Plainte contre le journal Le Soleil au Conseil de presse du Québec, 20 juin 2015

Lévis, le 20 juin 2015

 

Madame Linda David, responsable, gestion des plaintes et analyste

Conseil de presse du Québec

1000, rue Fullum, bureau A.208

Montréal , H2K 3L7

Madame,

Au cours des dernières semaines, le quotidien Le Soleil de Québec a publié des pages qui étaient toutes formées, sauf erreur, comme celle qui est jointe à la présente, c’est-à-dire des trois éléments suivants :

dans le haut de la page, un encadré contenant une image et des mots ;

dans le bas de la page, un encadré entourant une image et des mots ;

au milieu, un document intitulé Chronique du concierge.

La page du Soleil jointe à la présente, publiée le 10 juin 2015, fait voir :

dans le haut de la page, un encadré contenant une image (elle montre une voiture, une Cadillac de toute évidence) et ces mots : Cadillac L’audace d’oser Montrez qui est le patron;

dans le bas de la page, un encadré entourant entre autres ces mots : Cadillac L’audace d’oser Louez à 218 $ / 2 sem., ainsi qu’une image (elle montre la voiture Multisegment SRX 2015, membre de la famille Cadillac);

au milieu, un document intitulé Chronique du concierge.

Les encadrés du haut et du bas de la page sont des publicités, c’est clair; mais l’élément du milieu est une publicité déguisée, camouflée, c’est très clair, à mon avis.

L’élément du milieu de la page induit les lecteurs en erreur, il les trompe. Le Soleil, en présentant l’élément du milieu de la page comme il le fait, se rend coupable d’un manquement au guide de déontologie du Conseil de presse du Québec (Droits et responsabilités de la presse), qui stipule que « Les médias doivent établir une distinction nette entre l’information et la publicité sur tous les plans : contenu, présentation, illustration. Tout manquement à cet égard est porteur de confusion auprès du public quant à la nature de l’information qu’il croit recevoir ». Or, l’élément du milieu porte à confusion pour plus d’une raison et affiche nettement son caractère publicitaire par le choix des informations qu’il transmet :

1 – L’élément du milieu de la page est présenté comme une chronique. Or, comme le dit le Conseil de presse du Québec dans son guide de déontologie : « La chronique, le billet et la critique sont des genres journalistiques… ». Le titre Chronique du concierge 10e de 10 ne peut donc qu’induire le lecteur en erreur, le tromper.

2 – Les « chroniques », qui ont été publiées pendant une période de deux ou trois mois, sont numérotées selon leur ordre de parution comme s’il s’agissait d’articles d’un journaliste.

3 – Le caractère publicitaire de l’élément du milieu de la page transparaît indiscutablement. On le découvre dans le choix des adresses que donne l’employé : toutes ces adresses sont celles de restaurants où l’on paie pour consommer, de commerces « où aller boire une bière » et où l’on paie pour consommer et, enfin, d’endroits qui tous exigent un droit d’entrée. Pourtant, la ville de l’employé doit bien avoir des jardins publics gratuits, par exemple, ou des rues renfermant de belles maisons patrimoniales (des rues sans barrières à péage); pourtant, dans la ville de l’employé, il y a un vieux quartier portuaire et la première cathédrale romaine catholique des États-Unis, et on peut les visiter même si nos poches ne sont pas mieux garnies qu’un tronc vide; pourtant, dans la ville de l’employé on peut passer des heures aux frais des généreux citoyens américains dans le Baltimore Museum of Art et il est possible de voir des films en plein air sans ouvrir sa bourse; pourtant, dans la ville de l’employé le National Electronics Museum aime nous voir gratuitement (!) et le HarborPlace Amphitheaterex nous laisse assister à des spectacles pour nos beaux yeux. Il faut absolument mentionner aussi que la liste des « meilleures adresses » de l’employé d’hôtel ne contient aucun lieu d’hébergement; on ne découvre dans l’élément du milieu que le nom et l’adresse du site web de l’hôtel qui emploie l’employé d’hôtel…

Le fait que la Chronique du concierge ait été publiée dix fois – et que Le Soleil ait donc commis sa faute dix fois – augmente la gravité du manquement du journal; naturellement, il faudrait que le comité des plaintes du Conseil de presse en tienne compte, à mon avis.

