Interdiction pour certains Québécois de porter des signes religieux au travail – Combien de ces personnes déménageraient pour pour aller vivre dans un pays qui rejette la Déclaration universelle des droits de l’homme?

Réaction à la chronique  du 4 avril 2019 de Madame Émilie Nicolas (journal Le Devoir de Montréal) 

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/551388/ce-qui-se-passe-au-quebec-comme-ailleurs-est-grave

Lévis, le 4 avril 2019

Bravo, Madame Émilie Nicolas, vous avez effectué de nombreux bons tirs dans votre chronique du 4 avril 2019. Intitulée Ce qui se passe au Québec comme ailleurs est grave, elle vous a été inspirée par le projet de loi sur la laïcité du gouvernement du Québec. Vous y parlez des Ouïghours « [ relégués] aux travaux forcés », des Rohingyas du Myanmar qui « ont aussi fait l’objet d’un génocide », de « l’indésirabilité mondiale des Juifs comme condition nécessaire de l’Holocauste », du « génocide envers les peuples autochtones » rendu possible au Canada par la Loi sur les Indiens, de la Loi [canadienne] sur les mesures de guerre qui « a permis l’internement systématique des Canadiens d’origines japonaise, allemande et italienne durant la Deuxième Guerre mondiale ». Et votre texte se termine merveilleusement bien : « L’engrenage dans lequel on met le doigt s’inscrit […] dans une dynamique internationale qui mine la démocratie, déshumanise, prend des populations en souricière et exacerbe la violence et les préjugés ». Il faudrait vite demander au premier ministre du Canada d’envoyer l’armée au Québec pour protéger les victimes du gouvernement provincial.

Dans votre texte, vous parlez des musulmanes, ciblées selon vous par le projet du gouvernement. Voici comment aider davantage ces femmes, Madame : écrivez des chroniques pour essayer de les libérer d’interdits honteux de l’islam; écrivez-en pour parler de l’imam de ma région qui est marié à une chrétienne et qui a refusé, comme le veut sa religion, que les enfants qu’elle lui a « donnés » soient chrétiens, qui impose à sa femme de ne pas transmettre à ses enfants sa foi à elle; écrivez pour parler du droit de l’homme musulman d’épouser une chrétienne, de l’interdiction pour la femme musulmane d’épouser un non-musulman; pour poser la question : « Est-ce que c’est bon pour la santé des enfants des musulmans (et des femmes non-musulmanes mariées à un musulman) d’être obligés de réciter et de mémoriser tout le Coran? ». Dans une chronique, dites, Madame Nicolas, si vous conseilleriez à quelqu’un d’aller dans un pays musulman promouvoir la vente d’un livre intitulé « Combattez tous les musulmans! »? Au Canada, personne n’a peur d’exhiber un Coran qui commande aux lecteurs : « Combattez : ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier; ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite; ceux qui, parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie religion. » (Traduction de l’islamologue Denise Masson) Elles ne seront pas nombreuses les personnes touchées par le projet de loi, musulmanes ou autres, qui préféreront aller se réfugier dans un pays qui n’adhère pas à la Déclaration universelle des droits de l’homme (le Canada est l’un des pays à l’origine de cette Déclaration) plutôt que de ne pas accepter de porter des signes religieux au travail.

Roger Martel, citoyen de Lévis

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EXTRAIT d’un texte de Robert Dutrisac, éditorialiste au Devoir 

LA LAÏCITÉ DE L’ÉTAT: UN PROJET DE LOI LÉGITIME

Robert Dutrisac, La laïcité de l’État: un projet de loi légitime (éditorial), Le Devoir, 29 mars 2019, https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/550984/la-laicite-de-l-etat-un-projet-de-loi-legitime

le projet de loi est une avancée majeure : il propose une véritable définition de la laïcité québécoise qui dépasse la seule neutralité religieuse de l’État à laquelle s’était limité le gouvernement libéral avec l’adoption du projet de loi 62. D’abord, le projet de loi 21 édicte que l’État du Québec est laïque, un mot qui ne figure dans aucun de nos textes de loi. Outre la neutralité religieuse, il affirme trois autres principes de cette laïcité qui fait un tout, soit la séparation de l’État et des religions, l’égalité de tous les citoyens et citoyennes et, enfin, la liberté de conscience et la liberté de religion. Surtout, il inscrit cette laïcité de l’État à l’article 9.1 de la Charte des droits et libertés de la personne. Les libertés et droits fondamentaux s’exerceront non seulement dans le respect des valeurs démocratiques, de l’ordre public et du bien-être général des citoyens, mais aussi dans celui de la laïcité de l’État.

