chemin St-Louis, Québec (Québec), G1S 1G5

culture-foi@lemontmartre.ca

Monsieur,

Auriez-vous l’amabilité de transmettre la présente à la direction du Montmartre?

Le 18 mars 2018, Monsieur Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec, a prononcé une conférence au Montmartre canadien. Selon le journaliste Philippe Vaillancourt, M. Labidi a dit à son auditoire : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (le pronom nous désigne ici les musulmans et les chrétiens). (http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec)

Avant d’accepter que M. Labidi s’adresse à des chrétiens et peut-être aussi à des non-chrétiens dans son enceinte, le Montmartre s’était-il assuré que M. Labidi avait les qualités requises pour traiter du sujet qu’il semble avoir choisi lui-même : la similitude, réelle ou non, entre les musulmans et les chrétiens. Pour parler d’un tel sujet, je suppose qu’il faut avoir de bonnes connaissances en théologie chrétienne et en théologie musulmane. M. Labidi en a-t-il? M. Labidi est présenté comme un homme d’affaires qui aurait été aussi fonctionnaire (on ne sait pas quel poste il occupait, quel métier il exerçait dans la fonction publique).

Dans l’auditoire de M. Labidi, y avait-il une ou plusieurs personnes en mesure de discuter de la question de la similitude, réelle ou non, entre les musulmans et les chrétiens? Ces personnes ont-elles pu interroger, dialoguer avec M. Labidi? Quelle formation avaient-elles?

Le Montmartre a-t-il écrit et publié un compte rendu de la conférence de M. Labidi?

Le Montmartre loue des salles. M. Labidi ou le Centre culturel islamique de Québec, présidé par M. Labidi, aurait-il loué une salle au Montmartre pour traiter de la similitude, réelle ou non, entre les musulmans et les chrétiens?

Je demanderais à la direction du Montmartre de lire le texte reproduit ci-dessous, que j’ai écrit et publié au http://www.lepasseurdelacote.

Je vous remercie de votre aide, M. Shatov, et vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel, citoyen de Lévis

Membre de la Société des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) de 1981 à 2007. Ancien employé du Bureau de la traduction du Gouvernement du Canada. Principal artisan de la publication de huit numéros de la revue trimestrielle de la Société d’histoire régionale de Lévis (2006-2008). Pendant douze ans (1986-1998), principal artisan, après les élèves, du journal de l’école primaire Saint-Dominique de Lévis en qualité de père d’élèves, puis de parent d’anciens élèves. Membre fondateur de la Société québécoise d’histoire de la pharmacie.

6364, rue Fraser, Lévis, G6V 3S3


LETTRE À M. MOHAMED LABIDI, PRÉSIDENT

CENTRE CULTUREL ISLAMIQUE DE QUÉBEC

Introduction

Depuis 2017, le spectacle La Perle est présenté aux Émirats arabes unis, à Dubai. Une soixantaine d’artistes provenant de plus de vingt pays y déploient leurs talents. Chacun a son bagage culturel; un certain nombre pratiquent une religion : islam, catholicisme… d’autres sont incroyants; dans les coulisses, on parle plusieurs langues. Leur spectacle est magnifique, dit-on. Leurs différences les ont-ils empêché de le créer? Non. Ensemble, ne forment-ils pas un instrument dont la justesse est bien réglée? On nous dit que oui. Plusieurs fois par semaine, ne parviennent-ils pas à ravir les spectatrices et les spectateurs? On nous dit que oui. La grande Terre des humains, immensément riche de beautés créées par ses habitants, pourrait être une plus belle scène, vous en conviendrez; les humains pourraient y jouer un plus beau spectacle, vous en conviendrez. Ces temps-ci, je parle de religions, surtout de l’islam et du christianisme; c’est parce que je compte sur les filles, c’est parce que je compte sur les gars, comme a dit le poète Paul Fort (Si tous les gars du monde, poème).

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec), août 2018

 

Lévis, le 30 août 2018

Monsieur Mohamed Labidi, président

Centre culturel islamique de Québec

Québec

Monsieur,

Le 18 mars 2018, vous avez prononcé une conférence au Montmartre canadien, propriété du Diocèse catholique de Québec que dirige le cardinal Gérald Cyprien Lacroix. Vous avez dit à votre auditoire : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (le pronom nous désigne ici les musulmans et les chrétiens). (Philippe Vaillancourt, journaliste, http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec)

Je ne comprends pas, pour une, deux ou trois raisons, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches. Je ne comprends pas que vous puissiez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches quand le Centre que vous présidez affirme que Jésus n’était pas le fils de Dieu, que Jésus n’a pas été crucifié, que Jésus est monté vivant au ciel et que Judas Iscariote a été crucifié à sa place (Le Vatican en panique…, http://cciq.org/2014/05/22/le-vatican-en-panique-levangile-de-barnabe-annoncait-la-venue-de-mohammed-monotheisme-tolerant/). Avez-vous dit aux chrétiennes et aux chrétiens venus vous entendre au Montmartre canadien que le Centre que vous présidez soutient que Jésus n’était pas le fils de Dieu, que Jésus n’a pas été crucifié, que Jésus est monté vivant au ciel et que Judas Iscariote a été crucifié à sa place? Leur avez-vous dit que l’apôtre Paul est un imposteur selon la « bible » que l’on dit avoir été trouvée en Turquie et dont parle le Centre dans son texte Le Vatican en panique? Si Paul est un imposteur, l’Église abuse-t-elle autrui par des mensonges, de fausses promesses (voyez la définition du mot imposteur)?

AFFIRMER QUE JÉSUS N’A PAS ÉTÉ CRUCIFIÉ ET QU’IL EST MONTÉ VIVANT AU CIEL, DONC QU’IL N’A JAMAIS RESSUSCITÉ, CE N’EST PAS BANAL, OH QUE NON  :

« LA RÉSURRECTION DU CHRIST EST AU CŒUR DE LA FOI CHRÉTIENNE. SANS RÉSURRECTION, DIT SAINT PAUL (1 CO 15, 17), LA FOI EST VAINE : RIEN DU CHRISTIANISME N’EXISTERAIT. »

