Jean Charest à la rue

Les Québécois, propriétaires de leur État, devraient-ils jeter leur premier ministre, Jean Charest, à la rue?

Jean Charest, premier ministre du Québec, n’aime pas la rue, on le sait. C’est pourquoi il ne marche jamais dans la rue; il se tient sur le trottoir. C’est pourquoi vous ne le voyez jamais traverser la rue. Évidemment, ça limite ses horizons. C’est pourquoi il est le premier ministre qu’il est.

Stéphane Hessel, lui, aime la rue. (Rappelons que M. Hessel, né en 1917, a été un résistant contre les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, puis un diplomate, et qu’il a écrit un petit livre très populaire intitulé Indignez-vous. ) M. Hessel aime aussi qu’on marche dans la rue; lisons-le :

« Mais nous avons besoin aussi d’une génération qui descende dans la rue, partout, et qui dise : « Nous n’en pouvons plus de la façon dont nous sommes gouvernés. Nous voulons un gouvernement réellement démocratique. » Et s’ils sont nombreux dans les rues, alors les gouvernements sentiront qu’ils doivent soit écouter les sages, soit opprimer la jeunesse… » (Déclarons la paix, publication cosignée par le dalaī-Lama, Indigène éditions, avril 2012, p. 34-35)

Le Passeur de la Côte (Roger Martel)

Manifestation du Mouvement Québec Français (MQF) au Forum mondial de la langue française – 2 juillet 2012

N’oubliez pas, le 2 juillet 2012 est un jour férié !

Québec :Le lundi 2 juillet à partir de 12 h, rassemblement à la place de l’Université-du-Québec, angle boul. Charest Est et rue de la Couronne, devant l’ÉNAP à Québec ; marche jusqu’en face du Centre des congrès avant l’ouverture du Forum mondial ; retour devant l’ÉNAP où il y aura conférences, kiosques d’information, spectacle avec poèmes, lecture de textes et musique. Plusieurs personnalités et artistes participeront à la marche et au spectacle.



Autobus partant de…



Montréal :Départ: Lundi 2 juillet à 8 h 30 à la Maison Ludger Duvernay (82, rue Sherbrooke Ouest, métro Place-des-Arts); contribution volontaire de 25 $ ; réservez au 1-888-285-7644
Retour: vers 23 h



Repentigny :Départ: Lundi 2 juillet à 9 h 40 au Pétro-Canada, au 95, boul. Brien (à l’angle du boul. Brien et de la rue Leclerc, près de la 40, près des Galeries Rive Nord) ; contribution volontaire de 25 $ ; réservez au 1-888-285-7644
Retour: vers 22 h 15

Drummondville:
Départ:Stationnez-vous au Promenades Drummondville (575 boul. René-Lévesque) et rendez-vous au Tim Hortons (angle boul. René-Lévesque et boul. Saint-Joseph) où l’autobus vous attend à 10 h 15 ; réservez au 1-888-285-7644
Retour: vers 21 h 30

Jonquière :Départ: Lundi 2 juillet à 9 h 15 à Jonquière au Tim Horton à l’angle de la 170 et de la rue Mathias ; contribution volontaire de 25 $ ; réservez au 1-888-285-7644
Retour: vers 22 h

Chicoutimi:Départ: 9 h 30 au stationnement du Costco, à l’angle de la 170 et de la 175 ; contribution volontaire de 25 $ ; réservez au 1-888-285-7644Retour: vers 22 h



Pour réserver des places dans un autobus, veuillez nous laisser un message avec votre nom, votre numéro de téléphone et le nombre de places à réserver en composant le 1-888-285-7644, ou en envoyant un courriel à info@quebecfrancais.org.




À Québec :

Lundi 2 juillet à midi à la place de l’Université-du-Québec, angle boul. Charest Est et rue de la Couronne, devant l’ÉNAP à Québec.



Voir sur le site du MQF.

Projet de loi 78 du gouvernement du Québec

AUTOUR DU PROJET DE LOI 78*

DU GOUVERNEMENT DU QUÉBEC

*Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent

On trouve le projet de loi 78 au http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-78-39-1.html.

 

DANS LE JOURNAL LA PRESSE

Le gouvernement Charest a opté pour la ligne dure, très dure. Son projet de loi spéciale pour soumettre le mouvement de contestation des étudiants prévoit de sévères amendes pour ceux qui voudraient bloquer l’accès aux cégeps et aux universités. Mais Québec réservait une surprise de taille: par la même occasion, sa loi lui permettra désormais de contrôler très étroitement toutes les manifestations, afin de «préserver la paix, l’ordre et la sécurité publique». […]

En réaction, la chef péquiste Pauline Marois, a soutenu que par sa loi, Québec «avait choisi une voie inique, ignoble». Le gouvernement, selon elle, «a perdu la raison, il est en déroute et a choisi le pire moyen: provoquer les étudiants». Les leaders étudiants étaient estomaqués devant ces intentions. Pour le représentant des cégépiens, Léo Bureau-Blouin, ces dispositions sont celles d’un «état policier» qui fait fi des libertés fondamentales. Pour Amir Khadir, de Québec solidaire, il s’agit d’une «loi matraque», une loi «honteuse, digne d’un État totalitaire», a renchéri Pierre Curzi. (Denis Lessard, Tommy Chouinard et Paul Journet, La Presse, 17 mai 2012, http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201205/17/01-4526386-projet-de-loi-78-pour-la-paix-et-lordre.php)

L’OPINION DU BÂTONNIER DU QUÉBEC, ME LOUIS MASSON_ 1

« J’estime que ce projet de loi, s’il est adopté, porte des atteintes aux droits constitutionnels et fondamentaux des citoyens. L’ampleur de ces limitations aux libertés fondamentales n’est pas justifiée pour atteindre les objectifs visés par le gouvernement », souligne le bâtonnier du Québec, Me Louis Masson, Ad. E.

