Qu’est-ce qu’un organe d’information indépendant? Le quotidien montréalais Le Devoir est-il indépendant?

Lévis, le 20 novembre 2017

Monsieur Brian Myles, directeur

Journal Le Devoir

Montréal

Monsieur le directeur,

Le Devoir est un journal indépendant; c’est ce qu’on lit souvent dans ses pages. Mais que veut-il dire? Qu’il n’est pas lié à ses propriétaires : Imprimerie populaire limitée, Fonds de solidarité F.T.Q. et Fonds de coopération Desjardins? Pourquoi ne serait-il pas lié à ses actionnaires? Et s’il est lié à ses actionnaires, peut-il se dire indépendant?

Le journal Le Soleil de Québec, qui ne clame pas qu’il est indépendant, a des propriétaires comme Le Devoir; son principal actionnaire est le Groupe Capitales Médias. Le Devoir dirait-il que Le Soleil n’est pas indépendant parce qu’il appartient au Groupe Capitales Médias?

Comme vous voyez, j’ai besoin d’éclaircissements.

Il me serait intolérable de vivre dans une société où les humains ne seraient pas libres de s’exprimer, dans une société où le droit des humains à l’information serait bafoué. La vie ne serait pas bonne sans de très bons organes d’information.

Je vous prie, Monsieur le directeur, d’agréer mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel

6364, rue Fraser

Lévis, G6V 3S3

P.-S. La présente sera publiée au www.lepasseurdelacote.com; je publierais votre réponse au même endroit.

Deux journaux, un écart de langage.

 

Le 22 août 2017, le quotidien Le Soleil de Québec donne la parole au maire de Québec, le lendemain d’une manifestation violente dans la ville de ce dernier :

 

Le même jour, le quotidien Le Devoir de Montréal transmet lui aussi le message du maire Labeaume :

 

Préférez-vous le langage du maire ou celui du Devoir ? Croyez-vous que M. Labeaume va accuser Le Devoir d’avoir déformé sa pensée?

 

Roger Martel, Lévis (près de Québec)

 

Le journaliste François Bourque provoque un séisme et un tsunami au journal Le Soleil, à Québec? Vrai ou faux?

( M. Bourque comprendra que c’est avec une certaine légèreté que j’aborde ici un sujet grave. )

Le journaliste François Bourque sera-t-il grondé par ses patrons? Le 24 avril 2017, il a osé parler du livre Acceptabilité sociale : sans oui, c’est non, écrit par Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé, et que les Éditions Écosociété de Montréal ont publié cette année. Écosociété est une maison qui cherche à éclairer les hommes et les femmes et à les intéresser à la marche du monde. Serait-ce la première fois que Le Soleil, quotidien de la capitale « nationale », logé à une seconde de vol l’Assemblée nationale, mentionne l’existence d’un livre de la dangereuse (?) Écosociété?

Nous sommes le 30 avril 2017. Une édition du Soleil circule dans les rues. Comme c’est dimanche, jour de repos, le journal distrait ses lecteurs avec des articles sur des livres. Le premier article porte sur Les Indésirables, de Madame Diane Ducret; ce livre est un roman. Le deuxième article est consacré au Garçon, que signe Monsieur Marcus Malte; c’est un roman. Le troisième article fera découvrir à des lecteurs des livres qui « font vibrer les coeurs »; ces livres sont des romans.

Hier, 29 avril 2017, Le Soleil, parce que c’est samedi, jour de week-end, distrait ses lecteurs avec une page baptisée « Club de lecture ». Le « livre de la semaine », la seule publication dont il sera question dans la page, est Le Poids de la lumière; c’est un recueil de nouvelles. Le Soleil apprend à ses lecteurs que la page du 6 mai portera sur Pivot; celle du 13 mai sur Sélection officielle, celle du 20 mai sur Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie. Deux de ces livres sont des romans, l’autre est le « journal de bord » du délégué général du Festival de Cannes.

À la page 39 de son édition 30 avril 2017, Le Soleil apprend à ses lecteurs que « le cycle de la Lune en Cancer vit quelques travers, l’illogisme et le manque de planification de certaines personnes risquent de vous importuner. Vous épargnerez des ennuis et des pertes de temps à tout le monde si vous prenez une situation en charge avant que les autres ne puissent commettre d’erreurs. Après tout, le Soleil éclaire actuellement votre Signe! » Puisse Le Soleil mieux éclairer ses lectrices et ses lecteurs! Pourquoi n’utiliserait-il pas les pages qu’il réserve chaque semaine aux horoscopes pour offrir des comptes rendus d’essais? Il ferait le bien à peu de frais.

Roger Martel (lecteur de très nombreux de romans)

Quelques publications d’Écosociété (source : http://ecosociete.org/livres)

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Le piège Énergie Est

L’impasse des sables bitumineux

L’oléoduc Énergie Est n’est pas qu’un simple tuyau où couleraient 2 000 litres de pétrole à la seconde. Donner le feu vert au projet de TransCanada, c’est s’exposer à […]

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D’Hiroshima à la guerre des drones

« Il y a assurément deux façons d[e] parler [du terrorisme], car le terrorisme n’est pas considéré comme tel lorsqu’il est pratiqué (et sous une forme nettement plus […]

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Chronique des années 70

Dans le Québec des années 1970, comme partout ailleurs dans le monde, toute une génération se lance « à l’assaut du ciel ». Pressée par l’urgence de la révolte, il lui faut […]

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** Prix Pierre-Vadeboncœur 2014 **Le Canada est un acteur central dans le processus d’offshorisation du monde. Dans cet essai choc, Alain Deneault démontre avec brio comment […]

ALAIN DENEAULT| COLLECTION RÉGULIÈRE |392 PAGES

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La nourriture n’est pas une marchandise comme les autres. Il en va de la sécurité alimentaire de milliards d’êtres humains, que les tractations libre-échangistes […]

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NOAM CHOMSKY| COLLECTION RÉGULIÈRE |400 PAGES

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Mues par la logique implacable du progrès, une poignée de multinationales sont en train de démanteler un système agricole séculaire pour assouvir leur soif de contrôle et de […]

BREWSTER KNEEN| COLLECTION RÉGULIÈRE |252 PAGES

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Le Soleil, Publié le 24 avril 2017 à 22h46 | Mis à jour le 25 avril 2017 à 06h55

«Acceptabilité sociale: sans oui, c’est non»

Avec le recul, on peut penser que la grande faiblesse du plan de mobilité durable dont est issu le SRB aura été de faire rapidement consensus.

