Malgré tout le mal qui circule autour de nous, il y aura toujours du bien pour qui le voudra.

[…] l’éthique ne peut attendre la politique. N’écoute pas ceux qui te diront que le monde est politiquement foutu, pire que jamais, que personne ne peut prétendre s’offrir une belle vie (éthiquement parlant) dans la situation injuste, violente et aberrante que nous vivons. Cette affirmation a été répétée à toutes les époques et à juste raison, car les sociétés humaines n’ont jamais rien eu en commun avec l’ « autre monde », comme on dit, elles ont toujours été un produit de celui-ci, et donc pleines de défauts, d’abus, de crimes. Mais à toutes les époques, il y a eu des gens capables de bien vivre ou au moins d’essayer. Quand ils le pouvaient, ils contribuaient à améliorer la société dans laquelle il leur avait été donné de vivre; en tout cas, ils ne la détérioraient pas davantage, ce qui n’est déjà pas rien. Ils ont lutté – et ils luttent encore aujourd’hui, tu peux en être certain – pour rendre les relations établies politiquement de plus en plus humaines (autrement dit, moins violentes et plus justes), mais ils n’ont jamais attendu que tout soit parfait et humain autour d’eux pour viser à la perfection et à la véritable humanité. Ils veulent être les pionniers de la belle vie, entraîner les autres, et ne pas rester en rade. Les circonstances leur permettront tout juste de mener une vie passable, moins belle qu’ils le désiraient… Et alors? Seraient-ils plus censés en étant entièrement mauvais, dans le dessein de plaire à ce qu’il y a de pire au monde et de déplaire au meilleur d’eux-mêmes? Si tu es sûr que, parmi tous les aliments qu’on t’offre, beaucoup sont gâtés ou pourris, essaierais-tu de manger une nourriture saine, même s’il y a encore des produits avariés sur le marché, ou t’empoisonnerais-tu le plus vite possible pour suivre le courant majoritaire? Aucun ordre politique n’est jamais assez mauvais pour qu’on n’y trouve pas au moins un être à demi bon : les circonstances ont beau jouer contre nous, la responsabilité finale de nos actes est en chacun de nous, tout le reste n’est qu’alibis. De la même façon, les rêves d’un ordre politique impeccable (on appelle cela une utopie), où tout le monde serait « automatiquement » bon car les circonstances empêcheraient de mal agir, sont une façon de se voiler la face. Malgré tout le mal qui circule autour de nous, il y aura toujours du bien pour qui le voudra; malgré tout le bien que nous aurons pu offrir au public, le mal sera toujours à la portée de qui le voudra. Tu t’en souviens? Il n’y a pas longtemps, nous avons appelé cela « liberté »…

 

(Fernando Savater, Éthique à l’usage de mon fils, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Paris, Éditions du Seuil, © 1994, coll. Points, 2005, p. 165)

 

Fernando Savater

Photo : http://img.informador.com.mx/biblioteca/imagen/677×508/878/877658.jpg

Hommes et femmes politiques, ne mêlez pas vos enfants à vos histoires d’adultes.

Véronique Hivon, qui aspire à devenir la chef du Parti québécois, dit vouloir réinventer sa formation. Il semble toutefois qu’elle va faire sa campagne comme les vieux politiciens : en tenant son enfant par la main : aujourd’hui (10 mai 2016), le quotidien Le Soleil publie une photo de la famille de la députée : Madame Hivon marche avec son mari, entre eux leur fillette. Plus ça change, plus c’est pareil?

Hommes et femmes politiques, laissez donc vos enfants tranquilles, ne les mêlez pas à vos histoires d’adultes. Les assiettes r’volent chez vous, votre couple se brise, votre famille s’effondre, vous recourez à la médiation familiale, vous divorcez? N’allez pas en parler devant un million de téléspectateurs. Et si jamais vous quittez la politique, ne dites pas que c’est pour le bien de vos enfants: il sera difficile de vous croire.

Roger Martel

 

veronique-hivon pq candidate sa fille son mari 05-2016_c - Version 3

Photo de Graham Hughes, La Presse Canadienne

Aujourd,hui, 19 oct. 2015, les Canadiens votent. Élections, piège à cons ?

Éditorial du numéro 61, octobre-novembre 2015

Élections, piège à cons ?

Le Collectif de la revue À bâbord !

Source : revue québécoise À Bâbord !, https://www.ababord.org/Elections-piege-a-cons

Surgie dans la foulée de Mai 1968, cette question en forme d’affirmation était et demeure provocatrice. Elle signale toutefois un problème réel, celui de la démocratie en tant qu’exercice de la souveraineté politique du peuple. Les élections et les péripéties souvent peu glorieuses qui les accompagnent favorisent-elles effectivement l’idéal démocratique ou n’en sont-elles que la caricature ? Quelques exemples récents incitent à se poser à nouveau la question.

 

En Grèce, Syriza a abruptement détruit les rêves immenses qu’il avait suscités. Élu avec un fort appui populaire pour mettre fin aux plans d’austérité qui ont saigné le pays pendant les cinq dernières années, il paraissait se battre avec courage. Devant les institutions européennes et l’Allemagne, qui exigeaient de nouvelles compressions, il a recouru à un référendum qui devait permettre de trancher la question. La population du pays, on le sait, a rejeté à 61 % les mesures que voulaient imposer ces instances. Pourtant, à la surprise générale, le gouvernement issu de ce même parti s’est soumis de la façon la plus complète et la plus désolante aux volontés impitoyables des institutions européennes. Et cela même si, selon un avis largement partagé, les solutions retenues plongeront davantage le pays dans la misère.