« Dans son analyse préliminaire, le Barreau du Québec est notamment préoccupé par les limitations apportées au droit d’association et au droit de manifestation. De plus, nous critiquons la judiciarisation des débats et le recours à la justice pénale prévus dans le projet de loi », ajoute le bâtonnier Masson.

Plusieurs articles du projet de loi limitent clairement le droit de manifester pacifiquement de tous les citoyens et sur tous les sujets. […] On est en droit de se demander qui osera encore aller manifester », soutient le bâtonnier du Québec. (Source : site web du Barreau du Québec, http://www.barreau.qc.ca/fr/actualites-medias/communiques/2012/05/18-etudiants)

On trouve l’intégralité de l’opinion du bâtonnier du Québec au

http://www.barreau.qc.ca/export/sites/newsite/pdf/medias/positions/2012/20120516-masques.pdf

DANS LE JOURNALLA PRESSE

La loi spéciale n’a rien de réjouissant. C’est une méthode brutale, qu’on souhaiterait pouvoir éviter, dont les résultats ne sont pas garantis. La loi ne fait que reporter le problème à plus tard, en août, au moment du retour en classe, en espérant que les deux mois d’été aient permis aux esprits de se refroidir.

Mais il fallait trouver une façon de sortir de l’impasse. Rétrospectivement, ce constat aurait dû être fait plus tôt. Il y aurait eu moins de désordre, moins de perturbations des trimestres, et peut-être moins de découragement chez les étudiants plus militants dont les attentes ont augmenté avec le nombre de semaines de boycottage. (ALAIN DUBUC, La légitimité de l’État, La Presse, 18 mai 2012, http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/alain-dubuc/201205/17/01-4526367-la-legitimite-de-letat.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_alain-dubuc_3261_section_POS1)

L’OPINION DU BÂTONNIER DU QUÉBEC, ME LOUIS MASSON_ 2

Le Barreau est d’avis que les sanctions financières sévères imposées aux associations dans les cas où il serait impossible pour les établissements d’enseignement de dispenser des services en raison d’actes attribuables à des associations étudiantes limiteront également la liberté d’association et pourraient porter atteinte à la survie de ces associations étudiantes.

Le Barreau est également inquiet du renversement du fardeau de la preuve qui rend les associations d’étudiants et les syndicats responsables d’actes commis par autrui. « Une association ou une fédération peut être rendue responsable d’actes de personnes avec qui elle n’a aucun lien. (Source : site web du Barreau du Québec, http://www.barreau.qc.ca/fr/actualites-medias/communiques/2012/05/18-etudiants)

On trouve l’intégralité de l’opinion du bâtonnier du Québec au

http://www.barreau.qc.ca/export/sites/newsite/pdf/medias/positions/2012/20120516-masques.pdf

L’OPINION DU BÂTONNIER DU QUÉBEC, ME LOUIS MASSON_ 3

« Plusieurs dispositions du projet de loi portent atteinte au principe de la primauté du droit, laquelle exige, dans un effort de proportionnalité, que l’on n’écarte les règles du droit commun qu’en présence d’une justification convaincante. Je crains toutefois que ce projet de loi ne permette pas d’atteindre ces objectifs et porte atteinte à nos droits fondamentaux », ajoute le bâtonnier. […]

« Le Barreau poursuit les mêmes objectifs que le gouvernement et souhaite une sortie de crise, un retour au calme et un retour en classe pour tous ceux et celles qui souhaitent étudier. Nous souhaitons que cela se fasse dans le respect de la primauté du droit, dans la paix sociale. La volonté de réaménager une plage pédagogique de cours pour sauver la session est louable et, pour ce faire, une loi spéciale devra être adoptée et respectée, mais attention de ne pas y assortir des dispositions qui laisseront une cicatrice dans l’intégrité de nos droits fondamentaux », conclut le bâtonnier Louis Masson. (Source : site web du Barreau du Québec, http://www.barreau.qc.ca/fr/actualites-medias/communiques/2012/05/18-etudiants)

On trouve l’intégralité de l’opinion du bâtonnier du Québec au

http://www.barreau.qc.ca/export/sites/newsite/pdf/medias/positions/2012/20120516-masques.pdf

DANS LE JOURNAL LE DEVOIR

Il est tentant, au coeur battant de la crise, d’affirmer son autorité par l’exemplarité : ces méfaits dans le métro associés à des actes incitant au terrorisme en sont l’exemple parfait ! Tout comme les excès de force aux portes des collèges. Ou encore ? Une loi spéciale assenée sur la capacité d’expression de la jeunesse, avec comme objectif d’étouffer un débat. (Marie-Andrée Chouinard, Forces policières – Dent pour dent, Le Devoir, 18 mai 2012, http://www.ledevoir.com/societe/justice/350379/forces-policieres)

——————————————–

DANS LA REVUE RELATIONS, mai 2012, numéro 756 (http://68.168.124.185/fr/relations/article.php?ida=2870)

Notre démocratie : fiction ou réalité?

