Islamophobie : l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.

Rassemblez des gens, envoyez-les crier dans les rues de Québec et de Montréal que les Québécois bafouent les droits des musulmans et qu’ils briment la liberté des musulmans, et vous réussirez à jeter des jeunes et des moins jeunes dans les bras des djihadistes ou des terroristes, même si votre cri est mensonger.

Tout un chacun a le droit de critiquer l’islam, le christianisme, le judaïsme, le Parti Républicain de Donald Trump, mère Teresa, le roi Pelé, le maire de sa ville, et de dire qu’il aime plus la Fanfare de Saint-Tite que celle de Maubeuge…

« … la religion n’est pas une personne et encore moins une race. Nous devrions pouvoir sans crainte, dans un pays libre, l’examiner, la critiquer, la dénoncer si besoin, la tourner en dérision et même l’insulter : aboli en France dès la Révolution, le blasphème est un droit démocratique élémentaire, constitutif et inséparable de la liberté d’expression, garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Vouloir intimider ou museler la population à propos d’une croyance religieuse, c’est faire le jeu de ses fidèles les plus sectaires et orthodoxes, au détriment de ceux et celles qui ont une pratique du culte beaucoup plus libérale. C’est aussi nous dire que l’héritage des Lumières mérite d’être abandonné. Si nous étions au XVIIIe siècle, les mêmes auraient cloué Voltaire, qui dénonçait l’intolérance religieuse et les crimes commis en son nom, au pilori. »

Alban Ketelbuters, Le concept d’islamophobie nous ramène deux siècles et demi en arrière, Le Monde des religions, 13/11/2019, http://www.lemondedesreligions.fr/une/le-concept-d-islamophobie-nous-ramene-deux-siecles-et-demi-en-arriere-13-11-2019-8375_115.php

( Alban Ketelbuters est coauteur de l’essai L’islamophobie (Dialogue Nord-Sud, 2016. De 2012 à 2017, il a publié des textes engagés relatifs à l’égalité des sexes, l’homosexualité et la laïcité, notamment dans Le Monde, Libération, Marianne, L’Humanité ou Le Devoir. Titulaire d’un master « Lettres, Arts et Pensée contemporaine » de l’Université Paris-Diderot – Paris VII, il prépare actuellement un doctorat en littérature et études féministes. – Source : Le Monde des religions, 13/11/2019 )

Pour Alban Ketelbuters*, l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.

Attentat de Québec, 29 janvier 2017 -La Ligue des droits et libertés rappelle l’urgence de lutter contre le racisme et l’islamophobie.

Montréal, le 1er février 2017 – La Ligue des droits et libertés (LDL) joint sa voix à toutes celles qui ont exprimé dans les derniers jours des messages de solidarité, de sympathies et de réconfort envers les proches des victimes de la tuerie survenue au Centre culturel islamique de Québec ainsi qu’envers les communautés arabo-musulmanes du Québec.

La LDL condamne cet acte et dénonce son caractère raciste et islamophobe. Les témoignages de solidarité exprimés notamment lors des vigiles tenues au lendemain des événements attestent de la volonté d’une partie importante de la population de lutter contre le racisme. Ces messages appellent à la nécessité de reconnaître l’existence de l’islamophobie et à ne pas occulter la portée du discours qui la construit, la conforte et en fait la promotion.

Le contexte politique et médiatique constitue un terreau favorable aux paroles et gestes haineux ciblant régulièrement les communautés arabo-musulmanes, que ce soit dans la rue, sur les médias sociaux ou près de leurs lieux de rassemblement. L’attaque à Québec n’est que la plus récente et la plus violente de ces expressions. Elle ne doit pas nous faire oublier ce qui l’a précédé, notamment le débat identitaire soulevé à chaque proposition législative au sujet de la laïcité de l’État et les discours relayés par certains médias qui renforcent les préjugés contre différents groupes sociaux. Nous devrons agir collectivement sur ces éléments de contexte si nous souhaitons vraiment nous montrer solidaires. Afin de se prémunir contre de tels actes, la LDL réclame de la classe politique qu’elle reconnaisse l’existence de ces conditions, qu’elle assure la tenue d’une commission consultative sur le racisme systémique et qu’elle s’engage dans l’adoption d’une véritable stratégie de lutte contre le racisme. Elle enjoint également la population québécoise à ne pas accepter ni laisser passer les discours racistes et islamophobes. Il ne suffit pas d’affirmer que nous ne sommes pas racistes, il faut s’engager dans la lutte antiraciste.

