La responsabilité morale des êtres humains.

Par Louis Cornellier

Tout être humain se retrouve régulièrement dans des situations où il doit faire des choix qui engagent sa responsabilité morale. De grands principes universels (ne pas tuer, ne pas voler, respecter les autres, etc.) peuvent bien sûr servir de guides à l’action. Toutefois, l’obéissance à ces règles ne suffit pas puisque ces dernières sont souvent trop générales pour éclairer la conduite dans des situations particulières. La voix de la conscience doit donc se faire entendre.

Éducation morale

Or, reconnaît Marie-Thérèse Nadeau [théologienne, auteure de La Conscience, une formidable boussole, Montréal, Mediaspaul, 2016], cela ne va pas sans risque. La conscience n’est pas un strict fait de nature qui nous serait imparti à la naissance, une fois pour toutes. Même s’il s’agit, écrit la théologienne, d’un « cadeau […] offert à tous », il reste que « la moralité, cela s’apprend » et que, comme le précise le jésuite Paul Valadier, « l’être humain est éthiquement éduqué, ou il n’est pas ».

Aussi, si cette éducation morale fait défaut, ce qui est souvent le cas, la conscience peut être confondue avec le subjectivisme (chacun ses convictions) ou avec le laxisme (chacun fait ce qui lui plaît). Ce relativisme moral, explique Nadeau, est indigne d’une conscience en quête d’humanisation et de vérité.

Il faut, insiste la théologienne, suivre sa conscience pour être libre, mais il importe tout autant de la former puisque celle-ci n’est pas « immédiatement adéquate au bien ». Pour ce faire, pour se donner des repères moraux, il faut se tourner, dans un exercice constant de réflexion, vers les normes éthiques existantes (lois, interdits, grands principes), vers le magistère de l’Église (les non-croyants, ici, sont moins concernés, quoiqu’ils puissent reconnaître des vertus morales à cette tradition) et vers les autres humains, sans qui toute délibération morale serait vaine. On pourrait ajouter, aux propositions de la théologienne, la fréquentation des grandes oeuvres littéraires, sources irremplaçables de méditations éthiques.

(Source : Louis Cornellier, Femmes de conscience, Le Devoir, 26 mars 2016, p. F6, http://www.ledevoir.com/culture/livres/466510/femmes-de-conscience vu le 6 avril 2016)

Changer les mentalités pour enrayer la corruption ?

Faut-il changer la mentalité des citoyens pour que le Québec arrête la corruption, paralyse les corrupteurs, convainc ses citoyens de ne pas se laisser corrompre ?

Le journal algérien El Watan a publié un texte, le 21 janvier 2013, qui parle de l’Algérie mais que les Québécois peuvent lire avec profit. Ce texte est signé Abdelhak Lamiri, docteur science de gestion; on le trouve au http://www.elwatan.com/chroniques/repereseco/changer-les-mentalites-une-idee-fausse-et-dangereuse-21-01-2013-200350_175.php. En voici des extraits :

«Changer les mentalités» : une idée fausse et dangereuse

Il est question de changer la mentalité des citoyens pour que l’Algérie réussisse son pari de se redresser et de rejoindre le rang des pays émergents. De nombreux PDG, walis, responsables de départements administratifs, ministériels et même chercheurs universitaires et prestigieux conseillers d’institutions publiques et privées ne jurent que par le changement des mentalités pour améliorer le mode de fonctionnement de nos entreprises et de nos entités publiques.

Heureusement qu’il y a une minorité d’analystes éclairés qui ont compris que «changer les mentalités» est une idée fausse et très dangereuse. Pourquoi ? En premier lieu, si le problème résidait dans les mentalités, les décideurs n’ont donc aucune responsabilité sur les résultats de leurs décisions. Malgré tous les efforts et la pertinence de leurs choix si judicieux, les mentalités des citoyens font déraper leurs projets. Il faut donc les absoudre de toute responsabilité, car malgré leurs compétences et leurs perspicacités ils ne peuvent obtenir des résultats probants. La faute incombe aux mentalités. []

Qu’est-ce que c’est changer les mentalités ? Apparemment, ses adeptes pensent au mode de pensée des personnes. Celles-ci doivent commencer à apprécier le travail, le civisme, l’honnêteté, l’assistance à autrui pour pouvoir les appliquer dans les entreprises et les institutions. Par la suite, les directives des décideurs vont s’appliquer et donner des résultats satisfaisants sur le terrain. Ainsi, l’école et l’environnement global y sont interpellés. Les managers vont donc essayer de communiquer intensément pour renforcer ces qualités. Mais puisque pour le moment ces caractères n’existent pas, alors inutile d’essayer d’obtenir des performances acceptables tant que les «mentalités n’ont pas changé».

[] les mentalités changent exceptionnellement et très rarement. On réserve ce genre de traitement aux personnes «déséquilibrées». [] En management, on sait changer les comportements pas les mentalités ; et c’est suffisant.

Abdelhak Lamiri : PH et Dr en science de gestion

source : El Watan (journal algérien), http://www.elwatan.com/chroniques/repereseco/changer-les-mentalites-une-idee-fausse-et-dangereuse-21-01-2013-200350_175.php