À Lévis (Québec), grande soirée d’échanges avec la communauté musulmane le jeudi 18 mai 2017 au Patro (6150, rue Saint-Georges), de 19 h à 21 h

 

Enfin, à Lévis :

 Lévisiennes et Lévisiens, gens des alentours aussi, profitez-en !

C’est une occasion exceptionnelle de vous renseigner.

 Le jeudi 18 mai 2017

 

6150, rue St-Georges

Lévis, G6V 4J8

Tél : 418 833-4477

Pour une demande d’informations : renseignement@patrolevis.org  •  Facebook  •  Twitter

Attentat du 29 janvier 2017 à Québec – Sortir de la peur pour construire le Québec de demain.

Source : http://www.cjf.qc.ca/fr/infolettre_cjf/infolettre_cjf.php?idn=13534&cle=7h9mv2byvynt5t6xsfgx

Communiqué du Centre Justice et Foi suite à l’attentat du 29 janvier 2017 à Québec

Sortir de la peur pour construire le Québec de demain

Après le terrible attentat ayant fait au moins 6 morts dans la ville de Québec le 29 janvier dernier, Mohammed Yangui – le président du Centre culturel islamique de Québec – avait comme principale et légitime revendication que soit assurée la protection de sa communauté. Un appel partagé par plusieurs de nos concitoyens et concitoyennes de confession musulmane, et qui dépasse largement l’acte haineux dont certains viennent d’être victimes.

Cette peur ressentie n’est pas nouvelle, même si la tuerie de Québec nous a fait basculer au-delà d’une limite que nous aurions souhaitée infranchissable au Québec. Elle [la peur ressentie par des musulmans] a été attisée par plusieurs événements survenus ici et ailleurs depuis déjà une quinzaine d’années. Cette peur a des répercussions bien réelles dans la vie d’hommes et de femmes pour qui la foi et la pratique religieuse sont importantes, autant que dans celles de personnes qui, tout en étant non croyantes, sont perçues comme telles. Marginalisation, climat de suspicion, agressions verbales et physiques, discriminations de toutes sortes ont même forcé certaines et certains à cacher leur appartenance musulmane pour éviter la stigmatisation.

Des personnes non musulmanes expriment aussi leur peur et leurs inquiétudes face à ces événements dont les véritables causes sont complexes et souvent délibérément cachées. Cela rend malheureusement plusieurs individus réceptifs aux solutions expéditives qui tiennent de la simplification et s’alimentent au rejet de l’autre. Le récent décret du président Trump sur l’immigration, cité en exemple en réponse aux événements de Québec par son porte-parole Sean Spicer, en est la pire caricature. Cette décision aura des conséquences dévastatrices autant sur le plan de la géopolitique internationale que sur les relations entre les citoyens étatsuniens eux-mêmes.

De nombreuses interventions politiques et médiatiques, depuis dimanche, soulignent le caractère paisible de la ville de Québec où l’improbable vient de se produire. Comme si cela relevait d’une fatalité qui nous dépasse. La tentation est grande de réduire cet acte de violence à un déséquilibre mental chez son auteur, sans approfondir le contexte qui le rend possible. La répétition ad nauseam des termes « terrorisme » et « radicalisme » n’aide pas non plus à saisir correctement la portée de ce que nous vivons. Nous ignorons ainsi d’autres éléments de compréhension qui permettraient aux décideurs politiques et à l’ensemble de notre société de mieux identifier certains enjeux sous-jacents à ce drame. Pourtant, seule une telle profondeur d’analyse nous rendra capable de réagir collectivement adéquatement.

