Les musulmans au Québec

Par Ali Daher

« Ali Daher détient un doctorat en sociologie de l’UQAM. Chercheur autonome s’intéresse depuis plus de 25 ans aux processus de la construction de l’islamité québécoise et l’intégration sociale des musulmans. Vous trouvez certains de ses articles en cliquant ici »

(https://quebec.huffingtonpost.ca/author/ali-daher/)

http://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/les-musulmans-au-quebec/

Les musulmans au Québec

Relations, numéro 685, juin 2003

La revue québécoise Relations

« Fondée en 1941, la revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d’analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites. Depuis plus de 75 ans, elle œuvre à la promotion d’une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les appauvris. Libre et indépendante, la revue pose un regard critique sur les enjeux sociaux, culturels, économiques, politiques, environnementaux et religieux de notre époque.

Le texte suivant a été repris au https://www.vigile.quebec/articles/ali-daher-les-musulmans-au-quebec le 26 octobre 2010. On le trouve aussi au http://classiques.uqac.ca/contemporains/daher_ali/musulmans_au_quebec/musulmans_qc.html (Les Classiques des sciences sociales, Université du Québec à Chicoutimi).

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L’immigration musulmane au Québec s’est accélérée ces dernières années. Elle crée une situation totalement inédite. Les questions nouvelles qui surgissent ne trouveront de réponses que dans une recherche commune, menée au Québec et non à l’extérieur du pays.

La première mention de l’existence de musulmans au Canada remonte aux années 1870. On les appelait les Turcos, car ils étaient originaires des pays dominés par la Turquie. Leur croissance fut très lente à cause de la po­litique d’immigration qui, jusqu’au milieu du XXe siècle, restreignait l’entrée du Canada à des personnes de religion chrétienne. Selon les statistiques, ils étaient 478 en 1921. Quand le Canada a aboli les lois qui sélectionnaient les immigrants selon la religion et l’ethnie, le nombre de musulmans a commencé à augmenter. Ils sont passés de 40 000 au début des années 1970 à 100 000 en 1981 et à un peu plus de 250 000 en 1991. Actuellement leur nombre dépasse les 600 000 dans l’ensemble du Canada.

Cette arrivée s’est faite par vagues, en lien direct avec des points chauds du monde : la vague européenne de l’Est, l’indo-pakistanaise, l’égyptienne et la libanaise. Nous en sommes actuellement à la vague algérienne. Compte tenu de la situation socio-économique et politique qui sévit dans les pays islamiques, de la position difficile des musulmans en Europe et aux États-Unis, ainsi que de l’arrêt de l’immigration dans les autres parties du monde, le Canada reste aujourd’hui une terre d’accueil pour les musulmans.

Au Québec, ce n’est que dans les années 1960 que leur nombre va croissant et qu’ils commencent à s’organiser. On assiste alors à la fondation d’institutions islamiques. La première mosquée, celle du Centre islamique du Québec, fut cons­truite en 1965, à Ville Saint-Laurent.

À partir des années 1970, l’immigration musulmane est montée en flèche : 45 000 en 1991 selon Statistique Canada, dont 41 000 à Montréal; 100 000 en 1995 selon certaines sources non officielles; plus de 200 000 actuellement selon leurs leaders. La présence des musulmans n’est donc plus marginale.

LA SPÉCIFICITÉ DE L’ISLAMITÉ QUÉBÉCOISE

Ces changements en nombre nous permettent d’affirmer qu’une islamité québécoise est en train de se construire. L’immigration musulmane représente une part non négligeable des arrivants de la « Belle Province » qui vise une immigration francophone pour combler ses besoins démographiques et consolider ses assises au sein de la Confédération. Le renforcement du fait français y est donc crucial. Or, parmi les immigrants francophones, les Algériens, les Marocains, les Tunisiens et les Libanais représentent un bassin important.

Sous certains aspects, l’islamité québécoise ne diffère pas beaucoup de celle qui se construit en Europe. Ici aussi, les musulmans actualisent les références islamiques dans leur vie quotidienne, travaillent à mettre sur pied des organismes et régulent l’image de l’islam qu’ils rendent visible sur la scène publique québécoise.