(Théo, L’encyclopédie catholique pour tous, Paris, Éditions Droguet-Ardant\Fayard, dépôt légal mai 1993, imprimatur Paris le 6 février 1989, M. Vidal, vicaire épiscopal, p. 678)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Les pierres d’achoppement entre la religion musulmane et la religion catholique sont nombreuses. Qu’il s’agisse de la personne de Jésus, du dogme de La  Trinité, du concept de Révélation, de la liberté religieuse, de la prière, du statut de la femme etc. À la racine de toutes ces divergences, un rapport différent à nos « Écritures » respectives. » (Alain Feuvrier, jésuite et spécialiste de l’islam, Quelles différences entre l’islam et le christianisme? https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Islam/Quelles-differences-entre-l-islam-et-le-christianisme, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : (François Jourdan, islamologue et théologien eudiste, est l’auteur de Islam et Christianisme, comprendre les différences de fond publié en 2015; il répond ici à cette question de la journaliste Eléonore de Vulpillières : « Une fois que le concile Vatican II a « ouvert les portes de l’altérité et du dialogue », écrivez-vous « on s’est installé dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel ». Comment se manifeste ce consensualisme sur l’islam? ») (Réponse  de F. Jourdan 🙂 « Par l’ignorance, ou par les connaissances vues de loin et à bon compte: c’est la facilité. Alors on fait accréditer que l’islam est « abrahamique », que « nous avons la même foi », que nous sommes les religions « du Livre », et que nous avons le « même » Dieu, que l’on peut prier avec les « mêmes » mots, que le chrétien lui aussi doit reconnaître que Muhammad est « prophète » et au sens fort « comme les prophètes bibliques » et que le Coran est « révélé » pour lui au sens fort « comme la Bible » alors qu’il [le Coran] fait pourtant tomber 4/5e de la doctrine chrétienne… Et nous nous découvrons, par ce forcing déshonnête, que « nous avons beaucoup de points communs »! C’est indéfendable. » (Islam et christianisme : les impasses du dialogue interreligieux, http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2016/01/22/31004-20160122ARTFIG00344-islam-et-christianisme-les-impasses-du-dialogue-interreligieux.php, 22/01/2016)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « la charia est coranique, et l’islam doit supplanter toutes les autres religions (Coran 48,28; 3,19.85; et 2,286 récité dans les jardins du Vatican devant le Pape François et Shimon Pérès en juin 2014). D’ailleurs Boumédienne (président de l’Algérie (1932-1978), « il instaure un régime militaire qui provoque une opposition interne, réduite au silence (1967-1968) », écrit Larousse,) Kadhafi (Homme d’État libyen, 1942-2011) et Erdogan (homme d’état turc né en 1954), l’ont déclaré sans ambages ». (François Jourdan, islamologue et théologien eudiste, cité par la journaliste Eléonore de Vulpillières, http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2016/01/22/31004-20160122ARTFIG00344-islam-et-christianisme-les-impasses-du-dialogue-interreligieux.ph,p, 22/01/2016)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « L’un des plus douloureux malentendus concerne [] la personne de Jésus. Musulmans et chrétiens le revendiquent. Mais peut-on affirmer qu’il s’agit de la même personne ? En islam, Jésus (Aïssa) est l’un des nombreux prophètes musulmans envoyés par Dieu pour rappeler le pacte primordial entre Dieu et sa création. À l’instar des nombreux prophètes musulmans des temps passés (Adam, Abraham, Noé, Moïse etc.), Jésus (Aïssa) est lui aussi un grand prophète musulman, mais juste en dessous de Mohammed. Comme ce dernier, Jésus est prophète-envoyé : il a apporté un livre, l’Évangile (al-Indjîl), dont les chrétiens se réclament, mais qu’ils ont falsifié ; cette terrible accusation induit que, pour connaître l’authentique figure de Jésus, on doit recourir au Coran, seule révélation crédible. » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Enfin, le malentendu est redoublé puisque le Coran est, pour tout musulman, l’ultime Écriture donnée à Mohammed, sceau de toute prophétie. Or, il est impossible aux chrétiens de reconnaître Mohammed comme prophète, ni même comme l’exemple de toute fidélité à Dieu. Tout au plus peuvent-ils le voir comme un personnage des premiers âges de l’Ancien Testament, avant que la parole de Dieu n’ait policé les mœurs. Sur ce point, la distance entre chrétiens et musulmans est immense. Quant à Jésus, il est, entre chrétiens et musulmans, à la fois un lien très fort et « comme une pomme de discorde », écrit le penseur musulman Mohammed Talbi, qui poursuit : « L’islam le revendique et le glorifie. Mais, de ce fait, corollaire inévitable, Jésus est aussi un point focal des divergences qui opposent chrétiens et musulmans. Honnêtement, reconnaissons que nos divergences sont insurmontables. » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « De cette relation radicalement (au sens de « racine ») différente à leurs Écritures respectives découle, entre chrétiens et musulmans, le malentendu concernant le dogme chrétien de la Trinité. […] Ne nous arrêtons pas aux polémiques, bien présentes dans le Coran, concernant la « triade » chrétienne (un dieu « père », un dieu « fils » et Marie) (Coran 5, 116). Force est de constater que c’est là un point d’achoppement majeur. Les musulmans s’estiment en effet les seuls monothéistes authentiques. Puisque le Coran interdit formellement d’« associer » à Dieu d’autres dieux, les chrétiens sont taxés, en toute bonne foi, de polythéistes. Et le polythéisme est, en islam, le seul péché impardonnable ! » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Pour les musulmans : Dieu ne peut pas être un en trois personnes (mystère chrétien de la Trinité). Par conséquent, Jésus ne peut pas être Dieu (mystère chrétien de l’Incarnation). Mais il est Verbe de Dieu, né de la Vierge Marie, Messie. Il n’est pas mort, on lui a substitué un sosie, il reviendra à la fin des temps. Dès lors, pas de salut en Jésus-Christ (mystère chrétien de la Rédemption); la notion de faute universelle et donc de Rédemption est d’ailleurs étrangère à l’islam; chacun sera jugé par Dieu selon ses oeuvres. Le Coran est l’expression définitive de la Révélation, la « récapitulation » et le « sceau » de toute prophétie; la Torah de Moïse  et l’Évangile de Jésus ne sont que l’expression de Révélations partielles, par surcroît déformées par les juifs et les chrétiens. » (Théo, L’Encyclopédie catholique pour tous, Paris, Éditions Droguet/Ardant, © 1992, Imprimatur Paris le 6 février 1989, p. 142)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches. Je ne comprends pas parce « c’est […] avec la chrétienté latine, sous l’égide de Rome, que l’islam aura eu ses démêlés les plus durs et, hélas, les plus sanglants. » (Youakim Moubarac, Islam et arabité. Le dialogue islamo-chrétien. Les questions que le catholicisme se pose au sujet de l’islam*, http://youakimmoubarac.org/textes/12_-_YM_-_Les_questions_que_le_catholicisme_se_pose_au_sujet_de_l%27islam%5B,%20dossier%20h,%20p%20221.pdf – Y. Moubarac était un prêtre maronite libanais; il a écrit Les Musulmans : consultation islamo-chrétienne, paru en 1971)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « L’islam peut être […] considéré comme la plus grande tourmente qui se soit jamais abattue sur l’histoire de l’Église. » (Youakim Moubarac, La Pentalogie islamo-chrétienne, T. III, L’islam et le dialogue islamo-chrétien, Beyrouth, Cénacle libanais, 1972-73)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Nigeria : montée des tensions entre chrétiens et musulmans. Après des attentats qui ont visé les chrétiens le soir de Noël et qui ont fait 50 morts, les tensions au Nigeria entre chrétiens et musulmans semblent plus fortes que jamais. En ce mardi 3 janvier, les islamistes de la secte Boko Haram viennent d’ailleurs de poser un ultimatum aux chrétiens du nord du pays. Analyse de la situation avec Daniel Bach, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du Nigeria.

Que se passe-t-il entre chrétiens et musulmans aujourd’hui au Nigeria ?

Les sources de conflits potentiels entre chrétiens et musulmans ont toujours été nombreuses au Nigeria, qu’il s’agisse des débats autour du champ d’application de la loi islamique (sharia), de la création de nouveaux Etats ou du statut des populations dites ‘non indigènes’. (propos recueillis par Matthieu Mégevand – publié le 03/01/2012, http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/nigeria-montee-des-tensions-entre-chretiens-et-musulmans-03-01-2012-2159_118.php)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Chrétiens en terre d’Islam : l’impossible cohabitation ? Flambées de violence au Nigeria, expulsions au Maroc, fusillades en Égypte, exode en Irak… Les conflits interreligieux et les persécutions contre les minorités chrétiennes se multiplient dans les pays musulmans. Enquête sur un phénomène planétaire inquiétant. (Elise Collette, revue Jeune Afrique, http://www.jeuneafrique.com/197831/societe/chr-tiens-en-terre-d-islam-l-impossible-cohabitation/, 30 mars 2010)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches, je ne comprends pas parce que :  « Les relations entre les chrétiens et les juifs d’un côté, les musulmans de l’autre, traversent au Moyen Orient une phase critique et décisive. Critique parce que les tensions semblent s’intensifier. Les attaques meurtrières sont de plus en plus violentes, elles sont perpétrées au nom même d’une appartenance religieuse. Critique, mais aussi décisive en raison de la présence des chrétiens de plus en plus timide. Timide à cause des vexations et des dangers au quotidien. Timide également et surtout suite à la diminution numérique notable dans plusieurs pays. Dès qu’ils peuvent, les chrétiens quittent leur pays natal, pour trouver refuge dans des lieux plus sûrs, au moins sur le plan sécuritaire. C’est un des constats majeurs du synode spécial pour les chrétiens d’Orient qui souligne avec force cette réalité. » (Michel Younès, maître de conférences à l’université catholique de Lyon, Présence Mariste, N° 267, avril 2011,

http://www.presence-mariste.fr/Les-relations-des-chretiens-avec-les-Juifs-et-les-musulmans.html)