 

Chez nous, le NPD ne se donne même pas la peine de créer l’espoir d’un véritable changement. Plus il se rapproche du pouvoir, plus il vise le centre. Il a rayé le terme « socialiste » de son vocabulaire. Il refuse de prendre clairement position sur des enjeux fondamentaux, comme le libre-échange ou les projets d’oléoducs. Il veut atteindre le déficit zéro dès la première année d’exercice du pouvoir, alors que les libéraux – c’est le monde à l’envers ! – promettent davantage d’investissements pour relancer l’économie. Le chef du parti Thomas Mulcair a même réprimandé l’une de ses plus prestigieuses candidates, Linda McQuaig, pour avoir affirmé qu’il fallait laisser une grande quantité du pétrole des sables bitumineux sous terre !

 

Ces exemples, et on pourrait en évoquer bien d’autres, montrent une fois de plus à quel point la politique a souvent tendance à devenir une farce cynique. Dans le genre, la campagne de Donald Trump dans les primaires républicaines représente un sommet de bouffonnerie. Le spectacle que la politique nous offre n’est pas toujours aussi débilitant, mais il reste qu’elle s’avère trop souvent mauvaise et décevante, bien loin de l’idéal démocratique. D’autant plus que les décisions des élu·e·s sont de plus en plus limitées par des forces plus grandes qui viennent bousiller le système démocratique lui-même : le lobbyisme qui soumet leur travail à des intérêts très restreints et les accords internationaux – de libre-échange, entre autres –, qui contraignent les interventions des gouvernements en leur enlevant de plus en plus de souveraineté politique Ce dont nous avons d’ailleurs été témoins dans le cas navrant de la Grèce.

 

Si bien qu’on se demande quoi faire pour que le pouvoir politique se consacre un tant soit peu aux intérêts des citoyen·ne·s et respecte les décisions démocratiques. Pour échapper aux jeux d’influence qui minent la démocratie, faudrait-il promouvoir un tout autre système ? Certains en viennent même à envisager dans cette optique l’hypothèse d’une « lotocratie », qui permettrait de choisir la classe gouvernante au hasard parmi la population, un peu comme on le fait pour les jurys. Des personnes honnêtes, sans famille politique ou financière, ne seraient-elles pas les mieux placées pour prendre des décisions courageuses et avantageuses dont on prive systématiquement les populations ?

 

Les errements de la démocratie aujourd’hui soulèvent une série de problèmes très difficiles à résoudre. Il devient alors tentant de se réfugier dans un grand cynisme, de rejeter d’emblée un système politique qui ne permet que d’accumuler les déceptions. Il s’ensuit une apathie générale pour tout ce qui touche le politique, à un moment où les besoins de mobilisation sont pourtant immenses. Le grand refus et la désillusion, bien que très compréhensibles, ne règlent cependant rien. On aurait tort de laisser tout le champ politique à des intérêts qui pourront alors se réjouir d’avoir atteint ce qui représente pour eux la réussite suprême : celle d’avoir éliminé une fois pour de bon tous leurs adversaires.

 

Les trahisons successives que permet notre système politique nous mettent dans la position du funambule. Comment conserver nos idéaux face aux manipulations minables de ceux et celles qui nous gouvernent ? Comment, dans ce contexte, continuer à défendre des valeurs que nous considérons incontournables, mais auxquelles on accorde si peu d’importance ? Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas baisser pavillon. Il sera nécessaire de surveiller attentivement de près le prochain gouvernement, quel qu’il soit, même si les conservateurs sont chassés du pouvoir. Il faudra continuer à travailler au renouvellement du processus démocratique, malgré tout. Il faudra surtout garder les luttes bien vivantes et s’assurer qu’elles débouchent sur de véritables victoires. Ce sont là sûrement les plus grands défis qui nous attendent dans les prochaines années.

 

Le Collectif de la revue À bâbord !

Le numéro de février 2014 de la revue québécoise RELATIONS est en kiosque.

DOSSIER : Un monde qui vacille

 

Dans le contexte de l’émergence de nouveaux pôles d’influence dans le monde, du côté de la Chine notamment, assiste-t-on au déclin de l’Occident et de l’hégémonie américaine? Comment lire la reconfiguration des forces qui s’opère actuellement, en particulier les grandes luttes pour le contrôle des ressources? Comment évolue le rôle des États-Unis, une puissance militaire inégalée, appuyée par une OTAN en expansion? Leur contrôle de la mondialisation capitaliste reste puissant, mais partout des résistances s’expriment. Regards croisés sur certaines des grandes transformations et lignes de tension qui font vaciller l’ordre géopolitique mondial actuel. > Lire l’article au http://cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=3310&title=un-monde-qui-vacille

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Autonomie du politique

Par Jean-Claude Ravet

Revue québécoise Relations, numéro 770, février 2014

http://cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=504

Le débat sur la place de la religion dans l’espace public, qui a cours dans un contexte de dépolitisation de la société, appelle à reposer la question de l’autonomie du politique par rapport aux religions. Cette autonomie ne signifie en rien incompatibilité avec celles-ci – même si cela n’écarte pas une « conversion » de leur part.

L’invention du politique a été de l’ordre d’un séisme historique. Sa magnitude a été telle qu’on en ressent toujours l’ébranlement. L’imaginaire qui l’a fait naître nous habite encore. Il est au fondement des luttes sociales d’émancipation et de la représentation humaniste d’un monde dans lequel les hommes et les femmes, en instituant des espaces d’épiphanie de la liberté, s’affranchissent du diktat du destin.

