Arabe et musulmane, elle présente ses excuses pour les sanglants attentats commis par des musulmans.

Courrier international, https://www.courrierinternational.com/article/attentats-moi-arabe-et-musulmane-je-presente-mes-excuses

Attentats. Moi, arabe et musulmane, je présente mes excuses.

SHAFFAF – PARIS

Publié le 10/11/2016 

En avril dernier, la journaliste et présentatrice saoudienne Nadine Al-Bdear implorait le pardon des victimes pour tous les massacres commis au nom de l’islam. Un texte publié dans notre hors-série Les libres penseurs de l’islam.

On m’a beaucoup reproché au Moyen-Orient d’avoir présenté mes excuses à l’humanité pour les sanglants attentats commis par des musulmans. []

Mes détracteurs, je vous connais. Vous vous dédouanez de tout reproche en invoquant tout ce qu’on peut reprocher à l’Occident. Vous justifiez vos turpitudes en pointant les turpitudes du monde civilisé. Par contre, l’égalité, la justice, la compassion qui y existent, vous ne les voyez pas. Vous n’y voyez que ce qui ne va pas, pour minimiser ce qui ne va pas chez vous-mêmes.

[]

Voici le texte de mon article “Moi, arabe et musulmane, les excuses que je présente au monde”. Ces excuses, je les ferai probablement encore. Cela m’enlève un poids, celui des cris de détresse de ceux qui ont été victimes de notre barbarie. J’ajoute des excuses particulières pour les larmes des Belges après qu’une trentaine de personnes sont mortes et des centaines ont été blessées [le 22 mars 2016]. []

Mille excuses aussi aux Afghans pour les attentats de Kaboul, pour le sort infligé aux femmes afghanes, pour les horreurs des années 1980. Des excuses sans bornes aux Pakistanais, pour l’attentat de Lahore [27 mars 2016] qui a fait au moins 70 morts et des centaines de blessés. C’est nous qui avons produit les talibans, et c’est nous qui refusons jusqu’à présent de renier cet héritage insidieux.

Des excuses aussi à chaque chrétien [d’Orient] qui a pris la décision d’émigrer. [] Mais ce sont des hommes et des femmes qui n’en peuvent plus de ne pas être respectés, d’avoir peur pour leurs enfants et de vivre dans un environnement qui n’a cure des humiliations qu’ils subissent.

Je veux que le monde sache que je ne suis pour rien dans notre manie de dénigrer les religions des autres”

[] Que je n’y suis pour rien dans les accusations adressées aux juifs et aux chrétiens et les théories selon lesquelles ils auraient falsifié la Bible. Je n’y suis pour rien dans la négation du bouddhisme, du zoroastrisme, de l’hindouisme, du confucianisme… ni dans notre manie de dénigrer les religions des autres et de décortiquer leurs dogmes, alors même que ceux qui s’en prennent à nos propres figures religieuses se font égorger.

[]

Celui qui tient la barre chez nous, c’est celui qui instille l’élixir de la mort et qui empoisonne les cervelles des jeunes hommes. Ils rêvent de céder à la tentation du péché et finissent par croire que la mort est le passage obligé pour un coït sans fin. Des peuples qui appellent à tuer leurs intellectuels, ce sont des peuples qui tuent le rêve.

Mes excuses au Moyen-Orient, que nous avons transformé en enfer. Nous en avons effacé le passé de milliers d’années d’empires, d’arts et de patrimoine. [] Je présente mes excuses pour la mort de centaines de fidèles à La Mecque en 1979. Je m’excuse pour les explosions dans un immeuble à Khobar, dans l’Est saoudien en 1996. Pour chaque chiite tué dans la mosquée de Qatif [en Arabie Saoudite]. Pour les morts dans l’explosion à l’ambassade américaine de Beyrouth en 1983. Pour avoir défiguré Bali [en 2002].