À propos de la Ligue des droits et libertés

La LDL est un organisme à but non lucratif, indépendant et non partisan, issu de la société civile québécoise et affilié à la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Depuis plus de 50 ans, elle milite en faveur de la défense et de la promotion de tous les droits humains reconnus par la Charte internationale des droits de l’homme.

http://liguedesdroits.ca

Ligue des droits et libertés

516, rue Beaubien Est


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Attentat du 29 janvier 2017 à Québec – Sortir de la peur pour construire le Québec de demain.

Source : http://www.cjf.qc.ca/fr/infolettre_cjf/infolettre_cjf.php?idn=13534&cle=7h9mv2byvynt5t6xsfgx

Communiqué du Centre Justice et Foi suite à l’attentat du 29 janvier 2017 à Québec

Sortir de la peur pour construire le Québec de demain

Après le terrible attentat ayant fait au moins 6 morts dans la ville de Québec le 29 janvier dernier, Mohammed Yangui – le président du Centre culturel islamique de Québec – avait comme principale et légitime revendication que soit assurée la protection de sa communauté. Un appel partagé par plusieurs de nos concitoyens et concitoyennes de confession musulmane, et qui dépasse largement l’acte haineux dont certains viennent d’être victimes.

Cette peur ressentie n’est pas nouvelle, même si la tuerie de Québec nous a fait basculer au-delà d’une limite que nous aurions souhaitée infranchissable au Québec. Elle [la peur ressentie par des musulmans] a été attisée par plusieurs événements survenus ici et ailleurs depuis déjà une quinzaine d’années. Cette peur a des répercussions bien réelles dans la vie d’hommes et de femmes pour qui la foi et la pratique religieuse sont importantes, autant que dans celles de personnes qui, tout en étant non croyantes, sont perçues comme telles. Marginalisation, climat de suspicion, agressions verbales et physiques, discriminations de toutes sortes ont même forcé certaines et certains à cacher leur appartenance musulmane pour éviter la stigmatisation.

Des personnes non musulmanes expriment aussi leur peur et leurs inquiétudes face à ces événements dont les véritables causes sont complexes et souvent délibérément cachées. Cela rend malheureusement plusieurs individus réceptifs aux solutions expéditives qui tiennent de la simplification et s’alimentent au rejet de l’autre. Le récent décret du président Trump sur l’immigration, cité en exemple en réponse aux événements de Québec par son porte-parole Sean Spicer, en est la pire caricature. Cette décision aura des conséquences dévastatrices autant sur le plan de la géopolitique internationale que sur les relations entre les citoyens étatsuniens eux-mêmes.

De nombreuses interventions politiques et médiatiques, depuis dimanche, soulignent le caractère paisible de la ville de Québec où l’improbable vient de se produire. Comme si cela relevait d’une fatalité qui nous dépasse. La tentation est grande de réduire cet acte de violence à un déséquilibre mental chez son auteur, sans approfondir le contexte qui le rend possible. La répétition ad nauseam des termes « terrorisme » et « radicalisme » n’aide pas non plus à saisir correctement la portée de ce que nous vivons. Nous ignorons ainsi d’autres éléments de compréhension qui permettraient aux décideurs politiques et à l’ensemble de notre société de mieux identifier certains enjeux sous-jacents à ce drame. Pourtant, seule une telle profondeur d’analyse nous rendra capable de réagir collectivement adéquatement.

Par exemple, qu’attend-on pour sévir contre les « radio-poubelles », particulièrement nombreuses dans la région de Québec, qui contribuent clairement à la construction de la haine de l’autre – qu’il s’agisse des immigrants ou des femmes? Leurs effets sur la désinformation ambiante et la détérioration du climat social sont dénoncés par des individus et des groupes, mais cela ne semble pas préoccuper suffisamment nos décideurs ni mobiliser l’opinion publique pour qu’on y mette un frein. Ce contexte vicié constitue pourtant un terreau fertile à l’organisation ou à la résurgence de tendances d’extrême droite que nous feignons d’ignorer. De même, l’acceptation de discours ayant pour finalité d’essentialiser les personnes dites musulmanes à partir de stéréotypes gommant la complexité des identités personnelles et collectives. Le refus de reconnaître en cela l’expression d’une islamophobie réelle, vécue au quotidien par certains de nos concitoyens et de nos concitoyennes, limite notre juste compréhension des mécanismes d’une exclusion sociale pourtant bien documentée par des méthodes d’enquête et de recherches scientifiques et rigoureuses.