Mais l’islamité québécoise diffère aussi, par certains aspects, de celle qui se construit dans les autres pays occidentaux, à cause de l’implantation récente de la communauté musulmane au Québec, de l’absence de domination d’un groupe ethnique sur les autres groupes (comme c’est le cas des Maghrébins en France, des Turcs en Allemagne et des Indo-Pakistanais en Grande-Bretagne), de la faiblesse et de la dé­pendance du leadership. Le fait que les politiciens soient très sensibles au pouls électoral des minorités donne, à ces der­nières, une bonne marge de négociation en matière de droits collectifs et de revendications. Elles ont plus de latitude pour défendre leurs particularités et se cantonnent donc da­vantage dans leur identité collective. Ces éléments spécifiques en­gendrent un rapport particulier à l’intégration. Il s’agit d’une intégration communautaire plutôt que d’une intégration individuelle.

La grande majorité de ces immigrants musulmans s’est installée dans le Grand Montréal. Ils résident et travaillent partout dans l’Île, de Longue-Pointe et de Mercier à Ville Saint-Laurent et à Laval; d’Anjou et de Saint-Léonard à Pier­refonds et à Beaconsfield. On observe une concentration à Pierrefonds, à Notre-Dame-de-Grâce, à Park Extension, à Ville Saint-Laurent, à Saint-Léonard, à Montréal-Nord et à Côte-des-Neiges. Montréal compte de plus en plus de lieux de culte islamiques. Il y en aurait actuellement une soixantaine au Québec, dont 95 % dans la région métropolitaine. La plupart d’entre eux sont tenus par des associations islamiques qui s’organisent généralement, mais pas exclusivement, à partir des nationalités.

Jusqu’à un passé récent, les immigrants musulmans préféraient s’installer dans les quartiers anglophones ou mixtes. Certains facteurs influençaient cette préférence, à savoir la langue anglaise de la première vague indopa­kistanaise, l’existence des écoles anglophones dans les parties ouest de la métropole (avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles), leur penchant et leur adhésion à la po­litique fédérale multiculturelle, ainsi que l’influence d’un discours anglophone au Québec qui se veut défenseur des minorités non francophones.

UNE GRANDE DIVERSITÉ

Les musulmans, au Québec, sont loin de constituer une communauté homogène. Outre leur appartenance sunnite ou chiite, ils se différencient par leurs nationalités, leurs pays d’origine, leurs ethnies. Leur communauté est multiethnique et multilingue. Ils se différencient aussi par les classes d’âge, les statuts socioprofessionnels, leurs orientations politiques, etc. On distingue, entre autres, les musulmans pratiquants, so­ciologiques et politisés. Les musulmans croyants et pra­tiquants peuvent ne pas être politisés. Les musulmans so­ciologiques sont désignés ainsi parce qu’ils appartiennent à l’islam par leur naissance et leur origine, sans pour autant être pratiquants. Enfin, les musulmans politisés peuvent ne pas être pratiquants, mais sont engagés politiquement pour défendre l’Islam.

Une grande majorité des musulmans qui ont immigré au Québec adhère aux principes de tolérance, de vie en harmonie avec les autres, de respect de la loi. Quelques éléments bruyants et intolérants, de type intégriste, attirent l’attention et occupent la une de certains médias. Mais cette couverture médiatique voile l’islam de la majorité paisible et accorde à l’islam des intégristes une visibilité démesurée.

Depuis le 11 septembre 2001, se manifeste un bouillonnement dans la communauté arabo-musulmane. Une nouvelle lecture de l’islam commence à émerger, même parmi les intellectuels ou les leaders de la communauté. Cette nouvelle lecture concerne la participation citoyenne dans la société.

Après le 11 septembre, les musulmans se sont trouvés acculés au pied du mur. Cet événement les a forcés à réfléchir à leur situation. Certains concepts comme la Oumma (la communauté), le Jihad et l’utilisation de la force, ont été mis en relation avec ceux de citoyenneté, de recherche de paix et de justice, de promotion du bien et d’interdiction du mal. Les musulmans qui vivent ici essaient de concilier l’islam avec cette ouverture dans la lecture du Coran. Certains respon­sables s’engagent dans la défense des droits de la personne.

LA PERSISTANCE D’UNE MÉCONNAISSANCE DE L’ISLAM

Un des grands problèmes qui entravent les liens entre les Québécois non musulmans et les Québécois de religion mu­sulmane est l’image de ces derniers qui est véhiculée dans la société. Trop d’amalgames, de préjugés et de raccourcis circulent à leur propos et provoquent chez eux une réaction de repli. Le pire obstacle à l’ouverture de l’autre est le stéréotype que la société d’accueil lui associe. Un discours simplificateur affirme que les musulmans, du Québec ne s’intègrent pas à la société québécoise et rejettent les valeurs occidentales. Il faudrait donc soit les écarter, soit les assimi­ler. Et ces propos leur font peur, les poussent à s’éloigner ou à se replier.