Pardon à l’Afrique, continent ravagé, pauvre et misérable. Pardon pour les morts du Cameroun, du Tchad, du Nigeria… Pardon pour la prise d’otages de 276 élèves nigérianes, mariées de force ou réduites à l’état d’esclaves sexuelles [par l’organisation islamiste Boko Haram en 2014]. Pardon pour celles qu’on oblige à porter le voile. Pas de place pour la féminité dans la grammaire terroriste. Pardon pour l’assassinat de centaines de personnes dans les attentats contre les ambassades de Nairobi, au Kenya, et de Dar es-Salaam, en Tanzanie, en 1998.

Pardon pour Paris, New York, Madrid, Stockholm, Londres…”

Pardon aux familles des 21 coptes assassinés en Libye [février 2015]. Pardon pour la mort de 20 fidèles lors de la prière dans l’attentat du Pakistan. Pardon à la France, pays des Lumières. Que Dieu ait en sa miséricorde les âmes de ces Français fauchés en novembre 2015. Pardon aux Américains. Nous n’avons pas compris votre culture, alors nous l’avons infiltrée pour faire près de 3 000 morts lors des attentats du 11 septembre 2001. Pardon pour la mort de 39 touristes sur une plage tunisienne [à Sousse en 2015]. Pardon pour la mort des dizaines de fidèles dans une mosquée du Koweït [juin 2015]. Pardon pour l’assassinat des bonnes sœurs au Yémen [5 mars 2016], dont le seul tort était de soigner des personnes âgées.

Pardon à la Russie, pays d’art et de littérature, dont nous avons fait exploser un avion [31 octobre 2015]. Pardon au théâtre de Moscou où a eu lieu l’attaque de terroristes tchétchènes en 2002. Pardon pour les centaines de morts à Madrid en 2004. Pour les attentats de Stockholm en 2010. Pour ceux de Londres en 2005, pour ceux de Bulgarie, du Caire, d’Istanbul…

Des excuses à tous les Libanais, à toutes les victimes des crispations confessionnelles depuis des dizaines d’années. Pardon, cher Occident. Nous avons tué vos photographes, vos journalistes, vos orientalistes. Faut-il prolonger la liste ? Je pense que j’ai dépassé le nombre de signes autorisés. Et je sais aussi que je n’arriverai pas à énumérer la totalité de nos massacres.

Le chemin du paradis est maculé de sang. []

Nadine Al-Bdear

  • SOURCE : SHAFFAF Paris http://www.metransparent.com – “Transparence” est un site d’information arabe créé en 2006. Il publie des articles reflétant un point de vue libéral et propose également des rubriques en anglais et en français.

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(https://www.courrierinternational.com/page/qui-sommes-nous)

 


Islamophobie : l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.

Rassemblez des gens, envoyez-les crier dans les rues de Québec et de Montréal que les Québécois bafouent les droits des musulmans et qu’ils briment la liberté des musulmans, et vous réussirez à jeter des jeunes et des moins jeunes dans les bras des djihadistes ou des terroristes, même si votre cri est mensonger.

Tout un chacun a le droit de critiquer l’islam, le christianisme, le judaïsme, le Parti Républicain de Donald Trump, mère Teresa, le roi Pelé, le maire de sa ville, et de dire qu’il aime plus la Fanfare de Saint-Tite que celle de Maubeuge…

« … la religion n’est pas une personne et encore moins une race. Nous devrions pouvoir sans crainte, dans un pays libre, l’examiner, la critiquer, la dénoncer si besoin, la tourner en dérision et même l’insulter : aboli en France dès la Révolution, le blasphème est un droit démocratique élémentaire, constitutif et inséparable de la liberté d’expression, garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Vouloir intimider ou museler la population à propos d’une croyance religieuse, c’est faire le jeu de ses fidèles les plus sectaires et orthodoxes, au détriment de ceux et celles qui ont une pratique du culte beaucoup plus libérale. C’est aussi nous dire que l’héritage des Lumières mérite d’être abandonné. Si nous étions au XVIIIe siècle, les mêmes auraient cloué Voltaire, qui dénonçait l’intolérance religieuse et les crimes commis en son nom, au pilori. »