Les angoisses persistantes d’une partie de la population, quant à la disparition d’une société qui aurait été, jadis, plus homogène, doivent aussi être entendues. Ce sentiment de perte d’héritage, d’effilochement des liens sociaux et de déclassement socio-économique pose un réel défi à nos démocraties depuis trop longtemps minées par le néolibéralisme.

L’avenir du Québec passera par notre capacité à reconstruire nos liens et notre histoire à partir d’un partage de la richesse, de la parole et du pouvoir qui inclura toutes les composantes de notre société – y compris ceux et celles qui choisissent le Québec dans un processus d’immigration. Cette tâche n’est pas simple, mais elle est possible si nous nous y engageons ardemment et si nous en faisons un véritable projet politique en y mettant les ressources nécessaires.

Nous devons prendre conscience de façon urgente que la peur et le sentiment d’impuissance ont des effets extrêmement délétères sur notre vie collective. C’est pourquoi il faut souligner le fait important que des milliers de Québécois et Québécoises aient exprimé leur refus de cette peur, de cette impuissance et de cette division programmée en participant aux vigiles ou gestes de solidarité proposés dans plusieurs endroits du Québec, et appuyés par de nombreuses personnes à travers le monde.

C’est aussi pourquoi nous devons demander aux décideurs politiques de cesser de remettre aux calendes grecques les actions décisives concernant les discours haineux, l’émergence de groupes d’extrême droite, l’islamophobie réelle, la création d’une commission sur le racisme systémique, la mise sur pied d’initiatives et d’espaces citoyens prenant à bras le corps les défis d’une société pluraliste. Autant de dossiers pour lesquels une action parlementaire et une allocation de ressources, au-delà des divisions partisanes, est urgente.

L’attentat de Québec servira-t-il d’électrochoc afin que soit menée une réflexion en profondeur sur les conditions d’une véritable sécurité pour toutes et tous, et que des actions conséquentes soient prises? Il faut à tout prix qu’il en soit ainsi.

Centre justice et foi, 25, rue Jarry Ouest, Montréal, Québec H2P 1S6

Contact : Christiane Le Guen, cleguen@cjf.qc.ca tél.: 514-387-2541, p. 234

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Centre justice et  foi (CJF)

Le Centre justice et  foi (CJF) est un centre d’analyse sociale, un lieu de recherche et de réflexion qui pose un regard critique sur les structures sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses. Ce regard est inspiré par l’Évangile et par la spiritualité ignatienne. Le CJF a pour objectif de participer à la construction d’un monde commun fondé sur la justice. Pour ce faire, il tente de discerner les grands enjeux qui traversent la société québécoise et le monde à la lumière de valeurs fondamentales, comme la justice sociale, l’égalité et la solidarité. Le CJF fonde son analyse sur un parti pris pour les exclus.

Le CJF est constitué d’une équipe engagée dans l’analyse de l’actualité en vue de promouvoir, par ses publications et ses différentes activités publiques, un débat critique sur les choix qui fondent une société juste et démocratique. Le CJF participe à divers réseaux de solidarité et maintient des liens avec des organismes de la base qui poursuivent des objectifs semblables. En raison de ses options qui l’unissent étroitement à celles de la Compagnie de Jésus, le CJF est une œuvre reconnue et financée par les Jésuites du Canada français.

Le CJF est attentif aux « signes des temps » et aux grands courants qui marquent notre société, en vue d’explorer certaines pistes d’avenir. En lien avec sa mission et ses options fondamentales, il privilégie quatre champs :

– Un projet de société
– La lutte contre le néolibéralisme
– Pour un christianisme critique
– Une analyse féministe

(Source : http://www.cjf.qc.ca/fr/page_texte.php?id=3&title=mission)

Niqab, islamophobie, liberté de religion, multiculturalisme. Au Québec.

Extrait de Rupture anthropologique, article du chroniqueur Christian Rioux, Le Devoir, 9 octobre 2015, http://www.ledevoir.com/politique/canada/452222/rupture-anthropologique

Rupture anthropologique

« Dans quel autre pays pourrait-on discuter pendant des semaines le plus sérieusement du monde du droit de se couvrir le visage et de porter le niqab dans une cérémonie de… citoyenneté !