FRANÇOIS BOURQUE, Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Je rentre de quelques jours au fleuve à Notre-Dame-du-Portage, loin des bruits de la ville, de la politique et du SRB.

Par les fenêtres de l’auberge, je me suis nourri du paysage de la grève rocailleuse battue par l’eau glaciale, de l’horizon embrumé sur les montagnes de Charlevoix et du ciel maussade d’où filtrait une lumière chancelante.

Il y a avait dans ce tableau mouvant toutes les nuances de gris.

J’avais apporté un essai qui vient de paraître aux Éditions Écosociété : Acceptabilité sociale : sans oui, c’est non. (1)

Vous y reconnaissez peut-être les mots des campagnes contre les violences à caractère sexuel. Ce n’est pas un hasard.

Les auteurs Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé ont cette «idée audacieuse» que «la notion de consentement devrait s’appliquer également au territoire».

«Si on veut développer le territoire, on doit appliquer le principe archisimple du consentement : sans oui, c’est non».

Leur thèse est née dans le contexte des débats sur l’exploitation et le transport des ressources naturelles (pétrole, gaz de schiste, éoliennes, etc.).

Je pense qu’elle permet aussi d’éclairer les débats sur l’aménagement et le développement urbain, dont celui du Service rapide par bus (SRB) que j’ai eu en tête tout au long de ma lecture.

Promoteurs et opposants ont d’ailleurs tous évoqué l’importance de l’acceptabilité sociale (ou de son absence) dans ce projet.

Ce fut le principal argument du maire de Lévis pour se retirer du SRB. Le maire de Québec l’avait aussi utilisé l’an dernier.

Qu’est-ce donc que l’acceptabilité sociale et comment la mesurer? L’essai y répond avec minutie et un brin de provocation.

Il aide à comprendre comment le projet de SRB, qui a déjà eu près de 75 % d’appuis lors de sondages, a fini par perdre (une partie) de ces appuis.

On pourrait reprocher à ses promoteurs d’avoir laissé le champ libre aux opposants ou d’avoir manqué de courage devant l’adversité, surtout à Lévis.

Mais la réalité est que les appuis étaient fragiles. Si on espère une meilleure acceptabilité sociale pour un projet de transport en commun, il faut comprendre pourquoi.

Il faut notamment se méfier de la majorité silencieuse qu’on croit souvent acquise, croient les auteurs de l’essai. Silence ne veut pas dire adhésion. Les citoyens peuvent avoir mille raisons de ne pas s’exprimer (ignorance, timidité, manque d’expertise, etc.).

Les promoteurs de grands projets (pas tous heureusement) tendent à en minimiser les impacts et coûts publics et à en gonfler les bénéfices (emplois, retombées, etc.).

Seuls les «chialeux professionnels» monteront aux barricades, ce qui fera conclure (à tort) à une «acceptabilité sociale» par la «majorité silencieuse».

Avec le recul, on peut penser que la grande faiblesse du plan de mobilité durable dont est issu le SRB aura été de faire rapidement consensus. Je fus de ceux qui s’en étaient réjouis à l’époque.

On a ainsi fait l’économie d’un débat entre tenants de la mobilité durable (densification, transport en commun, etc.) et tenants de l’automobile, des autoroutes et d’une occupation «lousse» du territoire.

Ce conflit vient de nous rattraper, plus émotif que s’il avait été pris en compte au départ et désormais plombé par le scénario d’un troisième lien.

Cette fois, il n’y a plus d’économie possible. Il faudra faire le débat.

Le maire Labeaume invite à une large consultation sur le transport en commun. C’est une bonne idée. Bien meilleure que celle de soumettre le SRB à un référendum, ce qui aurait tué toute recherche de solutions nouvelles et acceptables au plus grand nombre.

Si on suit la logique de l’Acceptabilité sociale, il faudrait avoir l’audace d’y associer des opposants au SRB et partisans du troisième lien.

On s’assurerait ainsi d’une vraie confrontation de faits et d’idées et non d’un consensus entre convaincus. Le résultat a des chances d’être plus solide.

«Le consensus doit découler du conflit et non le précéder», plaident les auteurs de l’essai.

L’unanimité est sans doute impossible à atteindre, conviennent-ils, mais ça ne doit pas empêcher de la viser quand même.

L’acceptabilité sociale la plus large viendra de notre capacité à bien saisir toutes les nuances de gris sur la mer et dans le ciel agités de l’opinion publique.

  1. Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé. Acceptabilité sociale : sans oui c’est non, Éditions Écosociété, 2017, 301 pages.

Le quotidien Le Soleil de Québec et l’une de ses journalistes, et la crédibilité des organes d’information.

