Les prix de journalisme au Québec…

Lévis, le 4 juillet 2018

Monsieur Bryan Milnes, éditorialiste et directeur

Le Devoir

Monsieur,

Le 7 juin dernier, le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) a remis le Prix Jules-Fournier à Mme Mylène Moisan, chroniqueuse au quotidien Le Soleil de Québec. L’an dernier, l’un des journalistes du Devoir, M. Jean-François Nadeau, a reçu le même Prix; Le Devoir l’a souligné bellement le 23 mars 2017. Cette année, Le Devoir ne dit rien (je pense avoir bien fait ma recherche) de l’attribution du Prix à Mme Moisan. Pourtant, Le Devoir connaît la lauréate : elle a travaillé pour lui (mais pendant seulement trois ou quatre mois, et c’était il y a longtemps), et en 2013, quand la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) lui a donné le Prix Judith-Jasmin, réputé prestigieux par plusieurs, vous étiez, Monsieur Milnes, le président de la FPJQ. Pourquoi Le Devoir n’a-t-il pas félicité Mme Moisan cette année? (J’aimerais que vous disiez aux bons journalistes expérimentés du Devoir qui n’ont jamais reçu de prix de ne pas s’arracher les cheveux : l’oubli des jury ne signifie pas qu’ils sont moins méritants que Mme Moisan.)

Roger Martel, citoyen de Lévis

P.-S. Ce message sera publié au http://www.lepasseurdelacote.com, comme votre réponse, si vous voulez bien me répondre, Monsieur Milnes.

Au sujet d’un important prix de journalisme attribué par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec en 2013

Lévis (Québec), le 27 janvier 2014

Monsieur Brian Myles, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec en 2013

Aux bons soins du journal Le Devoir, Montréal

Monsieur,

En novembre 2013 j’ai envoyé un message à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) au sujet de l’attribution d’un important prix de journalisme à la chroniqueuse Mylène Moisan, employée du journal Le Soleil; la FPJQ ne m’a pas répondu. En décembre dernier, j’ai expédié un message semblable à M. Pierre Craig, président depuis peu de la FPJQ; M. Craig ne m’a pas répondu. Aujourd’hui, Monsieur Shields, je m’adresse à vous : vous étiez le président de la FPJQ quand cette dernière a remis un prix à Madame Mylène Moisan.

Madame Moisan a reçu le prix attribué dans la catégorie Opinion pour son article intitulé Treize minutes de trop. Je vous pose la question suivante : L’attribution du prix à Madame Moisan signifie-t-elle que la FPJQ n’a pas trouvé, dans les médias de 2012, de réalisation de plus grande valeur que la chronique Treize minutes de trop, pour la catégorie Opinion? Doit-on comprendre que la FPJQ juge qu’aucun éditorial publié au Québec en 2012 n’est supérieur à la chronique de Madame Moisan, qu’aucune analyse publiée au Québec en 2012 n’est supérieure à la chronique de Madame Moisan, qu’aucun commentaire publié au Québec en 2012 n’est supérieur à la chronique de Madame Moisan, qu’aucun billet publié au Québec en 2012 n’est supérieur à la chronique de Madame Moisan et qu’aucune caricature publiée au Québec en 2012 n’est supérieure à la chronique de Madame Moisan? (La catégorie Opinion, lit-on dans le site web de la FPJQ, couvre les éditoriaux, les chroniques, les billets, les commentaires, les analyses et les caricatures.)

L’attribution d’un prix de journalisme à Madame Mylène Moisan par une organisation que je croyais sérieuse et digne de confiance (la FPJQ) a fortement attiré mon attention parce que Madame Moisan a démontré aux lecteurs du journal Le Soleil, en 2013, qu’elle n’a pas appris ou n’a pas retenu que la « fonction première [des médias et des professionnels de l’information] est de livrer à la population une information exacte, rigoureuse, complète […] » (Conseil de presse du Québec, Droits et responsabilités de la presse,Troisième édition, novembre 2003), que les journalistes « doivent […] prendre tous les moyens à leur disposition pour s’assurer de la fiabilité de leurs sources et pour vérifier, auprès d’autres sources indépendantes, l’authenticité des informations qu’ils en obtiennent » (Conseil de presse du Québec, Droits et responsabilités de la presse,Troisième édition, novembre 2003) et que « Les auteurs de chroniques, de billets et de critiques ne sauraient se soustraire aux exigences de rigueur et d’exactitude » (Conseil de presse du Québec, Droits et responsabilités de la presse,Troisième édition, novembre 2003).

