Georges Martel, autre membre d’une grande « famille » de pharmaciens du Québec

GEORGES MARTEL,

PHARMACIEN (1911-1983)

Par Roger Martel

L’auteur de ce texte est le fils de Georges Martel.

Martel Georges Choix pour le web - 13

Georges Martel, le jour de l’inauguration de sa pharmacie,

à Baie-Saint-Paul en 1956

Georges Martel est né le 13 décembre 1911 à Québec. Il est l’enfant de Jean-Baptiste Martel (capitaine au sein du régiment des Voltigeurs de Québec et, dans le civil, commis-marchand) et d’Alexandrine Poitras. Son frère, Adjutor, et sa soeur, Alexandrine, sont morts en bas âge à Québec.

Martel Georges CHOIX pour le web - 22

Georges Martel, né le 13 décembre 1911

Georges Martel a étudié au Petit Séminaire de Québec, à l’Institut Thomas et à l’École de Pharmacie de l’Université Laval.

Le 1er mars 1934, le journal L’Événement annonce que Georges Martel, élève de l’Institut Thomas, a passé avec succès son brevet d’admission à l’étude de la pharmacie.

Martel Georges CHOIX pour le web - 09

« MM. Georges Martel et Arthur Frenette, tous deux élèves de l’Institut Thomas de cette ville, viennent de passer avec succès leurs brevets d’admission à l’étude de la Pharmacie. » (L’Événement, 1er mars 1934. L’Événement était un quotidien de la ville de Québec.)

Pendant un certain temps, Georges Martel aurait travaillé comme photographe dans un studio de Québec. Aurait-il mené de front études et travail ? Il était adolescent quand son père est décédé; sa famille ne nageait pas dans l’argent.

 

Le Soleil annonce que Georges Martel a été élu par acclamation vice-président du groupe des Étudiants de l’École de Pharmacie de l’Université Laval.

Martel Georges CHOIX pour le web - 05

« Comme le « Soleil » l’annonçait hier, les Étudiants de l’école de pharmacie de l’Université Laval ont choisi mardi soir, les officiers de leur groupe pour la prochaine année académique. Les heureux élus sont représentés ci-haut, dans l’ordre suivant : de gauche à droite : M. Alfred Tourigny, porté à la présidence,; M. Georges Martel, élu par acclamation à la vice-présidence; et M. Jean-Marie Paradis choisi comme secrétaire à l’unanimité des étudiants. » (Le Soleil, quotidien de Québec, vers 1935)

Le 7 octobre 1934, Georges Martel épouse Alma Deladurantaye, née en 1907 à Cap-Saint-Ignace, sur la magnifique Côte-du-Sud; le mariage est célébré dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, à Québec. Le couple aura quatre enfants : Maurice (qui embrassera la carrière de pharmacien), Georgette, Lucien (dont l’un des enfants deviendra pharmacien) et Roger.

 

Martel Georges CHOIX pour le web - 18

Georges Martel et Alma Deladurantaye, très heureux  de leur voyage de noces, semble-t-il.

Martel Georges CHOIX pour le web - 21

Alma Deladurantaye

Martel Georges CHOIX pour le web - 03

Georges Martel

Martel Georges Univ Laval 1937

École de pharmacie de l’Université Laval, année 1936-1937

président, abbé A. Vachon

directeur, J. A. Marquis, B. PH.

recteur, Mgr Camille Roy

sec. général, Abbé A. Maheu

professeur, J. V. Demers, B. Ph.

professeur, Abbé A. Gagné

professer, docteur R. Gingras

diplômé, Georges Martel

diplômé, A. Tourigny

diplômé, G. Vézina

diplômé, Chs. Desrochers

diplômé, G. Guay

diplômé, A. Laberge

diplômé, C. Paquet

Martel Georges CHOIX pour le web - 16

En 1956, Georges devient le premier pharmacien à ouvrir une pharmacie à Baie-Saint-Paul. L’aventure n’a pas duré très longtemps. À l’époque, il était particulièrement difficile d’emprunter de l’argent auprès des banques; de plus,  M. Martel devait subir la concurrence des médecins qui, dans ces années-là, avaient le droit, à l’extérieur des grandes villes, de vendre des médicaments (dont une partie leur était offerte gratuitement par les fabricants).