Une méconnaissance de l’islam persiste. Le présent, et surtout le passé, sont ignorés. Certains discours aux sources douteuses véhiculent les pires choses sur le compte des mu­sulmans. La foi islamique, sa spiritualité, ses principes et son exigence de justice et de paix sont peu connus. Or, la mauvaise compréhension entre les peuples crée une peur et une méfiance entre les gens. Il est difficile de vivre ensemble en s’ignorant. Le respect mutuel et la confiance, plus que la seule tolérance, demandent l’écoute de l’autre et une meilleure connaissance mutuelle.

Les musulmans sont aussi victimes d’une tendance qui érige les « vérités » propres à une culture particulière en catégories universelles, selon lesquelles toutes les autres cultures sont approchées et jugées. Cette démarche est à l’origine de typologies classant les cultures et les religions en vraies ou fausses, civilisées ou primitives, naturelles ou barbares. La persistance à vouloir considérer l’islam et les musulmans comme forcément inférieurs est une attitude qui engendre la frustration et qui creuse un fossé entre les Québécois de religion musulmane et les autres Québécois.

La majorité québécoise se réfère à une morale, à une culture et à une mentalité judéochrétiennes. Cela est parti­culièrement sensible lorsqu’on étudie l’histoire de la science et de la culture : on passe de la Grèce à la Renaissance sans évoquer l’époque arabo-islamique. Les musulmans ne supportent pas d’entendre dire que l’Occident se résume « à la Bible et aux Grecs ». Cette omission de l’apport de la civilisation islamique à la Renaissance et à la civilisation mondiale les met sur la touche. Dans cette optique, il faudrait revoir les livres d’histoire utilisés dans les écoles et changer l’attitude des institutions d’enseignement qui ne donnent qu’une information minimaliste sur l’islam, les musulmans et la civilisation arabo-islamique.

QUEL PACTE AVEC LEUR NOUVEAU PAYS?

Mais les difficultés viennent aussi des musulmans eux-mêmes. Leur implantation est récente au Québec. Leurs responsables, qui dans leur grande majorité sont nés à l’extérieur du Québec, s’intéressent davantage à ce qui passe dans leurs pays d’origine qu’au Québec et laissent de côté la question identitaire. Ils n’ont pas encore réussi, sauf pour une petite minorité d’entre eux, à trouver un équilibre entre leur appartenance au peuple québécois et leur appartenance à l’islam. Pour beaucoup de musulmans, ces deux appartenances sont antinomiques et non complémentaires. Selon eux, être Québécois signifie s’éloigner de l’islam. Et la formule : « Nous sommes des Québécois de confession musulmane » n’est pas très répandue. La majorité des musulmans n’est pas encore arrivée à bien comprendre sa situation par rapport à la question identitaire. Leurs responsables actuels n’ont pas encore réussi à développer un vrai sentiment d’attachement à l’identité québécoise. Le poids de la variable islamique de leur identité est grandement amplifié. Est-ce qu’un musulman doit ou peut s’identifier à l’identité d’un peuple qui n’est pas origi­nellement musulman? Cette question est posée et se discute, mais elle n’est pas encore résolue.

Les questions de citoyenneté québécoise et de participation citoyenne non plus ne sont pas encore claires pour les Québécois de foi musulmane. Plusieurs musulmans optent pour la promotion de la communauté spirituelle musulmane. La communauté géographique les intéresse moins. Ils sont éloignés mentalement du cadre local. Ils ne vivent pas le Québec, ils vivent au Québec. Ils s’intéressent peu aux événements sociaux, culturels et politiques de la société québécoise. Ils apprécient ce que la société québécoise offre à ses citoyens en termes de droit à la liberté, à l’égalité et au pluralisme, mais ils restent critiques par rapport à cette société. Peut-être parce qu’elle est laïque et que la laïcité est pour eux synonyme d’athéisme? Athée signifie à leurs yeux infidèle, impie, païen ou simplement opposé à l’islam. Une vraie et juste compréhension de la conception de la laï­cité leur manque. N’importe quel incident montre rapidement la fragilité des musulmans par rapport la société québécoise.