DÉMONSTRATION du manque de compétence de la chroniqueuse Mylène Moisan

L’été dernier, un texte de Madame Mylène Moisan dans Le Soleil m’a fait sursauter. J’ai réagi, j’ai envoyé la lettre suivante au journal :

Lévis n’a pas attendu Mme Mendez Ishii pour s’intéresser à l’histoire de sa Terrasse

Un historien, un vrai historien, n’écrit pas l’histoire d’une époque, d’un pays, d’une ville, en s’appuyant uniquement sur des textes de journalistes ou de propagandistes publiés dans des périodiques. Sans l’avoir voulu, la journaliste Mylène Moisan illustre pourquoi dans son article intitulé « En face, c’est Lévis, il n’y a rien… » (Le Soleil, 31 juillet 2013).

Mme Moisan fait cette affirmation catégorique : « La Terrasse [Chevalier de Lévis] n’avait pas d’histoire [avant l’arrivée à Lévis de Claudia Mendez Ishii qui est membre depuis quelques années du conseil d’administration de la Société d’histoire régionale de Lévis ou SHRL]. Personne ne s’était jamais demandé comment elle est arrivée là. Claudia est allée à la Société d’histoire régionale de Lévis, rien. »

Cette affirmation de la journaliste est erronée. Quelle est la source de Mme Moisan? On peut penser qu’il s’agit de Mme Mendez Ishii. [Disons en passant que Mme Mendez Ishii est copropriétaire d’un service de visite touristique avec un ancien membre du conseil d’administration de la SHRL, Mme Manon Pelletier.] Mais qu’importe quelle est la source : la vérité est que Mme Mendez Ishii aurait dû trouver à la SHRL un texte facilement trouvable puisqu’il a été publié dans la revue de la SHRL (son compagnon de vie, M. Claude Genest, historien et ancien président de la SHRL, ne l’a probablement pas guidé dans sa recherche, mais sait-on jamais). Le texte en question s’intitule « Du parc Shaw à la Terrasse Chevalier de Lévis »; il est signé Marcel Léveillé, à qui la Société d’histoire doit beaucoup; il a paru en 1987, dans le numéro 25 de la revue « La Seigneurie de Lauzon » produite par la SHRL, pages 19-23. Le texte de M. Léveillé est d’autant plus facile à trouver qu’il est l’article principal du numéro et que la page de titre de cette dernière affiche une grande photo faisant voir Lévis et sa terrasse. Naturellement, le texte de M. Léveillé ne figure pas dans les références qui accompagnent le texte que Mme Mendez Ishii a écrit avec l’appui de son compagnon.

Je pourrais dire trois ou quatre autres choses sur les affirmations de Mmes Mendez Ishii et Moisan. Je vais n’en ajouter qu’une. – La journaliste dit : « Quand elle [Mme Mendez Ishii, qui vit à Lévis depuis 2005, écrit Mme Moisan] a fini son cours en tourisme, il n’y avait personne qui faisait des visites touristiques de Lévis. Elle n’en revenait pas. Depuis 2006, elle en fait, toujours un peu plus chaque année ». Or, dans le numéro du 26 juillet 2006 (oui, 2006) du « Journal de Lévis », nous voyons que : « Tous les mercredis et vendredis soirs jusqu’au 1er septembre, la Ville de Lévis offre une visite guidée du Vieux-Lévis… une occasion pour les amateurs d’histoire et d’architecture de découvrir des aspects ignorés de ce quartier reconnu entre autres pour son église Notre-Dame » (http://www.journaldelevis.com/1068/787/Le_Vieux-Levis_a_la_chandelle_un_voyage_dans_le_temps_.journaldelevis). L’un des animateurs de ces visites appelées Le Vieux Lévis à la Chandelle, M. Étienne Vézina, allait bientôt devenir le président de la SHRL.