Martel Georges Choix pour le web - 04

Baie Saint-Paul. La pharmacie Martel était située en face de l’église.

Martel Georges Choix pour le web - 34

L’église de Baie-Saint-Paul, détruite par le feu en 1962.

Martel Georges CHOIX pour le web - 15

La pharmacie de Georges Martel, à Baie-Saint-Paul.

Martel Georges CHOIX pour le web - 13

Inauguration de la pharmacie Martel de Baie-Saint-Paul. De gauche à droite : les soeurs Simone et Alma Deladurantaye, le couple Simone Talbot et Adrien Poitras.

Après leur séjour dans Charlevoix, Georges Martel et les siens s’établiront en Montérégie.

Georges Martel vivra ses dernières années à Sorel, où il décédera le 13 mars 1983.

Georges Martel dans ses lieux de travail

Martel Georges CHOIX pour le web - 07 Martel Georges CHOIX pour le web - 06Martel Georges Choix pour le web - 29

Martel Georges CHOIX pour le web - 12

Une photo un peu spéciale :

Martel Georges CHOIX pour le web - 25

 1918 : Georges Martel, indiqué par la flèche, participe à la célébration de la fin de la Seconde Guerre mondiale dans les rues de Québec.

Et une autre :

Martel Georges CHOIX pour le web - 04

Année scolaire 1922-1923 dans le quartier Saint-Jean-Baptiste de Québec. Les petits-cousins Edgar et Georges Martel sont dans la même classe. Le premier aura une fille, l’autre un garçon, fille et garçon qui uniront leurs destinées longtemps, longtemps plus tard.

Edgar Martel, pharmacien à Québec et à Lévis des années 1930 aux années 1980

Martel Edgar Choix pour le web - 33

EDGAR MARTEL (1910-1998)

photographié vers 1985

LA PHARMACIE DE M. EDGAR MARTEL

PLUS DE 30 ANS À LÉVIS, DANS LA CÔTE DU PASSAGE

Par Roger Martel

M. Edgar Martel était le petit-cousin du père de l’auteur du présent article, M. Georges Martel. L’auteur est le mari de l’une de ses filles.

Ce texte a été publié dans la revue de la Société d’histoire régionale de Lévis,  La Seigneurie de Lauzon, numéro 106, été 2007, p. 6-8.

Martel Edgar Choix pour le web - 04

M. Edgar Martel devant le premier local de sa pharmacie, à l’intersection de la côte du Passage et de la rue Bégin, au début des années 194o.

Martel Edgar 2e choix pour le web - 1

La pharmacie Martel, 72, côte du passage, 1972

M. Edgar Martel est né le 21 septembre 1910 à Québec, dans la paroisse Saint-Roch. Comme son père, M. Ludger-Edgar Martel (pharmacien à Québec, 1876-1949), comme son grand-père, M. Jean-Baptiste Martel (pharmacien à Québec et à Saint-Romuald, 1836-1915), il est attiré part les sciences pharmaceutiques. Bachelier en pharmacie depuis 1934, l’Université Laval lui décerne sa licence de pharmacien le 21 septembre 1936. Après avoir travaillé pour des confrères à Québec, il s’établit à son compte à Lévis.

C’est en 1940 que M. Edgar Martel débarque sur la rive sud du Saint-Laurent, marié depuis le 26 novembre 1938 à Madame Lucie (Lucille) Morrisson (née à Cabano en 1912, décédée à Lévis en 2000), avec qui il aura deux enfants. La pharmacie ouvre ses portes le 5 février 1940, dans le bâtiment sis au 59, Côte-du-Passage (une voie de circulation importante, écrit l’évaluateur Georges Parent1).

Martel Edgar Choix pour le web - 16

M. Edgar Martel et son épouse, Madame Lucie (Lucille) Morrisson, devant leur première maison, rue Saint-Étienne, Lévis, années 1940.

Martel Edgar 3e choix pour le web - 1

M. Edgar Martel dans sa pharmacie située à l’intersection de la côte du Passage et de la rue Bégin, années 1940.

Le 1er mai 1943, M. Edgar Martel achète l’immeuble portant les numéros civiques 70, 72 et 74, Côte du Passage (lots 623-5, 623-8, 619-3 et 623-3 du cadastre officiel révisé du quartier Notre-Dame); jusqu’en 1972, il y pratiquera la pharmacie comme pharmacien propriétaire.