Catherine Caron

« J’ai aussi dit que la démocratie est une invention de la gauche. Il faudrait qu’elle s’en souvienne car elle a depuis longtemps oublié qu’elle naît dans la rue. Non pas lors de protestations, mais dans la proximité, le voisinage, la connaissance instinctive d’intérêts communs. »

Gil Courtemanche, La Seconde Révolution tranquille

Il semble à la fois étrange et normal de parler d’une crise de la démocratie au Québec et au Canada. Étrange, parce que notre situation est enviable à l’heure où le sang coule là où la démocratie cherche à naître et alors qu’elle sombre dangereusement en Europe, plus particulièrement en son berceau même – la Grèce – sous la dictature des créanciers. Normal, parce que depuis la parution de notre dossier « Démocratie sous tutelle », en septembre 2006, notre vie démocratique ici-même n’a cessé de s’éroder et, disons-le, de nous scandaliser, ce pourquoi nous avons souhaité y consacrer ce dossier.

Près de dix ans après les États généraux québécois sur la réforme des institutions démocratiques de 2003 – un processus d’envergure ayant permis l’expression des besoins, désirs et attentes des Québécois concernant leur vie démocratique –, presque rien de la volonté populaire qui s’y est exprimée n’a avancé, qu’il s’agisse du mode de scrutin proportionnel, du droit à l’initiative populaire, d’une Constitution du Québec ou d’élections à date fixe. En conséquence, et non sans lien avec l’enjeu de l’indépendance du Québec tel que souligné dans ce dossier, notre Parlement et nos conseils municipaux offrent un portrait déformé de notre société, dont la légitimité est douteuse et l’éthique entachée. Aux mouvements pour la démocratie au Québec s’ajoutent ainsi des initiatives comme la Coalition pour la Constituante et le Projet Papineau pour une démocratie sans partis.

De fait, quelle légitimité ont des gouvernements majoritaires rejetés par la majorité des votants, sans parler des abstentionnistes? Et en vertu de quelle autorité leur obéissons-nous, une fois que des lois que nous estimons injustes – et contre lesquelles nous pouvons certes protester, mais dans un espace public et médiatique de plus en plus atrophié – nous régissent néanmoins? Le philosophe Michel Métayer, dans « L’obéissance démocratique » (Philo & Cie, janvier-avril 2012), avance que c’est en vertu de l’autorité émanant non pas d’un chef ou d’un gouvernement, mais du régime de l’État de droit démocratique lui-même (suffrage universel, constitution, chartes, égalitarisme, liberté de presse, etc.). Il s’interroge : « Ce que Tocqueville a appelé notre “ amour désordonné ” pour l’ordre saura-t-il résister à l’insatisfaction grandissante à l’égard du type de vie politique que cet ordre produit? Il y a quelque chose de schizophrénique dans l’écart qui se creuse actuellement entre la confiance que les populations des États démocratiques conservent en la légitimité de leurs institutions et le désenchantement qu’elles ressentent envers ceux qu’elles chargent de les faire fonctionner. La perspective d’une belle Forme vidée de sa substance devrait nous inquiéter. »

Elle nous inquiète. Entre autres parce que s’y profilent d’étranges créatures : « les corporations sont des citoyens qui ont des droits », entonnent Lucien Bouchard, Bombardier et consorts. Certes, l’union du capitalisme et de la démocratie n’est pas nouvelle, mais la période actuelle de globalisation et de marchandisation du monde conduit à cette grandiose fumisterie – l’entreprise-citoyenne – et à une terrible régression. La démocratie s’en trouve réduite à l’état d’une fiction où les marchés financiers et les corporations sont davantage traités en sujets politiques ayant des droits et libertés que les citoyens. Les poursuites-bâillons en attestent. La résistance de la mouvance « altermondialiste-indignés-occupons » aussi. De même que la montée du militarisme et de la répression.

La corporation-citoyenne règne ainsi au cœur d’une « démocratie-marché », de sorte qu’au Québec, notre liberté politique semble de plus en plus être celle de nous auto-coloniser. N’est-ce pas éloquent lorsqu’on ose nous dire, sans rire, qu’imposer aux entreprises notre volonté collective de transformer nous-mêmes nos ressources nous appauvrirait, sans même voir là l’une des caractéristiques centrales d’une économie du tiers-monde?

L’attention qui reste forte sur la seule joute politique et sur une démocratie formelle et représentative malade nourrit l’apolitisme et le cynisme ambiants et, surtout, empêche de saisir l’ampleur du verrouillage « corpocratique » de la démocratie en cours, notamment par la voie des traités internationaux d’investissement et de commerce. Les conséquences de ces traités se révèleront au fil du temps, puisque leur velléité est de rendre permanent un état de fait – élaboré en faisant un black out total sur la transparence, la délibération publique et la participation démocratique –, peu importe les changements de gouvernements. Voilà une autre fumisterie, car il n’y a pas plus de « citoyenneté de l’entreprise » qu’il n’y a de décisions politiques (drapées dans un jargon juridico-technocratique), prises par des êtres humains, que ceux-ci ne peuvent renverser.