Le monde « naturel » s’ébrèche, ainsi que le sol jusque-là inébranlable d’un ordre indéfectible et harmonieux où chacun avait sa place et sa fonction prédéfinies. Le politique introduit dans le monde le germe d’une insubordination radicale dans l’ordre social. Il fait apparaître ceux qui en étaient exclus et, avec eux, les conflits sociaux sur lesquels l’ordre était fondé tout en les masquant. Le demos, le peuple, « la part des sans part » comme l’appelle Jacques Rancière, fait, en effet, son apparition publique. Le domaine des affaires humaines n’apparaît plus comme le lieu de l’acceptation d’une fatalité, mais plutôt comme celui du combat de la liberté contre l’injustice. Le sens n’est plus donné et reçu comme allant de soi, mais devient problématique. La parole humaine se libère du carcan du mythe qui légitime le statu quo et la fragilité de cette parole partagée, inquiète, se mue en pouvoir, fondatrice de monde, dans les espaces de délibération, délimités par les lois humaines et protégés ainsi du domaine des dieux. L’apparition du politique en Grèce est contemporaine, à cet égard, de la naissance de la philosophie.

La polis grecque – celle de citoyens libres et égaux – a ainsi surgi contre le pouvoir despotique de groupes aristocratiques (gênos et oikoi), fondés sur la lignée familiale et dirigés à la manière d’un chef de famille. Sans en faire un modèle – car elle excluait la participation des femmes –, elle instituait dans la cité un lieu préservé du diktat du passé et de la vérité divine immuable. Toute vérité contraignante, dans l’espace politique où les dieux n’ont pas accès, aurait sonné le glas de la liberté. Pour y pénétrer, elle doit devenir aussitôt point de vue sur le monde, et y être débattue et argumentée en tant que tel.

Une irruption dans l’histoire, telle est l’invention du politique. Elle est l’œuvre, et continue de l’être, d’une lutte pour la liberté – toujours à reprendre, car la liberté n’est pas le butin mais s’acquiert dans la lutte elle-même (Patocka) – contre des forces dominantes antipolitiques qui cherchent à mettre un terme à l’égalité politique et aux débats démocratiques, leur préférant le savoir expert d’une élite. Le politique n’est jamais acquis. La fragilité humaine qu’il met en scène, à travers la parole partagée et l’action collective et concertée, comme condition d’humanisation du monde, est toujours menacée d’être supplantée par une puissance tutélaire à qui reviendrait de droit l’administration d’un « ordre naturel d’hommes disposés en troupeaux », comme aimait à le concevoir Platon. Cette longue tradition des tyrans bienveillants, en effet, ne cesse de réapparaître pour « remédier » à la responsabilité citoyenne qui assume la contingence conflictuelle de la vie sociale. L’identification problématique – et étriquée – du politique avec l’État participe de la déresponsabilisation de masse au profit d’une élite technocratique au pouvoir.

C’est sous cet horizon où le ciel et la terre, et leurs rapports, sont ébranlés – ce qui ne veut dire niés – qu’il faut penser l’articulation du politique avec la religion qui n’en sort pas indemne.

Vers la transcendance de l’existence

Pour le philosophe tchèque Jan Patocka, le politique c’est l’existence dans la « problématicité » de la vie, indissociable de l’expérience de l’ébranlement du sens donné, crise de la certitude, libération à l’égard d’un rapport « naturel » au monde. Dans l’espace politique, la parole de Dieu est refluée à l’extérieur, n’y demeurent que les paroles humaines et celles qui se couvraient d’une aura divine se dépouillent de leur caractère contraignant, sacré, éternel, pour devenir, au même titre que les autres, opinions, visions partiales et rivales sur le monde, mises à contribution dans l’édification d’un monde commun. Des religions ne peuvent qu’en sortir ébranlées dans leur prétention à fonder l’existence collective sur des vérités éternelles.

D’autres, en revanche, peuvent participer de cet ébranlement. Dans le judaïsme, par exemple, est née l’idée de l’autolimitation de Dieu dans la création, au nom de son amour pour l’humanité, pour la liberté. L’autonomie humaine correspond en tout point au projet divin. La liberté humaine est possible au prix de l’impuissance de Dieu (voir Hans Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz). La théologie de la kénose, dans le christianisme, participe aussi de cette conception du monde et de Dieu. Dieu s’est dépouillé de sa condition divine, il a troqué l’éternité pour la contingence, la toute puissance comme créateur pour l’impuissance dans l’incarnation. Dieu s’est enfoui dans la fragilité de la condition humaine. La transcendance ne surplombe plus le monde, dans l’au-delà, mais se loge dans le tréfonds de l’existence. Dans ce type d’expérience religieuse, l’autonomie et la liberté, pleinement humaines, n’entrent pas en contradiction avec l’expérience de Dieu, parce que celle-ci y prend sa source.

Mais dans tous les cas, l’ébranlement politique du sens et du sol ferme et irrévocable du donné, loin de contester ou de nier la religion, est une chance, une « grâce » pour elle. Il en dévoile son opacité, son incertitude, son humanité, sous le couvert d’une transparence divine. Si elle peut être une fuite du monde, la religion peut être aussi partie prenante de l’aventure humaine qui défie l’évidence et témoigne d’une expérience sensible du monde. En elle, le monde est posé comme énigme qui engage aux questionnements, à la disponibilité inquiète et courageuse à l’égard du sens et de ses possibilités. Elle peut révéler, à sa manière – comme l’art, la philosophie, le politique –, la part symbolique fondamentale de l’existence que constitue la demeure du langage, et dont la mémoire et le récit sont des expressions essentielles.