Le 11 mars 2017, Madame Mylène Moisan publie, dans l’édition Internet de son journal, Le Soleil, une chronique intitulée La « petite liqueur » qui dérange (cette chronique paraîtra le lendemain dans l’édition papier). Elle écrit qu’ « Au CHSLD [L’auteure parle du Centre du Christ-Roi, situé à Québec. CHSLD : Centre d’hébergement et de soins de longue durée], neuf résidents avaient l’habitude, au souper, de boire une «petite liqueur ». Elle mentionne que ces neuf personnes « ont fait ça toute leur vie », « toute leur vie », boire une « petite liqueur » au souper; elle ajoute qu’une directive de 2016 a pour conséquence de les priver de ce bénéfice. Madame Moisan dit aussi que le président du comité des usagers du CHLSD a fait des démarches auprès de la direction et que cette dernière « [s’était] engagée à réévaluer la décision », et que, après, un «  comité de consultation, un autre, [avait] été créé pour donner son avis, le gros bon sens ayant visiblement été perdu en chemin », commente Madame Moisan, qui a manifestement estimé posséder assez d’informations pour pouvoir conclure que la direction avait manqué de bon sens.

Madame Moisan contrevient à des dispositions majeures du Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Elle enfreint celle-ci : « Les journalistes basent leur travail sur des valeurs fondamentales telles que l’esprit critique qui leur impose de douter méthodiquement de tout, l’impartialité qui leur fait rechercher et exposer les divers aspects d’une situation »; elle enfreint cette autre : « Les journalistes ont l’obligation de s’assurer de la véracité des faits qu’ils rapportent au terme d’un rigoureux travail de collecte et de vérification des informations » (Note 1). Madame Moisan, dans son article, donne la version des faits que lui a livrée le président du comité des usagers; quels efforts a-t-elle déployés pour « s’assurer de la véracité des faits » ? Aucun, si l’on en juge par son article. Son devoir lui imposait pourtant d’interroger la direction du CHLSD et celle du CIUSSS, et de présenter à ses lectrices et lecteurs la version des faits de ces directions. (Le CHSLD du Christ-Roi relève du CIUSSS de la Capitale-Nationale.)

Le quotidien Le Soleil, avec son article La «petite liqueur» qui dérange, viole une autre disposition du Guide de déontologie de la FPJQ, celle qui stipule que « Les titres et présentations des articles et reportages ne doivent pas exagérer ni induire en erreur. » (Note 1)

La légende de la photo qui accompagne l’article La «petite liqueur» qui dérange dans Internet, et celle de l’édition papier du journal, contreviennent à la disposition susmentionnée.

Dans la Toile, la légende se lit ainsi : « Du jour au lendemain, au CHSLD du Christ-Roi, on a décidé d’abolir la « petite liqueur » que neuf résidents avaient l’habitude de recevoir au souper ». La lectrice et le lecteur comprennent qu’il est maintenant interdit au CLSC de boire de la boisson gazeuse au souper; or, ce n’est pas le cas : les résidents peuvent boire de la boisson gazeuse au CHSLD; ce qui a changé, c’est ceci : le CHSLD ne fournira plus de la boisson gazeuse aux résidents; ces derniers devront s’en procurer eux-mêmes (avec l’aide, au besoin, d’un parent, d’un ami, d’un autre résident, du Comité des usagers). La légende induit donc en erreur [mais l’article « a fait grand bruit dans les médias sociaux », écrit une compagne de travail de Madame Moisan dans Le Soleil, le 12 mars (note 2)], l’article a peut-être fait vendre davantage d’exemplaires du journal, au grand plaisir des annonceurs).

À la une de l’édition papier du journal publiée le 12 mars 2017, l’article La «petite liqueur» qui dérange est présenté ainsi : La « petite liqueur » qui dérange. Dans un souci d’uniformité, des résidents d’un CHSLD ont perdu l’un de leurs rares plaisirs : une liqueur au souper. Une chronique de Mylène Moisan. » La vérité est la suivante, je le répète : les résidents qui veulent boire de la boisson gazeuse au souper peuvent toujours le faire, mais ils doivent se procurer leur « petite liqueur » eux-mêmes ou avec l’aide de quelqu’un. La présentation induit donc en erreur (mais l’article a peut-être fait vendre davantage d’exemplaires du journal, au grand plaisir des annonceurs, et il « a fait grand bruit dans les médias sociaux »).

Le journalisme est-il malade?

En 2005, dans l’avant-propos de son livre Il ne faut pas toujours croire les journalistes, l’expérimenté journaliste Mario Cardinal écrit : « Si ce livre a un fil conducteur, il faut le chercher dans la crainte qui m’anime que le journalisme perde sa crédibilité »; page 262, la dernière, il dit :

« L’exigence éthique voudrait que le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur trouve l’information dont il a besoin pour comprendre l’inhumanité des grands leaders politiques de ce monde et l’horreur qu’elle engendre.

« Pourtant, pas différente de celle qui se pratique dans la plupart des pays industrialisés, l’information canadienne et québécoise poursuit plutôt son petit bonhomme de chemin, avec très peu d’analyse, accrochée trop souvent à l’incendie du coin de la rue et à la hausse du prix de l’essence, péripatéticienne obligée entre l’amusement et le service à la clientèle. Dans ce dérapage voulu et contrôlé, où sont les journalistes? Que font-ils? Englués dans leur docilité, ont-ils encore le droit de rêver de crédibilité? » (Note 3)

En 2000, un autre journaliste, André Pratte, entré à La Presse en 1986, porte ce jugement sévère :

« Que faisons-nous [Pratte parle des médias, des journalistes] à part critiquer, dénoncer et accuser? Aidons-nous la population à comprendre la complexité des choses? Au contraire, nous renforçons ses préjugés. Aidons-nous ceux qui nous lisent et nous écoutent à dégager l’important de l’insignifiant? Rarement, puisque nous les inondons de tonnes de renseignements futiles, allant de sondages bidon aux élucubrations de nos vedettes en passant par les sports, auxquels nous accordons décidément une place démesurée. Contribuons-nous à aiguiser le sens critique du public? Non, car notre propre sens critique est détraqué, nous faisant passer sans crier gare de la dénonciation violente à l’admiration béate. » (Note 4)

L’an dernier, Josée Boileau, journaliste, trente ans de métier passés à La Presse, au Devoir (comme rédactrice en chef et directrice de l’information), a témoigné à son tour :

« Collectivement, les troupes [les journalistes] broient du noir, elles se préoccupent de ce qui attend la profession, inquiètes de la dégradation de l’information. J’ai beau avoir un tempérament qui me porte naturellement à l’enthousiasme, je ne peux pas faire abstraction de ce marasme.