Les musulmans et les chrétiens ne sont pas très proches les uns des autres; on vient de le voir. Les musulmans eux-mêmes ne sont pas très proches les uns des autres. « Les musulmans sont divisés, en fait très divisés, écrit Jean Daniel (essayiste et créateur du magazine d’actualité Le Nouvel Observateur). On ne voit pas, a priori, comment, depuis leur sein, surgirait l’imagination d’une grande réforme qui entraînerait une fraternité réelle. En fait, comme il s’agit de ce fameux « vivre ensemble » à partager entre chrétiens, juifs et musulmans, la question ne peut échapper aux querelles théologales : dans quelle mesure les croyants des trois religions monothéistes pourraient-ils conclure des accords sans aggraver leurs propres désaccords ? C’est là un obstacle majeur, car mille difficultés peuvent surgir dès qu’il s’agit de sexe, d’héritage, ou de projets matrimoniaux. »  (Jean Daniel, A propos du débat avec l’islam : il faut savoir vivre ensemble, https://www.nouvelobs.com/edito/20180424.OBS5681/a-propos-du-debat-avec-l-islam-il-faut-savoir-vivre-ensemble.html, 25 avril 2018)

DERNIERS MOTS

Les musulmans refusent une religion réduite au for intérieur, ils refusent l’affirmation des droits de l’homme au détriment des droits de Dieu

« Ainsi ce qui distingue et oppose Christianisme et Islam, c’est d’abord l’affirmation de l’unicité divine et le refus de la divinité du Christ; le christianisme est sapé à sa base. C’est ensuite le refus des évolutions anthropologiques survenues en Occident, tant le refus d’une religion réduite au for intérieur, inimaginable en Islam, que le refus de l’humanisme. Ce qu’accepte l’Islam, c’est « une Déclaration de l’Homme musulman » d’après le Coran, mais certainement pas une Déclaration des Droits de l’homme à l’occidentale. De plus, dans le cas de l’Islam laïcité et sécularisation ne peuvent s’envisager sous la forme qu’elles ont revêtues contre l’Eglise catholique : l’Islam n’a pas de clergé sur lequel agir en le réduisant à des fonctions sans écho réel dans la société civile. Et s’il peut s’envisager des liens entre Christianisme et Islam, c’est peut-être, ou certainement, dans la direction de la spiritualité qu’on peut les établir – à condition que l’on n’insiste pas d’abord sur la spécificité de la mystique chrétienne. Ces diverses formes d’opposition entre les deux religions ne sont pas près d’être surmontées. »

(Bernard Chédozeau, Formes successives des conflits théologiques entre christianisme et islam, Académie des sciences et lettres de Montpellier, Séance du 21/06/2004, Conférence n° 3871. – Bernard Chédozeau est professeur d’université, agrégé de lettres, docteur ès lettres; il est l’auteur de La Bible et la liturgie en français : l’Eglise tridentine et les traductions bibliques et liturgiques, 1600-1789, Paris, Éditions du Cerf, 1990, 296 p.)

Les musulmans refusent une religion réduite au for intérieur, ils refusent l’affirmation des droits de l’homme au détriment des droits de Dieu. Cette situation présentera-t-elle un jour une issue favorable? Que répondez-vous, Monsieur Labidi?

Veuillez, Monsieur, agréer mes salutations distinguées.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

Pourquoi le président du Centre culturel islamique de Québec a-t-il dit que les musulmans et les chrétiens sont très proches? Ce n’est pas vrai.

Mot de l’auteur

Depuis 2017, le spectacle La Perle est présenté aux Émirats arabes unis, à Dubai. Une soixantaine d’artistes provenant de plus de vingt pays y déploient leurs talents. Chacun a son bagage culturel; un certain nombre pratiquent une religion : islam, catholicisme… d’autres sont incroyants; dans les coulisses, on parle plusieurs langues. Leur spectacle est magnifique, dit-on. Leurs différences les ont-ils empêché de le créer? Non. Ensemble, ne forment-ils pas un instrument dont la justesse est bien réglée? On nous dit que oui. Plusieurs fois par semaine, ne parviennent-ils pas à ravir les spectatrices et les spectateurs? On nous dit que oui. La grande Terre des humains, immensément riche de beautés créées par ses habitants, pourrait être une plus belle scène, vous en conviendrez; les humains pourraient y jouer un plus beau spectacle, vous en conviendrez. Ces temps-ci, je parle de religions, surtout de l’islam et du christianisme; c’est parce que je compte sur les filles, c’est parce que je compte sur les gars, comme a dit le poète Paul Fort (Si tous les gars du monde, poème).

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec), août 2018


Lévis, le 30 août 2018

Monsieur Mohamed Labidi, président

Centre culturel islamique de Québec

Québec

Monsieur,

Le 18 mars 2018, vous avez prononcé une conférence au Montmartre canadien, propriété du Diocèse catholique de Québec que dirige le cardinal Gérald Cyprien Lacroix. Vous avez dit à votre auditoire : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (le pronom nous désigne ici les musulmans et les chrétiens). (Philippe Vaillancourt, journaliste, http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec)

Je ne comprends pas, pour une, deux ou trois raisons, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches. Je ne comprends pas que vous puissiez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches quand le Centre que vous présidez affirme que Jésus n’était pas le fils de Dieu, que Jésus n’a pas été crucifié, que Jésus est monté vivant au ciel et que Judas Iscariote a été crucifié à sa place (Le Vatican en panique…, http://cciq.org/2014/05/22/le-vatican-en-panique-levangile-de-barnabe-annoncait-la-venue-de-mohammed-monotheisme-tolerant/). Avez-vous dit aux chrétiennes et aux chrétiens venus vous entendre au Montmartre canadien que le Centre que vous présidez soutient que Jésus n’était pas le fils de Dieu, que Jésus n’a pas été crucifié, que Jésus est monté vivant au ciel et que Judas Iscariote a été crucifié à sa place? Leur avez-vous dit que l’apôtre Paul est un imposteur selon la « bible » que l’on dit avoir été trouvée en Turquie et dont parle le Centre dans son texte Le Vatican en panique? Si Paul est un imposteur, l’Église abuse-t-elle autrui par des mensonges, de fausses promesses (voyez la définition du mot imposteur)?

AFFIRMER QUE JÉSUS N’A PAS ÉTÉ CRUCIFIÉ ET QU’IL EST MONTÉ VIVANT AU CIEL, DONC QU’IL N’A JAMAIS RESSUSCITÉ, CE N’EST PAS BANAL, OH QUE NON  :

« LA RÉSURRECTION DU CHRIST EST AU CŒUR DE LA FOI CHRÉTIENNE. SANS RÉSURRECTION, DIT SAINT PAUL (1 CO 15, 17), LA FOI EST VAINE : RIEN DU CHRISTIANISME N’EXISTERAIT. »

