Le monde regorge de beautés. Exemple : Les secondes d’éternité.

 

 

LE JARDIN

 

Des milliers et des milliers d’années

Ne sauraient suffire

Pour dire

La petite seconde d’éternité

Où tu m’as embrassé

Où je t’ai embrassée

Un matin dans la lumière de l’hiver

Au parc Montsouris à Paris

À Paris

Sur la terre

La terre qui est un astre.

 

Jacques Prévert (1900-1977), Paroles, © 1949, Le Livre de poche, 1964, p.195

 

Le monde regorge de beautés. Exemple : un livre qu’on a hâte de lire.

On ne sait jamais ce que nous apportera une visite au magasin Écolivres, à Lévis (Québec). Écolivres vend des livres, des revues et des disques usagés (c’est une entreprise d’économie sociale). Vous entrez, vous n’êtes pas venu chercher un livre en particulier, vous furetez, et vous faites de belles découvertes, vous partez avec deux ou trois livres que vous avez hâte de lire. C’est merveilleux !

Le Passeur de la Côte connaît le poète français Jacques Prévert (1900-1977) : il a lu La pluie et le beau temps, Paroles, etc. Hier, 17 janvier 2013, chez Écolivres il a mis la main sur le recueil Choses et autres. De retour chez lui, il feuillette son nouveau Prévert, il lit :

Frontières

– Votre nom ?

– Nancy.

– D’où venez-vous ?

– Caroline.

– Où allez-vous ?

– Florence.

– Passez.

 

– Votre nom ?

– On m’appelle Rose de Picardie, Blanche de Castille,

Violette de Parme ou Bleue de Méthylène.

– Vous êtes mariée ?

– Oui.

– Avec qui ?

– Avec Jaune d’Oeuf.

– Passez.

 

Le lecteur, sa lecture terminée, a dit : « Merci, Monsieur Prévert! »

Le Passeur de la Côte, hier, a quitté Écolivres avec une autre beauté du monde : ce poème de la poétesse française Marie Noël (1883-1967) :

Chanson

Quand il est entré dans mon logis clos,
J’ourlais un drap lourd près de la fenêtre.
L’hiver dans les doigts, l’ombre sur le dos…
Sais-je depuis quand j’étais là sans être?

Et je cousais, je cousais, je cousais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu faisais?

Il m’a demandé des outils à nous.
Mes pieds ont couru, si vifs, dans la salle,

Qu’ils semblaient – si gais, si légers, si doux -,
Deux petits oiseaux caressant la dalle.

De-ci, de-là, j’allais, j’allais, j’allais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu voulais?

Il m’a demandé du beurre, du pain.
– Ma main en l’ouvrant caressait la huche –
Du cidre nouveau, j’allais, et ma main
Caressait les bols, la table, la cruche.

Deux fois, dix fois, vingt fois je les touchais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu cherchais?

Il m’a fait sur tout trente-six pourquoi.
J’ai parlé de tout, des poules, des chèvres,
Du froid et du chaud, des gens, et ma voix
En sortant de moi caressait mes lèvres…

Et je causais, je causais, je causais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu disais?

Quand il est parti, pour finir l’ourlet
Que j’avais laissé, je me suis assise…
L’aiguille chantait, l’aiguille volait.
Mes doigts caressaient notre toile bise…

Et je cousais, je cousais, je cousais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu faisais?

 

« Grand-maman, pourrais-tu me tricoter un beau cache-cou bien chaud ? »

Chanceux que nous sommes : le web contient cette autre beauté : Madame Christine Mattei-Barraud qui lit merveilleusement, pour nous, le poème de Marie Noël; allez vite au http://www.youtube.com/watch?v=4B_q1wrC1zM&list=UUp1-VNFTqhqv59Vp_1ahUAg&index=10.

Marie Noël, Les Chansons et les Heures, 1920

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