« Je te l’ai dit [Josée Boileau s’adresse à une jeune journaliste], je ne veux pas te parler longuement de modèles d’affaires, car le contenu y compte pour trop peu : tu l’as compris, comme la chute des revenus publicitaires est la principale cause des problèmes des médias, bien des dirigeants d’entreprises de presse sont plus préoccupés de plaire aux annonceurs que de répondre aux besoins du public.

[…]

« Moi aussi, comme tant d’autres, je râle, et comme je suis accro à l’information, je râle beaucoup – tous les jours, ma foi! » (Note 5)

La maladie du journalisme est intolérable.

Ce n’est pas avec La «petite liqueur» que Le Soleil va remonter le moral des journalistes que Josée Boileau appelle « ces professionnels respectés qui quittent le métier par ras-le-bol, admis ou camouflé, de la pression et de la superficialité », ce n’est pas avec La «petite liqueur» que Le Soleil va requinquer les journalistes qui restent et qui « sont débordés, ne creusent plus ». (Note 5)

Dans toute société, la liberté d’expression et le droit des citoyennes et citoyens à l’information sont vitaux, la pratique du journalisme respectueuse de la liberté d’expression et du droit des citoyennes et citoyens à l’information est essentielle. Le signataire de ce texte en a la conviction; c’est pourquoi, aujourd’hui, il a fait grincer sa plume.

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

Supplément

Le 14 mars 2017, Le Soleil revient sur le sujet de la «petite liqueur» qui dérange. Pourtant, Le Soleil n’est pas un journal qui parle beaucoup des adultes et des enfants qui, sur le territoire qu’il couvre, sont parfois ou souvent privés de « petite liqueur », mais aussi, surtout, de pain, de viande. Parlant de Lévis, j’aimerais demander quand Le Soleil, pour respecter le droit du public à l’information, fera connaître à ses lectrices et lecteurs certains mensonges publics que le maire et tout, oui, tout le conseil municipal de Lévis infligent aux Lévisiennes et aux Lévisiens, quand Le Soleil, pour respecter le droit du public à l’information, interrogera le maire de Lévis, M. Gilles Lehouillier, au sujet de ces affirmations troublantes du vérificateur général de sa ville, M. Yves Denis : a) « la ville [de Lévis] ne possède pas une connaissance suffisante de l’état actuel du marché afin de s’assurer qu’elle paie un juste prix »; b) Le degré de fiabilité des estimations des projets n’est pas défini et aucune ressource n’est dédiée pour documenter d’éventuels stratagèmes de collusion ou encore pour connaître l’évolution des prix sur le territoire de la Ville de Lévis »; c) « la ville se prive […] de possibilités d’obtenir de meilleurs prix » [Rapport annuel 2015, chapitre 3 (note 6)]. Le rapport du vérificateur a été rendu public le 13 juin 2016. Quels médias se sont attardés pour la peine sur le fait que le vérificateur avait écrit, dans ce rapport, que Lévis était incapable de « s’assurer qu’elle paie un juste prix », que Lévis était mal outillée pour détecter les stratagèmes de collusion?

Notes

1 https://www.fpjq.org/deontologie/guide-de-deontologie/#pt4

2 http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201703/12/01-5078132-petite-liqueur-refusee-dans-un-chsld-une-decision-locale-juge-barrette.php

3 Mario Cardinal, Il ne faut pas toujours croire les journalistes, Bayard Canada Livres, © 2005, pages 8 et 262

4 André Pratte, Les Oiseaux de malheur. Essai sur les médias d’aujourd’hui, Montréal, VLB Éditeur, © 2000, pages 13-14

5 Josée Boileau, Lettre à une jeune journaliste, Montréal, VLB Éditeur, © 2016, p. 93

6 Rapport annuel du vérificateur général au conseil municipal 2015, https://www.ville.levis.qc.ca/fileadmin/documents/pdf/verificateur/2015/Rapport_annuel_2015_du_verificateur_general.pdf

 

Propos de François-Marc Bernier, professeur de journalisme et ancien journaliste, rapportés le 3 mars 2017 par un journaliste du quotidien Le Soleil, Jean-François Cliche :

« …. si les médias traditionnels avaient su garder leur crédibilité,

les Breitbart* et cie n’auraient jamais connu de succès.

Et pour cette perte de crédibilité,

les journalistes ne peuvent pas blâmer grand-monde

hormis eux-mêmes. »

(http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201703/03/01-5075435-les-fake-news-ou-le-permis-de-mentir.php)

*Breitbart est le « média conservateur que dirigeait Stephen Bannon, le nouveau conseiller stratégique de Donald Trump »; ce média « est accusé d’être raciste, antisémite, suprémaciste ».

(En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/16/qu-est-ce-que-breitbart-news-le-site-antisemite-que-dirigeait-le-nouveau-conseiller-de-trump_5032379_829254.html#zpLezCeiZqvfKRmK.99)

Hélas, la chronique de Jean-Claude Leclerc dans Le Devoir ne paraît plus.

Les derniers mots de Jean-Caude Leclerc dans Le Devoir, le 19 septembre 2016 : « À tous votre chroniqueur souhaite bon courage. Il ne saurait partir toutefois sans s’excuser des peines qu’il a pu causer, ni remercier de leur attention les lecteurs qui l’ont suivi depuis l’an 2000. »

Je lisais M. Leclerc dans Le Devoir. Il m’ouvrait les yeux. Je lui dois beaucoup.