Par exemple, qu’attend-on pour sévir contre les « radio-poubelles », particulièrement nombreuses dans la région de Québec, qui contribuent clairement à la construction de la haine de l’autre – qu’il s’agisse des immigrants ou des femmes? Leurs effets sur la désinformation ambiante et la détérioration du climat social sont dénoncés par des individus et des groupes, mais cela ne semble pas préoccuper suffisamment nos décideurs ni mobiliser l’opinion publique pour qu’on y mette un frein. Ce contexte vicié constitue pourtant un terreau fertile à l’organisation ou à la résurgence de tendances d’extrême droite que nous feignons d’ignorer. De même, l’acceptation de discours ayant pour finalité d’essentialiser les personnes dites musulmanes à partir de stéréotypes gommant la complexité des identités personnelles et collectives. Le refus de reconnaître en cela l’expression d’une islamophobie réelle, vécue au quotidien par certains de nos concitoyens et de nos concitoyennes, limite notre juste compréhension des mécanismes d’une exclusion sociale pourtant bien documentée par des méthodes d’enquête et de recherches scientifiques et rigoureuses.

Les angoisses persistantes d’une partie de la population, quant à la disparition d’une société qui aurait été, jadis, plus homogène, doivent aussi être entendues. Ce sentiment de perte d’héritage, d’effilochement des liens sociaux et de déclassement socio-économique pose un réel défi à nos démocraties depuis trop longtemps minées par le néolibéralisme.

L’avenir du Québec passera par notre capacité à reconstruire nos liens et notre histoire à partir d’un partage de la richesse, de la parole et du pouvoir qui inclura toutes les composantes de notre société – y compris ceux et celles qui choisissent le Québec dans un processus d’immigration. Cette tâche n’est pas simple, mais elle est possible si nous nous y engageons ardemment et si nous en faisons un véritable projet politique en y mettant les ressources nécessaires.

Nous devons prendre conscience de façon urgente que la peur et le sentiment d’impuissance ont des effets extrêmement délétères sur notre vie collective. C’est pourquoi il faut souligner le fait important que des milliers de Québécois et Québécoises aient exprimé leur refus de cette peur, de cette impuissance et de cette division programmée en participant aux vigiles ou gestes de solidarité proposés dans plusieurs endroits du Québec, et appuyés par de nombreuses personnes à travers le monde.

C’est aussi pourquoi nous devons demander aux décideurs politiques de cesser de remettre aux calendes grecques les actions décisives concernant les discours haineux, l’émergence de groupes d’extrême droite, l’islamophobie réelle, la création d’une commission sur le racisme systémique, la mise sur pied d’initiatives et d’espaces citoyens prenant à bras le corps les défis d’une société pluraliste. Autant de dossiers pour lesquels une action parlementaire et une allocation de ressources, au-delà des divisions partisanes, est urgente.

L’attentat de Québec servira-t-il d’électrochoc afin que soit menée une réflexion en profondeur sur les conditions d’une véritable sécurité pour toutes et tous, et que des actions conséquentes soient prises? Il faut à tout prix qu’il en soit ainsi.

Centre justice et foi, 25, rue Jarry Ouest, Montréal, Québec H2P 1S6

Contact : Christiane Le Guen, cleguen@cjf.qc.ca tél.: 514-387-2541, p. 234

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Centre justice et  foi (CJF)

Le Centre justice et  foi (CJF) est un centre d’analyse sociale, un lieu de recherche et de réflexion qui pose un regard critique sur les structures sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses. Ce regard est inspiré par l’Évangile et par la spiritualité ignatienne. Le CJF a pour objectif de participer à la construction d’un monde commun fondé sur la justice. Pour ce faire, il tente de discerner les grands enjeux qui traversent la société québécoise et le monde à la lumière de valeurs fondamentales, comme la justice sociale, l’égalité et la solidarité. Le CJF fonde son analyse sur un parti pris pour les exclus.

Le CJF est constitué d’une équipe engagée dans l’analyse de l’actualité en vue de promouvoir, par ses publications et ses différentes activités publiques, un débat critique sur les choix qui fondent une société juste et démocratique. Le CJF participe à divers réseaux de solidarité et maintient des liens avec des organismes de la base qui poursuivent des objectifs semblables. En raison de ses options qui l’unissent étroitement à celles de la Compagnie de Jésus, le CJF est une œuvre reconnue et financée par les Jésuites du Canada français.

