Islam – Supplique d’une femme à Dieu

EXTRAITS

ISLAM

Ahmed Abdouni, Supplique d’une femme à Dieu, Revue Le Monde des religions, 29/04/2014, http://www.lemondedesreligions.fr/savoir/supplique-d-une-femme-a-dieu-29-04-2014-3880_110.php

Le Monde des Religions est un bimestriel édité par Malesherbes Publications. Il appartient au Groupe Le Monde qui édite notamment le très prestigieux quotidien Le Monde

Par une longue nuit d’hiver, une femme dans sa solitude se tourmenta, jusqu’à l’aube, à se questionner à propos de certains versets du Saint Coran qu’elle a lus après qu’elle eut fini la dernière prière de la journée. Elle les récita autant de fois que la patience, suscitée en elle par sa foi, l’eut permis. [] Rien n’y fit. Son effort resta désespérément vain. Sa soif de connaissance et surtout de conviction ne fut guère assouvie. Pire, elle s’est accrue. [] il lui restait un dernier recours, l’ultime même : pourquoi ne pas s’adresser à la source de la vérité absolue, universelle et éternelle ? Vous l’avez bien compris. Elle s’adressa à Dieu. Au Seigneur créateur du monde et de l’homme qui y fait la loi en se prévalant de sa proximité de Dieu. Sa supplique porta sur son statut par rapport à l’homme, avec lequel, bien évidemment, elle partage la même origine. En voilà au moins une vérité incontestable.

C’est en ces termes qu’elle formula sa supplique au Seigneur des mondes : « Seigneur, par ta volonté la création est une réalité et j’en suis une infime partie, sans que cela diminue pour autant mon importance auprès de Toi. [] Je suis soumise à Ta volonté et à Ta loi de bon gré ou contrariée. [] Tu T’es interdit la moindre injustice. Et Tu confirmes que Tu n’es point injuste à l’égard de Tes serviteurs. Imbue jusqu’au profond de mon âme de Ta justice et de la faiblesse de mes capacités intellectuelles de sonder Tes desseins impénétrables, je n’ai pu me résoudre, par ignorance sûrement, cependant absolument pas par ingratitude vis-à-vis de Tes bienfaits, à comprendre ni accepter l’interprétation que nos exégètes donnent de Ta parole sacrée à mon sujet. Mes aïeules maternelles furent sauvées par Ton miséricordieux message islamique.

Il leur donna la dignité dont elles étaient totalement et complètement dépossédées. Même une chamelle avait plus de valeurs auprès de l’homme que les femmes qu’il s’appropriait, et que rien ne protégeait de l’injustice immonde qui les frappait. La femme à cette époque obscurantiste n’avait même pas la propriété de son âme. [] l’homme disposait de la femme comme on disposait d’un objet. Dès que cette capacité lui était enlevée par les vicissitudes du temps [] elle était jetée ou dirais-je annihilée comme si elle n’existait plus. [] Par Ta providence, cette injustice, révoltante selon nos conceptions actuelles, cependant traduisant un comportement tout à fait dans les normes de la société préislamique, fut corrigée. []

Il m’arrive de lire et relire les versets qui définissent le statut de la femme et comme Tu le sais, Seigneur, il m’arrive de me questionner à propos de certains de ces versets. []

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Seigneur, j’ai frappé à plusieurs portes en quête de plus de vérité que ne le permette ma raison, la réponse des exégètes anciens comme celle des contemporains est invariable. Les seconds ont abdiqué aux premiers leur liberté et leurs pensées, ils ne pensent plus que par ceux qu’ils appellent les “Salafs” (les anciens ou ancêtres). Ils vivent le présent par leur corps, et leur esprit s’accroche aux réalités passées, lointaines et révolues.