Pour rendre hommage à M. Leclerc, j’ai rassemblé des passages de quelques textes qu’il a publiés dans Le Devoir. Lisez-les donc : il vous instruira peut-être, vous aussi.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

 

Extraits de textes de Jean-Claude Leclerc,

chroniqueur, professeur de journalisme à l’Université de Montréal

19 septembre 2016

La relève et les défis d’aujourd’hui

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/480286/la-releve-et-les-defis-d-aujourd-hui

Quel contraste entre l’indignation d’alors et la résignation d’aujourd’hui. En l’an 2000, un mariage dans une église pleine de motards avait choqué le Québec. En 2016, des Hells sont sortis triomphants d’un palais de justice. Cette déconfiture judiciaire, la pire du siècle, laisse une industrie du crime récupérer ses fonds et ses « affaires ». Est-ce là un revers isolé, une faille réparable ? Ou le résultat d’une décomposition sociale, sinon morale, qui touche de plus en plus d’institutions ? Le bilan ne laisse guère de doute.

Depuis une quinzaine d’années, en effet, en dépit des prétentions déontologiques, quel domaine aura échappé aux turpitudes ? Quelle profession n’a pas fermé les yeux plutôt que d’oser agir, y compris dans des services fondés sur un engagement hautement social ? Certes, favoritisme, négligence, abus divers sont « humains ». Mais que des fautes soient érigées en système, ainsi que des enquêtes publiques l’ont révélé, et qu’il semble impossible d’en venir à bout, voilà qui demande un plus profond diagnostic.

[…]

Ces régressions tranquilles ne s’expliquent pas seulement par la sclérose des institutions. Partout la ruée vers l’argent se répand, dans les services financiers, le marché immobilier, les produits et services de santé, au sommet comme à la base. Ni crise économique ni crash financier n’ont modéré les appétits, comme l’attestent les traitements mirobolants des patrons d’entreprises au Canada ou les petites fraudes de simples employés chez Fargo aux États-Unis.

[…]

Bref, au pays comme à l’étranger, les enjeux de moralité publique et de justice tout court sont plus importants que jamais. Aux discriminations historiques s’ajoutent désormais des inégalités nouvelles dans l’accès aux biens et aux services essentiels. Dans ces chantiers collectifs où l’action politique tarde à trouver des solutions et où la population est souvent divisée, l’information du public est encore plus nécessaire.

4 avril 2016

Quand Ottawa pactise avec la promotion du terrorisme

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/467205/quand-ottawa-pactise-avec-la-promotion-du-terrorisme

À en croire le chef des Affaires étrangères, Stéphane Dion, il serait futile de rompre le contrat d’armement signé avec l’Arabie saoudite. Riyad, le cas échéant, trouverait, notamment aux États-Unis, les blindés en question. Et le Royaume-Uni, déclarant que nul ne lui dictera sa politique, confirme qu’il peut s’en procurer ailleurs. Et ce contrat de 15 ans donnant du travail à quelques milliers de Canadiens vise d’abord, dit-on, à resserrer les liens d’affaires avec le Canada.

Justin Trudeau avait déjà évoqué la « réputation » du pays, le caractère sacré d’un contrat, la parole d’un gouvernement. Il ne semblait guère instruit des conventions internationales interdisant de fournir des armes aux régimes qui violent les droits de leurs citoyens ou qui, en cas de conflit, massacrent des populations civiles. C’était pourtant le cas de l’Arabie saoudite, chez elle, et récemment, au Yémen voisin. Or, depuis les attentats de Paris et de Bruxelles, une autre question se pose.

20 septembre 2010

La déchéance parlementaire – Discipliner partis et députés ne suffira pas

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/296515/la-decheance-parlementaire-discipliner-partis-et-deputes-ne-suffira-pas

La «période de questions» télédiffusée du Parlement visait, à ses débuts, non seulement à mieux informer le public des enjeux débattus par les députés, mais aussi à rehausser l’estime des citoyens envers le pouvoir législatif et la démocratie politique. Expérience faite, le bilan n’est pas reluisant. Des gens informés de la chose jugent ce rituel peu efficace, et le commun des mortels y voit une farce.

Un sondage récent du Forum des politiques publiques le confirme: pour la majorité des gens, cette période-là est devenue, au mieux, une simple joute pour gagner des votes et, au pire, un piètre concours de popularité frisant la bouffonnerie. Personne n’en propose l’abolition, certes, mais la plupart estiment qu’une telle reddition des comptes doit être réformée. Malheureusement, les changements suggérés ne sont pas tous appropriés ou suffisants.

15 juin 2015

Le pape François et les autochtones du Canada

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/442750/verite-et-reconciliation-le-pape-francois-et-les-autochtones-du-canada

L’Église catholique, il y a une vingtaine d’années, et d’autres confessions chrétiennes ont reconnu leurs torts et présenté des regrets. Mais ces gestes de réconciliation n’ont pas réparé les conséquences dramatiques des politiques d’assimilation forcée sur les enfants arrachés à leurs familles. Malnutrition et agressions sexuelles s’y sont ajoutées, dont les survivants et leurs enfants allaient aussi subir de graves séquelles.

[…]

L’Afrique du Sud s’est libérée de l’apartheid. Mais le Canada n’a pas encore renoncé à la dépossession tranquille des populations aborigènes. La terre, l’agriculture, les forêts, la pêche, presque tout ce qui a fait la richesse des gens et des entreprises aura été une expropriation sans compensation. Les traités et le partage des terres qui devaient établir l’exploitation équitable des ressources ont été piétinés. Après un siècle d’assimilation avortée, les autochtones n’auront trouvé de justice qu’en Cour suprême.

