Les destructeurs, les libéraux du Québec

Nouvelle publiée le 3 juin 2012

Hebdomadaire L’Oie blanche de Montmagny, http://www.oieblanc.com/nouvelles/lire/les-destructeurs?utm_medium=email&utm_campaign=LETTRE+OUVERTE+DE+JEAN+GARON%3A+%5C%22LES+…&utm_source=YMLP&utm_term=6a01156f944385970b01630618863b

LES DESTRUCTEURS

 

Par Jean Garon, citoyen de Lévis (Québec), ex-ministre de l’Agriculture et de l’Éducation et indépendantiste plus que jamais

 

Les libéraux ont toujours eu un grand talent pour démolir, pervertir ou affaiblir ce qui, dans la société québécoise, incarne notre identité, favorise le progrès social et permet de réduire les inégalités.

 

La liste est longue de ces reculs et trahisons : les amendements libéraux à Loi 101, les contournements systématiques de la Loi sur le financement démocratique des partis politiques, l’indifférence face au contrôle par les québécois de nos leviers économiques, les modifications à la Loi sur la protection du territoire agricole n’en sont que quelques exemples.

 

Dans le domaine agricole que j’ai bien connu, on parle aujourd’hui d’un niveau de détresse et de découragement sans précédent chez les producteurs. Selon moi, il y a un lien direct entre cette situation et la perversion par les libéraux du principal outil de soutien à l’agriculture, l’assurance stabilisation des revenus. Cet outil avait été conçu dans mon temps pour protéger la ferme familiale indépendante et efficace mais les libéraux l’ont mis au service des méga corporations agricoles qui font des agriculteurs des ouvriers agricoles sur leurs propres fermes.

 

Partout et toujours, la caisse électorale libérale n’est jamais loin lors de ces changements de cap qui affaiblissent notre société.

 

La dernière cible des libéraux est l’accessibilité aux études supérieures. Pour moi, le fait que cette accessibilité pour tous soit plus grande au Québec que partout ailleurs en Amérique du Nord, du moins sur le plan financier, est une source de fierté. Pour Jean Charest, on dirait que c’est une honte nationale.

 

La richesse d’une nation c’est d’abord et avant tout sa population et qu’est-ce qui permet de développer cette richesse sinon les investissements en éducation et en santé? Vouloir faire des économies de bout de chandelles dans ces domaines est une erreur magistrale, surtout quand des solutions alternatives existent.

 

Lors de mon bref passage au ministère de l’Éducation, en 1994-96, j’ai été moi aussi confronté au défi de limiter la croissance des dépenses en éducation. Comme aujourd’hui, la solution facile qu’on me proposait était d’augmenter la contribution des étudiants. J’ai toujours refusé et j’ai plutôt forcé les recteurs à faire des économies et les banques à consentir de meilleurs taux sur le financement des prêts aux étudiants.

 

Cela prend un peu d’imagination et surtout un gouvernement qui a les coudées franches face aux puissances de l’argent et à ceux qui tirent les ficelles derrière les portes closes des conseils d’administration.

 

La crise actuelle que Jean Charest a lui-même déclenchée est en train de faire une victime collatérale : la solidarité intergénérationnelle entre les jeunes et leurs ainés. Cela me peine de constater qu’une proportion importante de personnes âgées trouvent que les étudiants sont gâtés et devraient payer plus. Songent-elles au jour où il faudra augmenter les budgets pour leurs soins en foyer ou à domicile et où ces mêmes jeunes diront que les «vieux sont trop gâtés, qu’ils auraient dû économiser quand c’était le temps et qu’ils payent plus maintenant». Ce serait triste de voir cela arriver.

 

Jean Charest s’est peinturé dans le coin en faisant de la hausse des droits de scolarité une question de vie ou de mort pour son gouvernement. Il a pourtant reculé bien des fois sur des sujets plus importants. Il est comme le «pissou» qui se sent des gros bras quand son adversaire lui semble plus petit que lui.

 

Dans l’état actuel des choses, sa démission du poste de premier ministre m’apparaît la seule issue pour dénouer l’impasse. Un nouveau chef pourrait changer la donne sans perdre la face. Les libéraux seraient battus quand même, mais au moins le champ de ruines qu’ils se préparent à laisser derrière eux ne comporterait pas l’accessibilité aux études et la solidarité intergénérationnelle.

 

Que Paul Desmarais se présente

 

Il y a quelque temps, j’ai entendu une des déclarations les plus stupides de la part d’un politicien de ma longue carrière. Le ministre Gignac, visiblement frustré, a invité les jeunes leaders étudiants à se présenter aux élections s’ils ne sont pas contents.

 

D’abord, j’ai beaucoup d’admiration pour ces jeunes qui ont les idées pas mal plus claires et s’expriment infiniment mieux que le ministre en question. Mais, ils ont vingt ans et bien d’autres choses à faire pour quelques années encore.