Il est vrai que la mentalité technicienne dominante nous convainc du contraire, comme si la réalité allait de soi et ne nécessitait pas la médiation de la parole pour y avoir accès, pour la comprendre et y habiter. Prenant appui sur l’ébranlement du sens, elle a fini par évacuer le sens, elle a reconstitué une nouvelle certitude aveuglante, en dissociant radicalement la réalité du sensé, le réel du symbolique. Si cette rupture a permis des avancées techniques extraordinaires, nous assurant la possibilité de manipuler à notre guise le monde, comme s’il était une « chose », un matériau disponible, un entrepôt de forces et d’énergies, il n’est pas sûr qu’elle permette encore longtemps d’habiter ce monde humainement. Hannah Arendt s’est penchée sur la signification de cette aliénation du monde qui caractérise la condition humaine contemporaine. L’homme agit dans le monde en oubliant son appartenance irréductible à la Terre, comme s’il était un habitant d’une autre planète. Ce faisant, il en vient de plus en plus à menacer ses conditions d’existence. « Il a trouvé le point d’Archimède, mais l’a utilisé contre lui-même », disait Kafka. Cette aliénation du monde est telle que nous en venons à percevoir notre existence pleine de vie alors qu’elle se mutile.

La liberté humaine, à cette enseigne, se heurte aux limites humaines – « le monde qui vit en nous » –, comme à une infamie, alors qu’elles sont les conditions mêmes de son exercice, sans lesquelles la liberté devient une autre forme de nécessité, de destin : la « tyrannie des possibilités ». Les Grecs avaient déjà baptisé cette tentation du nom de hubris, démesure. Comme si la liberté nous exonérait de n’être les obligés de rien et de personne.

Pourtant, la vie pour et en vue de la liberté à laquelle convie le politique est, dans sa visée, indissociable d’une solidarité humaine, « solidarité des ébranlés », dira Patocka, dépassement d’une existence centrée sur soi, ouverture au souci de l’autre et du monde à qui notre existence est redevable et par l’entremise desquels nous devenons ce que nous sommes. La religion peut être une compagne précieuse, source d’inspiration, dans cette conscience et ce désir d’être solidaires, de rompre la chaîne des injustices et d’habiter humainement – poétiquement – le monde.

La dépolitisation de la société

Il faut le redire avec insistance, le politique n’a pas toujours été. Il a été un temps où il n’existait pas. Et il pourrait tout autant disparaître sous la vague antipolitique capitaliste déferlante sur le monde qui le vide progressivement de sa signification et le couvre de mépris.

L’invention du politique nous a fait entrer d’une manière inédite dans l’histoire. La dépolitisation radicale de la société risque de nous en faire sortir pareillement. Comme si nous entrions à reculons dans la préhistoire; comme si, de nouveau, l’existence humaine était prise dans les mailles de la fatalité et du destin. Non pas comme avant l’avènement du politique, sous le signe d’un passé indépassable, déterminant les comportements, contraignant à reproduire ce qui avait été une fois pour toute édicté pour la suite du monde, quand la contingence de l’histoire était exorcisée et ramenée à la sécurité du bercail des lois cosmiques ou divines.

Non, la « préhistoire » qui nous guette, au détour de la dépolitisation de la société, serait plutôt sous la férule d’un présent éternel – l’immédiateté du présent – de la production déchaînée, sans fin, des marchandises. Les sujets assujettis à sa logique autorégulatrice et à sa cadence effrénée, contraints de ne plus penser mais de calculer, se soumettraient, en fonctionnaires besogneux, à son injonction : « ce qui est possible doit être fait ».

La dépolitisation accélérée de l’économie est l’aspect le plus sensible de cette dépolitisation de la société, dans la mesure où les mécanismes de marché libérés des régulations politiques en viennent à saper les bases même de la société, sa reproduction matérielle : en enrichissant à outrance des actionnaires des entreprises, sans appartenance, toujours plus voraces au détriment de la population locale. Mais cette dépolitisation ne s’arrête pas là; elle s’attaque à l’espace politique lui-même, qui devient un vaste appareil d’experts gérant des demandes particulières et allouant à chacune sa place dans un ordre fonctionnel. Elle transforme, par là même, la lutte politique pour instituer un monde commun en combat pour la reconnaissance d’identités indifférentes l’une à l’autre, dans une société qui tend à se représenter comme la simple somme des individus ou des communautés qui la composent.

Que cette déferlante antipolitique s’accompagne d’un retour du fondamentalisme religieux, rien n’est moins étrange. Ce dernier a été qualifié de « revanche des dieux ». C’est l’autre face d’une même médaille. Avant d’être des rivaux, ils sont des alliés dans la sortie du politique. L’un et l’autre partagent le même mépris pour la liberté et l’espace public, conflictuel, inefficace, inutile : lieu de la contingence, de l’éphémère, de l’incertitude, expression de la précarité de la condition humaine à laquelle il faut, selon eux, trouver un remède.

Pour eux, ce projet historique et démocratique d’émancipation et d’autonomie politique n’est qu’un leurre. La vraie liberté résiderait dans la soumission volontaire à la nécessité – divine ou technocratique.

Dans ce contexte, poser l’autonomie et la liberté au sein de l’espace politique, comme fondements démocratiques, se présente comme un acte de résistance à ces assauts antipolitiques. Cela pose une limite aux vérités religieuses, les obligeant, si elles veulent se faire entendre dans l’espace politique, aux dépouillements de leur caractère contraignant et de leur « origine » divine. Cela n’exclut pas, cependant, la perméabilité des convictions et des expériences humaines et religieuses qui imprègnent les paroles partagées, soutiennent l’agir collectif et rassemblent des hommes et des femmes de tout horizon disposés à être solidaires dans la lutte contre le destin et la construction d’un monde commun.