6 janvier 2014

L’année 2014 ne sera pas de tout repos non plus

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/396545/l-annee-2014-ne-sera-pas-de-tout-repos-non-plus

Plus d’un chroniqueur a qualifié 2013 d’annus horribilis, et cette année-là, en effet, n’aura pas manqué d’horreurs. Pourtant, 2014 pourrait connaître de non moins graves secousses, au pays comme à l’étranger. […]

Après ces ingénieurs détrônés au Québec par la commission Charbonneau, voilà que des pharmaciens, ailleurs au pays, s’adonnent à des pratiques frauduleuses aux dépens de l’assurance maladie et s’en tirent encore par des « ententes privées » avec leur ordre professionnel. […]

Les ordres professionnels, il est vrai, ne protègent guère le public contre les arnaques de leurs membres. Mais la palme de la négligence revient à des entreprises — et à ces gouvernements qui leur ont cédé devoirs et pouvoirs — en matière de sécurité.

7 mars 2016

Sauvegarder la planète

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/464770/sauvegarder-la-planete

Comment une réduction substantielle du gaspillage énergétique serait-elle accueillie par Hydro-Québec, grand employeur de la province, et par le gouvernement qui en tire des revenus de plus en plus importants?

La lettre du pape François sur la « maison commune » que menacent — en plus des injustices de l’époque — le réchauffement du climat et la pollution aura connu tout un succès. Toutefois, entravés par la corruption et les intérêts en place, les gouvernements de la planète adopteront-ils les lois et les normes qui s’imposent ? Et le feraient-ils que les ravages du « modèle de développement » actuel vont continuer, à moins que les entreprises et surtout les consommateurs ne modifient radicalement leur « mode de vie ».

Emprunter de « justes milieux », croit le pape, ne ferait que ralentir la marche à l’abîme. Au reste, pourquoi de nouvelles lois seraient-elles respectées alors que les mesures présentes, même timides, sont bafouées […]

Plusieurs pouvoirs autres que politique ou religieux sont mis en cause dans la tragédie planétaire appréhendée. Nombre de scientifiques prédisaient déjà cette catastrophe, bien que dans les universités maintes disciplines n’en soient pas toujours conscientes. À en juger par les luttes intestines en haut lieu, les enjeux environnementaux n’y paraissent guère plus prioritaires que les préoccupations sociales. Pourtant, droit, médecine, gestion publique devraient, autant que le génie, être à l’avant-garde.

7 mars 2011

L’ex-commissaire à l’intégrité – Les failles d’un système vulnérable aux pressions politiques

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/318200/l-ex-commissaire-a-l-integrite-les-failles-d-un-systeme-vulnerable-aux-pressions-politiques

Pendant des décennies, les libéraux fédéraux se sont maintenus au pouvoir en soudoyant des minorités. En racolant aujourd’hui des votes ethniques, les conservateurs adoptent le même clientélisme. Il n’y a donc rien de neuf dans la récente sollicitation préélectorale qui leur vaut les hauts cris de l’opposition. Leur chef n’a pas, non plus, innové en promettant une ère d’intégrité: Brian Mulroney, son prédécesseur, en avait promis autant.

Non, le génie de Stephen Harper se cachait dans la suppression feutrée des institutions chargées de protéger le public contre les méfaits de l’appareil d’État. […]

On fait grand cas de l’approbation de tous les partis, mais est-ce une garantie de nomination de haute qualité? Au Québec, en tout cas, où une majorité des deux tiers de l’Assemblée nationale est même nécessaire pour certaines grandes nominations «indépendantes», les choix partisans pleuvent. Et les candidats venus de la fonction publique brillent rarement par leur leadership ou leur compétence.

Faut-il se surprendre, dans ces conditions, que la corruption triomphe encore impunément?

27 juin 2011 |

Conrad Black en prison – Rares sont les chaînes qui font honneur au journalisme

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/medias/326265/conrad-black-en-prison-rares-sont-les-chaines-qui-font-honneur-au-journalisme

L’ancien magnat de la presse Conrad Black à son arrivée au tribunal de la Cour fédérale de Chicago, la semaine dernière.

Non seulement Conrad Black a-t-il clamé jusqu’à la fin son innocence, mais devant la cour qui allait, vendredi dernier, le renvoyer au pénitencier, il a osé s’en prendre aux procureurs publics, qui n’auraient guère eu de cause contre lui, et aux investisseurs rapaces qui ont, prétend-il, détruit son œuvre. […]

On aurait tort, cependant, d’attribuer au maître déchu d’Hollinger [Conrad Black] la décrépitude de ses journaux. La plupart avaient appartenu à des chaînes déjà mal en point et aujourd’hui disparues. De nouvelles sont nées, plus tentaculaires encore, certaines rentables, d’autres pas. Ainsi, au Canada anglais, CanWest a laissé des ruines; le National Post survit de peine et de misère à Black, son fondateur. Bref, rares sont les chaînes au pays, y compris au Québec, qui font honneur au journalisme.

Or, quand un journal devient une coquille plus ou moins vide, il est trop tard pour que ses journalistes, ses lecteurs et les simples citoyens aillent en cour réclamer le respect du «droit du public à l’information». Bien avant Black, la Cour suprême du Canada avait livré les quotidiens anglais du Nouveau-Brunswick à l’empire Irving. Le Telegraph Journal a tenu le coup à St. John. Mais à Moncton, le Time & Transcript fait pitié. Depuis, Ottawa n’a plus osé contrecarrer la formation de ces quasi-monopoles.

Au Québec, Le Soleil devait avec Black devenir le Washington Post de la capitale! La province aura plutôt été peuplée d’hebdos, contrôlés par Quebecor et Transcontinental, qui laissent les élus locaux s’affairer discrètement à leurs travaux. À cet égard, ce n’est pas d’abord le «modèle d’affaires» qui explique la crise des journaux. (Les hebdos gagnent de l’argent en publiant une foule d’annonces et peu de nouvelles). C’est plutôt le «modèle politique» qui empêche, dans une grande partie de la province, la présence d’une presse vigoureuse.