(Théo, L’encyclopédie catholique pour tous, Paris, Éditions Droguet-Ardant\Fayard, dépôt légal mai 1993, imprimatur Paris le 6 février 1989, M. Vidal, vicaire épiscopal, p. 678)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Les pierres d’achoppement entre la religion musulmane et la religion catholique sont nombreuses. Qu’il s’agisse de la personne de Jésus, du dogme de La  Trinité, du concept de Révélation, de la liberté religieuse, de la prière, du statut de la femme etc. À la racine de toutes ces divergences, un rapport différent à nos « Écritures » respectives. » (Alain Feuvrier, jésuite et spécialiste de l’islam, Quelles différences entre l’islam et le christianisme? https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Islam/Quelles-differences-entre-l-islam-et-le-christianisme, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : (François Jourdan, islamologue et théologien eudiste, est l’auteur de Islam et Christianisme, comprendre les différences de fond publié en 2015; il répond ici à cette question de la journaliste Eléonore de Vulpillières : « Une fois que le concile Vatican II a « ouvert les portes de l’altérité et du dialogue », écrivez-vous « on s’est installé dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel ». Comment se manifeste ce consensualisme sur l’islam? ») (Réponse  de F. Jourdan« Par l’ignorance, ou par les connaissances vues de loin et à bon compte: c’est la facilité. Alors on fait accréditer que l’islam est ‘abrahamique’, que ‘nous avons la même foi’, que nous sommes les religions ‘du Livre’, et que nous avons le ‘même’ Dieu, que l’on peut prier avec les ‘mêmes’ mots, que le chrétien lui aussi doit reconnaître que Muhammad est « prophète » et au sens fort ‘comme les prophètes bibliques’ et que le Coran est ‘révélé’ pour lui au sens fort « comme la Bible » alors qu’il [le Coran] fait pourtant tomber 4/5e de la doctrine chrétienne… Et nous nous découvrons, par ce forcing déshonnête, que « nous avons beaucoup de points communs »! C’est indéfendable. » (Islam et christianisme : les impasses du dialogue interreligieux, http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2016/01/22/31004-20160122ARTFIG00344-islam-et-christianisme-les-impasses-du-dialogue-interreligieux.php, 22/01/2016)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « la charia est coranique, et l’islam doit supplanter toutes les autres religions (Coran 48,28; 3,19.85; et 2,286 récité dans les jardins du Vatican devant le Pape François et Shimon Pérès en juin 2014). D’ailleurs Boumédienne (président de l’Algérie (1932-1978), « il instaure un régime militaire qui provoque une opposition interne, réduite au silence (1967-1968) », écrit Larousse,) Kadhafi (Homme d’État libyen, 1942-2011) et Erdogan (homme d’état turc né en 1954), l’ont déclaré sans ambages ». (François Jourdan, islamologue et théologien eudiste, cité par la journaliste Eléonore de Vulpillières, http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2016/01/22/31004-20160122ARTFIG00344-islam-et-christianisme-les-impasses-du-dialogue-interreligieux.ph,p, 22/01/2016)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « L’un des plus douloureux malentendus concerne [] la personne de Jésus. Musulmans et chrétiens le revendiquent. Mais peut-on affirmer qu’il s’agit de la même personne ? En islam, Jésus (Aïssa) est l’un des nombreux prophètes musulmans envoyés par Dieu pour rappeler le pacte primordial entre Dieu et sa création. À l’instar des nombreux prophètes musulmans des temps passés (Adam, Abraham, Noé, Moïse etc.), Jésus (Aïssa) est lui aussi un grand prophète musulman, mais juste en dessous de Mohammed. Comme ce dernier, Jésus est prophète-envoyé : il a apporté un livre, l’Évangile (al-Indjîl), dont les chrétiens se réclament, mais qu’ils ont falsifié ; cette terrible accusation induit que, pour connaître l’authentique figure de Jésus, on doit recourir au Coran, seule révélation crédible. » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Enfin, le malentendu est redoublé puisque le Coran est, pour tout musulman, l’ultime Écriture donnée à Mohammed, sceau de toute prophétie. Or, il est impossible aux chrétiens de reconnaître Mohammed comme prophète, ni même comme l’exemple de toute fidélité à Dieu. Tout au plus peuvent-ils le voir comme un personnage des premiers âges de l’Ancien Testament, avant que la parole de Dieu n’ait policé les mœurs. Sur ce point, la distance entre chrétiens et musulmans est immense. Quant à Jésus, il est, entre chrétiens et musulmans, à la fois un lien très fort et « comme une pomme de discorde », écrit le penseur musulman Mohammed Talbi, qui poursuit : « L’islam le revendique et le glorifie. Mais, de ce fait, corollaire inévitable, Jésus est aussi un point focal des divergences qui opposent chrétiens et musulmans. Honnêtement, reconnaissons que nos divergences sont insurmontables. » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « De cette relation radicalement (au sens de « racine ») différente à leurs Écritures respectives découle, entre chrétiens et musulmans, le malentendu concernant le dogme chrétien de la Trinité. […] Ne nous arrêtons pas aux polémiques, bien présentes dans le Coran, concernant la « triade » chrétienne (un dieu « père », un dieu « fils » et Marie) (Coran 5, 116). Force est de constater que c’est là un point d’achoppement majeur. Les musulmans s’estiment en effet les seuls monothéistes authentiques. Puisque le Coran interdit formellement d’« associer » à Dieu d’autres dieux, les chrétiens sont taxés, en toute bonne foi, de polythéistes. Et le polythéisme est, en islam, le seul péché impardonnable ! » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Pour les musulmans : Dieu ne peut pas être un en trois personnes (mystère chrétien de la Trinité). Par conséquent, Jésus ne peut pas être Dieu (mystère chrétien de l’Incarnation). Mais il est Verbe de Dieu, né de la Vierge Marie, Messie. Il n’est pas mort, on lui a substitué un sosie, il reviendra à la fin des temps. Dès lors, pas de salut en Jésus-Christ (mystère chrétien de la Rédemption); la notion de faute universelle et donc de Rédemption est d’ailleurs étrangère à l’islam; chacun sera jugé par Dieu selon ses oeuvres. Le Coran est l’expression définitive de la Révélation, la « récapitulation » et le « sceau » de toute prophétie; la Torah de Moïse  et l’Évangile de Jésus ne sont que l’expression de Révélations partielles, par surcroît déformées par les juifs et les chrétiens. » (Théo, L’Encyclopédie catholique pour tous, Paris, Éditions Droguet/Ardant, © 1992, Imprimatur Paris le 6 février 1989, p. 142)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches. Je ne comprends pas parce « c’est […] avec la chrétienté latine, sous l’égide de Rome, que l’islam aura eu ses démêlés les plus durs et, hélas, les plus sanglants. » (Youakim Moubarac, Islam et arabité. Le dialogue islamo-chrétien. Les questions que le catholicisme se pose au sujet de l’islam*, http://youakimmoubarac.org/textes/12_-_YM_-_Les_questions_que_le_catholicisme_se_pose_au_sujet_de_l%27islam%5B,%20dossier%20h,%20p%20221.pdf – Y. Moubarac était un prêtre maronite libanais; il a écrit Les Musulmans : consultation islamo-chrétienne, paru en 1971)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « L’islam peut être […] considéré comme la plus grande tourmente qui se soit jamais abattue sur l’histoire de l’Église. » (Youakim Moubarac, La Pentalogie islamo-chrétienne, T. III, L’islam et le dialogue islamo-chrétien, Beyrouth, Cénacle libanais, 1972-73)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Nigéria : montée des tensions entre chrétiens et musulmans. Après des attentats qui ont visé les chrétiens le soir de Noël et qui ont fait 50 morts, les tensions au Nigéria entre chrétiens et musulmans semblent plus fortes que jamais. En ce mardi 3 janvier, les islamistes de la secte Boko Haram viennent d’ailleurs de poser un ultimatum aux chrétiens du nord du pays. Analyse de la situation avec Daniel Bach, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du Nigéria.

Que se passe-t-il entre chrétiens et musulmans aujourd’hui au Nigéria ?