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Seigneur, Tu sais que je ne suis versée dans aucune science et encore moins en savoir religieux ; néanmoins, je n’ai pas manqué de m’instruire autant que ma condition de femme me l’a permis, enfreignant en cela tout le dispositif social et culturel qui barricadait le statut de mes ainées et les réduisaient à peu de choses près à être les servantes obéissantes du père et des frères avant qu’on leur trouvât époux qui prenait nécessairement la relève. Je me souviens, toute petite fille encore, à l’occasion d’une aide que je lui prodiguais et ce fut souvent le cas, ma mère me serinait les tenants et aboutissants pour mieux les graver en moi, de ce statut qu’elle me disait avoir été fixé par Toi Seigneur. “Ce sont les prescriptions de notre Seigneur”, me répétait-elle comme réponse à toute question ou dénonciation craintive et hésitante que j’osais opposer à cette condition injuste que l’on imposait aux femmes et aux petites filles. [] Ce qui me trouble, Seigneur, ce sont quelques versets de Ta parole sacrée, qui traitent directement de nos droits, nous les femmes. Notamment ceux qui comportent des lois concernant l’héritage, le témoignage, le statut hiérarchique de l’épouse eu égard à son époux. Seigneur, exception faite des dérogations que Tu lui as spécifiquement accordées et qui s’expliquent par sa condition physiologique, Tu as mis la femme sur un pied d’égalité avec l’homme, en matière de cultes, rites et autres devoirs religieux qui Te sont rendus, alors que pour les choses de la vie terrestre, elle n’a droit qu’à la moitié des droits que se revendique l’homme. C’est ainsi qu’on me dit que par Ta volonté, ma part à l’héritage n’est que la moitié de celle de l’homme, que pour que je sois crédible lors d’un témoignage, il faut que nous soyons deux femmes pour valoir le témoignage d’un seul homme; parce que paraît-il, j’ai une mémoire défaillante et suis facilement influençable car je maîtrise moins que l’homme mes passions. Bref, je ne vaux que la moitié de l’homme. Mon statut auprès de mon époux n’est guère reluisant. Il peut, en effet, se prévaloir du droit que Tu lui aurais accordé de m’obliger à le partager avec trois autres coépouses.

Quand je me plains de cette injustice auprès des hommes, ils me répondent que c’est Ta loi Seigneur et Ta volonté. Quand je leur réplique que c’est leur interprétation, ils me clouent au pilori en m’accusant de vouloir changer Ta loi car Ta parole, croient-ils avec entêtement, est claire, limpide et ne nécessite aucune interprétation. Tout leur argumentaire se résume en leur crédo : “point d’interprétation quand le texte est franc”. Alors, je me trouve contrainte de me défendre en me prévalant de ce que Ta vérité éternelle est que Tu es juste et que la condition qui m’est faite est loin d’être considérée comme juste. Ce à quoi ils répondent que Tes voies sont impénétrables et que derrière cette injustice apparente, erronée et trompeuse, il y a une sagesse et une justice que Toi seul connaît. Mais, Seigneur, comment puis-je me convaincre alors que je ne peux juger que par mon entendement mes rapports avec mes semblables ? Tu insistes, Seigneur, sur l’établissement de la justice sur terre et Tu commandes à l’homme de la chercher et de la pratiquer par tous les moyens et même au dépens de soi-même. N’est-ce pas là une vérité éternelle, donc qui ne souffre aucune exception, sous peine de tomber dans l’erreur ?

Seigneur, je médite souvent les versets du Saint Coran, dont l’un abroge l’autre dans la sourate Al bakara (la vache). []

Seigneur, rien, ni dans les cieux ni sur terre, ne T’aurait empêché d’appliquer la première loi et donc de n’accorder la moindre attention à l’état d’âme dans lequel elle mit les croyants. Cependant, étant miséricordieux, bienveillant à l’égard de Tes serviteurs, Tu as entendu leur cri de détresse psychologique et Tu as changé le difficile par ce qui est le plus léger, le plus supportable pour l’homme en tenant compte de la faiblesse de sa nature.

Seigneur, les exemples d’abrogation de versets pour une raison ou une autre, mais toutes se rapportant à l’homme et ses capacités d’honorer son engagement envers Toi, abondent dans Ta parole sacrée que Tu as révélée. Il y eut même l’exemple de sourates que Tu as complètement effacées de la mémoire des croyants. C’est là quelques exemples qui attestent pertinemment de la nature non éternelle de certaines de Tes lois et commandements. Je me demande, Seigneur, s’il ne serait pas là un exemple et un modèle de conduite pour les croyants que l’évolution, ce principe de la vie qui est une vérité éternelle, a contraint à subir des changements inéluctables et inévitables. Non que nous nous autorisions à changer Ta parole sacrée, Tes commandements et Tes lois ou de supprimer des versets, mais tout simplement de chercher à trouver un consensus conforme à Ta parole sacrée, une interprétation dirais-je, qui ne soit sclérosée, qui évite la fracture qui devient de plus en plus béante dans l’âme du croyant ; lequel ne sait plus s’il faut suivre sa raison, produit de l’évolution à laquelle il est soumis ou se soumettre à des lois appartenant à un passé, qui, certes, obéissait à une raison, mais qui n’en est plus une. La schizophrénie est devenue notre mode de vie, elle est devenue notre quotidien. Seigneur, l’homme qui m’est soumis, que ce soit à l’université pour apprendre, à l’hôpital pour se faire soigner, dans l’entreprise pour gagner sa vie, à l’administration par l’autorité civile qui m’est conférée, sur le chantier parce que je suis l’architecte et dans bien d’autres domaines et secteurs où il puise ses connaissances des miennes et où il contribue à la gestion de la vie sous mon autorité et ma conduite, face à cet homme, Seigneur, je ne compte que pour la moitié quand il s’agit d’hériter, de témoigner et il se permet de disposer de moi en m’imposant d’être l’une de ses quatre épouses. Tout cela serait conforme à Ta volonté. Qu’elle soit faite si c’est vraiment Ta volonté. Toutefois, je doute fort qu’il s’agisse de Ta volonté, car Tu T’es interdit d’être injuste et la condition que l’on me fait est, au regard de ma raison, une injustice aberrante. Aucun doute que ce statut de la femme fut Ta volonté. Mais comme Ta volonté accompagne le développement des capacités de l’entendement humain, s’il était possible que nous recevions, par Ta grâce, une révélation, Tu nous dirais autre chose, je ne sais laquelle, mais je suis certaine qu’elle serait conforme aux exigences de notre époque.

