RELIGIONS et CROYANCES : la société ne peut pas tout accepter !

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Vacciner contre les religions

 

«La tolérance de la diversité des croyances ne doit pas mener à accepter, voire à encourager,

des comportements qui contribuent à balkaniser la société.»

Yves Gingras, Historien, sociologue, professeur et auteur de L’impossible dialogue, sciences et religion

27 mai 2019

Dans le débat qui fait rage actuellement autour du projet de loi sur la laïcité, les opposants ne cessent de promouvoir la liberté de religion et de conscience des individus, comme si une société n’était qu’une somme arithmétique de personnes sans autres liens collectifs. Dans leur défense des croyances religieuses, ces critiques semblent aussi considérer que les « croyances sincères » ne peuvent avoir aucun effet néfaste sur la vie en société. Une telle opinion paraît curieuse, car comment croire que l’attachement à des convictions religieuses ne puisse pas avoir des effets sociaux ?

 

Que des croyances religieuses puissent mettre des sociétés en danger, cela a été rappelé récemment par la décision de la Ville de New York d’imposer la vaccination obligatoire à la suite de l’éruption d’une épidémie de rougeole dans certains quartiers. Il appert, selon la revue Science (19 avril 2019, p. 216) que les 329 personnes infectées, étaient presque toutes des juifs orthodoxes non vaccinés du quartier Williamsburg de Brooklyn. Considérant comme sacré tout choix individuel, certaines familles ont aussitôt poursuivi le Commissaire à la santé de la Ville de New York afin de faire annuler l’obligation de vaccination en invoquant, entre autres arguments, le droit au libre exercice de leur religion ! On a là un cas patent de conflit entre la sécurité d’une communauté et les croyances religieuses d’individus. Suffit-il de croire « sincèrement » que Jésus, Jéhovah ou n’importe quel autre Dieu est le meilleur des médecins et que les prières peuvent empêcher la circulation des maladies, pour que cela justifie de mettre en danger toute une communauté, et tout spécialement des enfants en bas âge, plus susceptibles de porter les séquelles d’une épidémie de rougeole ?

 

Cet épisode dramatique permet de rappeler que les promoteurs du droit à la libre pratique des religions ne peuvent se contenter d’énoncés de principe généraux et généreux, mais doivent tenir compte des conséquences sociales de ces croyances.

 

La laïcité — sans adjectif comme le rappelait récemment le président français, Emmanuel Macron, dans son grand débat avec des intellectuels —

est le meilleur garant de la vie en société, et les croyances religieuses doivent demeurer dans le domaine privé

et céder le pas quand la vie collective est en jeu.

La tolérance de la diversité des croyances ne doit pas mener à accepter, voire à encourager,

des comportements qui contribuent à balkaniser la société en créant des ghettos religieux au sein desquels,

comme le cas de New York le montre, des normes sociales alternatives se mettent en place.

Et encore moins à tolérer la propagation d’épidémies engendrées par l’ignorance ou la superstition.

 

Certes, il n’existe pas de « vaccins » contre les religions, mais les croyances religieuses ne peuvent, dans le monde contemporain, justifier de mettre des individus à l’abri des vaccins.