Alban Ketelbuters, Le concept d’islamophobie nous ramène deux siècles et demi en arrière, Le Monde des religions, 13/11/2019, http://www.lemondedesreligions.fr/une/le-concept-d-islamophobie-nous-ramene-deux-siecles-et-demi-en-arriere-13-11-2019-8375_115.php

( Alban Ketelbuters est coauteur de l’essai L’islamophobie (Dialogue Nord-Sud, 2016. De 2012 à 2017, il a publié des textes engagés relatifs à l’égalité des sexes, l’homosexualité et la laïcité, notamment dans Le Monde, Libération, Marianne, L’Humanité ou Le Devoir. Titulaire d’un master « Lettres, Arts et Pensée contemporaine » de l’Université Paris-Diderot – Paris VII, il prépare actuellement un doctorat en littérature et études féministes. – Source : Le Monde des religions, 13/11/2019 )

Pour Alban Ketelbuters*, l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.

Un mot et une réalité qu’il faut absolument connaître aujourd’hui : ORTHOPRAXIE.

Dans le numéro du 20 septembre 2019 de la revue française Le Point, l’analyste politique Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’institut de sondages IFOP, livre les enseignements de l’enquête Ifop pour Le Point et la Fondation Jean-Jaurès sur les musulmans en France. Jérôme Fourquet est l’auteur de L’archipel français : naissance d’une nation multiple et divisée * (Seuil, 2019).

Quels sont les principaux enseignements de votre grande enquête?

« Le premier enseignement réside dans la puissance de l’orthopraxie, qui se renforce au fil du temps, notamment auprès des jeunes générations. L’orthopraxie désigne la capacité d’une religion à fixer des règles comportementales concernant la vie quotidienne et le fait que le public de croyants se conforme aux injonctions de la religion à laquelle il est rattaché spirituellement et culturellement. L’islam en comporte un certain nombre et son empreinte sur la vie quotidienne a gagné du terrain. En 1989, beaucoup ont cru à une crise d’adolescence et qu’il suffisait d’être patient. S’opposant à l’exclusion des collégiennes voilées de Creil, SOS Racisme estimait que « le jean finira[it] par l’emporter sur le tchador ». Avec trente ans de recul, et alors que les jeunes qui avaient 15 ans à l’époque en ont aujourd’hui 45, on voit que l’empreinte de la religion sur cette population ne s’est pas effacée, bien au contraire. »

– – – – – –

* « Analyste politique, expert en géographie électorale, l’auteur souligne la fragmentation sociale actuelle de la France, montrant combien s’est affaibli le socle commun des références et des valeurs dans le pays. Entre sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, instauration d’une société multiculturelle, un bouleversement anthropologique est à l’oeuvre.

https://www.franceculture.fr/oeuvre/larchipel-francais-naissance-dune-nation-multiple-et-divisee

L’islam inquiète, il fait peur même.

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L’ISLAM INQUIÈTE,

IL FAIT PEUR MÊME.

Texte de Tariq Ramadan, professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford.

Pas un jour sans que l’on ne parle de l’islam, des musulmans, de la violence ou de l’extrémisme. Tout se passe comme si le monde, et non seulement l’Occident, avait un problème avec les musulmans et l’islam. Qu’il s’agisse des régimes politiques, des traits culturels ou des relations entre musulmans (sunnites, chiites et entre les courants de pensées), force est de constater des absences de liberté, un patriarcat prédominant, des divisions, des tensions, des guerres. Les sociétés majoritairement musulmanes sont en crise.

En Occident, le paysage n’est pas plus rose : la « question de l’islam » est partout. De la religion à la laïcité, de la citoyenneté à l’immigration, de l’intégration au multiculturalisme, de la marginalité à la violence, tout semble corroborer cette impression négative.