Le CJF est attentif aux « signes des temps » et aux grands courants qui marquent notre société, en vue d’explorer certaines pistes d’avenir. En lien avec sa mission et ses options fondamentales, il privilégie quatre champs :

– Un projet de société
– La lutte contre le néolibéralisme
– Pour un christianisme critique
– Une analyse féministe

(Source : http://www.cjf.qc.ca/fr/page_texte.php?id=3&title=mission)

Le Vatican nous parle de l’islam et des musulmans.

CONSEIL PONTIFICAL POUR LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX

Message aux musulmans pour le mois du Ramadan (10 juin 2016)

Source : Message aux musulmans pour le mois du Ramadan (10 juin 2016)

Source : http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/interelg/documents/rc_pc_interelg_doc_20160610_ramadan-2016_fr.html vu le 10 juillet 2016

CONSEIL PONTIFICAL POUR LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX

MESSAGE POUR LE MOIS DU RAMADAN

Et ‘Id al-Fitr 1437 H. / 2016 A.D.

Chrétiens et musulmans : Bénéficiaires et instruments de la miséricorde divine

Chers frères et sœurs musulmans,

1. La célébration du Ramadan et de‘Id al-Fitr est un événement religieux important pour tous les musulmans, centré sur le jeûne, la prière et les bonnes actions. Il est estimé par les chrétiens, vos amis et voisins. Au nom du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux et au nom des chrétiens du monde entier, nous vous offrons nos meilleurs vœux pour un jeûne fructueux, soutenu par les bonnes œuvres, et nous vous souhaitons une joyeuse fête.

Selon une tradition qui nous est chère, nous souhaitons partager avec vous, en cette occasion, quelques réflexions dans l’espoir de renforcer les liens spirituels qui nous unissent.

2. Un thème cher aux musulmans et aux chrétiens est celui de la miséricorde. Aussi bien le christianisme que l’islam, nous le savons tous, croient en un Dieu Miséricordieux qui montre Sa miséricorde et Sa compassion envers toutes ses créatures, en particulier envers la famille humaine. Il nous a créés à partir d’un immense amour pour nous. Il est miséricordieux à travers le soin qu’Il prend de chacun de nous, et Il nous comble des dons dont nous avons besoin pour notre vie quotidienne : nourriture, logement, sécurité. La miséricorde de Dieu est manifeste, cependant, d’une manière spéciale, à travers le pardon de nos fautes ; bien plus, Il est Celui qui pardonne (al-Ghâfir), Celui qui pardonne beaucoup (al-Ghafour).

3. Pour souligner l’importance de la miséricorde, Sa Sainteté le pape François a proclamé le « Jubilé de la Miséricorde », du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016. Il a déclaré à ce sujet : « Voilà… le motif du Jubilé : parce que c’est le temps de la miséricorde. C’est le temps favorable pour soigner les blessures, pour ne pas nous lasser de rencontrer tous ceux qui attendent de voir et de toucher concrètement les signes de la proximité de Dieu, pour offrir à tous, à tous, le chemin du pardon et de la réconciliation » (Homélie, 11 avril 2015).

Votre pèlerinage (hajj) aux Lieux saints, principalement la Mecque et Médine, est sûrement pour vous une occasion privilégiée de faire l’expérience de la miséricorde de Dieu. En effet, parmi les célèbres souhaits adressés aux pèlerins musulmans se trouve celui-ci : « Je vous souhaite un pèlerinage béni, des efforts louables et le pardon de vos péchés ». La réalisation d’un pèlerinage pour l’obtention de la part du Dieu Miséricordieux du pardon des péchés, pour les vivants et pour les morts, est véritablement une pratique remarquable parmi les croyants.

4. Nous, chrétiens et musulmans, nous sommes appelés à faire de notre mieux pour imiter Dieu. Lui, le Miséricordieux, nous demande d’être miséricordieux et compatissants envers les autres, en particulier envers ceux qui se trouvent confrontés à toute sorte de besoin. Il nous appelle, en outre, à nous pardonner les uns les autres.