La jurisprudence islamique a largement élaboré la question des droits et des obligations des communautés non mu­sulmanes vivant dans une société à majorité musulmane. Mais une jurisprudence islamique traitant des questions de l’identité, de la citoyenneté et de la participation citoyenne dans une situation où les musulmans sont minoritaires n’existe pas et, si elle existe, elle est encore dans une phase embryonnaire. Ces questions ne se posent pas à n’importe quel jurisconsulte dont l’érudition doit se fonder sur une bonne connaissance du Coran, des hadiths (les dits du prophète de l’islam) et des autres sources islamiques. Elles se posent aux Québécois de foi musulmane qui connaissent l’islam et la si­tuation dans laquelle ils vivent. Ils sont mieux équipés pour répondre à ces questions. C’est de leurs réponses que dépendent leur vie, leur bien-être et leur avenir.

Mais, au lieu de développer leur propre vision de leur si­tuation originale au Québec, plusieurs Québécois de foi mu­sulmane empruntent de fausses pistes pour résoudre leurs problèmes : soit en allant chercher les réponses auprès de jurisconsultes musulmans de pays lointains qui n’ont jamais vécu la situation de minorité dans une société occidentale à majorité non musulmane; soit en essayant d’appliquer des recettes juridiques anciennes qui ont été produites dans le passé pour une situation qui est loin d’être comparable à la situation québécoise.

Comment les Québécois de foi musulmane doivent-ils se comporter dans la nouvelle société à majorité non musulmane dans laquelle ils ont immigré? Doivent-ils revoir leurs comportements, laisser tomber certaines coutumes héritées qui ne sont pas liées aux dogmes et aux éléments de la foi pour faciliter l’intégration et non l’assimilation?

À de telles questions, l’islam est capable de donner des réponses qui découlent de la notion d’alliance ou de pacte. Dans ce domaine, l’islam va très loin [jusqu’où?]. Le pacte est sacré et a la priorité sur les autres liens [qu’est-ce qu’un lien?]. Un visa, la permission de s’établir dans un pays, un passeport sont des pactes qui imposent des engagements et demandent le respect des lois et des éléments essentiels [qui détermine qu’une loi ou un élément est essentiel?] sur lesquels la société d’accueil est établie. Une fois que le musulman a accepté le visa et la ci­toyenneté, il conclut un pacte avec le nouveau pays. Il devient donc de son devoir religieux de respecter son engagement envers les lois [les lois essentielles] de son nouveau pays.

Manifeste pour un islam de liberté et de citoyenneté. Par des Québécois de culture musulmane.

https://quebec.huffingtonpost.ca/hassan-jamali/manifeste-islam-liberte-citoyennete_b_14905492.html

Manifeste pour un islam de liberté et de citoyenneté

21/02/2017  | Actualisé 23/02/2017

TEXTE COLLECTIF

Par Hassan Jamali Écrivain et conférencier, auteur de «Coran et déviation politique: l’art de détourner une religion»

Noomane Raboudi Islamologue et politologue, professeur à l’Université d’Ottawa

Mounia Aït Kabboura Chargée de cours à l’UQAM, doctorante en philosophie

Nadia El-Mabrouk Professeure à l’Université de Montréal, membre de PDF Québec et de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité

S.E.K. Beddiari Poète et écrivain

PRÉAMBULE

Le manifeste qui suit a été écrit au courant du mois de janvier 2017, avant l’attentat raciste qui a visé des musulmans – parce que musulmans – dans la ville de Québec le 29 janvier 2017, et qui a fait six morts, cinq blessés graves, et un nombre incalculable de victimes, blessées au plus profond d’elles-mêmes. Ces événements nous ont convaincus, plus que jamais, de la pertinence de notre démarche. Cet attentat a aussi ravivé la mémoire de beaucoup de citoyens originaires des pays qui ont vécu le terrorisme islamiste.

Nous présentons avant tout nos condoléances envers les familles des victimes et leur exprimons toute notre solidarité. Les pertes qu’elles ont subies sont irréparables.

Les réactions massives qu’il y a eu, les dénonciations, les remises en question et les actes de solidarité démontrent bien que les accusations de racisme généralisé envers la société québécoise sont infondées et injustes. Il y a bien sûr du racisme au Québec comme ailleurs, mais il y a aussi de l’ouverture et de la solidarité. Les prises de positions de toutes les forces politiques sont allées bien au-delà du minimum nécessité par les relations publiques, et ont démontré une véritable volonté de vivre ensemble.

Nous déplorons la récupération de la tragédie et son instrumentalisation par ceux qui veulent se faire du capital politique alors que le moment était au recueillement et au respect envers les familles endeuillées.