Tariq Ramadan, De l’islam et des musulmans. Réflexions sur l’homme, la réforme, la guerre et l’Occident, Paris, Éditions Archipoche, © 2016, p. 7. – © Presses du Châtelet, 2014)

[Présentation de Tariq Ramadan par son éditeur : « Tariq Ramadan est professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford et directeur du Centre de recherches sur la législation islamique et l’éthique. Parmi ses nombreux ouvrages : Islam, la réforme radicale, Mon intime conviction, L’Islam le réveil arabe, Introduction à l’éthique islamique, Le Génie de l’islam (Presses du Châtelet, 2008 à 2016)]


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42 % des Français voient l’islam comme une menace, et 68 % estiment que les musulmans ne sont pas bien intégrés dans la société.

(« Islam et intégration, le constat d’échec francoallemand », Le Monde, 4 janvier 2011, selon un sondage Ifop).

74 % pensent que l’islam « n’est pas compatible avec les valeurs de la société française »

(« France 2013, les nouvelles fractures », sondage Ipsos – Le Monde – Fondation Jean-Jaurès – Cevipof, janvier 2013).


Pourquoi avons-nous peur de l’islam ? Les chiffres sont éloquents :

pour près de la moitié d’entre nous,

l’islam apparaît comme une menace.

Pour la grande majorité,

il se révèle incompatible avec les valeurs de la société française.

Incompréhension, peurs, malentendus…

(Revue Psychologies, https://www.psychologies.com/Planete/Societe/L-actu-decryptee/Articles-et-dossiers/Pourquoi-avons-nous-peur-de-l-islam/7Et-le-salafisme)


ANKYLOSEMENT DE L’ISLAM. Texte de Djemila Benhabib.

En s’affranchissant de la tutelle de l’Église, l’Europe a vertigineusement progressé et on peut espérer que ce progrès sera irréversible.

Malheureusement, on ne peut pas en dire autant pour le monde musulman. La civilisation arabo-musulmane, après avoir rayonné intellectuellement, de l’Inde à l’Espagne, par ses sciences et sa philosophie – en témoignent les nombreux savants de l’époque et leurs brillantes recherches dans des domaines aussi variés que les mathématiques, l’optique, la chimie, la médecine, l’astronomie et la philosophie -, vit un déclin profond depuis le XIIe siècle. Cet ankylosement, même s’il est attribuable à de nombreux facteurs, porte en lui la contradiction principale entre la foi et la raison. Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète tunisien, considère que l’islam porte en lui les germes de sa maladie : « Aucune religion n’est dénuée d’intolérance. Si le fanatisme fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme est la maladie de l’Islam », affirme-t-il. Instrumentalisé dans un projet politique, l’islam est pris en otage par les tenants d’une orthodoxie réactionnaire ayant pour idéologue Ibn Taymiya, théologien du XIIIe siècle, et se manifeste avec une violence inouïe à l’égard de toute réforme le concernant.

(Djemila Benhabib *, Ma vie à contre-Coran, Une femme témoigne sur les islamistes, Montréal, VLB Éditeur, © 2009, p. 36-37)

* Djemila Benhabib détient une maîtrise ès arts en sciences politiques et droit international.


La cristallisation des peurs sur l’islam, pour justifiée qu’elle soit, notamment par les violences commises, ainsi que par une attitude jugée contraire au modus vivendi laïque (prosélytisme), est un fait. Elle traduit une inquiétude de part et d’autre, c’est-à-dire tant du côté des catholiques que du côté des « sans religion ». Nous savons bien comment elle s’exprime : « puisque les religions conduisent à se battre, chacun pour son dieu, l’entente ne peut pas venir de la religion. Il vaut mieux abandonner toute religion pour avoir les conditions d’une paix sociale »

(Surmonter la peur, Intervention du Père Nicolas Brémond d’Ars, SERIC 2017, Soirée du 14 novembre 2017, Salle des fêtes Paris 14ème , https://www.legaic.org/IMG/pdf/171114_Intervention_de_Bremond_d_Ars_soiree_14_nov.pdf)


