Parution du webmagazine québécois VIVRE ENSEMBLE du printemps 2014

 

On trouve le numéro du printemps 2014 de Vivre ensemble au http://cjf.qc.ca/userfiles/file/VE/PRINTEMPS-2014/VE_Vol21-No73.pdf. Il est gratuit.

 

SOMMAIRE

L’hospitalité est-elle subversive pour repenser l’enjeu migratoire? ANDRÉ JACOB

L’hospitalité dans la Première lettre de Pierre : centre de la vie communautaire MARTIN BELLEROSE

Un engagement envers les personnes réfugiées honoré JANET DENCH

L’engagement jésuite auprès des personnes réfugiées :

entretien avec Mario Brisson MOULOUD IDIR

La nécessité de mondialiser l’hospitalité : une relecture du

roman Continents à la dérive de Russel Banks WOOLDY EDSON LOUIDOR

Recension de livre : L’hospitalité divine : l’autre dans le dialogue des théologies chrétienne et musulmane GREGORY BAUM

Recension de livre : Le Québec expliqué aux immigrants GREGORY BAUM

 

EXTRAIT 1 : La mondialisation et ses exigences

Fondamentalement, avec le renforcement de la mondialisation, notre ère vit la prédiction fondamentale de Karl Marx, à savoir le capitalisme tendant vers une concentration monopolistique fondée sur la libre circulation des capitaux, des biens produits, mais aussi (et j’ose dire surtout) des ressources en main-d’œuvre. On trouve là les trois piliers de la concentration monopolistique et du développement de type capitaliste au sein duquel une minorité contrôle le système financier, social, politique et culturel.

 

Les entreprises de tous les domaines souhaitent sans doute en secret, comme à l’époque de la colonisation, pouvoir contrôler «leur» main-d’œuvre étrangère de la première étape du recrutement jusqu’à la fin des contrats de travail. Rappelons qu’au X1Xe siècle et au début du XXe les entreprises privées participant au développement du Canada dans des domaines névralgiques comme le transport par train, l’agriculture et les mines, recrutaient elles-mêmes leurs travailleurs, ce au nom du gouvernement; elles avaient les mains libres dans le recrutement et l’établissement des ouvriers et des travailleurs agricoles. Au fil du temps, particulièrement depuis le début du XXe siècle, elles ont confié la gestion du statut de l’immigrant à l’État et peu à peu des normes d’encadrement des migrations ont été mises en place. Depuis, malgré l’adoption de nombreuses mesures de contrôle au fil des ans, une tendance lourde s’impose en vertu des lois du marché, soit l’utilisation constante d’immigrants et d’immigrantes comme main-d’œuvre à bon marché et comme «outil» de pression à la baisse sur les salaires. Cette stratégie de développement explique pourquoi les entreprises cherchent une main-d’œuvre encadrée par l’État, mais définie à la lumière de leurs besoins immédiats. Les catégories de travailleurs temporaires ou saisonniers, d’immigrants investisseurs et d’aides domestiques, pour ne citer que ces exemples, correspondent aux exigences entrepreneuriales. La même dynamique s’applique d’ailleurs dans d’autres domaines; le milieu patronal demande de plus en plus aux écoles secondaires et aux institutions d’éducation supérieure de modeler des programmes de formation sur les exigences des entreprises. Ce discours dominant était patent lors de la dernière campagne électorale provinciale de 2014, particulièrement dans la bouche du chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, prototype du patron posant ses conditions à l’État.

 

[ Auteur : André Jacob (professeur associé à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal et collaborateur du secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi), L’hospitalité est-elle subversive pour repenser l’enjeu migratoire? Vivre ensemble, printemps 2014, page 4 ]

 

EXTRAIT 2 : La mondialisation hospitalière

La question de fond soulevée par Russell Banks dans son roman demeure jusqu’ici sans réponse : pourquoi la migration d’êtres humains pose-t-elle problème et se termine-t-elle en tragédie dans de nombreux cas, et ce, dans les cinq continents? Mondialiser l’hospitalité en vue d’humaniser la mondialisation fait partie de la solution; mais avant, il nous faut détruire le monde tel qu’il est, selon le vœu de Continents à la dérive : détruire notre petit monde intérieur, dont nous sommes prisonniers. Afin de nous ouvrir à l’autre-étranger, venu d’ailleurs, et aussi au monde extérieur en vue de créer une «autre» mondialisation à même de faciliter la rencontre, le partage, l’échange entre les êtres humains, les plus divers et issus de pays et cultures différents.

 

C’est la seule mondialisation possible, la vraie : il n’y a de monde que pour les êtres humains et là où il existe la pluralité du genre humain, disait déjà la philosophe Hanna Arendt. La mondialisation qui vaudra la peine et dont l’humanité pourra s’enorgueillir à bon droit. La mondialisation hospitalière, se substituant enfin à la mondialisation généralisée des lois du marché : vœu cher au philosophe René Schérer et à une quantité de plus en plus nombreuse de penseurs, d’écrivains, de défenseurs de droits humains et de citoyennes et citoyens d’un peu partout sur le globe.