Il y a bien des sourates dans Ta parole, Seigneur, qui ont une portée seulement historique et donc elles revêtent un caractère informatif [] Qui peut prétendre s’en inspirer au quotidien ? Et ces versets abrogés, ils continuent à être récités et médités et ils le resteront jusqu’à ce que Ta volonté de mettre fin à ce bas monde s’accomplisse. Mêmes certains versets qui constituèrent pendant des siècles des commandements très suivis dans la oumma (communauté) islamique et qui avaient régi les relations entre les croyants, ne sont plus et ne peuvent plus, en aucune manière, être en vigueur. Ils sont, si j’ose m’exprimer de la sorte, tombés en désuétude. C’est le cas des lois qui régissent l’esclavage que Tu entérines dans Ta parole sacrée en tant que réalité anthropologique et sociale de l’époque de la révélation. En effet, l’esclavage fut toléré en tant qu’institution et instrument de gestion des relations entre les croyants (4). De tout cela, Seigneur, je tire la conclusion qu’un consensus pourrait être trouvé, sous l’autorité de qui de droit, pour harmoniser les pans spirituel et temporel de la vie d’un croyant au XXIe siècle.

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(4) L’affranchissement d’un esclave fut un moyen de réparation de certains péchés et fautes graves que ce soit à l’égard de Dieu ou à l’endroit des autres croyants. À titre d’exemple, l’homicide involontaire ou accidentel ou la non observance volontaire d’un jour de jeune du mois de Ramadan pouvaient, entre autres, être réparés par l’affranchissement d’un ou d’une esclave.

Les nouveaux penseurs de l’islam

Les nouveaux penseurs de l’islam

EXTRAIT DU LIVRE SUIVANT :

Rachid benzine, Les nouveaux penseurs de l’islam, Paris, Édition Albin Michel, collection Espaces libres, © 2008 (Première édition : © 2004) (La préface a été reproduite dans la revue La Pensée, numéro 384, 2015/4; on la trouve aussi au https://www.cairn.info/revue-la-pensee-2015-4-page-7.htm#.)

RACHID BENZINE : islamologue et historien, auteur notamment de Des mille et une façons d’être juif ou musulman avec la rabbin Delphine Horvilleur (Seuil) et de Finalement, il y a quoi dans le Coran ? (Journal français La Croix, https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Rachid-Benzine-Lurgence-nest-pas-dexpurger-Coran-den-faire-lecture-critique-2018-04-23-1200933990

L’entreprise la plus audacieuse, la plus riche de promesses sans doute mais aussi la plus risquée parce que la moins facile à faire comprendre, en l’état, par les sociétés musulmanes, est tout cet effort de travail sur le texte coranique lui-même. Ainsi, pour Nasr Hamid Abu Zayd, qui concentre ses efforts sur l’analyse littéraire du Coran, si la forme finale du texte coranique reste bien Parole divine, elle n’en est pas moins humanisée, insérée dans l’histoire humaine. Cette Parole divine peut donc être étudiée comme tout objet d’étude historique : « Il s’agit d’un texte historique, affirme-t-il. Cela signifie qu’il a été révélé à une époque spécifique, en un lieu spécifique, en une langue spécifique – l’arabe- en somme dans un contexte culturel. Bien qu’il soit révélé par Dieu, comme nous tous, musulmans, nous le croyons, il est incarné en une langue humaine. » [5] Aussi réclame-t-il de pouvoir traiter le Coran comme un texte ouvert à l’interprétation.