Seulement 24% des Britanniques pensent que l’islam est compatible avec le mode de vie outre-Manche, révèle un sondage de l’institut d’études statistiques YouGov. 23% jugent que l’islam n’est pas une menace pour la civilisation occidentale. Une étude qui échauffe les esprits au Royaume-Uni où, selon une étude du Pew Research Center publiée le 27 janvier 2011, l’on compte près de 2 869 000 musulmans contre 4 704 000 en France. Selon un sondage réalisé en janvier 2013 par Ipsos pour Le Monde, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et la Fondation Jean-Jaurès, 74% les Français jugent l’islam intolérant (34% pour le judaïsme, 28% pour le catholicisme). Plus de la moitié des Français pensent que les musulmans sont « en majorité » (10%) ou « en partie » (44%) « intégristes ». (NDF)

(Les Britanniques et les Français très méfiants et critiques envers l’islam, 28 janvier 2013, https://www.observatoiredeleurope.com/Les-Britanniques-et-les-Francais-tres-mefiants-et-critiques-envers-l-islam_a1887.html)


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Les croyances, mortelles ou non.

Lise Ravary, Turban: pourquoi ils ne l’enlèvent pas ? Journal de Montréal, 11 juin 2013, https://www.journaldemontreal.com/2013/06/11/turban-pourquoi-ils-ne-lenlevent-pas

EXTRAITS 

(Le texte de Lise Ravary a été publié le 11 juin 2013.)

C’était à prévoir, le Québec a été suspendu par l’Association canadienne du soccer pour ne pas avoir respecté sa consigne de permettre aux enfants sikhs de jouer au foot avec un bout de tissu sur la tête. []

Notre société, viscéralement anti-religion, peine à comprendre pourquoi ces enfants n’enlèvent pas leur ‘turban’ le temps d’une partie de ballon rond. Ou pourquoi les Juifs orthodoxes ne déplacent pas leurs autos pendant les fêtes et le sabbat. Ou ma préférée: pourquoi on laisse des parents ‘endoctriner’ leurs enfants []

On va quand même pas s’abaisser au niveau de pays comme l’Arabie saoudite qui interdisent toute manifestation de différence religieuse en public, non ?

[]

Le phénomène de la croyance n’est pas limité à des histoires d’amis imaginaires qui vivent dans le ciel. Malgré toutes les avancées scientifiques, nombre de Québécois ‘croient’ que les médecines douces peuvent guérir des cancer. []

Prenons l’homéopathie: il y a des parents qui vivent très bien avec leur bébé qui hurle de douleur à cause d’une infection aux oreilles, parce qu’ils lui ont donné des granules de sucre au lieu d’antibiotiques détestés. []

Les humains croient à toutes sortes de choses parce qu’ils espèrent en tirer un avantage: un mieux-être physique, mental, le paradis à la fin de leurs jours, le regard bienveillant d’un leader admiré, d’un être suprême, l’approbation du groupe d’appartenance, l’amour. Ce sont des carburants puissants qui défient la raison pure.

[]

Où tirer la ligne ? Quand la sécurité des personnes et de l’État sont menacés. Quand les lois de l’État et les droits humains (ce qui comprend l’égalité hommes-femmes et la liberté de conscience) sont bafoués. De manière démontrable. Dans le doute, je préfère protéger les libertés individuelles que de les limiter.

Un retour du religieux, vraiment? – Montée en visibilité de l’islam, et montée en puissance de l’islamisme.