Le nouvel immeuble du jeune pharmacien comportait quatre niveaux, dont un sous-sol. Le dernier étage était « aménagé de façon à recevoir un locataire seulement ». Le premier étage était formé de « deux logements de qualité moyenne ». Le sous-sol servait « à des fins d’entreposage de stock de marchandise périssable ou non périssable ». Le rez-de-chaussée est décrit ainsi par l’évaluateur Parent : « au niveau de l’élévation principale l’on y trouve un vaste espace pour l’étalage et la vente d’articles pharmaceutiques. Au niveau de l’élévation arrière, l’on y trouve un espace pour l’entreposage de stock divers et un espace pour servir de garage ou d’entrepôt ».

Cet immeuble aurait été construit aux alentours de 1880, croit l’évaluateur Parent, qui ajoute ceci : « avec les améliorations constantes dont il fut l’objet, j’estime son âge effectif comme étant 1945 ». Combien valait-il en 1971 ? « Compte tenu du facteur temps, j’estime qu’en date du 31 décembre 1971, la valeur de cette propriété s’établissait à $ 38,144.54 soit $ 4,000.00 pour le terrain et $ 34,144.54 pour le bâtiment. »

La «section réservée au commerce» était décrite comme suit en 1972 : a) «Le plancher fait entièrement en bois franc est recouvert de prélart dans la section arrière du comptoir de service tandis que l’on y trouve de la tuile dans l’espace réservé à l’étalage et dans celui comprenant l’office.» b) «La finition des murs intérieurs sont en panneaux de masonite troués, ce qui favorise l’étalage des produits vendus. Lorsqu’il y a absence de ces matériaux, les murs sont en gyproc [placoplâtre]. En ce qui concerne le plafond, ce dernier est complètement fini en gyproc.» c) «Tout l’éclairage de l’espace commercial est diffusé par des néons.»

Des réparations majeures sont apportées à la pharmacie en 1948 ainsi qu’en 1958. En 1960, M. Edgar Martel acquiert le magasin Châtelet des cosmétiques, marchandises et ameublement, un voisin qui lui fait un peu concurrence en vendant des produits comme du chocolat. Enfin, le 9 novembre 1972, M. Martel, âgé de 62 ans, vend son entreprise à un autre pharmacien, M. Christian Veilleux, qui la fermera bientôt toutefois. Par la suite, pendant quelques années, il travaillera occasionnellement à titre d’employé, toujours à Lévis.

Martel Edgar Choix pour le web - 19

M » Edgar Martel et Madame Lucie (Lucille) Morissson devant leur seconde maison lévisienne, rue Plante, dans les années 1950

En plus d’exercer son métier de pharmacien propriétaire, M. Martel a rempli la fonction d’administrateur chez un grossiste en produits pharmaceutiques (Sorex) ainsi que celles de vice-président et de président de l’Association des pharmaciens de Québec et de Lévis. Son intérêt pour la vie pharmaceutique l’a amené, en 1948, à participer au premier congrès panaméricain de pharmacie, tenu à Cuba. M . Martel a également agi comme représentant du Collège des pharmaciens de la province de Québec (aujourd’hui appelé Ordre des pharmaciens du Québec) aux examens du baccalauréat en pharmacie de l’École de pharmacie de l’Université Laval. Le 3 juillet 1964, le président du Collège des pharmaciens de la province de Québec,      M. Jean Dicaire, lui annonce «que le Conseil des gouverneurs de [son] Collège, à sa dernière séance tenue le 30 juin [1964], [l‘] a choisi comme membre de notre Bureau de discipline»; M. Dicaire ajoute ceci : «Cette marque de confiance des gouverneurs du Collège est tout à votre honneur et est la preuve de la considération dont vous jouissez au sein de la profession.» M. Martel sera réélu membre du Bureau de discipline du Collège des pharmaciens de la province de Québec en 1965, 1966, 1967, 1968 et 1969. Mentionnons enfin que M. Edgar Martel a présidé la Chambre de commerce de Lévis.