 

[ Auteur : Wooldy Edson Louidor (professeur de philosophie du droit à la Pontificia Universidad Javeriana et de sociologie à l’Universidad Santo Tomas, à Bogota, en Colombie), La nécessité de mondialiser l’hospitalité : une relecture du roman Continents à la dérive de Russel Banks, Vivre ensemble, printemps 2014, page 20 ]

 

Le Secrétaire général des Nations Unies rappelle la contribution considérable des migrants pour le développement.

 

Source : Centre d’actualités de l’ONU: http://www.un.org/french/newscentre/

New York, 4 mai 2014

 

 

À l’occasion de l’ouverture mercredi du Forum mondial sur la migration et le développement, qui a lieu à Stockholm en Suède, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a rappelé que PLUS D’UNE PERSONNE SUR TRENTE DANS LE MONDE EST UN MIGRANT et que LA MIGRATION EST UN PHÉNOMÈNE QUI TOUCHE TOUS LES PAYS.

« J’ai vu des petits villages dans des pays en développement qui se vident de ses jeunes gens qui partent à la recherche de meilleures opportunités. J’ai vu des villes en pleine croissance où des gratte-ciels sont construits par le dur labeur des migrants et des États développés dont l’économie est en partie alimentée par les contributions des migrants », a déclaré M. Ban.

« Ensemble, nous avons travaillé pour saisir les opportunités qu’apporte la migration, pour reconnaître ses avantages et trouver des réponses aux risques qui y sont liées », a-t-il ajouté en saluant la déclaration historique adoptée à l’issue d’un dialogue de haut-niveau de l’Assemblée générale sur la migration et le développement l’année dernière qui reconnait clairement l’importance de la question de la migration.

Le chef de l’ONU a souligné que LE MONDE A TOUT À GAGNER DE LA MIGRATION SI CELLE-CI EST CONVENABLEMENT GÉRÉE, MAIS AUSSI BEAUCOUP À PERDRE SI ELLE NE L’EST PAS. C’est pour cela que M. BAN A EXHORTÉ LES PAYS DU MONDE À ÉTABLIR DES VOIES RÉGULIÈRES, SÛRES ET ORDONNÉES POUR LA MIGRATION, QUI SONT RESPECTUEUSES DES DROITS DE L’HOMME DES MIGRANTS, QUEL QUE SOIT LEUR STATUT.

M. Ban a rappelé qu’il a proposé un plan en huit points pour la migration, qui appelle à la protection des droits de l’homme, la lutte contre les exploitations, l’assistance aux migrants qui se trouvent bloqués, la sensibilisation du public, l’intégration de la question des migrants dans le cadre de la préparation du programme de développement, la collecte de données fiables et le renforcement des partenariats.

Pour cela, il est important, selon le Secrétaire général, d’assurer la protection des droits des migrants et lutter contre la discrimination, garantir les droits des travailleurs migrants qui sont employés de maison et assurer la protection des enfants.

« J’exhorte tous les États à ratifier et mettre en oeuvre tous les traités internationaux liés à la migration, ainsi que les instruments internationaux pour lutter contre le trafic de migrants et la traite. Nous pouvons faire plus pour renforcer les politiques nationales et régionales destinées à lutter contre les criminels et protéger les victimes », a souligné M. Ban, en exprimant sa préoccupation concernant la situation en mer Méditerranée, où un grand nombre de migrants ont perdu la vie lors de traversées organisées par des passeurs peu scrupuleux.

Le Secrétaire général a appelé à renforcer les partenariats dans le domaine de la migration à tous les niveaux, y compris dans le cadre du Groupe mondial pour la migration, qui est composé des agences onusiennes et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), et qui travaille avec l’ensemble des acteurs, notamment de la société civile.

« Nous entamons une période importante, une nouvelle phase pour la migration. Au cours des mois à venir, les États membres de l’ONU finiront leur rapport sur les objectifs du développement durable. Vos voix peuvent aider ceux qui préparent le cadre de développement pour l’après-2015 à PRENDRE EN COMPTE LE RÔLE IMPORTANT DES MIGRANTS POUR LE PROGRÈS ÉCONOMIQUE, SOCIAL ET ENVIRONNEMENTAL », a indiqué M. Ban.

 

L’ONU DÉFEND LA MIGRATION COMME FACTEUR DE DÉVELOPPEMENT «ÉQUITABLE, INCLUSIF ET DURABLE»

source : Centre d’actualités de l’ONU: http://www.un.org/french/newscentre/

New York, 18 décembre 2013

Pour marquer la Journée internationale des migrants, les Nations Unies ont appelé mercredi peuples et gouvernements du monde entier à rejeter la xénophobie et à accepter la migration comme facteur de développement économique et social équitable, inclusif et durable.