Renseignement complémentaire : dans « Le Centenaire de Lévis 1861-1961 » (1961), dans « Le Centenaire de Notre-Dame de Lévis, 25-30 juillet 1950 (1950), dans « IIIe Centenaire de la Rive Sud, région de Lévis, 21 au 26 juin 1947 (1947), la Terrasse n’est pas ignorée, preuve que les Lévisiens connaissent son importance depuis longtemps.

Les écrits restent; c’est merveilleux ! Sachons les utiliser !

Roger Martel, Lévisien, ancien membre du conseil d’administration de la Société d’histoire régionale de Lévis

(Note : Peu après avoir écrit la lettre ci-dessus, il m’a été confirmé que des visites guidées étaient offertes à Lévis avant que M. Étienne Vézina n’en organise.)

AUTRE DÉMONSTRATION du manque de compétence de la chroniqueuse Mylène Moisan

Le 10 janvier 2014 Madame Mylène Moisan signait la chronique Et puis, quoi de neuf ? dans Le Soleil (http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201401/09/01-4727209-et-puis-quoi-de-neuf.php). Je vous présente un extrait de cette chronique :

« Mes vieux lecteurs ont de la mémoire

J’ai écrit, en parlant de ces lecteurs qui m’écrivent sur du vrai papier, que le timbre pour une lettre coûtait 10 ¢ en 1920. J’ai pris l’info sur le site du Musée canadien de l’histoire, j’y ai lu ça : «Le tarif de recommandation des lettres et autres pièces de courrier postées au Canada est fixé à 10 ¢ la lettre, en vigueur le 15 juillet.» Formulé comme ça, je n’ai pas pigé que c’était le prix pour le courrier recommandé.

Mes vieux lecteurs m’ont rappelé à l’ordre, gentiment. Comme cette femme. «Il y a 50 ans, les lettres de mes amoureux portaient un timbre de 0,04 $ et de 0,05 $. Dommage que je ne sache pas utiliser le fax, car je vous ferais parvenir l’enveloppe.» Une lectrice m’a envoyé l’image d’une carte postale envoyée le 16 septembre 1947 à sa mère, «alors collégienne à l’École Normale de L’Islet». Vous voyez, madame, le prix du timbre? Quatre sous.

Je suis retournée sur le site de la Banque du Canada, où j’avais calculé le prix du timbre avec l’inflation. Je voulais savoir si Postes Canada, en l’augmentant à 1 $, était raisonnable. Si 10 ¢ en 1920 valent aujourd’hui 1,09 $, 4 ¢ en 1947 valent 45 ¢ maintenant.

Voilà qui change tout. »

Dans sa chronique Et puis, quoi de neuf ?, Madame Mylène Moisan confesse qu’elle s’est trompée dans une chronique précédente : ce n’est pas vrai que « le timbre pour une lettre coûtait 10 ¢ en 1920 », contrairement à ce qu’elle avait affirmé. La journaliste prétend qu’elle a « pris l’info sur le site du Musée canadien de l’histoire ». C’est faux : cette affirmation ne se trouve pas dans le site du Musée. La vérité est que Madame Moisan n’a pas compris une phrase publiée dans le site du Musée. Cette phrase est pourtant très claire, le lecteur comprend dès le début qu’il y est question du courrier recommandé; lisons-la : « Le tarif de recommandation des lettres et autres pièces de courrier postées au Canada est fixé à 10 ¢ la lettre, en vigueur le 15 juillet. » Madame Moisan cherche à justifier son erreur; elle dit, parlant de la phrase qu’elle n’a pas su comprendre  : « Formulé comme ça, je n’ai pas pigé que c’était le prix pour le courrier recommandé ». La phrase est formulée correctement, la lectrice a été incapable de la comprendre (ce qui l’a conduit à communiquer une information inexacte à ses lecteurs); un point, c’est tout.