En soumettant le présent cas au Conseil de presse, je m’engage à l’informer de ma décision de saisir tout organisme judiciaire ou quasi-judiciaire, tout tribunal administratif et tout comité de discipline des mêmes aspects du même cas. Une telle décision met fin définitivement à l’étude du dossier par le Conseil de presse.

Je vous prie, Madame, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel, citoyen de Lévis

Pièces jointes : deux photos de la page 33 de l’édition du 10 juin 2015 du quotidien Le Soleil.

 

Le Soleil Chronique du concierge 10-06-2015 - 1

 

Le Soleil Chronique du concierge 10-06-2015 - 5 - Version 2

La publicité : C’EST ASSEZ !

Belair Direct Publicité en 2014 Intact Publicité en 2014 Trivago Publicité en 2014

 

CES DERNIERS MOIS, COMBIEN DE FOIS LES QUÉBÉCOIS ONT-ILS VU À LA TÉLÉ LES MESSAGES PUBLICITAIRES DE CES TROIS BARBARES ?

 

L’État canadien accepte que des entreprises décervèlent les citoyens !

Les citoyens passifs s’imaginent-ils que la télé ne pourrait pas être autre ?

 

 

bande de caves c'est assez

 

 

« La publicité […], pour arriver à ses fins, doit décerveler les citoyens. Ceux-ci ne sont plus que des consommateurs qu’il faut manipuler, transformer en foule docile, à qui l’on veut faire prendre des vessies pour des lanternes. Cet objectif est naïvement avoué par l’usage d’une expression dont le cynisme éhonté n’est plus perçu tant elle est utilisée : « améliorer l’image de marque ». Il ne s’agit plus d’améliorer la réalité des produits offerts par une grande entreprise sous une marque commune, mais la perception floue qu’en ont les acheteurs. »

Albert Jacquard – 1925-2013 – J’accuse l’économie triomphante – 1995   Cité au http://www.toupie.org/Citations/Publicite.htm (La Toupie)

« La « civilisation » du jean, du coca-cola et du McDonald’s a pour elle non seulement le pouvoir économique mais aussi le pouvoir symbolique qui s’exerce par l’intermédiaire d’une séduction à laquelle les victimes elles-mêmes contribuent. En faisant des enfants et des adolescents, surtout les plus dépourvus de systèmes de défense immunitaires spécifiques, les cibles privilégiées de leur politique commerciale, les grandes entreprises de production et de diffusion culturelle, et spécialement de cinéma, s’assurent, avec l’appui de la publicité et des médias, à la fois contraints et complices, une emprise extraordinaire, sans précédent, sur l’ensemble des sociétés contemporaines qui s’en trouvent comme infantilisées. »

Pierre Bourdieu – 1930-2002 – Contre-feux 2, 2001   Cité au http://www.toupie.org/Citations/Publicite.htm (La Toupie)

« La publicité, au contraire [de la communication], ne fait que rester dans le titre. C’est le registre de la propagande, qu’elle soit politique ou commerciale. Elle cherche à enfermer dans une communication superficielle, fondée sur le martelage de slogans et d’images. Elle veut engendrer des « conduites réflexes » et repousser le discours de la raison. Partant du même point, elle est finalement l’antithèse d’une volonté de communiquer une réflexion profonde cherchant à dépasser les apparences ou les émotions. »

Vincent Cheynet – né en 1966 – Le choc de la décroissance – 2008, page 75   Cité au http://www.toupie.org/Citations/Publicite.htm (La Toupie)

« Quelle dictature a fait autant de propagande pour son chef ou ses principes que nos démocraties en font pour la marchandise ? Un slogan publicitaire ne transmet-il pas aussi un message idéologique, une injonction à se comporter selon des règles fixées par d’autres en fonction de leurs intérêts ? »

Armand Farrachi – Petit lexique d’optimisme officiel – Page 55 – Fayard – 2007   Cité au http://www.toupie.org/Citations/Publicite.htm (La Toupie)

 

Photo  « Vous êtes pas écœurés de mourir bande de caves ! C’est assez ! » Paroles du poète Claude Péloquin (né en 1942) inscrites sur la murale du Grand Théâtre de Québec (1970). La murale a été créée par Jordi Bonet (1932-1979).