Cette même volonté profondément antidémocratique de créer un ordre que les changements de gouvernements ne puissent modifier anime le gouvernement conservateur, dirigé par Stephen Harper. La conscience que nous en avons, de même que de la gravité de ses multiples manœuvres déloyales, voire frauduleuses, pour transformer les mœurs et institutions motive également la réalisation de ce dossier. C’est celui du printemps. Ce n’est pas un hasard. Il porte aussi un souffle, des idées perce-neige, perce-régression, pour accomplir le renouveau de la démocratie, l’incarner comme capacité d’agir sur les affaires du monde et faire qu’elle ne soit pas fiction, mais réalité.

© Revue Relations/Centre justice et foi. Tous droits réservés. Crédits | Reproduction autorisée avec mention complète de la source.

http://68.168.124.185/fr/relations/index.php

Contre l’interdiction de porter le masque lors d’une manifestation

LE FASCISME AU BOUT DE LA MATRAQUE

PAR VICTOR-LÉVY BEAULIEU

(Qui est M. Beaulieu? – Romancier, dramaturge, poète et essayiste prolifique, né au Québec en 1945. Éditeur important jusque dans les années 1980. Lauréat de nombreux prix : Prix du Gouverneur général du Canada (1974) pour Don Quichotte de la Démanche, Prix Québec-Paris pour Monsieur Melville (1979), Prix Arthur-Buies (1987), Prix Canada-Belgique (1980) et Prix Duvernay (1981) pour l’ensemble de son œuvre, Grand Prix de théâtre du Journal de Montréal (1993) pour Sophie et Léon. Le prix Athanase-David (2011) couronne l’ensemble de sa carrière littéraire.)

Depuis que les étudiants sont en grève, le pouvoir politique, les autorités policières et les « généraux » des escouades anti-émeute n’ont pas cessé de nous dire quel travail admirable policiers et escouades anti-émeute accomplissent « avec discipline, discernement et sans user de force excessive » », selon les mots mêmes du directeur de la Sûreté du Québec. Sauf quelques exceptions, les journalistes, commentateurs et chroniqueurs se sont rangés du côté de ce qu’ils ont appelé la nécessité de faire respecter la loi et l’ordre quand on vit en démocratie.

On a déjà oublié comment la violence a commencé : par des bidons d’essence soi-disant trouvés par la police devant les maisons de certains ministres, de faux cocktails Molotov lancés à l’intérieur des bureaux du gouvernement et des tas de briques jetés sur les rails du métro de Montréal. Les autorités policières et le pouvoir politique ont immédiatement associé les étudiants à ces actions « terroristes » et promis d’arrêter promptement les coupables de ces actions. Ce qui devrait nous sembler curieux, c’est que les autorités policières sont restés depuis absolument silencieuses là-dessus et, à ma connaissance, aucun journaliste ne s’est inquiété de la chose.

Mais l’effet de ces actions « terroristes » se sont rapidement répandus dans la population, particulièrement auprès des personnes plus ou moins âgées dont les sondages faits auprès d’elles révèlent ceci : les soins de santé et la sécurité à tout prix sont leurs priorités. Dans les foyers et les centres d’accueil qu’ils habitent, les gens préfèrent vivre comme des prisonniers (portes extérieures et intérieures fermées à clés 24 heures par jour, couvre-feu et gardien de sécurité en permanence), de sorte que leur univers est celui d’un camp concentrationnaire. La moindre violence dont ils entendent parler les remplit de terreur.

Aussi faut-il poser la question : les premiers actes de violence commis devant les maisons des ministres, leurs bureaux et dans le métro, de qui sont-ils l’œuvre? Des étudiants, des casseurs ou de la police elle-même? Ça ne serait pas la première fois qu’elle se livrerait ainsi à la provocation dans les conflits syndicaux!

Des dirigeants de la Sûreté du Québec et des escouades anti-émeute ont avoué devant les caméras de télévision que plusieurs de leurs agents avaient infiltré le milieu étudiant, aussi bien dans leurs assemblées que dans leurs manifestations. Posons donc une deuxième question : la première pierre lancée dans une vitrine de magasin l’a été par qui? Il est tout de même curieux qu’avec tous les moyens dont elles disposent, les forces policières n’aient pu remonter à ce premier casseur.

Il est aussi curieux que la Sûreté du Québec et les escouades anti-émeute, qui fichent depuis des années les membres des groupes radicaux, les ont d’abord laissé agir en toute impunité. Doit-on comprendre qu’elles se sont servi d’eux pour mieux avoir recours à une force excessive dans le but d’apeurer aussi bien les manifestants qu’une population qui mange mou et pense mou?

Tandis qu’on nous montrait à la télévision ces terribles images de policiers matraquant sans discernement des étudiants qui ne faisaient que crier des slogans, le directeur de la Sûreté du Québec déclarait que ses policiers et ses escouades anti-émeute « ne faisaient pas un usage excessif de la violence ». Sagement réfugié au quartier-général de ses troupes, ce n’était évidemment pas lui qu’on matraquait!