[…]

Ce projet de loi est aussi affaire de liberté politique. Il affirme que la nation québécoise a « des valeurs sociales distinctes » — ce sont les mots de la Cour suprême dans le jugement Nadon — « et un parcours historique spécifique l’ayant amené à développer un attachement particulier à la laïcité de l’État ». Bref, qu’en cette matière, cette nation peut aspirer à un modèle différent de celui du reste du Canada.

Il faut agir en faveur de la laïcité à l’école, au Québec.

 

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/549944/monsieur-legault-agissez-en-faveur-de-la-laicite-a-l-ecole

Monsieur Legault, agissez en faveur de la laïcité à l’école

 

L’école accueille des enfants, par définition influençables,

et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle. 

Texte collectif*

15 mars 2019

Monsieur le Premier Ministre,

Vous vous apprêtez à présenter devant l’Assemblée nationale un projet de loi portant sur la laïcité de l’État. Nous vous soutenons dans cette initiative. D’emblée, nous pouvons vous dire que nos attentes sont élevées pour le milieu de l’éducation. S’agissant de l’école, le débat est trop souvent partiel. En effet, il tourne presque toujours autour de la question de l’interdiction de l’affichage des symboles religieux des enseignants. Cette façon de procéder nous semble réductrice, car elle omet l’essentiel : le rôle de l’école et le respect de la liberté de conscience des enfants. L’école accueille des enfants, par définition influençables, et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle.

Les Québécois ont eu à se pencher sur cette question à quelques moments phares de leur vie collective. Le rapport Parent est en ce sens un document fondateur. Inculquer une culture humaniste du monde et construire l’autonomie de jugement préparent les élèves à assumer le rôle qui deviendra, plus tard, le leur : habiter, construire, réenchanter le monde. Libérer l’école de l’emprise du clergé a constitué le point de départ d’une grande ambition.

Monsieur le Premier Ministre, vous êtes aujourd’hui confronté aux mêmes défis. En effet, comment accepter que des enseignants puissent exhiber des symboles religieux ostentatoires alors que leur fonction les oblige à se conformer à une certaine idée de la citoyenneté intimement liée à l’égalité entre les femmes et les hommes par exemple ?

L’enseignement ne consiste pas seulement à transmettre des savoirs et des savoir-faire, il véhicule, d’abord, une conception du monde, nécessairement inspirée par un choix de valeurs. Les deux impératifs doivent aller de pair. Il faut que les élèves apprennent à distinguer ce qui relève de la croyance et ce qui est de l’ordre de la connaissance. Ce qui peut avoir valeur d’universel et ce qui peut être lié à la particularité d’un individu. L’enseignant qui place ses croyances individuelles au-dessus de sa mission éducative se met dans une situation insurmontable. Évoquer cette exigence revient à considérer la liberté de conscience des élèves. Il est donc nécessaire d’interdire l’affichage des symboles religieux à l’école publique et d’imposer un seul et même régime à l’ensemble du corps enseignant. Ce n’est pas tout. Dans un souci de cohérence, cette exigence doit être étendue aux éducatrices en service de garde et à l’ensemble du personnel de l’école.

Quelques mots sur le voile puisqu’il fait l’objet, lui aussi, d’un débat intense. Le voile n’est pas une obligation religieuse. Par ailleurs, certains musulmans qui ont une lecture littéraliste des textes religieux en font une obligation. Il faut reconnaître que les musulmans sont divisés sur cette question. Ce qui est important à nos yeux, c’est d’évoluer avec son temps.