La journaliste Mylène Moisan, donc, n’a pas compris une phrase facile à comprendre. Malheureusement, on doit ajouter qu’elle exprime très mal sa pensée quand elle écrit : « J’ai pris l’info sur le site du Musée canadien de l’histoire ». Le lecteur comprend que la journaliste ne veut pas dire que l’information erronée qu’elle a transmise dans une chronique se trouve dans le site du Musée (autrement, on pourrait dire qu’elle cherche à induire ses lecteurs en erreur); elle veut dire que la lecture d’un texte publié dans le site du Musée l’a amené à croire que « le timbre pour une lettre coûtait 10 ¢ en 1920 ». (Madame Moisan n’arrive pas à comprendre une phrase simple, on vient de le voir, et elle en écrit qui sont incompréhensibles, voyez : « C’est une ville militaire [il est question de Lévis] dont on ne parle à peu près pas. Il y a cinq forts ici, que les Anglais ont construits parce qu’ils avaient profité du fait que les Français l’avaient mal défendue. » (Je rappelle que trois des forts de Lévis ont été construits entre 1865 et 1872, plus de cent ans après le départ des Français, et que les forts Upper Martinière et Lower Martinière ont été érigés encore plus tard, le premier dans les années 1900, le second en 1910. Que viennent donc faire les Français dans le décor ? Soit que Madame Claudia Mendez Ishii connaisse mal l’histoire de sa ville, soit que la chroniqueuse l’ait mal citée. Je ne pense pas que Madame Moisan saisissait clairement ce qu’elle écrivait. )

Les chroniques du 10 janvier 2014 (Et puis, quoi de neuf ?) et du 31 juillet 2013 (En face de Lévis, il n’y a rien…) de Madame Mylène Moisan nous renseignent sur la qualité de son travail. La journaliste démontre qu’elle ne se soucie pas autant qu’elle le devrait, loin de là, de l’exactitude des informations qu’elle transmet et qu’elle manque de rigueur intellectuelle et professionnelle, « synonyme d’exactitude, de précision, d’intégrité, de respect des personnes et des groupes, des faits et des événements » (Conseil de presse du Québec, Droits et responsabilités de la presse,Troisième édition, novembre 2003). Que l’on n’objecte pas que Madame Moisan n’écrit pas des éditoriaux ou des analyses, que ses textes sont seulement des chroniques : les journalistes vraiment dignes de porter ce titre, à l’instar du Conseil de presse, réfuteraient sans hésiter cette objection : « Les auteurs de chroniques, de billets et de critiques ne sauraient se soustraire aux exigences de rigueur et d’exactitude » (Droits et responsabilités de la presse, novembre 2003).

« La rigueur intellectuelle et professionnelle

dont doivent faire preuve les médias et les journalistes

représente la garantie d’une information de qualité. »

(Conseil de presse du Québec, Droits et responsabilités de la presse, novembre 2003).

J’attends de vous, Monsieur, que vous tentiez de démontrer que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec n’a pas été en-dessous de sa réputation d’organisation sérieuse et digne de confiance quand elle a décidé d’attribuer en 2013 un important prix de journalisme à Madame Mylène Moisan, employée du journal Le Soleil. Je vous demanderais aussi de bien vouloir expliquer comment la FPJQ en est arrivé à décider d’attribuer un important prix à Madame Mylène Moisan, de dire, par exemple, qui, le premier (membre ou non de la FPJQ), a mis le nom de Madame Mylène Moisan sur la table.

Pour terminer, je vous rappelle deux passages du Guide de déontologie des journalistes du Québec établi par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, VOTRE Fédération :

« Les journalistes ont l’obligation de s’assurer de la véracité des faits qu’ils rapportent

au terme d’un rigoureux travail de collecte

et de vérification des informations. »

« Dans les genres journalistiques comme les éditoriaux, les chroniques et les billets

ou dans le journalisme engagé,

où l’expression prend une large place,

les journalistes doivent tout autant respecter les faits. »

Je vous prie, Monsieur, d’agréer mes salutations distinguées.

Roger Martel, membre de plusieurs sociétés d’histoire, ancien membre du conseil d’administration de la Société d’histoire régionale de Lévis, membre de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec de 1981 à 2007, citoyen de Lévis depuis 1978

lepasseurdelacote.com

P.-S. Cette lettre et la réponse attendue seront publiées au lepasseurdelacote.com.