En regardant ces images et en entendant le directeur de la Sûreté du Québec, je me suis souvenu de ce jour où Maurice « Mom » Boucher a été arrêté. Ce criminel, responsable de plusieurs meurtres (dont ceux d’enfants et de gardiens de prison), est sorti de chez lui, escorté gentiment par des policiers dont certains lui ont même demandé des autographes! Et quand Maurice « Mom » Boucher est monté dans l’auto patrouille, un policier lui a délicatement mis la main sur la tête pour qu’il ne heurte pas le cadre de la portière! Qu’est-il advenu de ces policiers qui ont transgressé le code de la déontologie policière? Je ne crois pas qu’on en ait beaucoup parlé par la suite.

À mon avis, cela est fort éclairant sur notre système policier : quand nos escouades ont affaire à des bandits armés que rien n’arrête, surtout pas l’assassinat, ça file plutôt doux dans les quartiers-généraux de nos casernes! Mais quand on a devant soi de simples étudiants, on peut les gazer, leur lancer à bout portant des grenades assourdissantes, leur tirer au hasard des balles de caoutchouc, les poivrer à trois pieds de distance et les matraquer férocement comme s’ils étaient les pires gangsters qui soient!

À quoi cela tient-il? Pourquoi certains policiers acceptent-ils de faire partie d’une escouade anti-émeute? Comment les choisit-on? Quelle formation leur donne-t-on?

Quand je suis allé vérifier la chose sur le site web de la Sûreté du Québec, une surprise m’attendait : était hors d’usage l’onglet « Pelotons d’intervention », qui est la façon élégante que la SQ a de nommer ses escouades anti-émeute. Le lendemain de la manifestation de Victoriaville, une autre surprise m’attendait : non seulement l’onglet « Pelotons d’intervention » était-il hors d’usage, mais il avait complètement disparu de l’écran radar de la SQ.

Dans une communication faite à l’Université de Montréal sur le Troisième sommet des Amériques (avril 2001), Jean-Pierre Poirier de la Sûreté du Québec nous révèle que l’objectif ultime que l’on vise dans la formation des policiers qui feront partie des escouades anti-émeute est L’EFFICACITÉ (l’emploi des majuscules est de lui). Au fond, peu importe comment on s’y prend, c’est l’efficacité qui prime.

En 2004, le Code criminel du Canada a été réformé, notamment pour encadrer cette fameuse efficacité, autant chez les policiers que chez toute personne ayant autorité dans notre société :

« Il incombe à quiconque dirige l’accomplissement d’un travail ou l’exécution d’une tâche ou est habilité à le faire de prendre les mesures voulues pour éviter qu’il n’en résulte de blessures corporelles pour autrui. »

Malgré les recherches que j’ai entreprises, aucun policier ni aucun membre des escouades anti-émeute n’ont été poursuivis au nom de l’article 217.1 du Code criminel. Est-ce à dire qu’ils n’ont jamais rien à se reprocher? Que pas un seul parmi eux n’abuse du pouvoir qu’il a? Ce sont de bons pères de famille comme nous tous, a déclaré un représentant de la Sûreté du Québec après la manifestation de Victoriaville. De bons pères de famille sans doute, mais pourquoi deviennent-ils membres des escouades anti-émeute? Une première réponse : la paie qui est substantiellement plus élevée que ce qu’ils toucheraient s’ils étaient de simples policiers, et les alléchants bénéfices marginaux qui vont avec. Demandez à ces policiers qui sont leurs héros. Gandhi? Le Dalaï-lama? Ça serait plutôt Rambo, Terminator, Captain America ou Man of Steel. Psychologiquement, leur entraînement de soldat, nous dit encore Jean-Yves Major, leur apprend  « le pur respect des ordres

et de la ligne de commandement ». Autrement dit, le policier d’une escouade anti-émeute ne doit pas penser : ça réfléchit mal quand on est costumé et armé comme le sont Terminator et Man of Steel. On aura beau avoir reçu la meilleure des formations, il n’en demeure pas moins que personne ne peut être soldat s’il n’a pas en lui, sous le vernis de son éducation, une violence certaine. Les soldats américains en Irak et en Afghanistan en ont fait la preuve absolue.

Depuis le début de la grève étudiante, les escouades anti-émeute l’ont aussi démontré : faire gicler du poivre de Cayenne en plein visage d’un manifestant qui se tient à quatre pieds de vous vous rend imputable selon l’article 217.1 du Code criminel; être au volant d’une auto patrouille et foncer à toute allure sur un groupe de manifestants (comme cela a été le cas à Victoriaville) vous rend imputable selon l’article 217.1 du Code criminel; lancer à ce point des gaz irritants sur des manifestants qu’on a failli (toujours à Victoriaville) évacuer l’hôtel où se tenait le congrès du Parti libéral, est imputable selon l’article 217.1 du Code criminel; utiliser des bombes assourdissantes et des balles de plastique (jugées trop dangereuses par les Américains, ce qui est tout dire), est imputable aussi selon l’article 217.1 du Code criminel.