Quand nous regardons l’humanité d’aujourd’hui, nous éprouvons de la tristesse à cause des nombreuses victimes des conflits et de la violence – nous pensons ici, en particulier, aux personnes âgées, aux enfants, aux femmes, et spécialement à ceux qui sont en proie au trafic des êtres humains –; nous pensons aussi à tous ceux, nombreux, qu’affligent la pauvreté, la maladie, la dépendance, les catastrophes naturelles et le chômage.

5. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ces réalités ou détourner notre regard de ces souffrances. Il est vrai que les situations sont souvent très complexes et que leur solution dépasse nos capacités. Il devient vital, par conséquent, que tous œuvrent ensemble pour venir au secours de ceux qui sont dans le besoin, indépendamment de leur appartenance ethnique ou religieuse. C’est donc une source de grand espoir d’apprendre que des musulmans et des chrétiens travaillent main dans la main pour aider les nécessiteux. Ainsi, nous obéissons à un commandement important dans nos religions respectives ; nous manifestons, de la sorte, la Miséricorde de Dieu et nous offrons, en tant qu’individus et en tant que communautés, un témoignage plus crédible de nos convictions.

Que Dieu Tout-Puissant et Miséricordieux nous aide à toujours marcher sur le chemin de la bonté et de la compassion !

6. Nous joignons nos vœux et nos prières à ceux du pape François implorant pour vous et pour ceux qui vous sont chers d’abondantes bénédictions pendant le Ramadan et pour une joie durable d‘Id al-Fitr.

Bonne fête à vous tous !

Du Vatican, le 10 juin 2016

Jean-Louis Cardinal Tauran

Président

+ Miguel Ángel Ayuso Guixot, M.C.C.I.

Secrétaire

Des milliers de « musulmans ordinaires » défilent « contre la barbarie ».

4 000 personnes ont répondu dimanche à l’appel du collectif des mosquées du Mantois en mémoire du couple de fonctionnaires de police assassinés à Magnanville.

Source : A Mantes-la-Jolie, des milliers de « musulmans ordinaires » défilent « contre la barbarie »

Les religions, outils de paix ou de guerre ?

I

Mathieu Ricard, docteur et ancien chercheur en génétique cellulaire, adepte du bouddhisme :

« Les religions […] doivent faire des efforts particuliers en faveur de la paix. Historiquement, elles n’ont guère été les instruments de paix que leurs idéaux prônent pourtant. Elles sont devenues des ferments de division et non d’union. »

(Mathieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme. La force de la bienveillance, Paris, NIL éditions, © 2013, page 517) (Docteur et ancien chercheur en génétique cellulaire, Mathieu Ricard est devenu un adepte du bouddhisme.)

II

Jean-Claude Breton, doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal :

Toutes les religions, à ma connaissance, se disent en faveur de la paix. Mais cela n’empêchent pas, dans les faits, les guerres et les conflits de se multiplier au nom même des appartenances religieuses. Il semble donc y avoir une contradiction entre ce que les religions veulent faire en principe et ce qu’elles réalisent dans les faits. Comment cela se fait-il? Est-ce parce que les religions sont hypocrites, menteuses ou tout simplement pas très préoccupées par la question de la paix? Est-ce qu’elles ne parviennent pas à contrôler leurs membres ou est-ce qu’elles s’en servent à des fins cachées et inavouables? Ou est-ce parce que les religions ne s’entendent pas sur le sens du mot paix.

[…]

C’est bien beau de dire que la paix veut favoriser la bonne entente, l’harmonie et le progrès, ou que je crois que la bonne entente, l’harmonie et le progrès sont des facteurs de paix. Encore faut-il s’entendre sur quelques principes; sur ce qu’on appelle souvent les valeurs. Les religions ont en effet des convictions et même des propositions de foi sur lesquelles elles ne sont pas toutes d’accord et surtout qui leur apparaissent non négociables. Il y a déjà là une première occasion de conflits et on sait que dans l’histoire ces conflits ont souvent pris le chemin de la guerre ou de la persécution. Pensons ici aux conflits entre juifs et chrétiens, mais aussi avec les musulmans et même entre chrétiens. C’est un premier cas de guerres de religions, mais pas toujours le plus sanglant, même s’il y a eu parfois pas mal de carnage.