27 février 2012 |

Fraude électorale – Le Canada à l’heure du télé-tripotage

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/343713/fraude-electorale-le-canada-a-l-heure-du-tele-tripotage

Dans une démocratie, ce n’est ni l’argent ni la technologie qui devrait décider de l’issue d’une élection. Statistique Canada vient de publier une étude démontrant que les classes instruites votent davantage que les classes populaires, souvent moins scolarisées. Autant dire que les milieux aisés et bien organisés décident du pouvoir dans le pays. Il n’est qu’un remède efficace à cette dichotomie: maximiser la participation électorale. C’est-à-dire rendre à toute la population le sentiment que son vote compte.

L’ultime fraude, en effet, n’est pas dans le télé-tripotage qui fera bientôt les délices de l’opposition et de la presse. Elle est dans un système électoral qui permet à un parti de monopoliser le pouvoir avec moins de 40 % des suffrages exprimés et de laisser sans représentation significative des millions de jeunes, de pauvres et de nouveaux citoyens, même quand ils votent. Moins d’argent aux partis réduirait l’achat des électeurs. Mais une représentation plus équitable des citoyens dans les parlements réduirait aussi le scandale chronique des magouilleurs au pouvoir.

2 juillet 2013

Les religions et les femmes – Un appel à lutter contre les inégalités sexuelles

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/381966/un-appel-a-lutter-contre-les-inegalites-sexuelles

Les chefs religieux actuels sont responsables du traitement inférieur encore fait aux femmes dans leurs communautés et de la violence envers elles que cette discrimination cautionne dans le monde. À l’invitation de l’ex-président américain Jimmy Carter, soixante leaders de confessions, de défense des droits et d’experts venus de quinze pays pressent les religions de réviser les interprétations fautives des écritures sacrées et de faire cause commune avec les autres organisations vouées à la lutte pour l’égalité et la dignité de tous.

Cette déclaration clôture un forum tenu du 27 au 29 juin, au Carter Center, relativement à la violence faite aux femmes, à la part des religions dans les discriminations à leur endroit et à l’urgence de mobiliser religions et autres croyances dans l’avancement de l’égalité entre les femmes et les hommes.

10 mars 2014

Drôle de démocratie que celle de ce pays

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/402162/drole-de-democratie-que-celle-de-ce-pays

Ce n’est plus le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, pourraient prétendre les cyniques, c’est le gouvernement de quelques-uns, élus par quelques-uns, pour quelques-uns. Quand le peuple va aux urnes, en effet, ce n’est plus pour choisir le gouvernement que la majorité des citoyens souhaite avoir. C’est pour permettre à un parti d’exercer seul le pouvoir, au nom de tous les citoyens, même s’il n’a l’appui que d’une minorité d’entre eux.

Ainsi Stephen Harper gouverne-t-il contre le voeu d’une majorité de Canadiens. Et ce n’est pas autrement que Pauline Marois ou Philippe Couillard espèrent obtenir le pouvoir, quel que soit le souhait de la plupart des Québécois. Héritage britannique, un cabinet minoritaire au Parlement serait instable, risquant d’être renversé par l’opposition. Mais un cabinet majoritaire pourrait faire la loi à son gré même si ses députés ne représentent aucunement la majorité des citoyens.

Mais ce système est-il encore démocratique ? Pour le défendre, d’aucuns répliquent qu’il ne tient qu’à la classe politique de ne plus se diviser en trop de partis. Ou même aux électeurs mécontents de prendre la rue au lieu d’obéir à un rituel qui se moque de la volonté populaire. Au reste, dira-t-on, une campagne électorale libre et honnête n’est-elle pas un exercice fort utile par les critiques qu’on y exprime et les idées qu’on peut y faire valoir ?

Si telle fut déjà la situation, il en va autrement aujourd’hui. Sondage après sondage, on mesure l’appui des électeurs en pourcentages de plus en plus faibles. Aucun des chefs voulant devenir premier ministre ne jouit guère de la confiance des gens. Or, au lieu de tirer les leçons d’un tel verdict, les « machines électorales » s’en tiennent à des « plans de match » qui font fi des électeurs. Candidats et programmes sont là, mais l’enjeu est ailleurs.

24 octobre 2011

Commission Charbonneau – Rarement a-t-on vu pareil cynisme d’un chef politique

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/334318/commission-charbonneau-rarement-a-t-on-vu-pareil-cynisme-d-un-chef-politique

Rarement au Québec un chef de gouvernement a-t-il fait montre, comme Jean Charest, d’autant de cynisme envers les institutions — y compris la justice — et les fournisseurs de l’État, voire son propre groupe politique. Chose non moins inquiétante, parmi ses mandarins, nul ne s’est opposé, quitte à démissionner, au simulacre d’enquête qu’il a jeté en pâture au peuple. Que reste-t-il donc, en haut lieu, de la conscience professionnelle, du respect du public et du souci de la réputation du Québec?

Quels conseillers, en effet, ont pris part à l’élaboration et à la validation du décret 1029 créant la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction? Fourberie, incompétence, pleutrerie? Comment a-t-on pensé leurrer les gens en inventant une formule qui, sous prétexte d’«enquêtes policières», n’allait ni blanchir les maires et entrepreneurs honnêtes ni démasquer les profiteurs des «stratagèmes» appréhendés?

Cour supérieure, Barreau du Québec, services de police ont failli tomber dans le piège. Mains juges n’ont pas été, il est vrai, dupes de la manoeuvre, mais leur devoir de réserve les empêchait de la fustiger. Heureusement, juge retraitée de la Cour d’appel, Louise Otis était libre de débusquer cette commission «sur mesure». Elle l’a fait en termes clairs, à l’honneur de la magistrature.