Écouter ces nouvelles voix de l’islam

Tous ces penseurs sont préoccupés de penser la place de la religion dans un monde qui, malgré les apparences, se sécularise chaque jour davantage. Car la modernité a surgi dans les sociétés musulmanes qui n’y étaient pas préparées. Et cette modernité qui maintenant les touches n’est pas le fruit de leur mûrissement interne. Comment concilier ce qui est considéré comme immuable (la religion) avec le changement ? L’affirmation centrale du penseur iranien Abdul Karim Soroush est que toutes les sciences et tous les domaines de connaissances sont dans un état de transformation constante, et que des changements dans un domaine de l’érudition ne peuvent que provoquer des modifications dans les autres domaines, y compris dans la jurisprudence musulmane. Aussi a-t-il élaboré progressivement une « théorie de l’extension et de la contraction de la connaissance religieuse ». Il estime, à partir de celle-ci, que le cadre de développement du fiqh (jurisprudence musulmane) doit s’étendre constamment en prenant en compte les développements qui ont lieu dans d’autres sphères que le religieux.

Pour les nouveaux penseurs de l’islam, seule une nouvelle lecture des textes fondamentaux pourra permettre d’harmoniser les valeurs cardinales de l’islam avec les exigences de la modernité. Seule cette réformation-là permettra l’ouverture de la jurisprudence, l’adhésion véritable de la pensée politique de l’islam à la démocratie aux droits de l’Homme, la réalisation de l’égalité entre les hommes et les femmes, l’émancipation des sociétés musulmanes.

Ces voies nouvelles surgies du monde musulman ces dernières décennies ont beaucoup à nous dire. Leurs questionnements sont ceux d’un grand nombre, parmi les musulmans comme chez les non musulmans. Les réponses qu’ils apportent ne sont pas destinées à faire nécessairement l’unanimité, mais poser de bonnes questions est déjà faire œuvre utile.

(Pages 26-28 de l’édition de 2008)

Note [5] Entretien avec l’auteur, 2002.


Rachid Benzine : « L’URGENCE N’EST PAS D’EXPURGER LE CORAN MAIS D’EN FAIRE UNE LECTURE CRITIQUE »

https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Rachid-Benzine-Lurgence-nest-pas-dexpurger-Coran-den-faire-lecture-critique-2018-04-23-1200933990

Plus que d’« épurer » le Coran, il est urgent selon lui [Rachid Benzine] : d’enseigner la « lecture critique » des textes. Une tâche qui incombe selon lui aussi aux responsables religieux musulmans.

Recueilli par Anne-Bénédicte Hoffner, le 23/04/2018

 

Sortir l’islam de l’impasse. Appel aux musulmans.

Le Monde des religions, http://www.lemondedesreligions.fr/chroniques/editorial/mauvaise-foi-07-01-2019-7704_161.php

La revue française LE MONDE DES RELIGIONS appartient au même groupe que le prestigieux quotidien français LE MONDE.

« Rédactrice en chef du magazine Le Monde des religions (groupe Le Monde), Virginie Larousse est spécialiste des religions, de la laïcité et de la spiritualité. Elle est diplômée de l’université Paris 4-Sorbonne et de l’École du Louvre. » (https://expertes.fr/expertes/67697-virginie-larousse).

Madame Larousse est l’auteure du livre La théologie chrétienne publié par les Éditions Garnier en 2013.

L’ÉDITO Mauvaise foi (extraits)

Virginie Larousse – publié le 07/01/2019

Il avait fui les talibans d’Afghanistan il y a une quinzaine d’années pour venir chercher une vie paisible en France. C’est pourtant sous les balles d’un islamiste que Kamal Naghchband est tombé lors de l’attentat de Strasbourg (…) Nous n’en avons pas encore terminé avec ce mal, cette mauvaise foi qui conduit certains individus à se prendre pour Dieu. Pour un Dieu vengeur et rageur, en l’occurrence.

(…) C’est précisément pour endiguer la diffusion d’idéologies religieuses violentes que le président Macron a annoncé vouloir réformer l’organisation de l’islam. (…) L’État ne peut dédiaboliser Dieu, extirper les pulsions meurtrières des fanatiques de cette « mauvaise foi » en un Dieu cruel et sanguinaire. Ce travail revient à tout un chacun – théologiens, philosophes, citoyens. Il revient surtout aux musulmans eux-mêmes.