Avant de conclure, nous aimerions rappeler un simple fait, une évidence même, l’islam n’est pas une « race ». Mettre sur le même registre islam et « race » comme le font certains est dangereux. Surtout lorsque cette confusion est instrumentalisée de façon à jeter l’opprobre sur des personnes qui militent contre une approche fondamentaliste de l’islam en les traitant d’islamophobes, voire de racistes. L’islam est une religion pratiquée par des millions de personnes. Il y a des musulmans arabes, iraniens, chinois, russes, ouzbeks, maliens, soudanais, bosniaques, etc., et chacun pratique un islam en fonction de sa compréhension, de ses traditions, de sa culture et de son environnement institutionnel. Il existe plusieurs islams.

Au Québec, il s’agit de voir ce qui est compatible avec notre démocratie. Pour nous, il y a deux indicateurs pour mesurer ce degré de compatibilité : le respect des lois de notre pays d’adoption et la reconnaissance de leur primauté sur n’importe quelle autre considération.

 

*Ont signé ce texte :

Mohand Abdelli, ingénieur retraité ; Rachida Ait Tahar, enseignante ; Karim Akouche, poète, romancier et dramaturge ; Nadia Alexan, professeure retraitée ; Fatiha Attou, enseignante ; Amani Ben Ammar, comptable agréée ; Radhia Ben Amor, militante associative ; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine ; Leila Bensalem, enseignante ; Djafer Bouchilawen, ingénierie Télécoms ; Ferid Chikhi, conseiller en emploi ; Kamal Codsi, entrepreneur ; Nadia El-Mabrouk, professeure à l’Université de Montréal ; Zabi Enayat-Zada, fiscaliste, auteur et conférencier ; Aziz Fares, auteur et journaliste ; Said Guerfi, professeur au collège ; Ensaf Haidar, présidente de la Fondation Raif Badawi ; Hassiba Idir, gestionnaire ; Nacere Irid, ingénieur ; Ali Kaidi, militant pour la laïcité, membre fondateur de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) ; Ferroudja Kaidi, enseignante ; Ammar Lakehal, maître de taekwondo ; Leila Lesbet, technicienne en éducation spécialisée, militante féministe ; Belkacem Nasri, militant associatif ; Farid Salem, Solidarité Québec Algérie ; Nacéra Si Serir, enseignante ; Nacera Zergane, conseillère en sécurité financière ; Nabila Ben Youssef, comédienne et humoriste.

Qu’est-ce que la laïcité ?

Par le gouvernement de la France, https://www.gouvernement.fr/qu-est-ce-que-la-laicite

OBSERVATOIRE DE LA LAÏCITÉ

Qu’est-ce que la laïcité ?

La laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.

La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir.

Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.

La laïcité suppose la séparation de l’Etat et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’Etat —qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte— ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses.

De cette séparation se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers.

La République laïque assure ainsi l’égalité des citoyens face à l’administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances.

La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public.

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Offert au https://www.gouvernement.fr/qu-est-ce-que-la-laicite

Vidéo n° 1 : Entretien avec Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la laïcité
Vidéo n°2 : Vous avez dit laïcité ? Par Nicolas Cadène, Rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité :
Vidéo n°3 : « La laïcité en trois minutes (ou presque) »
Film de l’association Coexister, lauréat d’une mention spéciale du Prix de la laïcité de la République française 2016
Vidéo n°4 : « La laïcité à l’école »
Le clip du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Voir les autres vidéos réalisées en partenariat avec le CNFPT
Vidéo n°5 :#generationlaicité – Le port de signes distinctifs à l’école
Vidéo n°6 : #generationlaicite – Cours de sport et religion

Si vous avez plus de questions sur la laïcité en pratique, à l’école, au collège ou au lycée, rendez-vous sur : http://www.generationlaicite.fr

DÉFERLEMENT DE BURKINIS À QUÉBEC?