Pourtant, à la conférence de presse donnée par la Sûreté du Québec le 15 mai dernier, aucun journaliste n’a fait état de l’article 217.1 du Code criminel. Quant à la Sûreté du Québec, elle a affirmé que les citoyens qui se croyaient lésés par les interventions des escouades anti-émeute pouvaient porter plainte dans le cadre du Code de déontologie policière. Évidemment, le porte-parole de la SQ a oublié de mentionner le décret 357-2012 du gouvernement du Québec du 4 avril dernier (autre hasard?) qui rend les procédures des plaintes présentées si compliquées et si bureaucratiques qu’il faut être vraiment naïf pour croire qu’un citoyen peut en bout de ligne avoir gain de cause, et d’autant plus que les policiers y sont en même temps juges et parties.

Depuis le début de la grève étudiante (qui est légale, rappelons-le), les média radiophoniques et télévisuels ont fait appel abusivement à tous ces prétendus experts issus des corps policiers qui n’ont cessé de faire l’éloge des escouades anti-émeute. Tous ces prétendus experts ont admis que les organisations étudiantes étaient infiltrées par des espions, qu’on les trouvait aussi au cœur des manifestations, que la majorité des membres des groupes radicaux étaient fichés depuis longtemps. Pourquoi alors les a-t-on laissé agir? Par stratégie? Pour que les manifestations étudiantes déraillent et qu’on puisse faire avaliser par cette grande partie de la population qui mange mou et pense mou toutes les actions de la police et des escouades anti-émeute?

Les sondages nous disent que cette stratégie a été fort efficace. Le dangereux sénateur Boisvenue voudrait qu’Ottawa punisse de dix ans de prison toute personne portant un masque dans une manifestation! L’hystérique maire de Montréal présentera vendredi prochain un « règlement anti masque » qui va interdire à tout manifestant d’avoir le visage couvert, par un masque, une cagoule ou… un simple foulard! L’hystérique maire de Montréal semble encore ignorer que les étudiants se sont mis à porter masques, cagoules et foulards pour assurer leur sécurité face à des escouades anti-émeute qui les poivraient et les gazaient de façon éhontée.

Souvenons-nous qu’au milieu des années 1960, cet autre maire hystérique que fut Jean Drapeau avait fait adopter un règlement anti-manifestations, règlement qui fut jugé anticonstitutionnel, et ne put donc être appliqué. Celui que propose l’hystérique maire de Montréal ne contrevient-il pas à nos chartes des droits et libertés et, bien loin de protéger les citoyens pacifiques, ne donne-t-il pas encore plus de pouvoir arbitraire à un système policier qui en a pourtant déjà trop?

Si ce règlement absurde devait être adopté, je m’engage, au nom de la liberté qui est le gage de la démocratie, à faire tout ce que je pourrai pour mettre en échec une telle initiative, y compris le recours aux tribunaux. J’invite donc toutes celles et tous ceux qui craignent pour l’avenir de notre démocratie à manifester activement leur désaccord. Devant l’injustice, l’iniquité et l’abus du pouvoir, on n’a pas le droit de rester les bras croisés. L’injustice, l’iniquité et l’abus du pouvoir sont les portes qui nous mènent tout droit au fascisme.

…………………………………………………

Texte ajouté par le Passeur de la Côte :

La Ligue des droits et libertés défend le droit du port du masque ou du déguisement lors d’une manifestation, affirmant que leur usage est un plein exercice de la liberté d’expression.

Le président de la Ligue des droits et libertés, Dominique Peschard, explique que la liberté d’expression et le recours à divers moyens d’expression sont des droits fondamentaux qu’il faut protéger. À son avis, le masque est un moyen d’expression dans bien des cas.

Il craint qu’en cas de modification de la loi, les policiers auront le pouvoir d’arrêter les gens masqués même si ceux-ci n’ont aucune intention criminelle et de mettre fin à un rassemblement pacifique.

Quant à l’obligation de livrer à l’avance aux autorités le parcours d’une manifestation, il s’agit, selon la Ligue, d’une forme d’imposition de permis de manifester et une limite à la liberté d’expression. L’organisme rappelle que les manifestations peuvent se former spontanément, comme ce fut récemment le cas des travailleurs d’Aveos, à Montréal.

(Ce texte du journal La Presse se trouve au http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/national/201204/11/01-4514135-manifestations-la-ligue-des-droits-defend-le-port-du-masque.php)


Brûler pour ne pas s’éteindre. La désobéissance civile expliquée aux puissants.

 « La désobéissance civile, c’est le souffle de la démocratie. Il n’y a pas de régime démocratique sans capacité à refuser de se soumettre. » (Georges Bernanos)

À propos de la crise créée par le projet de hausse des frais de scolarité au Québec

Stéphane Baillargeon  Le Devoir 28 avril 2012 – Texte tiré de http://www.ledevoir.com/societe/education/348767/bruler-pour-ne-pas-s-eteindre

La grève, enfin, le boycottage, euh, la chienlit qui sévit depuis onze longues semaines déjà s’enlise aussi dans des débats sémantiques. Dénoncer, par exemple, est-ce exactement la même chose que condamner, désapprouver, critiquer ou proscrire ? Et combien de synonymes faut-il aligner pour convaincre de la sincérité dans l’interdit de la violence ?