Certains activistes en ont profité pour se faire passer pour « les » porte-parole d’une prétendue « communauté », alors qu’il y a des groupes nombreux et diversifiés qui se réclament de l’islam comme religion, bien sûr, mais comme culture aussi, avec un rapport extrêmement diversifié à la croyance et à la pratique religieuse. Et il y a aussi ceux et celles qui veulent avant tout être des citoyens et des citoyennes, et non pas membres d’une communauté religieuse. C’est à ce titre que nous signons ce manifeste.

MANIFESTE POUR UN ISLAM DE LIBERTÉ ET DE CITOYENNETÉ

Montréal, 28 janvier 2017

Nous, les sousigné.e.s, étant de cultures musulmanes et ayant des rapports très diversifiés avec la foi et la pratique religieuse, déclarons ce qui suit.

Nous nous considérons avant tout citoyen, et c’est en tant que citoyennes et citoyens que nous voulons occuper pleinement notre place dans la société québécoise. Notre démarche s’inscrit également dans le contexte des résistances à l’intérieur même des sociétés musulmanes face à l’islamisme et ses manifestations sociales.

Les citoyens de cultures musulmanes du Québec sont originaires d’une trentaine de pays et sont de cultures et de traditions très diversifiées. Nul n’a le monopole de leur représentation. Nous déplorons le détournement de la foi musulmane par les courants de l’islam politique présents à l’échelle internationale, et nous contestons leur prétention de représenter les musulmans du Québec. Ces courants sont en partie responsables des impasses profondes auxquelles sont confrontées les sociétés musulmanes. Leurs stratégies identitaires et leurs interprétations rigides des obligations religieuses entraînent inévitablement un repli identitaire qui compromet l’épanouissement des musulmans dans les sociétés occidentales.

Tout en étant conscients des injustices que génèrent les politiques des puissances occidentales au Proche-Orient et dans le reste du monde musulman, nous condamnons l’usage fait par les islamistes de ces injustices pour justifier des violences contre des innocents et pour promouvoir la préparation idéologique qui est faite en amont, et qui légitimise la violence djihadiste.

Nous n’approuvons pas toutes les demandes d’accommodements religieux, surtout celles qui remettent en question la notion même de citoyenneté et les acquis du Québec en matière d’égalité et de neutralité de l’État et des institutions publiques.

Nous n’approuvons pas toutes les demandes d’accommodements religieux, surtout celles qui remettent en question la notion même de citoyenneté et les acquis du Québec en matière d’égalité et de neutralité de l’État et des institutions publiques. En général, ces mesures ne favorisent pas l’intégration des immigrants, mais ont plutôt l’effet inverse de fragiliser ou d’empêcher leur insertion professionnelle. Le caractère souple et accommodant qui a caractérisé l’islam durant des siècles signifie que les musulmans ont le droit et l’obligation d’adapter leurs pratiques religieuses aux conditions dans lesquelles ils vivent, de façon à faciliter l’harmonie et la bonne entente avec les sociétés d’accueil. Cette attitude, légitimée par l’histoire des sociétés musulmanes, est conforme aux valeurs universelles définies par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et elle est en opposition aux valeurs sectaires que défend l’islamisme.

Le sensationnalisme des médias, qui accordent une place énorme à des comportements choquants, mais marginaux, donne une fausse image des musulmans du Québec et il contribue à faire mousser l’hostilité qui s’exprime envers l’ensemble des citoyens de cultures musulmanes. Nous appelons les médias à assumer leur responsabilité sur cette question, car c’est le climat social tout entier qui en est affecté.

Les images sensationnalistes et stéréotypées de l’islam dans certains médias ont amplifié les insécurités identitaires dans la société québécoise. Les calculs électoraux fondés sur l’exploitation de ces insécurités sont à courte vue : ils valident dans la population québécoise une méfiance envers l’ensemble des citoyens de cultures musulmanes, et ils instaurent une dynamique du soupçon qui a des effets discriminatoires envers eux et des effets très néfastes sur le climat social en général.

Parallèlement, nous rejetons les tentatives de manipuler le concept d’islamophobie pour museler toute opposition aux courants islamistes, qui sont, en grande partie, responsables du climat d’hostilité envers l’ensemble des musulmans. Cette hostilité est fondée sur la confusion entre islam et islam politique. Elle valide le discours de victimisation des islamistes, qui est fondamental dans leur stratégie, ainsi que la prétention des islamistes et de leurs alliés d’être les défenseurs des musulmans « persécutés ».

Cette confusion est dangereuse et contribue à vulnérabiliser l’ensemble de la société québécoise.