LAsssociation des pharmaciens de Québec et de Lévis, que M. Edgar Martel présidera.

Martel Edgar 2e choix pour le web - 7

« Une soirée des pharmaciens de Québec et de Lévis : Les membres de l’Asociation des Pharmaciens de Québec et de Lévis et leurs épouses se sont réunis samedi soir au Manoir Saint-Castin. On remarque à cette fête, de gauche à droite, première rangée, M. L.-P. DEMERS, secrétaire de l’Association, et Madame L.-P. Demers; M. EUGÈNE CAOUETTE, président de l’Association, et Madame Eugène Caouette; M. EDGAR MARTEL, premier vie-président de l’Association, et Madame Edgar Martel. On reconnaît aussi dans le groupe M. ROGER BEAULIEU, assistant-secrétaire, et Madame Beaulieu; M. OSCAR PELLETIER, président-fondateur; M. L.-G. AUDETTE, ex-président, et Madame Audette; MM. GÉRARD DUPUIS, CLAUDE CARON, RAYMOND MARTEL, FRANÇOIS GAGNON ET M. NORMAND, directeurs, tous accompagnés de leurs épouses. » (Journal Le Soleil, 7 juin 1955)

Martel Edgar 2e choix pour le web - 6

« L’HON. YVES PRÉVOST CHEZ LES PHARMACIENS : L’Association des pharmaciens des villes de Québec et de Lévis recevait, hier soir, à l’occasdion don son dîner mensuel au restaurant « À la Porte Saint-Jean », l’hon. Yves Prévost, C.R., M.A.T. On reconnaît sur cette photo, de gauche à droite: M. EDGAR MARTEL, vice-président de l’Association des pharmaciens des villes de Québec et de Lévis; M. PAUL SOUCY, président du Collège des Pharmaciens de la Province de Québec; l’hon. YVES PRÉVOST qui entretient les convives sur les « Grandeurs et misères de l’homme public »; M. EUGÈNE CAOUETTE, président de l’Association des Pharmaciens; M. L.-P. DEMERS et M. BEAULIEU. » (Journal Le Soleil)

Martel Edgar 3e choix pour le web - 8

M. Edgar Martel élu président de l’Association des pharmaciens de Québec et de Lévis. Un parent du pharmacien lévisien, M. Raymond Martel, de Loretteville, a été élu directeur de l’Association. M. Raymond Martel est le petit-fils d’un autre pharmacien Martel, M. Joseph Martel.

En 1982, âgé de 71 ans, M. Martel quitte l’Ordre des pharmaciens. Il décède à Lévis le 20 juillet 1998.

Note

1. Georges Parent, E. A., Rapport d’évaluation relatif à une propriété commerciale sise aux numéros civiques 70, 72, 74 Côte du Passage, ville de Lévis, P. Q., 7 septembre 1972. D’autres passages de ce rapport sont reproduits dans cet article.

Martel Edgar 2e choix pour le web - 2

L’année  scolaire 1922-1923 dans un établissement d’enseignement des Frères des écoles chrétiennes, dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, à Québec.

Les petits-cousins Edgar Martel, né en 1910, et Georges Martel, né en 1911, sont dans la même classe.

Participation de M. Edgar Martel au premier congrès panaméricain de pharmacie à La Havane (Cuba), en 1948.

Martel Edgar Choix pour le web - 07

Primer Congresso Panamericano de Farmacia, La Habana, 1 al 8 de Diciembre 1948

Premier congrès panaméricain de pharmacie, La Havane (Cuba), 1948

   Martel Edgar 3e choix pour le web - 3

Martel Edgar Choix pour le web - 10

M. Edgar Martel  à La Havane en 1948

Voyage en Italie

Martel Edgar Choix pour le web - 18

M. Edgar Martel et Madame Lucie Morrissson à Venise.

En 1947, la région de Lévis et de Lauzon célèbre le tricentenaire de l’arrivée de Guillaume Couture, colon exceptionnel, dans la seigneurie de Lauzon.

