Glanures de lectures – 6 juin 2012

Comme dans un champ où on glane, on s’en va d’épi en épi, il s’en allait de chose en chose.

(C. F. Ramuz, Aimé Pache, 1911)


Quand la participation citoyenne dérange une mairesse…

Le 15 novembre 2011, la mairesse de Lévis, Mme Danielle Roy Marinelli, prend la parole devant des promoteurs, des gestionnaires immobiliers, des membres de Institut de développement urbain du Québec. Le Journal de Lévis dit qu’elle « a parlé des projets majeurs à Lévis… et des contraintes qui retardent leur concrétisation, par exemple la plainte au MAM (ministère des Affaires municipales du Québec) pour le complexe aquatique ou le référendum qui a fait échoué le projet Roc Pointe. » La journaliste cite Mme Marinelli : « Moi je considère que c’est totalement inadmissible à partir du moment où une ville réussit à faire en sorte que plusieurs promoteurs bonifient leur projet pour faire un projet de développement durable, un projet avec des espaces parc, un projet avec un emplacement pour une future école, un projet qui correspond à 100% aux orientations gouvernementales, à la densification et que la loi permette qu’un petit groupe de citoyens réussissent à bloquer un projet majeur comme celui-là (Roc Pointe). Heureusement, la loi sur l’aménagement de l’urbanisme est en révision actuellement et on travaille très fort pour faire en sorte que les critères de signature des registres soient modifiés pour faire en sorte que les villes ne subissent pas ce genre de préjudice là à leur développement ». [] « Il y a certains citoyens qui requestionnent nos façons de faire et il y a une plainte actuellement au MAM, a-t-elle mentionné. On n’a aucune inquiétude sauf que ça met des bâtons dans les roues et ça fait en sorte que le projet est malheureusement retardé ». (Marie-Christine Patry, Journal de Lévis, http://www.icilevis.com/fr/archive.aspx?sortcode=1.34.39&id_article=5713)

MATIÈRE À RÉFLEXION

RÉSISTANCES CITOYENNES

LA FORCE DE PROPOSITION DES MOUVEMENTS CITOYENS

Paco Ignacio Taibo II et la résistance citoyenne

Source : http://altermondes.org/spip.php?article954, Altermondes, revue trimestrielle de solidarité internationale)

De la mobilisation des sociétés civiles en marge des sommets des G8 et G20, les médias ne recherchent et retiennent souvent que les images d’affrontement voire de violence. C’est négliger la force de proposition des mouvements citoyens et oublier que le progrès naît souvent de résistances citoyennes. Témoignage.

Il vit au Mexique, pays hôte du G20 en 2012, et écrit des polars (dont « Des morts qui dérangent » avec le Sous-commandant Marcos) qui sont lus dans le monde entier. Mais Paco Ignacio Taibo II est surtout un observateur sans concession du monde : « Pourquoi les médias ne montrent-ils que les violences lors des contre sommets ? Tout simplement, parce qu’ils sont une partie du système. La perception qu’ils essaient de transmettre est qu’il y a un ordre bien défini et qu’en dehors de cet ordre, c’est le chaos. C’est une vision fausse et perverse parce que ce qu’ils appellent l’ordre est en réalité le chaos.Les médias ont atteint un tel niveau de cynisme qu’ils présentent comme élégant ce qui est barbarie. Un jour, sur les instructions du dirigeant d’une banque internationale, 25 camions remplis de dollars et d’or ont traversé la frontière d’un pays. Illégalement. Du jour au lendemain, ce pays se transforme en un pays de 20 millions de pauvres. Créer 20 millions de pauvres en une nuit est l’un des actes de barbarie les plus profonds que j’ai vus dans ma vie. Le résultat de ces 25 camions, c’est aussi des centaines de suicides, des gens qui perdent leur maison, qui perdent leur emploi, qui dorment dans la rue, qui n’ont plus d’argent pour s’acheter à manger… Ce que je vous raconte, c’est la genèse de ce que l’on appelle el corralito, la grande crise économique qui a frappé l’Argentine en 2001 et qui a été produite par la finance internationale. C’est donc de la barbarie pure que l’on nous présente comme étant l’ordre. Le cynisme n’a plus de limite.Nous ne pouvons donc vivre que dans la résistance. Elle n’est pas plus nécessaire qu’avant : elle l’a toujours autant été. La résistance citoyenne est le seul espace de survie de la civilisation car elle rassemble les gens qui critiquent, les gens qui pensent, les citoyens responsables. C’est le monde de la solidarité contre le monde de la rapine. »

PROPOS RECUEILLIS PAR JULIE BARON ET DAVID ELOY

(« Revue de la solidarité internationale, du développement durable et des droits humains, Altermondes propose à ses lectrices et lecteurs un autre regard sur le monde, en donnant la parole aux sans voix, à celles et ceux qui, inlassablement et souvent dans l’ombre, oeuvrent à la construction d’un monde juste, durable et solidaire. »)

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IL NE FAUT JAMAIS LAISSER LE BIEN-ÊTRE ET LE BONHEUR DES GENS ENTRE LES MAINS DES FOUS DE L’ARGENT

« En Irak, les antiquités millénaires ne font pas le poids face à une industrie pétrolière en plein développement: malgré les protestations, un oléoduc traverse désormais le site archéologique mondialement connu de Babylone. « Le ministère du Pétrole a causé des dommages inestimables au site en creusant, sous les terrains archéologiques de Babylone, un tunnel de 1.550 mètres de long pour faire passer un oléoduc acheminant des produits pétroliers du sud du pays vers Bagdad », se lamente Qaïs Hussein Rachid, chef de la commission générale archéologique d’Irak. « Il y a des risques de pollution et cet ouvrage porte un coup mortel à tous nos efforts pour inscrire Babylone au Patrimoine mondial de l’Unesco », dit-il à l’AFP. » (Le Figaro, 17 mai 2012, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/05/17/97001-20120517FILWWW00404-irak-un-oleoduc-traverse-babylone.php)

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(Maintenant, détendons-nous, propose le Passeur de la Côte.)

Rimes riches à l’œil

Par Alphonse Allais

L’homme insulté‚ qui se retient
Est, à coup sûr, doux et patient.
Par contre, l’homme à l’humeur aigre
Gifle celui qui le dénigre.
Moi, je n’agis qu’à bon escient :
Mais, gare aux fâcheux qui me scient!
Qu’ils soient de Château-l’Abbaye
Ou nés à Saint-Germain-en-Laye,
Je les rejoins d’où qu’ils émanent,
Car mon courroux est permanent.
Ces gens qui se croient des Shakespeares !
Ou rois des îles Baléares!
Qui, tels des condors, se soulèvent !
Mieux vaut le moindre engoulevent.
Par le diable, sans être un aigle,
Je vois clair et ne suis pas bigle.
Fi des idiots qui balbutient !
Gloire au savant qui m’entretient!

(Le sourire, 7 décembre 1901)

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