Les sources de conflits potentiels entre chrétiens et musulmans ont toujours été nombreuses au Nigéria, qu’il s’agisse des débats autour du champ d’application de la loi islamique (sharia), de la création de nouveaux Etats ou du statut des populations dites ‘non indigènes’. (propos recueillis par Matthieu Mégevand – publié le 03/01/2012, http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/nigeria-montee-des-tensions-entre-chretiens-et-musulmans-03-01-2012-2159_118.php)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Chrétiens en terre d’Islam : l’impossible cohabitation ? Flambées de violence au Nigeria, expulsions au Maroc, fusillades en Égypte, exode en Irak… Les conflits interreligieux et les persécutions contre les minorités chrétiennes se multiplient dans les pays musulmans. Enquête sur un phénomène planétaire inquiétant. (Elise Collette, revue Jeune Afrique, http://www.jeuneafrique.com/197831/societe/chr-tiens-en-terre-d-islam-l-impossible-cohabitation/, 30 mars 2010)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches, je ne comprends pas parce que :  « Les relations entre les chrétiens et les juifs d’un côté, les musulmans de l’autre, traversent au Moyen Orient une phase critique et décisive. Critique parce que les tensions semblent s’intensifier. Les attaques meurtrières sont de plus en plus violentes, elles sont perpétrées au nom même d’une appartenance religieuse. Critique, mais aussi décisive en raison de la présence des chrétiens de plus en plus timide. Timide à cause des vexations et des dangers au quotidien. Timide également et surtout suite à la diminution numérique notable dans plusieurs pays. Dès qu’ils peuvent, les chrétiens quittent leur pays natal, pour trouver refuge dans des lieux plus sûrs, au moins sur le plan sécuritaire. C’est un des constats majeurs du synode spécial pour les chrétiens d’Orient qui souligne avec force cette réalité. » (Michel Younès, maître de conférences à l’université catholique de Lyon, Présence Mariste, N° 267, avril 2011,

http://www.presence-mariste.fr/Les-relations-des-chretiens-avec-les-Juifs-et-les-musulmans.html)

Les musulmans et les chrétiens ne sont pas très proches les uns des autres; on vient de le voir. Les musulmans eux-mêmes ne sont pas très proches les uns des autres. « Les musulmans sont divisés, en fait très divisés, écrit Jean Daniel (essayiste et créateur du magazine d’actualité Le Nouvel Observateur). On ne voit pas, a priori, comment, depuis leur sein, surgirait l’imagination d’une grande réforme qui entraînerait une fraternité réelle. En fait, comme il s’agit de ce fameux « vivre ensemble » à partager entre chrétiens, juifs et musulmans, la question ne peut échapper aux querelles théologales : dans quelle mesure les croyants des trois religions monothéistes pourraient-ils conclure des accords sans aggraver leurs propres désaccords ? C’est là un obstacle majeur, car mille difficultés peuvent surgir dès qu’il s’agit de sexe, d’héritage, ou de projets matrimoniaux. »  (Jean Daniel, A propos du débat avec l’islam : il faut savoir vivre ensemble, https://www.nouvelobs.com/edito/20180424.OBS5681/a-propos-du-debat-avec-l-islam-il-faut-savoir-vivre-ensemble.html, 25 avril 2018)

DERNIERS MOTS

Les musulmans refusent une religion réduite au for intérieur, ils refusent l’affirmation des droits de l’homme au détriment des droits de Dieu

« Ainsi ce qui distingue et oppose Christianisme et Islam, c’est d’abord l’affirmation de l’unicité divine et le refus de la divinité du Christ; le christianisme est sapé à sa base. C’est ensuite le refus des évolutions anthropologiques survenues en Occident, tant le refus d’une religion réduite au for intérieur, inimaginable en Islam, que le refus de l’humanisme. Ce qu’accepte l’Islam, c’est « une Déclaration de l’Homme musulman » d’après le Coran, mais certainement pas une Déclaration des Droits de l’homme à l’occidentale. De plus, dans le cas de l’Islam laïcité et sécularisation ne peuvent s’envisager sous la forme qu’elles ont revêtues contre l’Eglise catholique : l’Islam n’a pas de clergé sur lequel agir en le réduisant à des fonctions sans écho réel dans la société civile. Et s’il peut s’envisager des liens entre Christianisme et Islam, c’est peut-être, ou certainement, dans la direction de la spiritualité qu’on peut les établir – à condition que l’on n’insiste pas d’abord sur la spécificité de la mystique chrétienne. Ces diverses formes d’opposition entre les deux religions ne sont pas près d’être surmontées. »

(Bernard Chédozeau, Formes successives des conflits théologiques entre christianisme et islam, Académie des sciences et lettres de Montpellier, Séance du 21/06/2004, Conférence n° 3871. – Bernard Chédozeau est professeur d’université, agrégé de lettres, docteur ès lettres; il est l’auteur de La Bible et la liturgie en français : l’Eglise tridentine et les traductions bibliques et liturgiques, 1600-1789, Paris, Éditions du Cerf, 1990, 296 p.)

Les musulmans refusent une religion réduite au for intérieur, ils refusent l’affirmation des droits de l’homme au détriment des droits de Dieu. Cette situation présentera-t-elle un jour une issue favorable? Que répondez-vous, Monsieur Labidi?

Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec), 30 août 2018

Il serait beau que le Centre culturel islamique de Québec compatisse aux douleurs des chrétiens en terre d’islam.

Lévis, le 27 août 2018

Monsieur Mohamed Labidi, président

Centre culturel islamique de Québec (CCIQ)

2877, chemin Sainte-Foy, Québec G1V 1W3

Monsieur,

Le site web du (CCIQ) que vous présidez rapporte qu’une Jordanienne a été tuée par son père parce qu’elle s’était convertie à l’islam (https://cciq.org/2014/05/12/jordanie-une-femme-tuee-par-son-pere-pour-avoir-embrasse-lislam-2/); votre site web écrit que ce drame rappelle aux adeptes de l’islam « les douloureuses épreuves qu’ont dû affronter les premiers musulmans qui ont choisi de se soumettre à Dieu malgré les châtiments qu’ils encouraient par les négateurs ».

Le site web du CCIQ rappelle que le Coran, Livre sacré des musulmans, a été profané par des membres des Forces canadiennes. (https://cciq.org/2018/05/28/communique-de-la-tcom-du-25-mai-2018/)

Le site web du CCIQ écrit que « Les fidèles d’un centre islamique montréalais se disent soulagés par l’arrestation d’un homme sur le point de vandaliser le bâtiment [leur mosquée]». (https://cciq.org/2014/05/21/le-centre-islamique-respire-apres-larrestation/)

Vous avez parfaitement raison de revenir sur des actions condamnables qui ont malheureusement marqué les musulmans.

Me permettrez-vous, Monsieur Labidi, de vous dire que les catholiques du Québec apprécieraient beaucoup que vous compatissiez aussi, dans le site web du CCIQ, aux souffrances des chrétiens à qui un sort malheureux, voire affreux, est réservé en terre d’islam, chez des gens qui vénèrent le même Livre sacré que les musulmans du Canada. Il est malheureux que les membres du CCIQ ne fassent aucun cas des malheurs d’un grand nombre de chrétiens attribuables à leurs frères de l’étranger.

Par exemple, le CCIQ écrit que des musulmans vivant au Québec réclament le droit de porter des signes religieux. Le CCIQ n’a jamais parlé des chrétiens qui doivent subir le refus obstiné des musulmans d’Arabie saoudite de les autoriser à se construire une première église (les musulmans sont autorisés à avoir des mosquées au Québec). Au Québec, il y a environ 245 000 musulmans; en Arabe saoudite, il y a environ un million et demi de chrétiens, environ deux millions peut-être.

Je vous prie, Monsieur Labidi, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel , citoyen de Lévis

faut détruire toutes eglses ds peninsue arabique - Version 2

Message destiné à l’imam de Lévis, M. Karin Elabed – La loi islamique (charia)

Lévis, le 30 juillet 2018

 

Monsieur Karim Elabed, imam

Mosquée

Lévis (Québec)

 

Monsieur,

À Lévis, devant des Lévisiennes et des Lévisiens (j’imagine que la majorité étaient des catholiques ou avaient grandi auprès de parents catholiques), vous avez présenté sous un très beau jour ce que vous avez appelé « la charia » (loi islamique); cette rencontre, organisée par votre mosquée et Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles, portait ce nom : « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane ».