En ce bel et froid février 2014, le mot burkini se répand au Québec (il désigne un « maillot « intégral », en deux pièces, couvrant tout le corps de la tête aux chevilles », écrit Wikipedia). Le maire de la capitale, M. Régis Labeaume, après avoir appris que le port de ce vêtement dans les piscines d’un arrondissement avait été autorisé, a déclaré : «  Il n’y a aucun problème pour que ces femmes-là se baignent avec cet accoutrement-là. C’est juste regrettable que ces femmes-là soient obligées d’être attriquées de cette façon-là pour se baigner. C’est incroyable. Incroyable. On va espérer qu’elles se révoltent un jour. »

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Femme portant un burkini, années 2010

Cacouna Baignade Plage costume de bain

  Des baigneurs à Cacouna (Québec) vers 1900

 

La jaquette à trou

Des musulmans portent des vêtements particuliers. Ils ne sont pas seuls…

 

Que pense Monsieur Labeaume de la jaquette à trou catholique et canadienne française? Le souffle par lequel il a été créé est-il passé par le trou d’une jaquette? Comment sa mère, la nuit qui a entraîné sa naissance, était-elle « attriquée »? (Une jaquette est une chemise de nuit.)

 

En novembre 2006, LiliDesLacs (pseudonyme), musulmane et citoyenne du Québec, semble-t-il (peut-être une Québécoise pure laine) s’exprime dans le Web : « Si j’ai parlé du Christianisme, dit-elle, c’est simplement à titre d’exemple de ce qui s’est passé à force d’obscurantisme là. Nous avons des femmes au Québec qui sont mortes à force d’avoir 18 – 20 enfants parce que l’Église refusait qu’elles utilisent un moyen contraceptif même le plus naturel possible (température). Ma grand-mère m’a parlé de sa jaquette avec un trou à la bonne place. Tu imagines !!! [] Tu vas me dire … mais l’Islam c’est différent. Ah oui ? Et bien un présumé savant d’Egypte à dit qu’on devrait faire l’amour tout habillé … si si. On est pas loin de ce que j’ai décris plus haut non ? [] Le Coran est un livre divin … ce sont les paroles d’Allah qui est le plus savant … et même lui ne nous a pas fait une liste interminable d’interdit comme le font les présumés savants. Les imams, savants etc. n’ont pas à me dicter ma conduite dans ma chambre à coucher … tout est clairement écrit dans le Coran. »

(Source : http://www.avmaroc.com/forums/archive/o_t__t_5004__start_15__index.html)

 

Pour sa part, Jean-Claude Germain, écrivain, dramaturge et historien, soutient que « la plus infime des pénombres apparaît déjà comme une nette évolution sur la pratique du trou dans la jaquette ». Germain s’exprime ainsi dans un texte où il est question d’Henri Tranquille (1916-2005), qui posséda longtemps à Montréal une librairie où se rencontraient des écrivains québécois importants et dans laquelle fut mis en vente le manifeste du Refus global en 1948 :

 

« Au milieu de tout ce brouhaha qui donne plutôt l’impression d’un quartier général que d’une librairie, les jeunes étudiants dont j’ai été se présentaient au début de l’année scolaire pour se procurer des manuels de seconde main et à la fin pour les revendre. Les autres clients se faufilaient entre les coups de gueule pour trouver ce qu’ils cherchaient et obtenaient plus facilement l’adoubement du père Tranquille avec une brique de Dostoïevski qu’avec un petit roman de François Mauriac, même si dans les milieux catholiques informés la question de faire l’amour avec la lumière éteinte ou allumée était à la fine pointe de la bienséance sexuelle. À la question : Est-il préférable de tout laisser deviner plutôt que de tout exhiber ? La voix de l’agace-pissetterie aurait été majoritaire. Quand la Grande Noirceur est dans tout et partout, la plus infime des pénombres apparaît déjà comme une nette évolution sur la pratique du trou dans la jaquette. »

(Préface de Monsieur Livre d’Yves Gauthier, Septentrion, 2005, cité dans L’Autr’ Journal, au http://archives.lautjournal.info/autjourarchives.asp?article=2640&noj=253)

…………………………….