M. Edgar Martel souligne lui aussi cet anniversaire important.

Martel Edgar Choix pour le web - 14

Martel Edgar Choix pour le web - 01

MESSAGES PUBLICITAIRES  DE LA PHARMACIE DE M. EDGAR MARTEL

Martel Edgar 3e choix pour le web - 4

Martel Edgar 3e choix pour le web - 5

Un homme, trois époques

Martel Edgar 3e choix pour le web - 7

Martel Edgar Choix pour le web - 31

Martel Edgar Choix pour le web - 32

Un grand-père et un arrière-grand-père

Martel Edgar 3e choix pour le web - 1

M. Edgar Martel et l’un de ses arrières-petits-enfants en août 1997

Jean-Baptiste Martel (1836-1915), pharmacien remarquable de Québec et de Saint-Romuald

JEAN-BAPTISTE MARTEL (1836-1915),

pharmacien de Québec et de Saint-Romuald

Par Roger Martel

Ce texte a été publié en 2006 dans la revue de la Société d’histoire de Saint-Romuald, La Carvelle, et, en 2010, dans la revue de la Société d’histoire régionale de Lévis, La Seigneurie de Lauzon (numéro 116). Il a été augmenté de quelques renseignements et photos.

Le père de l’auteur, Georges Martel, pharmacien, était le neveu de Jean-Baptiste Martel.

Martel J.-B. phcien _Pour le web 2013 - 01

J.-B. Martel et sa pharmacie de Saint-Romuald dans les années 1870

C’est à l’époque où le parlement du Québec a adopté pour la première fois une loi destinée à régir spécifiquement l’exercice de la pharmacie que Jean-Baptiste Martel a fondé la première pharmacie de Saint-Romuald; c’était dans les années 18701. M. Martel est mort en 1915, mais son entreprise, transformée par la force des choses, lui a survécu pendant environ soixante ans.

Jean-Baptiste Martel a vu le jour en 1836 à La-Jeune-Lorette (aujourd’hui Loretteville). Il appartenait à une famille de cultivateurs comptant de nombreux enfants. Le 14 février 1865, il a épousé Mathilde Chartré (décédée en 1927), fille d’une famille agricole nombreuse de La Misère (ce toponyme désignait le rang Saint-Jacques de La-Jeune-Lorette).

Martel J-B, phcien, et Mathilde Chartre

Jean-Baptiste Martel et son épouse, Mathilde Chartré

Avant 1874, J.-B. Martel et sa femme se sont établis à Québec, à l’intersection des rues Saint-Jean et d’Youville (ce coin, baptisé Place d’Youville, est communément appelé Carré d’Youville). Le bâtiment portait cette adresse : 4, rue Saint-Jean; les Martel y ont habité, le pharmacien y a tenu sa première pharmacie [son frère Joseph (1854-1938) deviendra son associé après avoir travaillé pour lui comme stagiaire].

Liste des pharmaciens de Québec, dans un annuaire paru avant que Jean-Baptiste Martel ne déménage de Québec à Saint-Romuald dans les années 1870 :

Martel J.-B. phcien _Pour le web 2013 - 12

On ne sait pas quand exactement la pharmacie de la rue Saint-Jean a été fondée ni quand elle a cessé d’exister, mais selon un article du journal Le Soleil de Québec, J.-B. Martel a « tenu son commerce pendant plusieurs années à Québec »2. Pourquoi J.-B. Martel a-t-il quitté Québec, pourquoi Joseph a-t-il fait de même ? Joseph a ouvert une pharmacie à Loretteville en 1874. Pour ce qui est de Jean-Baptiste, la réponse se trouve peut-être dans un document écrit à partir de notes biographiques rédigées par l’une des filles de ce dernier : Marie-Louise Emma (Sœur Sainte-Mathilde) : « D’année en année, le foyer des Martel s’enrichissait d’enfants, mais par contre leur résidence devenait exiguë. C’est alors que l’on chercha un endroit où la demeure serait spacieuse et la pharmacie prospère. À Saint-Romuald, non loin du grand fleuve, l’on trouva l’espace et le toit rêvés. En 1878, monsieur Martel y transporta sa petite famille. »3

À Saint-Romuald, les Martel s’installent rue Commerciale (aujourd’hui, l’adresse de la propriété est 2233-2235, chemin du Fleuve); ils habitent à cet endroit, la pharmacie y est installée; le bâtiment appartiendra à la famille jusqu’en 1988.