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« [] depuis 2011, avec les soulèvements du « printemps arabe » en faveur d’avancées démocratiques et populaires, un nouvel horizon se donne à voir. C’est tout le champ du politique qui s’ouvre graduellement, se libère et s’autonomise dans des sociétés où l’on a tendance à penser que c’est de la seule domination religieuse dont l faut s’affranchir. S’il faut une autonomie du politique par rapport au religieux, il le faut aussi par rapport au militaire, au policier, à l’injuste de l’arbitraire. » (Mouloud Idir, politologue et responsable du secteur Vivre ensemble du Centre Justice et Foi, à Montréal, Le fondamentalisme au service de l’ordre néolibéral, dans Relations, numéro 770, février 2014, p. 20)

Glanures de lectures – 27 juillet 2012

« LE POLITIQUE S’EST AGENOUILLÉ DEVANT LES MARCHÉS POUR S’EN FAIRE LE LAQUAIS. »

 (Jean-Pierre Dupuy, philosophe, L’avenir de l’économie, Flammarion, 2012; cité par Denis Clerc et Christophe Fourel, « Le politique est devenu le laquais des marchés », Alternatives économiques (revue française), juin 2012, p.78) (Site web d’Alternatives économiques : http://www.alternatives-economiques.fr/)

« C’EST INCROYABLE DE VOIR À QUEL POINT LES INÉGALITÉS S’AGGRAVENT SANS QUE LES GENS RÉAGISSENT. »

 (Warren Buffet, milliardaire et philanthrope américain, propos rapportés dans The Economist, Londres, cité dans Courrier international, numéro 1125, du 24 au 30 mai 2012, p.8)

LE MOUVEMENT DESJARDINS, LA COOPÉRATION ET LE BRASSAGE D’AFFAIRES

« Capital régional et coopératif Desjardins injecte 26 millions $ dans le Groupe Filgo, un distributeur de produits pétroliers et gestionnaires de stations-service (…) Rappelons qu’une des filiales du Groupe Filgo, Philippe Gosselin et Associés, avait plaidé coupable en 2009 et payé une amende de 600 000 $ après avoir comploté pour fixer les prix de l’essence à la pompe à Thetford Mines et à Victoriaville. » (Pierre Couture, Desjardins investit 26 M$ dans le Groupe Filgo, Le Soleil (quotidien de Québec), 29 juin 2012, p. 23) – « À la suite de cette transaction, CRCD (Capital régional et coopératif Desjardins) devient actionnaire de l’entreprise… » (communiqué de CRCD daté du 28 juin 2012, http://www.capitalregional.com/Fr/communiques/527.html)

LES DROITS DES FEMMES

Le sommet de Rio + 20 n’est pas seulement décevant du point écologique. Il l’est aussi du point de vue des droits des femmes. Sous pression du Vatican, de plusieurs pays d’Amérique latine, de la Russie, de l’Egypte et – c’est une première – du Canada, le paragraphe qui prévoyait de reconnaître le droit de se reproduire ou non a été retiré. Les hommes du Vatican, si concernés, s’en félicitent.

(…)

Le nouveau président islamiste, Mohamed Morsi, ne risque pas de changer de cap, bien au contraire. L’une de ses premières déclarations a été d’encourager les femmes égyptiennes à faire plus d’enfants… C’est dire si l’alliance entre pays conservateurs et patriarcaux n’est pas éteinte. Surtout si le gouvernement canadien – sous l’influence d’ultralibéraux protestants proches de la droite religieuse américaine – se joint au club.

Source : Caroline Fourest, Croissez et polluez, journal Le Monde, 29.06.2012, http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/29/croissez-et-polluez_1727003_3232.html

 FRÈRE

 Un frère est quelqu’un à qui on rend la dernière bille qu’on vient de lui gagner. (Joseph Joffo, Un sac de billes, 1973, éd. Le Livre de Poche, p. 12)

INÉGALITÉ

La saison approchait [à Nice], il allait y avoir du monde. Dans des lignes assez amères, papa nous apprenait que malgré « les malheurs qui s’étaient abattus sur la France » les places, le casino, les boîtes de nuit étaient pleins et que décidément, la guerre n’existait que pour les pauvres. (Joseph Joffo, Un sac de billes, 1973, éd. Le Livre de Poche, p. 181)

AU CANADA, DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES ENFANTS DES PREMIÈRES NATIONS

Un jugement de la Cour fédérale ouvre enfin la voie à l’audition d’une cause décisive sur la discrimination à l’égard des enfants des Premières Nations (extraits)

Source : Assemblée des Premières nations, http://www.afn.ca/index.php/fr/nouvelles-et-medias/dernieres-nouvelles/un-jugement-de-la-cour-federale-ouvre-enfin-la-voie-a-laudition-dune-cause-decisive-sur-la-discrimination-a-legard-des-enfants-des-premieres-nations

Le 18 avril 2012

(Ottawa) Dans un jugement rendu aujourd’hui, la Cour fédérale a exhorté le Tribunal canadien des droits de la personne à examiner les preuves démontrant que les enfants des Premières Nations sont victimes de discrimination parce que les services d’aide à l’enfance offerts dans les réserves sont sous-financés par le gouvernement fédéral. Ce jugement confirme que le gouvernement fédéral peut être tenu responsable, en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne, de veiller à ce que les membres des Premières Nations qui vivent dans les réserves bénéficient d’un accès juste et équitable aux services gouvernementaux.

Il y a plus de cinq ans que la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada (SSEFPNC) et l’Assemblée des Premières Nations (APN) ont déposé cette plainte pour discrimination. Toutefois, les preuves n’avaient jamais été examinées en raison d’une série d’objections techniques soulevées par les avocats du gouvernement fédéral.

[…]

Les lois et normes internationales en matière de droits de la personne indiquent clairement qu’aucune excuse n’est acceptable pour justifier une pratique discriminatoire », a déclaré Craig Benjamin, porte-parole d’Amnistie Internationale Canada. « Nous nous réjouissons du message clair que la Cour a adressé au gouvernement fédéral concernant son devoir de respecter ses obligations internationales en matière de droits de la personne. »

OÙ FAITES-VOUS VOS ACHATS ?