Dire à l’autre qui l’on est

« ON A DU MAL À SAVOIR CE QUE LE TERME « CHARIA » RECOUVRE PRÉCISÉMENT » (1) Comme il existe beaucoup de « charias » dans le monde, il me semble, Monsieur Elabed, que vous n’auriez pas dû présenter votre « charia » sans dire avec un minimum de précision ce qu’elle contient. Pourriez-vous dire maintenant aux gens de Lévis quel est le contenu de votre « charia »?

(1) Beaudoin Dupret, La charia. Des sources à la pratique, un concept pluriel, Paris, La Découverte, coll. Cahiers libres, 2014, p. 27. M. Dupret, spécialiste du droit dans les sociétés arabes et islamiques, est chercheur à l’Institut français du Proche-Orient.

LA CHARIA EST LA « LOI CANONIQUE ISLAMIQUE » La charia, dit un dictionnaire Larousse (2), est la « Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle, appliquée de manière stricte dans certains États musulmans » (vous avez bien lu : le dictionnaire dit bien que la charia régit la vie politique, la vie sociale…). Vous n’avez pas expliqué, Monsieur Elabed, comment pourrait être appliquée votre « charia » au Canada et au Québec, des entités laïques. Pourriez-vous le faire maintenant, pour les gens de Lévis? Pourriez-vous aussi expliquer pourquoi le quotidien montréalais La Presse en 2014 a pu écrire ce titre : « La Tunisie rejette la charia » (http://www.lapresse.ca/international/afrique/201401/04/01-4725613-constitution-la-tunisie-rejette-la-charia.ph), pourquoi la Tunisie, dont la grande majorité des citoyennes et des citoyens sont des musulmans sunnites (http://www.liberte-religieuse.org/tunisie/), n’ont pas voulu de la charia?

(2) https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/charia/14756

Dans les activités comme « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane », il faut que les imams (les prêtres aussi, il va de soi) et les porte-paroles officiels ou « autoproclamés » des musulmans (et ceux des chrétiens aussi, bien sûr) : évitent de faire des affirmations qui ne sont pas claires et qui peuvent embrouiller ou embrouillent celles et ceux qui les entendent; il faut qu’ils évitent de faire des affirmations qui ne sont pas suffisamment élaborées; il faut qu’ils évitent de faire des affirmations qui constituent des demi-vérités (à plus forte raison, il faut qu’ils évitent de mentir par omission ou autrement, est-il nécessaire de le dire?). Naturellement, la communauté musulmane doit veiller à ce que les personnes dûment autorisées à parler en son nom (mais qui leur donne cette autorisation?) possèdent les connaissances requises pour assumer cette importante responsabilité, pour traiter des sujets au programme, et ne pas tolérer les porte-paroles « autoproclamés », dans la mesure du possible. J’ajoute qu’il ne peut être satisfaisant, acceptable, d’organiser des échanges entre un ou deux musulmans inaptes à jouer leur rôle correctement ou même avec des musulmans possédant de vastes connaissances sur l’islam, d’une part, et un auditoire catholique, d’autre part, sur des sujets comme les rapports entre l’islam et la violence, les différences entre le dieu des musulmans et celui des chrétiens (y en a-t-il? islam et christianisme ont-ils le même dieu?), le salafisme, etc.; il vaut mieux organiser des échanges entre des spécialistes rigoureux pour traiter de tels sujets avec une profondeur suffisante devant des personnes qui s’interrogent (à qui on donnera la possibilité de poser des questions). On comprendra que des personnes qui n’ont jamais tenu un Coran entre leurs mains, qui n’ont pas beaucoup lu sur l’islam, peuvent difficilement trouver quelque chose à redire à un musulman qui leur exprimerait sa pensée, du haut d’une estrade, sur des points de doctrine, sur des dogmes, sur les droits humains islamiques, ou sur la loi islamique (charia).

Dans les dialogues entre les musulmans et les chrétiens, la clarté des déclarations écrites ou orales, la franchise des interlocuteurs et la sincérité de leurs paroles sont de première importance. La mauvaise foi n’est pas le fait d’amis. La mauvaise foi mène à un cul-de-sac.

L’islam inquiète-t-il?

Qui peut nier – vous-même, Monsieur Elabed, ne le nieriez sans pas, que des musulmans se soumettent ou sont obligés de se soumettre, dans certaines parties du monde, à des lois, à des règles, à des interdits que la grande majorité des citoyennes et des citoyens du Québec et du reste du Canada rejettent catégoriquement? Il n’est pas étonnant, par conséquent, que l’islam inquiète (que celle ou celui qui en doute consulte des sources sérieuses du web).

Pour l’islam au Canada, il serait très bénéfique, ça m’apparaît évident, que les musulmanes et les musulmans manifestent publiquement leur opposition aux lois, règles et interdits de l’islam inacceptables au Canada, mais qui existent ailleurs.

Il serait bénéfique pour l’islam au Canada que les musulmanes et les musulmans canadiens interviennent publiquement quand, par exemple, il est question dans les organes d’information de la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 et de son article 12 qui se lit ainsi « Toute personne a le droit d’exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites prescrites par la Loi », c’est-à-dire la charia, comme le précise cette note d’explication de la Déclaration : « Le terme « Loi » signifie la shari’ah, c’est-à-dire la totalité des ordonnances tirées du Coran et de la Sunnah et toute autre Loi déduite de ces deux sources par des méthodes jugées valables en jurisprudence islamique. « (3). La plupart des Québécoises et des Québécois n’accepteraient pas que leur déclaration des droits humains contienne des limites imposées par une religion.

(3) https://fr.wikisource.org/wiki/D(%C3%A9claration_islamique_universelle_des_droits_de_l%E2%80%99homme_de_1981

Il serait bénéfique pour l’islam au Canada que les musulmanes et les musulmans canadiens dénoncent publiquement le sort des musulmanes de l’étranger qui sont considérées comme des personnes mineures et qui sont placées sous la responsabilité d’un tuteur masculin, réclament que les musulmans et les musulmanes aient partout le droit d’abandonner leur religion publiquement, fassent campagne pour que les musulmanes et les musulmans homosexuels ne soient pas traités différemment des hétérosexuels et des bisexuels.

Ne croyez-vous pas, Monsieur Elabed, que les communautés musulmanes du Canada réduiraient l’inquiétude que l’islam fait naître dans une partie de la population du Canada si elles faisaient savoir plus souvent aux Canadiennes et aux Canadiens ce qu’elles pensent de telle ou telle question (liberté religieuse, homosexualité, etc.)? Cela permettrait aux non-musulmans de les connaître mieux, les non-musulmans se rendraient compte que l’islam n’est pas vécu de la même façon partout dans le monde. La vie ne serait-elle pas plus belle?

(Je vous soumets une idée : l’islam du Canada devrait publier un livre informatif qui pourrait s’intituler L’Islam : comment on le vit au Canada.)

Des enfants à l’école coranique

Depuis peu, le dimanche, je pense à des enfants musulmans que je connais depuis quelques années; je pense à eux d’une manière particulière depuis que j’ai appris qu’ils fréquentent une école coranique, le dimanche (des écoles coraniques accueillent les enfants de quatre ans, comme vous le savez, Monsieur Elabed). J’ai fait découvrir la Terrasse du Chevalier de Lévis à ces enfants et à leurs parents; un jour, je suis allé les rencontrer, à l’invitation de leurs parents, dans un parc de Lévis (le plus âgé des enfants allait jouer au soccer); ces enfants ont vécu un nuit de Noël chez moi, avec leurs parents, avec les miens, avec d’autres personnes nées au Québec ou ailleurs. Aujourd’hui, ces enfants fréquentent une école coranique, ils récitent le Coran. Je me demande : est-il pour bientôt, le dimanche où on leur fera lire le passage qui constitue un appel à tuer les juifs et les chrétiens, ou un autre des passages dits douloureux du Coran (on sait que la Bible contient elle aussi des passages douloureux)? J’imagine que l’école aura la bonne idée de reporter à plus tard, à des années plus tard, la lecture (et l’explication ou la tentative d’explication) des passages douloureux. Par ailleurs, je sais que les musulmanes et les musulmans ne prennent pas au pied de la lettre les passages douloureux (il y en a qui le font – des candidats au terrorisme et des terroristes, par exemple, mais ils constituent une minorité); je sais aussi que les enfants dont je parle ici ont des parents qui voudront leur faire comprendre qu’il n’est pas question pour les musulmans de tuer les adeptes d’autres religions ou qui que ce soit. Malgré tout, j’aimerais que les passages violents des livre sacrés soient supprimés; je ne vois pas pourquoi quelqu’un y perdrait. Je sais que des penseurs musulmans respectés demandent que certains passages du Coran soient retirés. Qu’en pensent les musulmanes et les musulmans du Canada, les imams du Canada, Monsieur Elabed?