« Pensons-y un peu. À Paris comme à Montréal, dans les dîners de chambres de commerce, le port de la cravate est obligatoire. Dans toutes les cérémonies un peu prestigieuses, à Cannes ou à l’ADISQ, la tenue de soirée est de rigueur. Dans n’importe quelle activité sportive, l’uniforme s’impose. Mais, dans ce qui est censé être l’une des cérémonies les plus solennelles, on pourrait se présenter le visage couvert. Le seul fait de poser une question aussi extravagante montre bien que le culte des minorités et le délire multiculturel sont sur le point de faire perdre tout sens des réalités à une partie de nos élites. []

« Dans son tout dernier livre (Situation de la France, Desclée de Brouwer), le philosophe Pierre Manent [] refuse toute concession à l’égard du niqab. « Donner à voir le refus d’être vue est une agression permanente contre la coexistence humaine, écrit-il. Jamais les Européens n’ont caché leur visage, sauf celui du bourreau. » Face à une femme qui dissimule son visage, renchérissait la philosophe féministe Élisabeth Badinter, on est « condamné à s’adresser à cette personne humaine comme à un objet ».

[]

« Ce débat, entre les droits absolus des religions et ceux tout aussi absolus des femmes, ne mène qu’à un cul-de-sac. Surtout quand ces femmes choisissent volontairement de porter le niqab.

« On ne peut en sortir qu’en se rappelant que nos sociétés ne sont pas fondées que sur des droits, mais aussi sur des traditions, des moeurs, des cultures sans lesquelles elles sont inévitablement vouées au délitement.[]

« Dans nos sociétés, depuis toujours, on ne cache son visage que durant le carnaval. Pour le reste, se présenter à visage découvert est la condition sine qua non de toute civilité et donc de toute fraternité.

« C’est le philosophe Emmanuel Lévinas qui affirme que l’humain apparaît essentiellement par son visage et sa parole. Sans visage, pas d’humanité ! Et encore moins d’égalité puisque la personne voilée se donne le droit de me voir tout en me refusant ce même droit. La sphère publique présuppose que chacun peut y être identifié. Comme le débat public exige de connaître son interlocuteur. »

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Niqab et islamophobie: une leçon de démagogie (extrait)

Par Frédéric Bastien – Professeur d’histoire au collège Dawson et auteur

Source : Le Devoir, 9 octobre 2015, http://www.ledevoir.com/politique/quebec/452187/niqab-et-islamophobie-une-lecon-de-demagogie

Le débat sur l’interdiction du niqab lors de l’assermentation à la citoyenneté révèle une fois de plus que les Québécois sont opposés à la reconnaissance de la religion dans la sphère publique. Cette réaction s’explique par notre évolution historique. Cela ne reflète aucunement un état d’esprit intolérant et islamophobe qui serait répandu ici, comme semble le croire Françoise David.

[]

… depuis la Révolution tranquille, les Québécois ont voulu édifier une société où la religion se pratique dans la sphère privée, de façon à ce que le catholicisme ne soit plus en mesure d’imposer ses choix ou ses normes au plus grand nombre. Ce qui vaut pour la majorité vaut aussi pour les autres. Quand les Québécois s’opposent aux accommodements religieux, ils ne font qu’appliquer aux religions minoritaires les normes qu’ils s’imposent à eux-mêmes. Cela n’a rien d’intolérant. Cette approche relève plutôt d’une logique inclusive et égalitariste. Dans la mesure où aucune confession ne s’impose dans la sphère publique, cela place tout le monde sur le même pied.

[]

En réalité, cette affaire ne pose pas tant la question de la liberté de religion. Quelqu’un pense-t-il sérieusement que les libertés religieuses sont réellement bafouées au Canada ? Il s’agit plutôt de savoir qui décide de ce qui est raisonnable. Les droits et libertés ne sont pas illimités, sinon la société sombrerait dans l’anarchie. On ne peut, par exemple, crier au feu à la blague dans un cinéma et ensuite invoquer sa liberté d’expression pour se justifier. Les droits s’arrêtent quelque part.

 

Françoise David se prononce : contre l’islamophobie, pour un Québec tolérant.

Source : Françoise David | Facebook

Je n’accepte pas de vivre dans un Québec intolérant. La question du niqab se réglera en Cour suprême, mais la question des rapports entre la majorité au Québec et ses minorités, dont la minorité musulmane, ça doit se régler au Québec en dehors d’une campagne électorale. L’immense majorité de nos concitoyens et concitoyennes de confession musulmane ne veulent qu’une chose : vivre en paix au Québec, en intégrant les valeurs québécoises d’égalité entre les hommes et les femmes.