Dans ce contexte, il faut reconnaître le caractère distinct de la société québécoise, déjà fragilisée par son statut minoritaire en Amérique du Nord et qui tente de maintenir ses spécificités. Il faut reconnaître que la grande majorité des citoyens de cultures musulmanes s’épanouissent dans cette société et souhaitent y vivre. Tout en étant conscients de certaines attitudes racistes qu’on y trouve, mais qui restent marginales, ils voient aussi de nombreux signes d’ouverture envers eux dans le quotidien ainsi que dans des situations spéciales, telles que l’accueil fait aux réfugiés syriens.

Les tendances non fondamentalistes très diversifiées de l’islam (rationnelles, laïques, libérales, soufies, etc.) sont désarmées face à l’islamisme. Elles ont besoin de soutien pour contrer les énormes moyens financiers, médiatiques et politiques mis à sa disposition par les monarchies pétrolières et par d’autres acteurs qui veulent l’instrumentaliser. Nous déplorons que certains courants dans la société civile, par crainte de nourrir l’islamophobie, prennent la défense des pratiques les plus fondamentalistes en s’opposant à la critique qui leur est adressée par les tendances les plus ouvertes de l’islam. L’islamisme est de plus en plus contesté dans l’espace même de l’islam, par des voix qui sont combattues et moins visibles. La lutte idéologique contre l’islamisme ne sera gagnée que de l’intérieur, mais elle a besoin d’appuis. Cette lutte est aussi la nôtre.

Signataires :

Hassan Jamali, professeur retraité et écrivain,

Mounia Ait Kabboura, philosophe de formation, chercheuse, Chaire UNESCO-UQAM (FPJD),

Noomane Raboudi, islamologue-politologue, université Ottawa,

Nadia El Mabrouk, Professeure en informatique, université de Montréal,

Salah Beddiari, écrivain, poète, Leila Lesbet, enseignante,

Ali Daher, sociologue, chercheur indépendant,

Khaled Sulaiman, écrivain,

Mohamed Ourya, Politologue, université Sherbrooke,

Nezar Hammoud, Chercheur,

Ali Kaidi, Doctorat en philosophie,

Oussama Abou Chakra, chercheur et écrivain,

Nadia Ghalmi, gestionnaire et ancienne journaliste,

Karima Bensouda, Ingénieur,

Joulnar El Husseini, interprète,

Hind Snaiki, coordinateur de projet,

Khaled A.Baki, ingénieur,

Seba Alnabhan, éducatrice,

Nezar Hammoud, biochimiste et nutritionniste clinicien,

Farid Kettani, consultant retraité,

Fatima Aboubakr, directrice de garderie,

Samira Boualem, kinésithérapeute et orthothérapeute,

Karim Lassel, Consultant en développement organisationnel,

El Mostapha Aboulhamid, Professeur retraité, Informatique, Université de Montréal,

Salimata Ndoye Sall, Travailleuse sociale,

Mohand Abdelli, ingénieur retraité,

Nacer Irid: Ingénieur automatisation.

Solidarité sans frontières voit beaucoup, beaucoup, beaucoup de racistes et d’islamophobes au Québec.

« Solidarité sans frontières souhaite dénoncer fortement le projet de loi 21 qui est proposé par le gouvernement CAQ et le discours et visées racistes et islamophobes qui le sous-tendent. »

T’es mal informé, Solidarité sans frontières : le projet de loi québécois sur la laïcité n’est pas l’oeuvre de racistes et d’islamophobes; la majorité des Québécois, qui ne sont ni racistes, ni islamophobes, approuvent ce projet. Lis les quotidiens du Québec : Le Devoir, Le Journal de Montréal, Le Soleil; tu y verras bien des articles et éditoriaux qui applaudissent le projet de loi sur la laïcité; écoute LCN et le Réseau de l’information (RDI); tu y entendras bien des gens favorables au projet de loi sur la laïcité. *

Dans la déclaration que tu es en train de préparer, il serait bien que tu communiques à tes membres ce passage du texte « Droits et devoirs » de François Rioux publié dans Le Devoir aujourd’hui, 5 avril 2019 :

 

« Quel est le pays où 75 % des musulmans sont en faveur de l’interdiction du port du voile islamique chez les fonctionnaires, y compris les enseignants ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, il s’agit bien de… la France !

« Voilà en effet ce que nous apprenait une vaste enquête de l’IFOP publiée la semaine dernière. Non seulement la loi de 1905, dite de séparation de l’Église et de l’État, est-elle approuvée par 87 % des Français, mais elle est aussi plébiscitée par trois musulmans sur quatre ! La même enquête nous apprend que 66 % des musulmans s’opposent à toute modification de cette loi qui fonde, en France, l’interdiction faite à tout fonctionnaire de porter un signe religieux.