« Laissons la migration oeuvrer au bénéfice des migrants et des pays d’accueil. Nous le devons aux millions de ceux qui, par leur courage, leur vitalité et leurs rêves, contribuent à rendre nos sociétés plus prospères, fiables et diversifiés », déclare le Secrétaire général Ban Ki-moon dans son message pour la Journée, célébrée chaque année le 18 décembre.

Soulignant que la migration « est une réalité » au 21ème siècle, M. Ban a rappelé qu’environ 232 millions de migrants internationaux font des contributions positives à leurs pays de destination et d’origine grâce au travail qu’ils fournissent et à leurs envois de fonds.

« Pourtant, ce segment important de la population demeure largement invisible et inconnu au sein de la société », poursuit-il. Notant que près de la moitié des migrants sont des femmes, le Secrétaire général a rappelé qu’un sur dix est âgé de moins de 15 ans et que 40% sont basés dans les pays en développement. « Ils sont trop nombreux à vivre et travailler dans les pires conditions imaginables, avec un accès limité aux services de base et aux droits fondamentaux, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux actes d’extorsion et de violence, à la discrimination et à la marginalisation. »

L’ONU s’efforce de protéger les droits des migrants, de réduire les coûts sociaux et économiques de la migration et de promouvoir des politiques qui maximisent les avantages de la mobilité. « Les migrants ne devraient pas être contraints de risquer leur vie et leur dignité », a déclaré le Secrétaire général, qui s’est félicité de l’entrée en vigueur, plus tôt cette année, de la Convention sur les travailleuses et travailleurs domestiques, dont beaucoup sont des migrants.

En outre, en octobre, un dialogue de haut niveau de l’Assemblée générale avait demandé que le programme de développement post-2015 tienne pleinement compte des retombées positives de la migration internationale. « Il est essentiel d’avoir un débat ouvert sur ce sujet important. Laissons la migration oeuvrer au bénéfice des migrants et des pays d’accueil », a déclaré M. Ban, exhortant la communauté internationale à faire de la migration un facteur de développement plus large.

Saluant également les mesures prises lors de cette réunion, le Président de l’Assemblée générale, John Ashe, a noté de son côté que les États membres s’étaient engagés à mieux protéger les droits juridiques et humains des migrants du monde entier. L’Assemblée a également réaffirmé que « la migration ne peut ni ne doit être arrêtée, mais qu’elle exige une meilleure gouvernance. »

Il a cependant reconnu les défis qu’elle pose, dénonçant le fait que, chaque année, des milliards de dollars qui pourraient être mis à profit par les familles migrantes finissent dans la poche de passeurs et d’intermédiaires financiers.

Par ailleurs, les coûts humains de la migration sont « intolérables », comme en témoignent les dernières tragédies en date en Méditerranée, qui ont mis en lumière l’extrême vulnérabilité des migrants fuyant la pauvreté, les persécutions et les conflits.

Aussi le dialogue de haut niveau a-t-il montré selon John Ashe que la communauté internationale peut se retrouver autour de cette question. « Il est maintenant temps de traduire notre vision commune en action. Il est temps de tenir notre promesse et de faire une différence dans la vie de millions de migrants à travers la planète. »

Le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants, François Crépeau, le Président du Comité des Nations Unies sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, Abdelhamid Jamri, et le Rapporteur sur les droits des migrants de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, Felipe González, ont joint leurs voix à ces appels à l’action.

« Nous devons garder à l’esprit que les migrants sont avant tout des êtres humains avec des droits et qu’ils ne peuvent être perçus ou représentés uniquement comme agents de développement économique », affirment-ils dans une déclaration commune, rappelant aux Etats leur responsabilité de lutter contre le racisme et la xénophobie, en faisant traduire en justice les auteurs de violence ou de discrimination contre les migrants et en favorisant un débat public pour sensibiliser à la tolérance, au changement social et à la célébration de la diversité.

« À l’occasion de cette Journée internationale, nous tenons à rappeler à tous que les droits humains doivent être au coeur de toutes les discussions concernant les migrants et les politiques migratoires », selon les experts, qui exhortent les États à ratifier tous les traités internationaux et régionaux pertinents, notamment le traité sur la protection des droits des travailleurs migrants et de leurs familles, et à les mettre pleinement en oeuvre.

« En fin de compte, comme cela a été le cas avec d’autres catégories d’êtres humains marginalisés, l’objectif devrait être d’habiliter les migrants à se battre pour leurs droits », ont souligné les experts, ajoutant qu’ils devraient se voir offrir les outils normatifs, institutionnels et procéduraux nécessaires pour les aider à se prémunir de la précarité, ainsi qu’un accès à la justice et aux recours appropriés.