Mais quand on pense aujourd’hui aux conflits favorisés ou entretenus par les religions, on a moins en tête les querelles doctrinales que je viens d’évoquer. Ce qui nous frappe surtout, ce sont les conflits entre pays ou entre parties de pays au nom de l’appartenance religieuse. Les exemples ne manquent pas autour de nous et dans un passé pas si lointain. En Irak, on observe des conflits entre chiites et sunnites deux groupes différents de musulmans. Au Pakistan, en Indes, des groupes se font aussi la guerre au nom de leur appartenance religieuse. Au Liban, les religions ont amené des conflits internes et externes au cours des dernières décennies. Je passe par-dessus le conflit apparemment permanent entre Israël et la Palestine, qui dévoile une autre situation, et je reviendrai sur ce qu’on appelait la guerre d’Irlande du Nord. Souvent en effet, on parle de guerres de religions pour identifier des conflits qui sont d’abord d’origine politique, historique ou économique, mais où la religion ne joue qu’un second rôle. Par exemple, le sionisme à l’origine de l’état d’Israël a été soutenu et défendu par des juifs incroyants, qui peuvent difficilement se faire les artisans d’une guerre religieuse. Il ne faut jamais oublier qu’il est parfois facile d’utiliser les religions pour légitimer des conflits qui n’ont pas grand-chose de religieux. Mais comme on dit chez nous; «La religion a le dos large!»

Je pourrais résumer mes propos comme ceci. La paix apparaît comme un bien hautement recherché par à peu près tout le monde. Mais la paix est aussi un bien fragile, qui est exposé aux règles que les religions se donnent et veulent observer à tout prix. Quand je parle de règles ici, je pense aux explications, aux interdits, aux condamnations qui naissent de l’existence des conflits et que les religions viennent couvrir ensuite de la volonté de Dieu. Enfin, la paix ne pèse pas lourd aux yeux de certains leaders qui ne se gênent pas pour utiliser la religion pour légitimer ou entretenir des conflits qui satisfont leurs ambitions. Alors est-ce que les religions sont pour la paix ou pour la guerre?

[…]

Si les religions, qui sont en faveur de la paix, ont souvent servi à entretenir des guerres, c’est en raison de l’utilisation qu’on a fait d’elles. En soi, appartenir à une religion devrait plutôt rendre pacifiste, mais il arrive qu’on assiste à un mouvement contraire et que les membres d’une religion deviennent belliqueux. Pourquoi?

[…]

Enfin, il faut aussi dire que les religions ont eu tendance à régler les rapports de leurs membres avec le monde. Si on regarde comment cela s’est vécu dans notre propre tradition, on voit que les choses ont bien changé à travers les siècles et qu’elles peuvent donc changer encore. […] Les intérêts politiques et surtout économiques, sans oublier les coutumes rattachées aux convictions religieuses (je pense ici à des pratiques alimentaires, mais aussi à des visions du monde), font souvent manquer les occasions de rapprochement et les transforment plutôt en lieux de conflits et parfois même de guerre, surtout quand le pétrole entre en jeu!

On voit donc par ces brèves évocations, que la vocation même des religions les expose à devenir facteurs de paix ou de guerre selon la façon dont on gère cette vocation. Ces considérations sont par ailleurs très générales et pourront donner des conséquences bien différentes selon la façon dont une religion établira ses priorités, mais aussi selon les pratiques des individus au coeur de l’une ou l’autre religion. Dans le premier cas, il est facile de constater que toutes les religions ne vivent pas le même équilibre, ni les mêmes objectifs dans les rapports qu’elles proposent avec Dieu, entre leurs membres et à l’égard du monde. La place de la foi et la qualité des oeuvres ne sont pas comprises de la même manière dans toutes les religions. Ces différences sont encore multipliées par les attitudes personnelles des membres. Dans ce cas-ci, on devine que la dynamique psychologique des personnes, leur éducation personnelle et les contextes culturels dans lesquels elles se sont développées influent profondément leur manière d’appartenir à leur religion et de la pratiquer. Comment imaginer qu’on va réussir à orienter les religions à bon escient et à en faire des artisans de paix? Comment y voir clair et ajuster les moyens aux objectifs poursuivis?