Les dialogues entre l’islam et le christianisme sont laborieux, ils s’éternisent. Mahomet lui-même, mort en 632, a dû dialoguer avec des chrétiens, ou des chrétiens ont dû dialoguer avec Mahomet; des siècles et des siècles plus tard, dans les années 1960, le Concile Vatican II (chez les catholiques, assemblée d’évêques et de théologiens présidée par le pape) a cherché à favoriser les discussions entre les chrétiens et les musulmans; mais, en 2015, François Jourdan, islamologue, docteur en histoire des religions et en anthropologie religieuse, théologien, a écrit : « lorsque le Concile Vatican II a ouvert les portes de l’altérité et du dialogue, après un moment d’euphorie bien compréhensible pour sortir des ornières du passé, on s’est installé commodément dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel » (Islam et christianisme. Comprendre les différences de fond, nouvelle édition, Paris, Éditions du Toucan, 2015); et en 2018, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, dans son message aux musulmanes et aux musulmans célébrant le début du Ramadan, s’est permis d’écrire, un demi-siècle après Vatican II, cette phrase qui en dit long sur le dialogue islamo-chrétien : « Chrétiens et musulmans doivent passer de la confrontation à la collaboration » (https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Le-Vatican-appelle-collaboration-entre-chretiens-musulmans, 18 mai 2018). Nous deux, Monsieur Elabed, on s’essaie, on entame un vrai dialogue?

Je vous lirais avec intérêt.

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

P.-S. Cette communication et votre réponse, si vous me répondez, seront publiées dans le web, au www.lepasseurdelacote.com.

Je transmettrai cette communication au Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles ainsi qu’à un certain nombre de personnes, dont M. Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec.

Roger Martel

Un « dialogue » désespérant entre musulmans et non-musulmans à Lévis

Le 18 mai 2017, à Lévis, des citoyennes et des citoyens ont participé à une activité baptisée « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane », organisée par Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles. L’imam de la Mosquée locale, M. Karim Elabed, et la porte-parole de la communauté musulmane de Québec, Mme Marie-Josée Coulombe (qui a dit être une Québécoise de souche convertie à l’islam), ont été les principaux protagonistes de cette soirée. M. Elabed (qui a mentionné avoir fait des études théologiques, sans toutefois préciser leur durée) a présenté sous un très beau jour ce qu’il a appelé « la charia »; il a déclaré que « la charia » est la voie qu’il faut suivre, la  loi des musulmans. Mais qu’est-ce que la charia au juste?

La charia est la « Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle», écrit Larousse1. Un spécialiste du droit dans les sociétés arabes et islamiques et chercheur à l’Institut français du Proche-Orient, M. Baudouin Dupret, précise que l’ « on a du mal à savoir ce que le terme « charia » recouvre précisément […] « charia » en finit par connoter des tas de choses, faute d’en dénoter aucune ».2 Un professeur de philosophie marocain, membre sénior de l’Institut universitaire de France, M. Ali Benmakhlouf, abonde dans le même sens que M. Dupret : « Il faut reconnaître que le mot [charia] n’est pas suffisamment clair et qu’il ne renvoie pas à un ensemble de normes connues de tous, pour que l’on puisse dire avec sérieux que la charia est appliquée ici ou là.3

Comme il existe beaucoup de charias dans le monde, on ne peut prôner l’application de « la charia » sur un territoire sans préciser ce que cette charia contiendrait; le 18 mai 2017, l’imam Elabed n’a pas décrit le contenu de « la charia » qu’il présentait sous un très beau jour.

Les Canadiens qui vantent « la charia » veulent-ils que :

Les Canadiennes musulmanes soient considérées comme des personnes mineures et placées sous la responsabilité d’un tuteur masculin, comme en Algérie?4 La mort par lapidation soit le châtiment réservé aux musulmanes et musulmans homosexuels du Canada?5 Un tribunal islamique soit instauré au Canada et puisse, par exemple, condamner à la peine de mort les Canadiennes et les Canadiens musulmans qui renoncent à leur religion, ce qui se fait en Arabie saoudite, au Brunei, en Jordanie, au Koweit, au Soudan, en Somalie, au Yémen?6

Les partisans canadiens de « la charia » veulent-ils qu’il soit possible un jour, au Canada, de punir de lapidation la Canadienne musulmane adultère (cette peine est infligée en Iran),7 de condamner à la prison les Canadiennes et les Canadiens musulmans qui déclarent leur athéisme, comme en Indonésie, d’obliger les Canadiennes musulmanes à obtenir l’autorisation d’un tuteur masculin pour voyager, se marier, accéder à des études supérieures?

Les Canadiens adeptes de « la charia » veulent-ils que le Canada évolue comme l’a fait l’Indonésie, qui « n’est certes pas un État islamique », mais qui « ne peut toutefois pas plus prétendre être un État laïque. La place de la foi islamique s’est bâtie par étapes, sur une succession de compromis, avec sa part d’échecs et de réussites. Les gouvernements ont tenté de trouver un équilibre entre les aspirations des partisans de la charia et la pluralité structurelle d’un pays qui reste multiconfessionnelle, multiethnique et multilingue ».8

Les Canadiens qui présentent la charia sous un très beau jour sont-ils d’accord avec l’article 12 de la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981, qui se lit ainsi « Toute personne a le droit d’exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites prescrites par la Loi », c’est-à-dire la charia, comme le précise cette note d’explication de la Déclaration : « Le terme « Loi » signifie la shari’ah, c’est-à-dire la totalité des ordonnances tirées du Coran et de la Sunnah et toute autre Loi déduite de ces deux sources par des méthodes jugées valables en jurisprudence islamique. »9

À noter que c’est pendant la première partie de la « Soirée d’échange » que l’imam de Lévis a vanté « la charia ». Après la pause, il a cru bon de dire à l’assistance (lui avait-on conseillé de le faire?) qu’il n’était pas question d’imposer ladite charia aux Canadiennes et aux Canadiens. Rappelons qu’en 2005 l’Assemblée nationale du Québec a adopté à l’unanimité la motion suivante : « Que l’Assemblée nationale du Québec s’oppose à l’implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada ».10

Le Canada et le Québec sont des sociétés laïques

Le 18 mai 2017, des personnes présentes à la « Soirée d’échange » ont rappelé à l’iman Elabed, après l’avoir entendu vanté « la charia », que le Canada et le Québec sont des sociétés laïques, c’est-à-dire des sociétés qui « visent à la neutralité réciproque des pouvoirs spirituels et religieux par rapport aux pouvoirs politiques, civils, administratifs ».11

Le Tremplin a choisi de ne pas parler de ces interventions dans les textes qu’il a publiés au sujet de la « Soirée d’échange » dans l’édition de juin 2017 de son journal; on peut trouver ça curieux. Le Tremplin n’a rien dit non plus de la déclaration de M. Elabed concernant sa grande admiration de « la charia »; on peut se demander pourquoi.