« Au moment où les accusations fusent contre la loi de François Legault sur la laïcité de l’État, il n’est pas inutile de savoir que la laïcité peut aussi être un objet de consensus. Il restera à nous expliquer comment une telle loi pourrait être à la fois « islamophobe » et approuvée par une majorité de musulmans… »

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/551452/droits-et-devoirs?utm_source=infolettre-2019-04-05&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Comme tu ne désires sans doute pas envoyer tes messages à des racistes et à des islamophobes, je te prie de retirer mon nom de ta liste d’abonnés puisque tu penses que je suis raciste et islamophobe. Et puis, je ne te fais plus confiance : si tu dis dans le monde entier que la majorité des Québécois sont racistes et islamophobes, comment être certain que ce que tu me dis sur d’autres populations et pays est exact?

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

Quand Le Devoir apprendra-t-il que des plaintes ont été déposées à la CNESST contre le maire de Lévis?

Lévis, le 31 août 2018

Monsieur Brian Myles, directeur

Quotidien Le Devoir, Montréal (Québec)

Monsieur,

Est-ce que « mon » camelot, ce matin, aurait retiré de l’édition d’aujourd’hui du Devoir, l’un des organes d’information que je consulte tous les jours, la dernière nouvelle concernant le maire de Lévis, M. Gilles Lehouillier (des plaintes de harcèlement psychologique ont été déposées contre lui à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail)? Même dans le web, je n’ai trouvé dans Le Devoir aucune ligne consacrée à cette information. Pourtant, il y a beaucoup de médias qui la transmettent : TVA Nouvelles – ICI.Radio-Canada.ca – https://www.lesoleil.comhttp://www.lapresse.cahttps://lactualite.com/https://www.journaldequebec.com/https://www.journaldemontreal.com -www.journaldelevis.com/ – https://www.ledroit.com – rimq.qc.ca/… – https://www.youtube.comhttps://www.journaldequebec.com/https://www.lenouvelliste.ca/. – https://www.blvd.fm -www.iheartradio.ca…

Le maire de Lévis serait-il l’un des membres des généreux Amis du Devoir, des personnes dont Le Devoir refuse de dévoiler le nom (est-ce que c’est pour assurer l’indépendance du journal?). Le Devoir craint-il de ternir la réputation de Lévis, « Ville de la Coopération », ville qui abrite la Cité Desjardins et ses milliers d’employés (en passant, Monsieur Myles, Desjardins est-il toujours l’un des propriétaires du Devoir?). Ses lecteurs veulent être informés correctement.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel, citoyen de Lévis

P.-S. Je publierai la présente et votre réponse au http://www.lepasseurdelacote.com.

23 mai 2016, au Québec : Journée nationale des patriotes.

Source : Mouvement national des Québécois, http://mnq.quebec/fierte-page/journee-nationale-des-patriotes/

Journée nationale des patriotes

Cela fait près de dix ans maintenant que la mémoire des Patriotes s’est inscrite dans le calendrier commémoratif québécois. Peu à peu, d’une année à l’autre, la Journée nationale des patriotes s’est imposée à nous à la manière d’un rappel d’un moment important de notre parcours collectif, appelé à devenir un point de référence de la conscience historique québécoise. Dans le tableau des commémorations québécoises, elle a aussi une place à part : elle suggère une interprétation de l’histoire du Québec qui correspond à celle de la plupart des Québécois, celle d’un peuple qui n’a jamais renoncé à s’affirmer, à faire valoir ses droits à la pleine existence politique.

Fier coordonnateur de cette journée, le Mouvement national des Québécois est fier de s’associer à une journée de commémoration qui est celle de tous les Québécois et qui représente bien la charge universelle de notre expérience historique. Car y a-t-il quelque chose de plus universel qu’un peuple qui lutte pour exister en son nom propre, pour conserver son identité, pour vivre libre, en honorant l’idéal de la liberté démocratique ?

Journée-des-Patriotes_2014

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À propos du Mouvement national des Québécois

Source : http://mnq.quebec/mission/mission-generale/

Quand la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, ancêtre du MNQ, voit le jour en 1947, c’est d’abord pour veiller aux intérêts culturels et linguistiques du Québec. Au fil des ans et des transformations sociales, le Mouvement diversifie ses activités et participe activement aux débats sur les questions d’ordre politique et économique de la société.