(Jean-Claude Breton, doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, Religions pour la paix ou la guerre ? Conférences Notre-Dame. Basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec, 4 mars 2012)

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Conquête musulmane

« Dans les siècles qui ont suivi la prédication de Mahomet, le monde musulman s’est d’abord constitué par la conquête militaire. »

(Encyclopédie Larousse, http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/islam/62732#Fi3cRbYXATZeW8sR.99)

 

Croisades chrétiennes

« Une fois les villes conquises, les troupes chrétiennes et leurs chefs, se livraient à des atrocités qui faisaient frémir les chroniqueurs chrétiens qui en avaient été les témoins, certains se plaisaient à pratiquer le cannibalisme. »

(Histoire-France, http://www.histoire-france.net/moyen/croisades)

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe. Opinion d’un Québécois de religion musulmane.

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe | Le Devoir.

 

LIBRE OPINION

Pour la majorité non intégriste, non islamophobe

Le Devoir, 5 février 2015 | Zaari Jabiri Mohammed – Résident en psychiatrie, Université Laval |

L’autre jour mon patient m’a avoué candidement, après plusieurs rencontres, qu’il n’aimait pas les Arabes et les musulmans en raison de ce qu’il voyait à la télévision. Pour lui, je représente une contradiction, car je suis un musulman « différent de ceux qu’on lui présentait dans les médias ». L’incident est plutôt banal, mais en dit long.

 

 

En parcourant nos médias, je suis toujours surpris par le fait que c’est la minorité qui monopolise nos écrans et alimente nos débats. En général, on fera de grands titres sur l’imam radical, sur l’intégriste potentiel, sur la femme voilée battue, ou encore, si ce n’est pas l’intégriste musulman, c’est l’islamophobe et le xénophobe qui prendront la parole. Ces « phénotypes » ne cessent d’être glorifiés. On les met en première page sans jamais penser à la majorité. On dirait que c’est juste leur voix qui est audible !

 

 

En tant que musulman, quand je tourne la tête autour de moi ou dans mon milieu de travail, je ne vois pas d’intégristes ni d’islamophobes. Je vois une majorité de Québécois de confession musulmane, pratiquants ou non, pour qui la religion est le dernier des sujets de conversation. Je vois une majorité de gens qui ont réussi leur vie et se sont bien intégrés dans leur société.

 

 

Je vois aussi autour de moi une majorité de Québécois dits « de souche » respectueux de la différence, respectueux de l’autre, soucieux du « nous », soucieux de rassembler et non de diviser ; je vois des collègues avec qui on rit de nos différences sans manquer de respect à l’autre ; je vois des Québécois qui ne me font pas sentir ma différence, mais plutôt mon appartenance au groupe. Or toutes ces belles personnes, on ne les entend pas ; on dirait que cette majorité, elle n’existe pas.

 

 

Qui se souciera, pour une fois, question de faire différent, de raconter l’histoire du neurochirurgien musulman qui sauve la vie à des centaines de personnes chaque année ? Qui se souciera de parler de la jeune psychiatre musulmane qui écoute et soigne des centaines de patients québécois sans distinction de race ou de religion ? Qui se souciera de partager les histoires et le vécu des milliers d’hommes et de femmes qui représentent une majorité de bons exemples de la communauté musulmane, des symboles d’intégration et non d’intégrisme dans le vrai sens du terme ; des symboles démontrant que le vivre-ensemble est possible et que ces gens-là représentent l’espoir d’un futur qui nous inclut tous.