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe. Opinion d’un Québécois de religion musulmane.

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe | Le Devoir.

 

LIBRE OPINION

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe

Le Devoir, 5 février 2015 | Zaari Jabiri Mohammed – Résident en psychiatrie, Université Laval |

L’autre jour mon patient m’a avoué candidement, après plusieurs rencontres, qu’il n’aimait pas les Arabes et les musulmans en raison de ce qu’il voyait à la télévision. Pour lui, je représente une contradiction, car je suis un musulman « différent de ceux qu’on lui présentait dans les médias ». L’incident est plutôt banal, mais en dit long.

 

 

En parcourant nos médias, je suis toujours surpris par le fait que c’est la minorité qui monopolise nos écrans et alimente nos débats. En général, on fera de grands titres sur l’imam radical, sur l’intégriste potentiel, sur la femme voilée battue, ou encore, si ce n’est pas l’intégriste musulman, c’est l’islamophobe et le xénophobe qui prendront la parole. Ces « phénotypes » ne cessent d’être glorifiés. On les met en première page sans jamais penser à la majorité. On dirait que c’est juste leur voix qui est audible !

 

 

En tant que musulman, quand je tourne la tête autour de moi ou dans mon milieu de travail, je ne vois pas d’intégristes ni d’islamophobes. Je vois une majorité de Québécois de confession musulmane, pratiquants ou non, pour qui la religion est le dernier des sujets de conversation. Je vois une majorité de gens qui ont réussi leur vie et se sont bien intégrés dans leur société.

 

 

Je vois aussi autour de moi une majorité de Québécois dits « de souche » respectueux de la différence, respectueux de l’autre, soucieux du « nous », soucieux de rassembler et non de diviser ; je vois des collègues avec qui on rit de nos différences sans manquer de respect à l’autre ; je vois des Québécois qui ne me font pas sentir ma différence, mais plutôt mon appartenance au groupe. Or toutes ces belles personnes, on ne les entend pas ; on dirait que cette majorité, elle n’existe pas.

 

 

Qui se souciera, pour une fois, question de faire différent, de raconter l’histoire du neurochirurgien musulman qui sauve la vie à des centaines de personnes chaque année ? Qui se souciera de parler de la jeune psychiatre musulmane qui écoute et soigne des centaines de patients québécois sans distinction de race ou de religion ? Qui se souciera de partager les histoires et le vécu des milliers d’hommes et de femmes qui représentent une majorité de bons exemples de la communauté musulmane, des symboles d’intégration et non d’intégrisme dans le vrai sens du terme ; des symboles démontrant que le vivre-ensemble est possible et que ces gens-là représentent l’espoir d’un futur qui nous inclut tous.

 

 

N’importe quelle communauté a ses torts et ses brebis galeuses, mais lorsqu’on ne montre que ces dernières et les choses négatives, lesquelles sont statistiquement non significatives, lorsqu’on ne se concentre que sur un groupe en particulier, cela devrait nous pousser à nous poser des questions. Même cette communauté va commencer à se poser des questions sur sa société d’accueil qui ne cesse de se jeter sur n’importe quelle occasion pour la diaboliser.

 

Aidons les jeunes à s’intégrer en leur présentant de bons exemples auxquels s’identifier, des personnages qui ont réussi leur vie et qui leur donneront l’espoir d’une vie meilleure loin du ghettoïsme et de l’intégrisme.

 

 

Si on veut m’assimiler à une minorité qui ne croit pas aux valeurs humaines communes, ou qui croit à la violence, qui nie la liberté d’expression d’autrui, je dis NON haut et fort. Allez faire croire que j’en fais partie à l’un de mes collègues ou patients, ils vont rire de vous. Heureusement pour moi, mais sûrement pas pour une majorité ailleurs… suivez mon regard.

 

Le Royaume de la Paix

Hicks Edward Le royaume de la Paix_vers 1834

Le Royaume de la Paix, œuvre du peintre américain Edward Hicks, vers 1834 *

Le peintre américain « Edward Hicks (1780-1849) commence à peindre des tableaux à un âge avancé, et non sans une certaine réticence. Tout en craignant que l’art ne soit contraire à la religion, il prouve qu’il peut aussi donner du sens à la vie. Hicks est incapable de faire une peinture dénuée de morale ; ses tableaux s’accompagnent souvent de vers édifiants qu’il compose lui-même, comme ceux qui encadrent sa vue des chutes du Niagara.