Et la violence, au fond, qu’est-ce que c’est et qui la porte ? La racaille qui n’étudie peut-être pas mais en profite pour casser de la vitrine et de la police ? La cavalerie prête à charger ? Le ministre de la Sécurité publique qui menace de déposer des accusations contre le leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois ?

Les disputes convergent autour de la notion-clé de « désobéissance civile ». Tous les bords l’évoquent, y compris les médias. Les associations étudiantes plaident sa nécessité. Des élus politiques et bien des préposés au sens médiatique la condamnent ou la galvaudent. Ce concept est lui-même un champ de bataille.

« Il va falloir faire des compromis, il va falloir regarder la situation dans son ensemble, a déclaré le maire au journal télévisé de Radio-Canada, jeudi soir. Pas des compromis sur la sécurité. Pas des compromis sur la brutalité. Pas des compromis, par exemple, sur la désobéissance civile. C’est pas acceptable dans notre société. »

Transgression délibérée – 
Reprenons. On parle de quoi, au juste ? « La désobéissance civile est une transgression délibérée et consciente de la loi au nom d’une cause juste », répond Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de la revue de gauche catholique Relations, qui a récemment consacré un dossier complet au sujet (numéro 743, septembre 2010). « Cette forme de contestation surgit face à un statu quo, par exemple face à des négociations bloquées avec un pouvoir politique. »

Et la violence, alors ? Où commence-t-elle ? « Normalement, les gestes symboliques doivent rester pacifiques, poursuit M. Ravet. Mais on peut s’attaquer à des lieux et des choses, faire des sit-in, occuper des immeubles, manifester illégalement. En France, le mouvement altermondialiste de José Bové a fauché du blé OGM. Le sabotage est plus problématique. Je ne suis pas certain que lancer des briques dans le métro puisse être considéré comme de la désobéissance civile. On va dire : oui, mais les casseurs ! Ça, c’est inévitable, même dans un mouvement non violent. Les provocateurs, d’ailleurs parfois envoyés par la police, peuvent infiltrer le mouvement. Dans ce rapport de forces, les autorités cherchent à discréditer l’adversaire, y compris en utilisant les médias qui sont très attentifs au spectaculaire. Mais non violent, ça ne veut pas dire passif ou inoffensif. »

Le philosophe Christian Nadeau, professeur d’histoire des idées politiques et de philosophie morale à l’Université de Montréal, insiste lui aussi sur le fondement pacifique de cette forme moderne de contestation. « On peut évidemment discuter la hiérarchie des gestes de violence, dit-il à son tour. Il y a une différence entre taper sur une voiture de police et frapper quelqu’un. Un étudiant m’a déjà répliqué que j’adoptais ainsi une position “ bon chic bon rouge ”. En fait, la réponse à cette objection brillante, c’est que la désobéissance civile, par définition, ne peut pas être quelque chose de révolutionnaire [dit le philosophe et professeur Christian Nadeau]. »

Le paradoxe essentiel est là : au fond, cette critique en action ne veut pas renverser l’ordre établi, mais bien plutôt le refonder dans le respect de ses principes. « La désobéissance civile rappelle ce qu’est l’esprit des lois, dit le professeur Nadeau. C’est un moyen de stabiliser la société contre des éléments internes qui la déstabilisent. C’est la réaction quasi épidermique d’une société civile qui dénonce une situation en train d’affaiblir les institutions ou de les détourner de leurs sens, de la valeur du bien commun par exemple, pour des intérêts particuliers. »

 

Le désordre moins le pouvoir

Henry David Thoreau, mort il y a 150 ans, père du concept (il parlait en fait de « résistance au gouvernement »), aimait répéter qu’il est parfois plus nécessaire de « cultiver le respect du bien que le respect de la loi » ; quand elle est mal faite, évidemment. Thoreau, qui s’opposait au régime esclavagiste, à la guerre contre le Mexique, a contesté pacifiquement en ne payant pas ses impôts. Martin Luther King et les militants des droits civiques dans les États-Unis des années 1960 luttaient contre la discrimination érigée en système dans le parfait mépris des droits fondamentaux.

Le numéro «Pouvoir de la désobéissance civile de la revue Relations remonte l’histoire jusqu’à Jésus et étend les études de cas à travers le monde. « Il y a des leçons à tirer des expériences étrangères, note le rédacteur en chef Ravet. En Allemagne et en France, quand des casseurs viennent entacher une manifestation pacifique, les participants non violents s’assoient, se regroupent et attendent. Voilà un mouvement non violent massif dont les étudiants devraient s’inspirer. »

De Tolstoï à Gandhi, jusqu’au philosophe politique John Rawls, les penseurs de cette forme démocratique de contestation en font un dernier recours. Mieux : ils rendent le pouvoir injuste et borné responsable des effets négatifs de cette dérive.