«Si on m’avait donné le décret 1029, a-t-elle commenté, j’aurais tout de suite dit « mais ce n’est pas une commission d’enquête! ». Les deux tiers des pouvoirs de la Loi sur les commissions d’enquête ont été émasculés.» Elle n’aurait pas présidé un «comité de recherche des faits». Car, dit-elle, il lui aurait été impossible d’accomplir la mission que les Québécois auraient attendue d’elle: «connaître le système qu’on dénonce et savoir s’il y a moyen de le démanteler».

3 décembre 2012

Classe politique et corruption – La mafia a encore un bel avenir au Québec

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/365417/la-mafia-a-encore-un-bel-avenir-au-quebec

Ce n’est pas par hasard si un gouvernement libéral, tout comme un patron de SNC-Lavalin, s’opposait à une enquête publique sur la corruption dans les contrats de l’État. Une classe politique mais aussi économique a contribué à développer une sous-culture de collusion mafieuse. Tous ses bénéficiaires n’auront pas été démasqués par les enquêtes en cours. D’aucuns, craignant de l’être, vont tout faire pour neutraliser les réformes qui pourraient sortir du rapport Charbonneau.

Les conditions politiques sont présentement propices à la survie, sous une forme ou une autre, de ces accointances mafieuses. La population est dégoûtée, il est vrai, mais les gens honnêtes et compétents voudront de moins en moins aller en politique tant que les organisations partisanes et les administrations en place seront suspectes, au mieux d’aveuglement volontaire, au pire de connivence.

La voie est donc libre pour les arrivistes en chômage, les ambitieux peu scrupuleux et les professionnels de la manipulation.

[…]

Aucun des candidats à la succession de Jean Charest n’incarne, il est vrai, la lutte contre la corruption. Mais la branche affairiste du parti, toujours présente, ne voudrait pas non plus d’un chef qui ferait le ménage dans le PLQ et, au pouvoir, dans les affaires publiques. La mafia a encore un bel avenir au Québec.

1 août 2016

Le pape à Auschwitz. Faut-il avoir tout perdu pour comprendre les horreurs actuelles?

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/476753/le-pape-a-auschwitz-faut-il-avoir-tout-perdu-pour-comprendre-les-horreurs-actuelles

[…] le droit peut aussi autoriser le pire. Sous l’Allemagne nazie, des juges s’en tinrent à la lettre de la loi par crainte des autorités. En Afrique du Sud, les tribunaux avalisèrent l’apartheid. Aux États-Unis, la ségrégation s’est établie conformément à la loi. Bref, les juges qui s’en tiennent aux lois sans égard à la justice font aussi le jeu de parlements arbitraires et de gouvernements iniques.

[…]

[…] l’histoire d’Auschwitz enseigne […] qu’une justice complaisante permet non seulement le massacre des innocents, mais aussi la destruction de sociétés entières.

2 mai 2016 |

Les médias québécois dans la tourmente mondiale

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/469684/sommet-a-quebec

Pourtant, l’Assemblée nationale ne manque pas de pouvoirs pour défendre le droit des Québécois à une information digne de ce nom. Ce droit est même reconnu dans la Charte des droits et libertés de 1975. « Toute personne a droit à l’information », stipule son article 44, « dans la mesure prévue par la loi. » Hélas, Québec en est encore à restreindre l’accès à ses propres informations. Rien n’empêche toutefois de prendre enfin au sérieux « le droit du public à l’information ».

La presse libre en Occident a résulté d’une lutte historique contre les pouvoirs en place. Mais cette victoire aura trop souvent succombé à la liberté néfaste d’entrepreneurs visant le profit plus que le service. Face aux grands prédateurs qui ont confisqué les médias dans la plupart des démocraties, quel contre-pouvoir peut rétablir les droits du public, sinon l’État ? Encore faut-il que les « élus » aient avant tout à coeur les droits du « peuple » qu’ils représentent.

[…]

Indépendance des journalistes

Il serait déplorable sinon scandaleux que l’État subventionne des entreprises de presse dont la mission, l’indépendance ou le professionnalisme laissent à désirer. De même, des organisations culturelles largement subventionnées par l’État pour le grand public devraient s’abstenir de toute entente exclusive avec une entreprise de presse. À l’inverse, l’État devrait exclure de ses budgets publicitaires, les médias parasitaires n’ayant pas d’équipe de rédaction au service du public.

La conscience du journaliste.

Extrait de La conscience du journaliste, texte publié le 1 août 2013 par Nathalie Villeneuve au http://conseildepresse.qc.ca/en-profondeur/dossiers-thematiques/la-conscience-du-journaliste/ :

« Refuser de poser des gestes contraires à la déontologie et être protégé contre des représailles de son employeur : ce principe au cœur de la clause de conscience journalistique fait son chemin au Royaume-Uni et a déjà un siècle d’histoire en Europe. »

[…]

Clause québécoise morte dans l’œuf

Au Québec, l’idée d’une clause de conscience a été jetée sur papier en 2002, dans le cadre d’un projet de loi sur le titre de journaliste professionnel (…)  : « Le journaliste professionnel a le droit de refuser toute affectation qui l’amènerait à agir en rupture avec le Code de déontologie des journalistes. C’est la clause de conscience. »

Au Québec, on ne tue pas les journalistes, mais ils ne sont pas toujours libres de dire la vérité. – L’ONU appelle à garantir le droit des journalistes à dire la vérité.

A l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé lundi à briser le cycle de l’impunité et garantir le droit des journalistes à dire la vérité, sans avoir à craindre ceux qui occupent des positions de pouvoir.

Source : Centre dactualités de lONU – LONU appelle à garantir le droit des journalistes à dire la vérité