« Hicks fait partie des « primitifs » américains. Ses tableaux naïfs représentent les fermes et les paysages des États de Pennsylvanie et de New York. Mais il est surtout connu pour ses nombreuses peintures du Royaume de la Paix. [] Ce thème illustre la croyance de Hicks dans une Pennsylvanie, l’État des quakers, destinée à l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe (xi, 6-9) qui annonçait le règne de la justice et la paix parmi les hommes et les animaux. William Penn et d’autres quakers sont représentés sur la gauche du tableau, concluant le traité avec les Amérindiens, tandis que les bêtes décrites par Isaïe, parmi lesquelles jouent des enfants, sont rassemblées sur la droite. Le paysage, les personnages et les animaux composent une vision charmante et étrange des idées des quakers. » (source : Universalis, http://www.universalis.fr/encyclopedie/edward-hicks/)

Isaïe, Chapitre XI

Is 11,6. Le loup habitera avec l’agneau, et le léopard se couchera auprès du chevreau; le veau, le lion et la brebis demeureront ensemble, et un petit enfant les conduira.

Is 11,7. Le veau et l’ours iront dans les mêmes pâturages, leurs petits se reposeront ensemble, et le lion mangera la paille comme le boeuf.

Is 11,8. L’enfant encore à la mamelle se jouera sur le trou de l’aspic, et celui qui aura été sevré mettra sa main dans la caverne du basilic.

Is 11,9. Ils ne nuiront point, et ils ne tueront point sur toute Ma montagne sainte, parce que la terre est remplie de la connaissance du Seigneur, comme la mer des eaux qui la couvrent.

Le texte suivant a été publié dans le quotidien montréalais Le Devoir le 12 août 2013 au http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/384904/le-pape-salue-les-musulmans-et-exhorte-a-l-amour.

Le pape salue les musulmans et exhorte à l’amour

Cité du Vatican – Le pape François a une nouvelle fois adressé un salut chaleureux aux musulmans dimanche lors de l’angélus, place Saint-Pierre, pour la fin du ramadan, en appelant en parallèle les chrétiens à donner la priorité à l’amour.

« Je voudrais adresser un salut aux musulmans du monde entier, nos frères, qui ont il y a peu de temps fêté la conclusion du mois de ramadan », a lancé le pape devant plusieurs milliers de personnes.

Il a rappelé avoir déjà transmis un message début août à l’attention des communautés musulmanes. « J’ai souhaité que chrétiens et musulmans s’engagent pour promouvoir le respect réciproque, en particulier à travers l’éducation des nouvelles générations », a-t-il dit juste après la prière de l’angélus.

Le 2 août, il avait envoyé un texte qu’il avait voulu signer de sa main « comme expression d’estime et d’amitié envers tous les musulmans, spécialement envers leurs chefs religieux ». Dans son texte, François avait appelé aussi à « éviter la critique injustifiée ou diffamatoire » à l’égard des deux religions.

Le pape a consacré l’essentiel de ses déclarations de dimanche à une exhortation à « l’amour de Dieu » qui « a un nom et un visage ; celui de Jésus ». « Nous ne pouvons pas aimer l’air, pour les chrétiens l’espoir est la rencontre avec Jésus », a-t-il ajouté en sortant du texte écrit à l’avance.

« C’est l’amour qui donne de la valeur et de la beauté à tout le reste : la famille, le travail, les études, l’amitié, les arts et toutes les activités humaines », a repris le pape sous les acclamations des fidèles.

Pour François, l’amour donne « du sens aux expériences négatives, parce qu’il permet d’aller au-delà, de ne pas rester prisonniers du mal » ; il donne « un sens aux difficultés et aux soubresauts » de la vie humaine.

Il a appelé les fidèles à s’interroger « en silence » (…) : « votre coeur est-il plein de l’espoir de rencontrer Dieu ou est-il fermé, endormi, anesthésié ? » et aussi  « où est ton trésor, quelle est pour toi la réalité la plus précieuse ? n’est-ce pas aimer Dieu et faire du bien aux autres ? ».

Juste avant de prendre congé d’une foule enthousiaste, le pape a lancé son désormais classique : « bon dimanche et bon appétit », en ajoutant un « au revoir » comme s’il avait eu envie de s’attarder davantage. (Agence France-Presse)

* Cette illustration provient de ce livre magnifique : Mon premier livre d’art, Grandes oeuvres, premiers mots choisis par Lucy Micklethwait, Montréal, Fides (pour l’édition en langue française au Canada), 1993.