« Il doit y avoir une légitimité, poursuit le professeur Nadeau. Les protestations des membres de Fathers for Justice n’ont rien à voir avec la désobéissance civile puisqu’elles remettent en cause l’ordre social légitime. Il doit y avoir une rationalité derrière les gestes et les fins doivent s’accorder aux moyens. La désobéissance, par définition, dit à celui qui prétend être le plus fort qu’il n’a pas le droit d’imposer sa volonté. La force ne peut jamais donner le droit. »

De même, le refus extrême mais pacifique ne peut s’exercer au nom d’intérêts corporatistes. On l’entend assez, surtout dans les éditoriaux et les chroniques : Gabriel Nadeau-Dubois serait un vieux jeune, syndicaliste à sa façon. « Quand on reproche aux étudiants de politiser le débat, les leaders ont raison de répliquer que la grève est étudiante, mais que la lutte est populaire, explique alors Christian Nadeau. Ils affirment que l’éducation est un bien social. La légitimité du mouvement se concentre là, dans la lutte contre une menace directe d’affaiblissement d’une institution fondamentale de la société. Il y a bien des slogans stupides dans cette lutte, mais un des plus forts répète : jamais un peuple instruit ne sera soumis. »

M. Ravet en propose un autre, sublime, emprunté à Bernanos : il faut beaucoup de gens indisciplinés pour faire un peuple libre. « La désobéissance civile, c’est le souffle de la démocratie, conclut-il. Il n’y a pas de régime démocratique sans capacité à refuser de se soumettre. »

La lutte des étudiants au Québec (printemps 2012)

ÉCLAIRAGE SUR LA LUTTE

Extraits d’un article de la journaliste Catherine Lalonde paru dans Le Devoir, le 28 avril 2012. Mme Lalonde rapporte des propos de M. Nicolas Lévesque, philosophe et directeur de la collection « Nouveaux essais spirale » des éditions Nota bene. L’article s’intitule « La jeunesse qui pousse le Québec à la maturité. Face à l’échec du modèle d’autorité néolibéral, les «Y» avancent une vision humaniste à long terme ».

(http://www.ledevoir.com/societe/education/348723/la-jeunesse-qui-pousse-le-quebec-a-la-maturite)

Extrait 1 – Ce qui est évident avec la crise étudiante [dit M. Lévesque], c’est que le modèle d’autorité présenté par le gouvernement est dépassé. On sait que ce ne sont plus nos dirigeants qui prennent les décisions, que les structures sociales sont déréglées. Que l’idéologie néolibérale, capitaliste, économiste, roule toute seule. Le gouvernement y est soumis, ni souverain, ni autonome. On a élu des êtres humains au pouvoir, avec un jugement, et les voilà qui se fient seulement à des statistiques, des études de marché, des chiffres. Au lieu de dire aux jeunes et à la CLASSE de cesser de jouer le jeu de l’intimidation, on pourrait demander au gouvernement de cesser d’être intimidé par les pouvoirs financiers.

Extrait 2 – Les étudiants ont des idées humanistes, se mobilisent au nom de la prochaine génération. Ils ont une impressionnante vision à long terme. Le gouvernement, lui, ne montre pas de patience. Il regarde les choses à la pièce, pense à la remise de la session ou aux conséquences pour cet été, au mieux à la fin de son mandat. L’éducation envisagée à court terme, c’est franchement terrible. À l’âge qu’ont les étudiants, c’est dur de leur demander d’être plus matures que le gouvernement.

Extrait 3 – Ce qu’on voit finalement, c’est que nos dirigeants sont des pions. Des enfants qui jouent. Ça serait beau que Jean Charest se lève un matin en disant « je suis tanné de recevoir des téléphones de Power Corporation, des minières et des pétrolières ». Je pense que nos dirigeants ne voient même pas le « big picture », hypnotisés par leurs rôles. Ce sont des grenouilles qui se pensent plus grosses que le boeuf. Résultat : des enfants en position d’autorité, face à des enfants obligés de vieillir trop vite. Si, comme jeune, tu as ce poids sur les épaules, et qu’en plus tu te fais traiter de petit merdeux d’individualiste qui écoute juste son iPod, ben oui, tu vas avoir envie de péter des vitrines. L’impasse que les jeunes dévoilent avec la violence existe bel et bien. Ce qui est scandaleux de Charest et Beauchamp, c’est qu’ils nient cette impasse. On revit le Titanic. Le problème actuel, c’est que les jeunes ne voient pas pour qui voter pour que ça change. C’est là que la démocratie ne marche plus, si tous les partis sont financés par cette idéologie néolibérale.

Extrait 4 – Je ne pense pas qu’il y ait de dialogue possible présentement. Simplement. Les jeunes voient cette société complètement colonisée par un système externe. Les autorités sont en déni. La CLASSE a raison de n’accepter aucune solution facile. Je pense qu’elle devrait être plus radicale encore dans le discours et la philosophie, et moins dans les gestes, et dire que c’est tout le système qu’il faut repenser : la santé, l’éducation, le politique. C’est le temps d’aller jusque-là. Même si les étudiants gagnaient maintenant, ça serait une économie de bouts de chandelle. Ils n’ont pas résisté jusque-là pour retirer un petit 1000 $. Ce serait une immense défaite. Il faut leur dire qu’ils sont en train de changer le monde. Et qu’on va les aider. Qu’on va leur donner les outils pour changer la société. On ne peut pas s’excuser en disant « oui mais, moi j’ai payé des droits de scolarité, qu’ils les paient eux aussi », ce ne serait qu’un signe d’amertume. C’est vraiment mal vieillir que de ne pas vouloir que les jeunes aient une meilleure vie que nous. Il faut toujours souhaiter que nos enfants nous dépassent.