« Pour que le client de Wal-Mart soit comblé, le travailleur doit souffrir… Pour que les prix de Wal-Mart et de ses sous-traitants soient toujours les plus bas, il faut aussi que les conditions sociales se dégradent alentour. Et mieux vaut par conséquent que les syndicats n’existent pas. Ou que les produits viennent de Chine. »

Serge Halimi, Le Poumon du capitalisme américain, dans Manière de voir (Le Monde diplomatique), numéro 122, avril-mai 2012, p. 28

MANIÈRE DE VOIR DANS LE WEB : http://www.monde-diplomatique.fr/mav/

INÉGALITÉS ENTRE HOMMES ET FEMMES

La question des inégalités entre hommes et femmes est loin d’être réglée : quels que soient le domaine et la dimension de la vie sociale que l’on considère, la persistance des disparités, quelquefois importantes, entre la condition faite aux hommes et celle subie par les femmes est patente, en dépit du principe hautement affirmé de l’égalité entre les sexes.

[ … ] Comme les inégalités sociales auxquelles elles s’articulent, celles entre sexes se répètent et se cumulent : elles s’engendrent et se nourrissent mutuellement, en multipliant les avantages au profit des uns et les handicaps au détriment des autres. Ainsi la division inégalitaire du travail domestique dresse un sérieux obstacle à l’activité, à l’investissement dans une carrière professionnelle des femmes.

[ … ] S’attaquer directement à cette citadelle relève d’une mission presque impossible. On touche là au coeur de la vie privée des individus. Or toute notre civilisation, au moins depuis la Renaissance et plus encore à compter de l’établissement de régimes démocratiques, repose sur des principes intangibles tels que l’autonomie de l’intimité, garante de la liberté individuelle, à l’égard du champ public. Autrement dit, l’inégalité entre les sexes s’engendre à l’ombre de la vie privée, sous couvert de préserver les droits de la personne.

Alain BIHR et Roland PFEFFERKORN, Manière de voir ( Le Monde diplomatique), numéro 122, avril-mai 2012, p. 61, 62, 63

MANIÈRE DE VOIR DANS LE WEB : http://www.monde-diplomatique.fr/mav/

LE COUPLE MONDIALISATION ET PUBLICITÉ

«  La culture de la mondialisation, culture de l’abondance et de la répétition, ne peut exister que grâce aux bouches ouvertes des consommateurs. […]

« Pour entretenir le besoin, rien de tel que les messages publicitaire. Ils savent bien capter l’attention des enfants du Monde. Sont-ils la voix de la mère? La publicité décrète, c’est elle qui décide ce qu’il faut consommer, comment le consommer, quand et avec qui. La publicité pénètre les zones les plus intimes des enfants du Monde, utilisant les fragilités de la maturation pour les faire régresser dans les besoins du tout début de la vie. Se nourrissant des dernières idées en vogue sur l’inconscient, elle s’accroche avec beaucoup d’habilité aux pulsions, aux fantasmes et aux besoins narcissiques des enfants du Monde pour leur offrir les images crues de la sexualité, de la violence et elle se joue ainsi de la détresse humaine. Les fantasmes secrets et les expériences les plus personnelles se trouvent mis en images, banalisés, exposés à chaque coin de rue. C’est un viol du psychisme, un vol de la vie intérieure. »

(Kathleen Kelley-Laîné, psychanalyste, et Dominique Rousset, journaliste, Contes cruels de la mondialisation, Ed. Bayard, p. 67-68)

L’ÉCONOMIE, LES BESOINS, LE DÉSIR

« Tous les grands auteurs qui ont réfléchi à la place essentielle ou exorbitante que joue l’économie dans les sociétés moderneS – Adam Smith, Hegel, Tocqueville, Durkheim, Weber – ont été sensibles à ce paradoxe que l’économie, dans son étymologie même, c’est la mesure, la gestion prudente des choses de la maisonnée. Alors que l’économie réalisée, c’est la croissance sans bornes, le toujours plus, la démesure. Tous ont conclu que le moteur de économie avait à voir non avec les besoins mais avec le désir, non avec le matériel mais avec le spirituel. » (Jean-Pierre Dupuy, philosophe, propos recueillis par Denis Clerc et Christophe Fourel, « Le politique est devenu le laquais des marchés », Alternatives économiques (revue française), juin 2012, p.78)

(Site web d’Alternatives économiques : http://www.alternatives-economiques.fr/)

IL SERAIT TEMPS QUE SHORTS ET ROBES SOLEILS DISPARAISSENT

Par Georges de Montigny, commerçant de Saint-Romuald (Québec)

Texte paru dans Le Foyer, juin 1956 (Le périodique Le Foyer a été publié à Saint-Romuald, au Québec, de 1949 à 1972.)

« Petites ou grandes, blondes ou brunes, elles sont claires, nettes et saines, et Dieu lui-même doit sourire lorsqu’Il les voit passer. » 

Bien sûr qu’il avait raison Guy de Nigauderie. Seulement, ce jeune écrivain français ne devait pas se souvenir avoir débarqué sur le continent américain lorsqu’il écrivit ces lignes.

Dès juin, défilent dans les rues et sur les places publiques, des femmes affreusement attifées de shorts, de blue-jeans, de pedal pusher, de pantalons toréador, etc. En tout temps, d’ailleurs, on peut assister à la mascarade !