Martel J.-B. phcien _Pour le web 2013 - 03

Jean-Baptiste Martel et sa pharmacie de Saint-Romuald

Quelle formation professionnelle M. Martel avait-il reçu ? Dans les années 1850, nous a appris le professeur Gilles Barbeau, « l’exercice de la pharmacie n’était pas réglementé et l’enseignement de la pharmacie n’était pas organisé au Québec »; la profession de pharmacien « assurait sa continuité par un système d’apprentissage interne »4, avant que la Loi de pharmacie, créée en 1874, ne détermine les études à faire pour obtenir le droit de préparer et de vendre des médicaments. Il suffisait en effet de faire un stage de trois ans auprès d’un pharmacien pour devenir pharmacien. « Ceux qui le désiraient, dit encore M. Barbeau, allaient suivre des cours de matière médicale et de chimie avec les étudiants en médecine. Leur permis de pratique leur était octroyé par le Collège des médecins. » J.-B. Martel, à qui on donne le titre de pharmacien-chimiste dans plusieurs documents non officiels, a-t-il fréquenté l’Université Laval ? Fort probablement : dans les annuaires de 1862-1863 et de 1863-1864 de l’Université, il est fait mention d’un dénommé Jean Martel, « étudiant en pharmacie ».

Jean-Baptiste et Mathilde auront treize enfants. Ils arrivent à Saint-Romuald avec une progéniture importante : Mathilde (1866-1954), Marie-Louise Emma (1871-1956), Georgiana (1873-1958), Joseph (1874-1946) et Ludger-Edgar (1876-1949). Leurs autres enfants ont été : Ulric (1879-1926), Alphonse (1884-1959), Lucien (décédé en 1918), Jean-Baptiste (1881-1951) (quatre autres sont morts en bas âge : Marie-Eugénie, Eugénie, Jean-Baptiste et Marie-Alice). Marie-Louise Emma entrera dans une compagnie de religieuses : la Congrégation Notre-Dame de Montréal; Ulric sera prêtre; Alphonse sera pharmacien aux États-Unis pendant un temps, puis prêtre; Ludger-Edgar embrassera la carrière de pharmacien.

Martel J.-B. phcien _Pour le web 2013 - 09

La famille de  Mathilde Chartré et de Jean-Baptiste Martel

Personnes assisses, de gauche à droite : Alphonse, Mathilde Chartré (épouse de Jean-Baptiste Martel père; décédée en 1927), Jean-Baptiste Martel père, Marie-Louise Emma (soeur Sainte-Mathilde), Ulric. Personnes debout, de gauche à droite : Jean-Baptiste fils, Ludger-Edgar, Georgiana, Joseph, Mathilde, Lucien.

Dans sa pharmacie, J.-B. Martel vendait des préparations pharmaceutiques et d’autres médicaments, bien sûr (notons en passant que ses tablettes recevaient aussi des produits qui n’avaient aucun lien avec la santé humaine, dont des remèdes pour les animaux5). Après son décès, survenu à Saint-Romuald le 21 décembre 1915, sa famille chercha-t-elle un pharmacien pour le remplacer, ou ferma-t-elle le commerce? Elle ne fit ni l’une ni l’autre action. L’entreprise survécut, mais transformée étant donné que l’absence d’un pharmacien l’empêchait, par exemple, de composer des préparations prescrites par les médecins (sirops, toniques, purgatifs, etc.). Mais le nouveau commerce vendra des médicaments secrets (comme avant).6

Le nouveau commerce, qui s’appelait J.B. Martel Enrg, d’après une photo (une photo plus ancienne fait voir Jean-Baptiste Martel devant sa pharmacie de même que l’enseigne « Pharmacie J.B. Martel »), le nouveau commerce, disons-nous, vendait, outre des médicaments secrets, le fameux chocolat des Trappistines de Saint-Romuald, des cosmétiques, des livres; c’était aussi une papeterie : les enfants allaient y acheter des articles et des fournitures d’école.