Attriqué, attriquée Utilisé comme adjectif dans le langage populaire québécois, le mot désigne une tenue vestimentaire. Il est plus souvent usité dans un sens péjoratif : elle est mal attriquée, donc elle est mal habillée, mal fagotée. (http://www.dictionnaire-quebecois.com/definitions-a.html)

 

Attriqué, attriquée 4 décembre 2008 – Qui a dit que l’automne canadien coulerait comme un fleuve tranquille? Nous vivons intensément depuis quelques jours des moments historiques, voire cruciaux. Notre parlement canadien est au bord du gouffre, mes amis, notre pays est étriqué plus que jamais. J’avais un de mes oncles qui portait des vêtements bigarrés, loin d’être enfilés et agencés de façon ordonnée. Mon père disait, avec son accent gaspésien bien reconnaissable, que mon oncle était «colon et mal attriqué ». En regardant le cirque qui se déroule devant nous à Ottawa, ça ressemble pas mal aux allures de l’accoutrement de mon oncle Roméo, familièrement appelé Méo. Nombre de Canadiens, en voyant ce qui se passe sur la colline parlementaire, ont sans doute mal à leur pays aujourd’hui. [Le blog du DG de RadioVille-Marie (Jean-Guy Roy),http://radiovm.blogspot.ca/2008/12/139-un-pays-mal-attriqu.html]

 

Pure laine Se dit des Québécois ou des Canadiens français dont les ancêtres remontent aux colons français d’avant la Conquête (1760), par opposition aux immigrants ultérieurs. (http://fr.wiktionary.org/wiki/pure_laine)

(in Quebec) a person belonging to a long-established family of French descent (http://www.collinsdictionary.com/dictionary/english/pure-laine)

 

Les propos de Régis Labeaume sont rapportés par Stéphanie Martin au http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201402/11/01-4737799-regis-labeaume-revolte-par-le-port-du-burkini.php, le 11février 2014.

 

On trouve le Refus global au http://fr.wikisource.org/wiki/Refus_global. Sur le Refus global, on peut consulter : http://fr.wikipedia.org/wiki/Refus_global, http://www.collectionscanada.gc.ca/massey/h5-301-f.html, http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/arts_visuels/dossiers/82/.

 

On trouve la photo montrant une femme en burkini au http://www.alarabiya.net/articles/2008/02/27/46219.html.

 

La photo prise à Cacouna a été empruntée au http://tolkien2008.wordpress.com/2009/10/27/photographies-les-vacances-a-cacouna-bas-saint-laurent-1871-1901/.

 

Roger Martel (le Passeur de la Côte)

La laïcité au Québec

Quelques balises pour définir une laïcité québécoise1

Par Élisabeth Garant, directrice du Centre justice et foi

Il n’existe pas un modèle unique de laïcité qui pourrait s’appliquer à toutes les sociétés et dont nous n’aurions qu’à suivre la recette pour le Québec. Il existe de nombreux aménagements inspirés des trajectoires différentes des pays. La laïcité est un processus qui se précise au cœur des débats de société et à la lumière des transformations sociales. Pour définir le contenu d’une laïcité québécoise, nous avons besoin de quelques balises : celle du parcours sociohistorique du Québec, celle de clarifier la portée de nos débats, celle de l’inclusion et de la non-discrimination comme fondements du vivre-ensemble, celle de la reconnaissance d’une dimension publique de la religion.

 

Rendre explicite la laïcité au Québec : un processus récent

 

Nous vivons dans un contexte social où se côtoient des orientations idéologiques, religieuses, culturelles et politiques diverses. Nous sommes de plus en plus confrontés à la portée du choix, fait avec la Révolution tranquille et affirmé dans la Charte québécoise des droits de la personne, de tenir compte effectivement de la liberté de conscience pour toutes les personnes vivant au Québec.