Dieu sourit-il du haut du ciel, en assistant au défilé de ces accoutrements hybrides ? J’en doute, parce qu’il est intelligent et que l’être humain a été créé à sa ressemblance ! Peut-être n’en veut-il pas surtout aux marchands juifs d’avoir popularisé comme vêtement féminin ces vulgaires culottes qu’on appelait autrefois ‘overalls’ – les pauvres diables, ils ont besoin d’argent ! – mais à la femme qui renverse ses plans d’ordre et de beauté. »

LES FILLES, par Guy de Larigaudie (1908-1940)

« Les jeunes filles sont l’image précieuse de notre mère lorsqu’elle avait notre âge. Petites ou grandes, blondes ou brunes, elles sont claires, nettes et saines, et Dieu lui-même doit sourire lorsqu’Il les voit passer. Plus tard seulement, lorsque tu seras plus mûri, tu découvriras parmi elles, ta femme de demain. Aujourd’hui, considère-les tout simplement comme de franches compagnes. Une éducation faussée nous a trop souvent appris à ne voir dans la femme qu’une occasion de péché, au lieu d’y déceler une source de richesses. Mais sœurs, cousines, amies, camarades ou cheftaines, les jeunes filles sont les compagnes de notre vie, puisque dans notre monde chrétien nous vivons, côte à côte, sur le même palier. Sans doute la camaraderie entre garçons et filles est chose infiniment délicate, qu’il faut mener avec prudence et régler chacun pour soi à sa propre mesure. Mais c’est un manque à gagner certain que de négliger ce don de Dieu que sont les vraies jeunes filles. […] Leur grâce nous allège et rétablit l’équilibre. Nous sommes trop cérébraux. Les jeunes filles comprennent d’un seul coup avec leur cœur ce que nous disséquons péniblement avec notre raison. Leur présence est un apaisement. Elles sont un sourire et une douceur dans notre cercle de luttes.

Mon Dieu, faites que nos sœurs les jeunes filles soient harmonieuses de corps, souriantes et habillées avec goût. Faites qu’elles soient saines et d’âme transparente. Qu’elles soient la pureté et la grâce de nos vies rudes. Qu’elles soient avec nous, simples, maternelles, sans détours ni coquetterie. Faites qu’aucun mal ne se glisse entre nous. Et que, garçons et filles, nous soyons, les uns pour les autres une source, non de fautes, mais d’enrichissement ».

Guy de Larigaudie (1908-1940) – Etoile au grand large

Publié dans : La Jeunesse de Dieu

Étoile au Grand Large – Suivi du Chant du vieux pays. Le testament spirituel de Larigaudie. Seuil, Paris, 1943.

« Guillaume Boulle de Larigaudie, connu sous le nom de Guy de Larigaudie, est un Routier Scout de France, écrivain, explorateur, conférencier et journaliste français, né à Paris, le 18 janvier 1908, et mort pour la France, tombé au champ d’honneur, le 11 mai 1940, à Musson, en Belgique. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_de_Larigaudie)

Campagne électorale en vue – Le Québec à la recherche d’une femme ou d’un homme d’État

« Périclès avait de l’influence en raison de la considération qui l’entourait et de la profondeur de son intelligence. Il était d’un désintéressement absolu ; sans attenter à la liberté, il contenait la multitude qu’il menait. N’ayant acquis son influence que par des moyens honnêtes, il n’avait pas à flatter la foule. Grâce à son autorité personnelle, il pouvait lui tenir tête et même lui montrer son irritation. Chaque fois que les Athéniens s’abandonnaient à contre temps à l’audace et à l’orgueil, il les frappait de crainte ; s’ils s’effrayaient sans motif, il les ramenait à la confiance.  »

(Thucydide, 460 – 395 avant notre ère, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, II, 65, cité au http://www.academie-en-ligne.fr/Ressources/7/HG20/AL7HG20TDPA0111-Sequence-03.pdf)

Périclès était un homme d’État athénien (vers 495-429 avant notre ère). Réélu chef de l’État à maintes reprises (au moins quinze fois), il contribua fortement à la démocratisation d’Athènes.

Tire, tire la lirette – 20 juillet 2012

Conseil aux aspirants députés : tenez-vous au-dessus de la mêlée électorale, là où la vérité respire mieux.

Les bons journaux, les bonnes revues, les bons livres vivifient les qualités intellectuelles et morales du lecteur; pas les feuilles de chou. Les abonnés des feuilles de chou ne peuvent pas le comprendre. Investissez dans les feuilles de chou.

Le pouvoir change la perspective : Le Québec indépendant, présidé par Amir Khadir, interdira aux ambassadeurs de porter des souliers.

Ah! les partis politiques! S’ils pouvaient ne pas revenir!

Athènes, au temps de Périclès (Ve siècle) : le véritable gouvernement est la Boulè, dont les 500 membres sont tirés au sort. Ce serait sous Périclès qu’Athènes connut ses années les plus glorieuses. Que diriez-vous de tirer au sort les députés de nos assemblées nationales?

Conscients que leur décision de rendre possible la réouverture de la mine d’amiante Jeffrey n’allait pas améliorer le bilan de santé des populations indienne, chinoise, etc., MM. Jean Charest, Clément Gignac, Raymond Bachand et Yves Bolduc (médecin à temps partiel ou en congé prolongé), tous décideurs éminents du Parti libéral du Québec, au pouvoir actuellement, ont favorisé la création de Transports [sic] médical de l’Amiante, une entreprise dont tout le matériel, y compris les ambulances, a été fabriqué au Québec (l’exploitation de l’amiante a toutes sortes de belles retombées économiques dont doivent se réjouir les Québécois). À noter que M. Lehouillier, député libéral de Lévis, a promis de faire moins de vélo et de prendre le volant d’une ambulance de temps en temps. La photo fait voir une ambulance prête à partir vers le premier nouveau malade de l’amiante, qu’importe où il est (les ambulances sont équipés d’un parfait GPS).

Véhicule de Transports (sic) médical de l’Amiante

Crédit photo : Roger Martel, 2012

Pour une nouvelle société, pour un nouveau vivre-ensemble

Vient de paraître le numéro 757, juin 2012, de la revue Relations.