Martel J.-B. phcien _Pour le web 2013 - 04

Noces d’or de Mathilde Chartré et de Jean-Baptiste Martel, Saint-Romuald d’Etchemin, 15 février 1915

Mathilde Chartré, la veuve de J.-B. Martel, tint le commerce de 1915 à 1927, année de sa mort. Sa fille Georgiana (1873-1958) la remplaça jusqu’à 1937. Joseph Martel père (1874-1946), enfant lui aussi de Jean-Baptiste Martel, acquit le commerce et s’en occupa tant qu’il vécut. À compter de 1946, c’est sa fille Jeanne (1909-1997) qui mena la barque [sa sœur Alice (1912-1998) l’épaulait]. L’entreprise ferma ses portes vers 1975; l’espace qu’elle occupait fut transformé en salle de séjour, dont purent jouir Jeanne et ses soeurs Germaine (1904-2000) et Alice jusqu’en 1988 (cette année-là, les trois célibataires vendirent leur maison et emménagèrent dans une résidence pour personnes âgées, à Québec).

La Société d’histoire de Saint-Romuald, en 2006, et la Société d’histoire régionale de Lévis, en 2010, ont voulu rendre hommage à Jean-Baptiste Martel, fondateur de la première pharmacie de Saint-Romuald; en 1999, la faculté de pharmacie de l’Université Laval a fait de même : dans le cadre des Fêtes du 75e anniversaire de la Faculté, elle a en effet honoré la famille des pharmaciens Martel. Parce que Jean-Baptiste Martel est à l’origine d’une « lignée » de pharmaciens, et que de son frère Joseph d’autres pharmaciens sont issus. La lignée de Jean-Baptiste comprend son fils Alphonse (1889-1959), qui a pratiqué la pharmacie aux États-Unis pour un temps avant de se tourner vers la prêtrise, son fils Ludger-Edgar (1876-1949), qui a exercé sa profession à Québec; et l’un des fils de ce dernier : Edgar (1910-1998), qui a exploité une pharmacie à Lévis de 1940 à 1972.7

Martel J.-B. phcien _Pour le web 2013 - 14

Alice Martel, fille de Joseph Martel, pharmacien de Loretteville.

À Papineauville, avec Joseph-Émilien Bélisle, Alice Martel aura plusieurs enfants, dont Louis-Philippe (né en 1907), radiologiste qui écrira les paroles et composera la musique d’une oeuvre qu’il aurait bien aimé voir devenir l’hymne national du Québec.

Notes

1. La Loi de pharmacie a été adoptée en 1875. – On ne sait pas quand J.-B. Martel a fondé sa pharmacie de Saint-Romuald. Selon la source 1, ce serait en 1878; dans la source 2, on dit que M. Martel a transporté sa famille à Saint-Romuald en 1878; selon la légende de la photo reproduite dans la source 3, la pharmacie existait en 1874; selon la source 4, les portes de la pharmacie étaient ouvertes en 1876.

2. Cet article est consacré à un fils de J.-B. Martel : Alphonse Martel; il est intituléMgr Martel revient des États-Unis après des années de réalisation; il n’a pu être publié que dans les années 1950 (la coupure gardée par la famille n’est pas datée).

3. Imprimé de la Congrégation Notre-Dame de Montréal, écrit « À la mémoire de notre chère Soeur Sainte-Mathilde (ex-assistante générale), Marie-Louise Martel [fille de Jean-Baptiste Martel], décédée le 25 avril 1956 ».

4. Johanne Collin et Denis Béliveau, Histoire de la pharmacie au Québec, Musée de la pharmacie, Montréal, © 1994, p. 157.

5. Dans la vitrine de la pharmacie de J.-B. Martel, on pouvait voir (une photo le prouve) un petit cheval blanc sculpté, qui servait à indiquer que le commerce vendait des remèdes pour les animaux, ainsi qu’une cruche de vin, qui était destinée à faire savoir que le commerce vendait du vin « ferré ».