 

 

N’importe quelle communauté a ses torts et ses brebis galeuses, mais lorsqu’on ne montre que ces dernières et les choses négatives, lesquelles sont statistiquement non significatives, lorsqu’on ne se concentre que sur un groupe en particulier, cela devrait nous pousser à nous poser des questions. Même cette communauté va commencer à se poser des questions sur sa société d’accueil qui ne cesse de se jeter sur n’importe quelle occasion pour la diaboliser.

 

Aidons les jeunes à s’intégrer en leur présentant de bons exemples auxquels s’identifier, des personnages qui ont réussi leur vie et qui leur donneront l’espoir d’une vie meilleure loin du ghettoïsme et de l’intégrisme.

 

 

Si on veut m’assimiler à une minorité qui ne croit pas aux valeurs humaines communes, ou qui croit à la violence, qui nie la liberté d’expression d’autrui, je dis NON haut et fort. Allez faire croire que j’en fais partie à l’un de mes collègues ou patients, ils vont rire de vous. Heureusement pour moi, mais sûrement pas pour une majorité ailleurs… suivez mon regard.

 

Un fils de l’islam parle au monde musulman.

Abdennour Bidar s’adresse au monde musulman

Source: Le Huffington Post Québec, http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html Publication: 15/10/2014 22:58 EDT Mis à jour: 09/01/2015 17:19 EST

Lettre ouverte au monde musulman (extraits)

Par Abdennour Bidar, philosophe spécialiste des évolutions contemporaines de l’islam et des théories de la sécularisation et post-sécularisation

Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident!

Et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois mieux que d’autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement interminable entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Quel est ton unique discours ? Tu cries « Ce n’est pas moi ! », « Ce n’est pas l’islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t’indignes devant une telle monstruosité, tu t’insurges aussi que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l’autocritique. [] Et comme d’habitude, tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l’islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n’est pas l’islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre, mais la paix! »

J’entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde l’islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l’être humain sur le chemin du mystère de l’existence… []

[] D’où viennent les crimes de ce soi-disant « État islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même []

[] l’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière et économique, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité toute entière ! []

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Il y a en toi en effet, malgré la gravité de ta maladie, malgré l’étendue des ombres d’obscurantisme qui veulent te recouvrir tout entier, une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! []

Il y a dans la Oumma (communauté des musulmans) de ces femmes et ces hommes de progrès qui portent en eux la vision du futur spirituel de l’être humain. Mais ils ne sont pas encore assez nombreux ni leur parole assez puissante. Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c’est l’état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d’Al Qaida, Al Nostra, AQMI ou de l’«État islamique». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus graves et les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes: impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; prison morale et sociale d’une religion dogmatique, figée, et parfois totalitaire ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.

[]

[] Tu t’obstines à ne pas écouter ceux qui t’appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie toute entière. Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l’islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l’État que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu’à l’intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d’imposer que l’islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu’« Il n’y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son Appel à la liberté l’empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? Je dis qu’il est l’heure, dans la civilisation de l’islam, d’instituer cette liberté spirituelle – la plus sublime et difficile de toutes – à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens !

De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s’élèvent aujourd’hui dans la Oumma pour s’insurger contre ce scandale, pour dénoncer ce tabou d’une religion autoritaire et indiscutable dont se servent ses chefs pour perpétuer indéfiniment leur domination… []

[] Quand donc vas-tu faire enfin ta vraie révolution ? Cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement religion et liberté, cette révolution sans retour qui prendra acte que la religion est devenue un fait social parmi d’autres partout dans le monde, et que ses droits exorbitants n’ont plus aucune légitimité !

[]

Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman []

[] Il faut que tu commences par réformer toute l’éducation que tu donnes à tes enfants, que tu réformes chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n’es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! Tu ne peux plus faire moins que ta révolution spirituelle la plus complète ! []

[] tous ceux qui aujourd’hui ne sont pas assez sévères avec toi – qui te trouvent toujours des excuses, qui veulent faire de toi une victime, ou qui ne voient pas ta responsabilité dans ce qui t’arrive – tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.