Relations est une revue québécoise soutenue par les Jésuites du Québec.

Pour un projet de société

Jean-Claude Ravet

Relations, juin 2012

Près de 300 000 personnes se sont rassemblées à Montréal, le 22 avril dernier, pour célébrer le Jour de la Terre en formant une immense main humaine. Belle idée, cette main collective. Une main protectrice en souci de la Terre, dressée contre ce qui la mutile et la ravage. Un immense stop à l’insouciance prédatrice. Une main comme un arbre dont les racines s’enfouissent dans nos pratiques quotidiennes et collectives, et les branches se déploient dans notre imaginaire. Comment ne pas y discerner aussi la sève printanière du mouvement étudiant qui irrigue le Québec, drainant avec elle le courage, la détermination, l’audace, la créativité et le rêve d’une société fraternelle et solidaire – et être soulevé par cette vague d’humanité!

Nous vivons à une époque charnière. Nous le pressentons dans les multiples mouvements de solidarité, dans la fébrilité des voix qui s’élèvent pour des causes sociales et environnementales : éducation, santé, Plan Nord, harnachement des rivières sauvages, gaz de schiste, etc. Toutes ces expressions citoyennes évoquent une aspiration à des changements majeurs touchant aux fondements de notre société. L’establishment politique et économique n’en est d’ailleurs pas dupe. Ses chroniqueurs attitrés revêtent leurs habits de combat, appelant à la ligne dure – surtout ne pas plier – devant la « menace » de la démocratie participative et de la désobéissance civile. Quand le quotidien au plus fort tirage au Québec, le Journal de Montréal, préfère consacrer sa une à un fait divers plutôt qu’à un événement historique de l’ampleur de celui du 22 avril, cela en dit long sur le malaise que celui-ci génère.

Un renouveau politique et social se dessine à l’horizon. Certains diraient un projet de société. Mais voilà un vilain mot dans une société gérée de plus en plus comme une entreprise : ce qui convient, c’est plutôt un plan d’affaires pour optimiser la mainmise économique et technique du monde en transformant tout en valeurs monnayables. Il faut que ça produise, rapporte et enrichisse les élites économiques et financières coûte que coûte. Et comme celles-ci sont de moins en moins rattachées et redevables aux communautés locales, suspendues qu’elles sont à la spéculation globalisée, leur seule préoccupation sera le rendement à court terme de leurs actions. Le souci du bien commun et du territoire, le bien-être de la population, la justice, l’égalité, le partage, la responsabilité n’entrent guère dans leur champ de vision, sinon comme des slogans vides de sens, dont on se sert pour légitimer le statu quo et maintenir les citoyens dociles et passifs dans leur rôle de clients et de consommateurs. « Je n’écoute que la majorité silencieuse », comme l’a dit si bien Jean Charest.

On se rappelle la bouffonnerie du premier ministre évoquant à demi-mot les camps de travail pour les manifestants chahutant aux portes du Salon du Plan Nord. Rires et applaudissements parmi les gens d’affaires rassemblés. Scandale ailleurs. On a moins insisté sur la chute de sa blague qui exprimait pourtant un profond mépris pour la démocratie et la citoyenneté. Il a, en effet, ajouté gloussant : «… en espérant que ça va tous nous permettre de travailler fort », comme si les revendications sociales, les débats publics sur une vision de l’éducation cohérente avec un projet de société démocratique n’étaient qu’empêchements à accomplir des choses sérieuses. François Legault n’a pas dit autre chose en interpellant les étudiants en grève pour qu’ils retournent en classe : « C’est fini la récréation! »

Mais les nombreuses manifestations publiques des derniers mois témoignent que nous avons la solidarité bien ancrée dans la mémoire collective. Le souffle de la liberté anime toujours notre existence que certains aimeraient rapetisser à la vie privée, domestiquer et asservir aux dieux du marché. En optant pour l’expression d’une manière d’être collective qui lui soit propre et digne d’exister, le peuple québécois n’est-il pas en train de puiser à même la source qui peut donner sens à son existence comme nation politique? Et le pousser à écrire enfin son acte de naissance politique : sa Constitution?

Le philosophe tchèque Karel Kosik disait que la grandeur d’une « petite nation tient à son esprit », à sa culture, à une « vérité spirituelle » qui innerve sa vie politique et l’empêche d’être un jouet entre les mains des grandes puissances économiques et militaires[1]. On l’oublie trop souvent, un citoyen est aussi un quêteur de sens. La politique n’est pas qu’affaire de sous et de gouvernance, comme voudraient le laisser croire ceux qui nous dirigent actuellement.

« On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres, est-il écrit dans les Évangiles, autrement les outres se rompent et le vin se répand. » Jean Charest est une vieille outre!

[1] La crise des temps modernes, Paris, Éd. de la Passion, 2003, p. 238.

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La bourse et la politique des États

« LA POLITIQUE NE SE FAIT PAS À LA CORBEILLE »,

a déclaré Charles de Gaullle, président de la France, en 1966.

Qu’a-t-il voulu dire?

Le président Nicolas Sarkozy dirait-il la même chose aujourd’hui?

En 1962, les hausses boursières ont été très importantes en France; en 1966, la bourse plongeait sérieusement. Le mot corbeille employé par de Gaulle désigne un « espace circulaire ou ovale, entouré d’une rampe, situé au centre du parquet et autour duquel les agents de change se font leurs offres et demandes (comme vous le voyez, nous sommes à la bourse). En 1966, ce que le président français a tenu à dire, c’est que: « La bourse n’a pas pour rôle de déterminer les politiques de l’État! »

Aujourd’hui, la zone euro est assujettie aux marchés financiers, soutiennent bien des spécialistes. Démocratie, où es-tu?

« La bourse n’a pas pour rôle de déterminer les politiques de l’État! »