 

La volonté de laïciser les institutions communes est donc née d’un souci de prise en compte de ce pluralisme constitutif de notre société – et non pas uniquement pour répondre à la diversité religieuse et culturelle de l’immigration. C’est ce défi qui a été relevé pour l’école québécoise dont les structures étaient confessionnelles jusqu’en 2000. C’est d’ailleurs dans le contexte du processus de déconfessionnalisation scolaire que nous avons commencé à utiliser le terme « laïcité » et à débattre du modèle que nous voulions. La perspective d’une « laïcité ouverte » pour l’école québécoise a alors été l’option retenue. Elle exprimait une volonté de ne pas occulter la dimension religieuse (individuelle et collective) tout en l’abordant dans le respect de la diversité croyante et non-croyante de notre société.

 

La portée de la laïcité à préciser

 

Dans les débats sur la laïcité, les préoccupations exprimées touchent plus particulièrement trois questions : l’égalité homme-femme, l’intégration des immigrants et le projet national (ou l’identité nationale). Il y a des éléments de chacune de ces questions dont notre modèle de laïcité doit tenir compte puisque l’une des deux principales finalités de la laïcité est l’égalité des citoyens qui doit aussi être la base de notre vie en société.

 

Dans nos efforts pour définir les contours de la laïcité, il faut donc se demander quelles en seront les conséquences sur les personnes les plus vulnérables de la société et sur notre capacité à réaliser une société inclusive. Il ne faut pas laisser certains raccourcis populistes ou certaines de nos peurs en imposer les orientations.

 

Mais nous devons aussi réaliser que nos débats soulèvent des questions qui débordent la seule définition d’une laïcité. Cette dernière n’est pas une garantie de l’égalité homme/femme qui est avant tout le gain d’une lutte sociale constante. Elle ne peut pas non plus se substituer à une politique d’immigration et d’intégration permettant aux nouveaux arrivants et aux membres de la société d’accueil de transmettre un héritage et d’accueillir de nouveaux apports. Elle ne peut pas non plus être le garant d’un projet national dont nous constatons tous l’effritement mais dont les causes sont surtout à chercher du côté du modèle économique privilégié depuis les années 90, le néolibéralisme qui met à mal tous les liens sociaux.

 

La religion confinée à la sphère privée?

 

La question de la place de la religion est centrale dans le débat en cours. La laïcité est l’expression d’une séparation entre les institutions religieuses et l’État. Mais cette séparation est au service d’une deuxième finalité qui est la liberté de conscience. Elle n’exclut pas une reconnaissance de la diversité religieuse mais s’oppose à ce qu’une religion soit privilégiée au détriment des autres.

 

Il n’y a donc pas lieu de céder à certains courants antireligieux qui voudraient faire disparaître toute référence au vécu religieux des citoyens dans l’espace public. Mais en contrepartie, il faut que les traditions religieuses acceptent de dialoguer entre elles et avec les non-croyants afin d’inscrire leur présence dans la recherche du bien commun. Une décision qui appartient au politique La laïcité doit être précisée au cœur du champ politique -plutôt que du champ juridique- par des débats collectifs, le développement d’instruments politiques adéquats et des décisions de l’Assemblée nationale. Il est temps que le gouvernement mette au jeu un livre blanc ou un projet de politique à partir duquel les débats que nous avons amorcés depuis quelques années puissent se poursuivre. Il faut espérer que cette politique aura comme base une laïcité qui s’inscrive dans une histoire et une trajectoire sociale propre au Québec mais qui vise tout autant le renforcement d’une société juste et égalitaire pour aujourd’hui.

 

1 Ce texte s’inspire de la réflexion réalisée au Centre justice et foi lors de la Journée d’étude du 28 janvier 2012, La laïcité au Québec : enjeux et angles morts du débat. Les Actes de cette Journée d’étude sont disponibles dans le bulletin Vivre ensemble (vol. 19, no. 65, printemps 2012) au http://www.cjf.qc.ca/ve.

 

Ce texte a été publié dans Nouvelle Revue franciscaine, volume 117, numéro 5, pp. 8-9. On le trouve aussi au http://www.cjf.qc.ca/userfiles/file/Accueil_CJF/Octobre2012/Texte_Nouvelles-fransciscaines_EG_Sept-Oct-2012_corr.pdf.