Le 18 mai 2017, Le Tremplin a choisi de ne donner la parole qu’à deux musulmans. Comme la Soirée d’échange devait servir à « démystifier la religion musulmane et la culture islamique », il aurait absolument fallu que des non-musulmans ayant des connaissances étendues sur l’islam participent eux aussi à la Soirée. Leur présence aurait probablement amené M. Elabed et Mme Coulombe à parler de sujets qui n’ont pas été abordés. Par exemple : adaptation de l’islam au temps présent; affirmation du Coran selon laquelle l’islam est la « Religion vraie » et qu’il faut « la faire valoir sur toute autre religion en dépit des polythéistes » (pour l’islam les chrétiens sont des polythéistes) (« l’islam ne se considère pas comme les autres religions et doit dominer », a dit en 2016 un docteur en théologie, François Jourdan12); séparation de la religion et de la politique dans l’islam; respect des droits des enfants, de la femme et de l’homme; interdiction faite aux chrétiens, dans plusieurs pays musulmans, de commémorer la naissance de Jésus; violence faite aux chrétiens au Moyen-Orient par les fondamentalistes islamistes : M. Jean Fahmy, qui écrit pour l’Association catholique d’aide aux chrétiens d’Orient, dans une revue publiée par l’archidiocèse de Québec, mentionne notamment que : « Des maisons et des commerces appartenant à des chrétiens sont […] détruits et les habitants de certains villages ou de certaines régions sont obligés de quitter leurs terres ancestrales par peur pour leur sécurité; Des jeunes filles sont régulièrement kidnappées, converties de force et mariées à de parfaits inconnus, notamment en Égypte; Les conversions au christianisme sont frappées d’interdit et peuvent mener à des peines sévères »13; tolérance à l’égard des adeptes des religions autres que la nôtre; compatibilité ou incompatibilité entre « la charia » et la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Le Tremplin ne doit pas faire comme s’il ne s’était rien passé d’inacceptable le 18 mai 2017

Considérant que l’activité « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane » devait servir à M. Karim Elabed et à Mme Marie-Josée Coulombe, selon Le Tremplin, à atteindre le but suivant : « démystifier la religion musulmane et la culture islamique, faisant le rapprochement entre les valeurs islamiques et les valeurs de la société québécoise »14;

considérant que Le Tremplin et son conseil d’administration ont commis une erreur en faisant appel à seulement deux musulmans pour accomplir une tâche complexe, et que l’auditoire ne pouvait pas savoir si ces personnes avaient la formation requise pour remplir leur mission convenablement et étaient capables de faire l’examen de leur religion et de leur valeurs, qu’ils vénèrent sans doute, sans les embellir; considérant que les protagonistes ont fait une présentation incomplète, inexacte, de ce qui a été appelé « la charia » et qu’ils ont moins visé à renseigner objectivement l’assistance qu’à influencer l’opinion;

il serait indiqué que Le Tremplin organise des activités consacrées aux points communs et aux divergences du christianisme et de l’islam ainsi qu’à des questions comme celles qui sont énumérées ci-dessus et qui ont été été ignorées le 18 mai 2017.

Le 18 mai 2017, les deux membres musulmans du conseil d’administration du Tremplin étaient au Patro de Lévis.

Pour terminer, je crois bon de dire que je ne manifeste pas d’hostilité à l’égard des étrangers et des adeptes de l’islam, et que des musulmanes et des musulmans le savent, comme Le Tremplin qui a appris à me connaître depuis mon entrée dans son groupe de bénévoles. Ce que sera demain? Je ne suis pas optimiste. Pour la raison suivante : sur la scène il y a deux acteurs dont le rôle est vraiment trop petit : la raison et la volonté de « satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique. » (Déclaration universelle des droits de l’homme, article 29)

Roger Martel, citoyen de Lévis

COMPLÉMENT

« Le Canada applique plus la charia que n’importe quel pays musulman. »

 

« Mahomet a instauré la laïcité. »

 

Ces phrases ont été prononcées par l’imam de Lévis, M. Karim Elabed, qui avait bien voulu être interrogé, à la radio, par M. Stéphane Gendron, ancien maire de Huntingdon, le 26 avril 2017. Écoutez-le :

https://soundcloud.com/commission-gendron/limam-karim-alkabed-charia-26-avril

(entendu le 29 juin 2018)

NOTES

1 https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/charia/14756 , consulté en 2018

2 La charia. Des sources à la pratique, un concept pluriel, Paris, La Découverte, coll. Cahiers libres, 2014, p. 27

3 Ce que la charia n’est pas, Courrier de l’UNESCO, https://fr.unesco.org/courier/ce-que-charia-n-est-pas, consulté le 25 juin 2018

4 https://www.franceculture.fr/religion-et-spiritualite/les-mondes-de-l-islam-410-les-applications-de-la-charia

5 France Culture, https://www.franceculture.fr/religion-et-spiritualite/les-mondes-de-l-islam-410-les-applications-de-la-charia

6 https://fr.wikipedia.org/wiki/Apostasie_dans_l%27islam (texte inspiré du livre Loi d’Allah, loi des hommes. Liberté, égalité et femmes en islam de Leïla Babès avec T. Oubrou, éditions Albin Michel, 2002)

7 Baudouin Dupret, Où et comment la charia est-elle appliquée dans le monde? Propos recueillis par Hélène Decommer, http://leplus.nouvelobs.com/contribution/326641-ou-et-comment-la-charia-est-elle-appliquee-dans-le-monde.html, publié le 24-02-2012

8 Ayang Utriza, La transformation du droit musulman en droit positif de l’État indonésien, in La charia aujourd’hui. Usages de la référence au droit islamique, ouvrage publié sous la direction de Baudoin Dupret, Paris, Éditions La Découverte, © 2012, p. 207

9 https://fr.wikisource.org/wiki/D(%C3%A9claration_islamique_universelle_des_droits_de_l%E2%80%99homme_de_1981

10 http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/37-1/journal-debats/20050526/2773.html#_Toc104971753

11 http://www.toupie.org/Dictionnaire/Laicite.htm

12 Paul Sugy (journaliste), Père François Jourdan : « On ne peut pas faire comme si on ignorait ce qu’il y a dans le Coran ! », Le Figaro, 04/05/2018, http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2018/05/04/31004-20180504ARTFIG00382-pere-francois-jourdan-on-ne-peut-pas-faire-comme-si-on-ignorait-ce-qu-il-y-a-dans-le-coran.php

13 Les chrétiens du Moyen-Orient: Présence millénaire, contribution essentielle, revue Pastorale-Québec publiée par l’Archidiocèse catholique de Québec, octobre 2017, https://www.ecdq.org/les-chretiens-du-moyen-orient-presence-millenaire-contribution-essentielle/

14 http://www.letremplinlevis.com/actualite-le-tremplin/communiques/soiree-d-echange-avec-la-communaute-musulmane-un-bilan-positif

 

 

 

Ils tuent au nom de leur religion.

« Toutes les religions sont susceptibles d’être violentes dans un contexte national, régional ou local particulier », explique le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel. Aujourd’hui, les projecteurs sont braqués sur l’islam, en particulier sur les atrocités commises par des groupes terroristes comme Daech et Al-Qaïda. Pour autant, les autres religions ne sont pas en reste. En Israël, les juifs extrémistes qui colonisent les Territoires palestiniens pour reconstituer le « Grand Israël » biblique marquent clairement le conflit territorial israélo-palestinien du sceau religieux. Et même les traditions a priori les plus pacifistes peuvent faire preuve de violence, à l’instar de certains moines bouddhistes birmans qui s’attaquent à la minorité musulmane Rohingya. Depuis une trentaine d’années, l’Inde est également le théâtre de violents affrontements entre hindous et minorités religieuses. Chrétiens et musulmans y sont régulièrement la cible d’attaques, voire de lynchages. »

(Louise Gamichon, Ils tuent au nom de leur foi (dossier Le mal au nom de Dieu), Le Monde des religions, numéro 75, janvier-février 2016, p. 36, http://www.lemondedesreligions.fr/papier/2015/75/ils-tuent-au-nom-de-leur-foi-23-12-2015-5172_220.php)

Massacre de Haarlem (Pays-Bas), 1572 / Les troupes espagnoles catholiques massacrent des protestants.