6. Dans la deuxième moitié du 19e siècle, une nouvelle industrie vit le jour, celle des médicaments secrets, qui étaient censés lutter contre les maux chroniques, durables ou douloureux, et qui concurrençaient les préparations des pharmaciens (pour les désigner, on employait aussi le terme médicament breveté (en anglais patent medicine), qui signifie aujourd’hui « Médicament pour lequel un fabricant possède un droit exclusif d’exploitation qui empêche tout concurrent de le copier pendant une période de vingt ans. » (Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française). On pouvait les acheter sans ordonnance dans les pharmacies, mais aussi chez les marchands généraux et dans les épiceries (même s’ils n’étaient pas inoffensifs). Ils étaient « omniprésents à travers la publicité dans les journaux à partir des années 1870. En 1899, certains experts avanceront d’ailleurs que leur nombre s’élève à plusieurs milliers sur le marché québécois.» (Johanne Collin, « Entre discours et pratiques, les médecins montréalais face à la thérapeutique, 1869-1890 », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 53, n° 1, été 1999)

7. De Joseph Martel sont issues deux « lignées » de pharmaciens. L’une d’elles, grâce à laquelle la pharmacie bâtie par Joseph a existé jusqu’en décembre 2007 (après la mort de Joseph, l’entreprise a été maintenue en vie par la famille, mais a cessé d’être un local où un pharmacien vendait et préparait des médicaments jusqu’à ce qu’un petit-fils de Joseph devienne pharmacien), comprend Raymond Martel (né en 1927), petit-fils de Joseph, et Claude Martel (né en 1953), fils de Raymond (Claude a dirigé la pharmacie, après son père, puis l’a vendue en 2007). L’autre lignée se compose de : Georges Martel (1911-1987), petit-fils de Joseph; Maurice Martel (né en 1936), fils de Georges; Alexandre Martel (né en 1973), fils de Maurice; Marie-Claude Martel (née en 1969), petite-fille de Georges. – Fait remarquable, tous les pharmaciens Martel, sauf Alphonse, ont été ou sont propriétaires d’au moins une pharmacie.

Sources

1. L’Abbé Benj. Demers, Monographie, La paroisse de St-Romuald d’Etchemin, avant et depuis son érection, 1906, J.-A. K.-Laflamme, Imprimeur, Québec

2. « À la mémoire de notre chère Soeur Sainte-Mathilde (ex-assistante générale), Marie-Louise Martel [fille de Jean-Baptiste Martel], décédée le 25 avril 1956 » [document de la congrégation de Notre-Dame de Montréal, sans éditeur, sans date (année de publication probable : 1956)]

3. St-Romuald… il y a une centaine d’années [« cahier de vieilles photos » publié par la Caisse populaire Les Etchemins de Saint-Romuald, sans éditeur, sans date (année de publication probable : 1977)]

4. Document manuscrit établi (probablement dans les années 1980) par M. Edgar Martel, petit-fils de J.-B. Martel.

5. Généalogie de Sieur J. E. Ernest Martel, prêtre, compilée par l’Institut généalogique Drouin, Montréal, © 1943, 633 p.

6. Hebert, Donald J., History of St. Anthony Parish, Eunice, Louisiana, 1902-1983 : including a history of St. Edmund School, 1911-1983. Eunice, La. : Hebert Publications, 1983

7. Johanne Collin et Denis Béliveau, Histoire de la pharmacie au Québec, Musée de la pharmacie, Montréal, © 1994

8. Johanne Collin, « Entre discours et pratiques, les médecins montréalais face à la thérapeutique, 1869-1890 », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 53, n° 1, été 1999

9. Mgr [Alphonse] Martel revient des États-Unis après des années de réalisation, article publié dans le quotidien Le Soleil de Québec, probablement en 1956 (année du retour au Québec d’Alphonse Martel)

Remerciements

L’auteur remercie les personnes suivantes : M. Joseph Martel, petit-fils de Jean-Baptiste Martel; Mme Henriette Martel, arrière-petite fille de Jean-Baptiste Martel, et M. Raymond Martel, pharmacien de Loretteville et petit-fils de Joseph Martel (ce dernier, comme on l’a vu, était le frère de Jean-Baptiste Martel), qui lui ont donné des renseignements et prêté des documents; M. Gilles Barbeau, pharmacien et professeur retraité de l’Université Laval, qui l’a mis en possession de connaissances sur Jean-Baptiste Martel et sur l’histoire de la pharmacie au Québec.

Martel J.-B. phcien _Pour le web 2013 - 11

Carte postale publicitaire utilisée  par J. B. Martel, Enr.