 

Ce ne sont pas ces jeunes qui devraient se présenter, mais celui qui est sans doute le leader des leaders de l’ombre derrière tout ce chaos social, ici comme ailleurs : Paul Desmarais que les français viennent d’expulser des coulisses du pouvoir en même temps que Sarkozy.

 

Ces grands personnages qui prétendent diriger notre société sans avoir le courage de se présenter, en utilisant des pantins achetés à gros prix, m’écœurent profondément.

 

Je suis heureux de voir sur certaines pancartes brandies par les manifestants : «Desmarais = Charest». J’espère que ce n’est que le début de l’éveil.

 

Jean Garon, citoyen de Lévis, ex-ministre de l’Agriculture et de l’Éducation et indépendantiste plus que jamais

 

Lettre ouverte publiée dans le Journal de Montréal et Journal de Québec du dimanche 3 juin 2012.

 

 

Glanures de lectures 1 mars 2012

Comme dans un champ où on glane, on s’en va d’épi en épi, il s’en allait de chose en chose.

(C. F. Ramuz, Aimé Pache, 1911)

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« HALTE-LÀ, ÇA SUFFIT ! » Dans un livre posthume, Danielle Mitterrand, résistante française, dit ce qu’elle n’accepte pas, elle dit entre autres ceci : « Le système a tellement exagéré dans la démesure, il a tellement pressuré non seulement la vie, les richesses humaines, mais aussi les richesses naturelles, qu’il existe aujourd’hui un mouvement qui dit : « Halte-là, ça suffit ! » Ce mouvement, j’y ai travaillé toute ma vie. Même quand François [François Mitterrand, son mari, président de la France de 1981 à 1995] était au pouvoir. Lorsque j’étais toute petite, ma mère me disait déjà : « Arrête de protester. » Aujourd’hui encore, on me dit : « Vous êtes un peu trop radicale. » Je réponds : « Il faut l’être. » Il faut toujours crier : « Vive l’avenir ! » ». – Danielle Miterrand (décédée le 22 novembre 2011 à l’âge de 87 ans), Ce que je n’accepte pas (livre d’entretiens avec Gilles Vanderpooten), Editions de l’Aube, 109 p., 2012.

JUGE « L’opinion de celui-là ne me plaît guère qui pensait, par la multitude des lois, brider l’autorité des juges, en leur taillant leurs morceaux. Il ne sait point qu’il y a autant de liberté et d’étendue à l’interprétation des lois qu’à leur façon » (Montaigne, Essais, L. III, Chap. XIII, « De l’expérience »; cité par Pierre Brunet, « Les juges européens au pays des valeurs », La Vie des idées, 9 juin 2009. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Les-juges-europeens-au-pays-des.html)

LA MORALE DES HOMMES

« La morale des hommes, tout simplement, c’est de ne pas faire ou laisser faire le mal, autant qu’il dépend d’eux. » (Pol Gaillard, Liberté et valeurs morales, Paris, Hatier, collection Profil, ©1978, p. 49)

PROVERBE

Ce que tu peux faire pour moi, si tu le fais sans moi, tu le fais contre moi. (Proverbe africain cité par Jean-Paul L’Allirer, ancien maire de Québec, rapporté par François Bourque dans Le Soleil, 13 février 2012, p. 5)

MINES CHINOISES EN TERRE QUÉBÉCOISE

Le Plan Nord québécois, qui semble être un instrument conçu d’abord et avant tout pour faire monter la popularité du politicien Jean Charest avant la prochaine campagne électorale, attire toutes sortes de monde, paraît-il, y compris des entreprises de l’État chinois. Comme il est bon de savoir comment se comportent les Chinois à l’extérieur de chez eux, je vous invite à lire ceci :

« Vent de révolte dans les mines de cuivre de Zambie. Depuis trois mois, les syndicats de mineurs de ce pays ont déclenché une vague de grèves pour protester contre leurs conditions de travail dans les mines exploitées par des entreprises d’Etat chinoises. Un rapport de l’ONG Human Rights Watch dénonçait en novembre dernier la violation des droits syndicaux, les horaires abusifs et les atteintes à l’hygiène et à la sécurité au travail. » (Texte paru dans la revue Alternatives économiques, février 2012, p. 94. Voir aussi ce site en anglais : http://www.hrw.org/reports/2011/11/03/you-ll-be-fired-if-you-refuse-0)

LES VALETS DE M. DESMARAIS

Le grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, M. Michael Sabia, et le premier minstre du Québec, M. Jean Charest, sont invités chez le richissime Paul Desmarais, homme d’affaires; ils vont chez M. Desmarais. Leur est-il déjà arrivé de décliner une invitation de M. Desmarais?

M. Desmarais appartient, on le voit, à une classe sociale privilégiée. Ce n’est pas un citoyen et un électeur comme un autre. Il a beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de poids que vous et moi auprès de MM. Sabia et Charest, avec qui il peut discuter dans son salon, dans sa salle à manger, dans son écurie.

Les valets de M. Desmarais doivent savoir des choses intéressantes. On a hâte de lire leurs souvenirs.