J’ai la chance de côtoyer, au quotidien, des musulmans d’exception. Des musulmans ouverts à l’altérité, totalement acquis à la libre conscience, qui cultivent la beauté, l’intelligence sous toutes ses formes, qui donnent beaucoup d’eux-mêmes, avec courage, pour sortir l’islam de l’impasse. Lors d’un débat organisé au Monde en octobre dernier, l’écrivain Kamel Daoud avait eu ces mots à leur adresse. « L’espoir c’est vous, ici [en Europe, ndlr]. Si vous réussissez à humaniser, à universaliser, à relativiser une pratique, une approche du texte, vous pouvez être en Occident les vecteurs d’un possible changement, d’une réforme de l’autre côté [de la Méditerranée]. Vous serez l’incarnation de cette possibilité. Mais si vous échouez ici, la catastrophe sera immense de l’autre côté. » À l’aube de 2019, osons espérer, mais surtout oeuvrer, pour que la lumière parvienne à percer l’obscurité.

L’image désastreuse que l’islam inspire, selon un penseur musulman.

Extrait du livre Manifeste pour un islam des Lumières, oeuvre de Malek Chebel publié en 2004.

Anthropologue de l’islam contemporain, historien et psychanalyste né en Égypte, Malek Chebel (mort en 2016) a écrit une quarantaine d’ouvrages, dont une traduction en français du Coran et le Dictionnaire amoureux de l’islam.

« L’une des conclusions pessimistes à laquelle aboutit ce livre, c’est le constat que tout paraît bloqué en terre d’islam. Face au réel, les musulmans eux-mêmes, qui ragent de intérieur, donnent l’impression d’être catatoniques [la catatonie se caractérise par une inertie et un négativisme, selon Vulgaris médical] et leurs dirigeants désarmés, ou plus exactement faussement désarmés, En effet, leur immobilisme structurel face à la rapidité des événements qui secouent la planète est sans commune mesure avec leur capacité à renforcer leur protection et à protéger par tous les moyens, légaux et illégaux, le régime qu’ils ont installé. Il faut garder en mémoire que l’univers musulman a subi coup sur coup les deux guerres du Golfe, la guerre d’Afghanistan, la situation au Proche-Orient et la déstabilisation américaine qui vise les supposés « États voyous », – l’ « axe du mal » – démoralisant ainsi les plus ascètes et les plus utopistes. Le monde musulman a dès lors pris conscience de l’image désastreuse qu’il inspire aux partenaires extérieurs. À l’annonce du danger, les régimes autoritaires arabes ou musulmans n’ont pas d’autre réflexe que de se calfeutrer encore plus, renforçant leur citadelle et attribuant plus de pouvoir à leurs proches., surtout leurs fils. Lorsque le passage aux urnes paraît nécessaire, les tenants actuels du pouvoir n’hésitent pas à bourrer avantageusement celles-ci au risque de saper durablement les chances de l’aspiration démocratique. »

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https://www.fayard.fr/manifeste-pour-un-islam-des-lumieres-9782213676999

Malek Chebel

Manifeste pour un Islam des lumières

Manifeste pour un Islam des lumières

Parution : 18/12/2012 – 224 pages –

Associer l’islam aux Lumières peut paraître ambitieux et téméraire. Il n’en est rien. Cette relation est inscrite dans la dynamique amorcée au XIXe siècle et poursuivie par les nombreux réformistes qui ont voulu changer le visage de cette religion en s’appuyant sur le travail de la raison. Ces penseurs ont été taxés d’hérésie.

Aujourd’hui, le débat est plus que jamais d’actualité : l’islam est-il compatible avec la République ? Quelle est la place et le statut de la parole libre, de la laïcité, de l’égalité des sexes, de la tolérance ou de la démocratie ? Faut-il adapter l’islam à la modernité ou au contraire adapter la modernité à l’islam, ainsi que le prétendent les fondamentalistes ?

En vingt-sept propositions, Malek Chebel répond à ces interrogations sans masquer les contradictions de l’islam ni éluder les questions difficiles. Interprétation des textes, guerre sainte et fetwa, statut de la femme, corruption, châtiments corporels, crime d’honneur et assassinat politique, démocratie, liberté d’expression et de conscience… tels sont quelques-uns des thèmes qu’aborde l’auteur de ce manifeste appelé à devenir la charte d’un islam nouveau.

Malek Chebel se fait ici le théoricien de l’« autre islam », un islam fondé sur le réel, dynamique et moderne, tolérant et positif, mais surtout capable de s’insérer dans le monde d’aujourd’hui et de demain.