D’une fédération d’abord axée sur la survivance d’une langue et d’une culture, on passe à un organisme cherchant à préserver et à développer l’autonomie du Québec.

Aujourd’hui, la mission du MNQ se résume ainsi :

Le MNQ est un mouvement issu de la société civile, indépendant des partis politiques, fédérant des Sociétés membres partout au Québec. Sa mission est de défendre et promouvoir l’identité québécoise, prioritairement sa langue, son histoire, sa culture et son patrimoine, et de faire du Québec un pays français et démocratique.

En prenant part aux débats dans la société civile, en organisant des colloques et en publiant des études entre autres, le MNQ participe activement à la définition de l’identité nationale contemporaine.

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Source : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/471495/la-demarche-independantiste-selon-les-patriotes

IDÉES

La démarche indépendantiste selon les patriotes

Le Devoir, 21 mai 2016

Par Gilles Laporte – Historien et enseignant au cégep du Vieux-Montréal

C’est d’abord pour permettre aux francophones de poursuivre leur épanouissement qu’on milite de nos jours en faveur de l’accession à l’indépendance du seul État français d’Amérique.

Tandis que les candidats à la direction du Parti québécois débattent d’échéance référendaire, la Journée nationale des patriotes offre l’occasion de se demander comment leurs pères putatifs, les patriotes de 1837, envisageaient pour leur part le mode d’accession à l’indépendance.

Pour cela, il faut prendre un peu de hauteur et rappeler que c’est d’abord pour permettre aux francophones de poursuivre leur épanouissement qu’on milite de nos jours en faveur de l’accession à l’indépendance du seul État français d’Amérique.

Pour Papineau et ses suivants, l’urgence consistait plutôt à réunir les conditions politiques et sociales devant présider à la naissance du nouvel État et non à tout bonnement faire coïncider un État avec une nation. Les patriotes luttaient d’abord pour que soient reconnus des droits fondamentaux tels que la liberté d’expression, une fonction publique honnête, des juges impartiaux, des ministres responsables et pour que l’État bas-canadien soit enfin mis au service de l’économie locale. L’idéal d’indépendance découle tout naturellement de la conquête de ces droits, un État bas-canadien redevable devant sa population plutôt que devant le Parlement impérial se retrouvant de facto souverain. Lord Durham avait d’ailleurs prédit dans son rapport qu’accorder la démocratie au Bas-Canada mènerait à la création d’un État français en Amérique.

Les 92 résolutions patriotes ne réclament donc nulle part l’indépendance nationale en soi, mais bien celle des institutions, et au premier chef celle du Parlement bas-canadien : « Les privilèges de cette Chambre ne doivent ni être mis en question ni définis par le secrétaire colonial [résolution 49]. Que cette Chambre, comme représentant le peuple de cette province, possède […] les mêmes pouvoirs, privilèges et immunités réclamés et possédés par la Chambre des Communes du parlement, dans le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et l’Irlande [résolution 79] ». Un Parlement souverain pourrait d’ailleurs bien mieux que la métropole voir aux affaires de la province : « La législature provinciale aurait été tout à fait compétente à passer des lois, pour permettre le rachat de ces charges, d’une manière qui s’harmonisât avec les intérêts de toutes les parties […] Le parlement du Royaume-Uni, bien moins à portée de statuer d’une manière équitable sur un sujet aussi compliqué, n’a pu avoir lieu que dans des vues de spéculation illégale, et de bouleversement dans les lois du pays [résolution 58]. »

La voie élective

L’indépendance politique passe donc par celle des institutions représentatives, qui pourront ensuite assurer la transition pacifique du statut de colonie à celui d’État souverain : « Que le parlement du Royaume-Uni conserve des relations amicales avec cette province comme colonie, tant que durera notre liaison, et comme alliée, si la suite des temps amenait des relations nouvelles [résolution 21]. […] Dans l’intervalle, un changement dans notre constitution, s’il en faut, doit-il être en vue de cette considération ? Et est-il criminel de le demander ? [JALBC, 24 février 1834] »

Quant à consulter le peuple à propos de son avenir, cela passe pour les patriotes par des élections ; des élections qu’ils remportent régulièrement, la dernière fois en raflant 77 des 88 sièges en jeu en octobre 1834. Le devoir de chaque élu patriote aura dès lors consisté à poser des gestes de rupture avec la métropole en vue d’étendre le principe électif à tout le gouvernement et d’accroître l’indépendance des institutions. La souveraineté sera ainsi devenue l’issue inéluctable d’une lutte menée tout entière au nom de la démocratie, de la justice et de la liberté.