Heinich Nathalie, Pour en finir avec “le religieux” : vers une analyse fonctionnelle des religiosités actuelles, dans revue ¿ Interrogations ?, N°25. Retour du religieux ?, décembre 2017 [en ligne], https://www.revue-interrogations.org/Pour-en-finir-avec-le-religieux (Consulté le 7 juillet 2019). ISSN 1778-3747

Nathalie Heinich est sociologue, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) (Paris). Outre de nombreux articles, elle a publié une trentaine d’ouvrages, traduits en quinze langues, portant sur le statut d’artis­te et d’auteur […]; les identités en crise (États de femme, L’Épreuve de la grandeur, Mères-filles, Les Ambivalences de l’émancipation féminine) ; l’histoire de la sociologie (La Sociologie de Norbert Elias, Ce que l’art fait à la sociologie, La Sociologie de l’art, Pourquoi Bourdieu, Le Bêtisier du sociologue, Dans la pensée de Norbert Elias, La Sociologie à l’épreuve de l’art) ; et les valeurs (La Fabrique du patrimoine, De la visibilité). Dernier ouvrage paru : Des valeurs. Une approche sociologique (2017). (https://www.revue-interrogations.org/_Heinich-Nathalie)

Introduction

Il serait tentant, à propos de ce « retour du religieux ? » proposé à la réflexion, de discuter de la pertinence du mot « retour » : dans quelle mesure est-il réel ou bien imaginaire ? Ne s’agit-il pas d’une simple montée en visibilité de ce qui n’avait jamais disparu sous l’effet du « désenchantement » (Weber, 1971 ; Gauchet, 1987), mais s’était simplement retiré de la sphère publique ? Ou bien, d’une sorte de retour du refoulé de ce que les élites intellectuelles et politiques ont longtemps préféré ignorer (Birnbaum, 2016) ? Ou bien encore, d’une sensibilité accrue aux manifestations religieuses en raison non de leur montée en légitimité mais, au contraire, de leur délégitimation, qui les rend plus visibles et pousse à les interpréter à tort comme l’effet d’une progression temporelle alors qu’il ne s’agit que d’une transformation axiologique, autrement dit d’un abaissement du seuil de tolérance (Heinich, 2007) ?

[…]

entre christianisme, judaïsme, islam, polythéisme, bouddhisme ou animisme, les différences sont telles que la mise en évidence de ce qui les rassemble peut s’avérer beaucoup plus complexe que ne le suggère la familiarité des termes « religion », « religieux ».

[…]

Dans le second cas – montée en visibilité de l’islam, et montée en puissance de l’islamisme –, nous assistons à une mobilisation d’au moins trois fonctions : la fonction politique, avec la prétention d’une religion à régir l’ensemble de la société ; la fonction communautaire, avec la réaffirmation – ou la revendication, selon – de l’appartenance de tous les musulmans à une même communauté religieuse, soudée autour d’un certain nombre de règles, et notamment de l’interdit de représentation du prophète ; et la fonction sacrificielle, qui pousse certains musulmans fanatisés à sacrifier leur vie dans des attentats terroristes. Nul doute que dans d’autres contextes, ce seraient d’autres fonctions qui pourraient prendre le pas dans l’exercice de la religion musulmane, comme le réclament d’ailleurs certains de ses membres : par exemple la fonction rituelle de la prière, la fonction éthique d’adhésion aux valeurs de tolérance, ou la fonction mystique que constitue l’épreuve individuelle de la relation avec une transcendance. Il faudrait bien sûr pouvoir expliquer l’activation de certaines de ces fonctions, plutôt que d’autres, par le contexte social, politique, économique, international – mais ce n’est pas le lieu ici.

Ce que je dirais à un immigrant. Par Boucar Diouf, Sénégalais devenu Québécois en 1991.

LA PRESSE, https://www.lapresse.ca/debats/nos-collaborateurs/boucar-diouf/201402/21/01-4741330-ce-que-je-dirais-a-un-immigrant.php

Publié le 22 février 2014 

Ce que je dirais à un immigrant        EXTRAITS

BOUCAR DIOUF      L’auteur est humoriste, conteur, biologiste et animateur. 

Avant de partir du Sénégal pour le Québec, en 1991, on m’avait parlé de choc culturel, de température, de liberté, d’ouverture, d’humour et de bien d’autres aspects de l’identité et de la culture des gens d’ici. Mais personne ne m’a informé de cette singulière relation que la majorité des Québécois entretiennent avec la religion. Pourtant, à mon avis, il est plus qu’important de mentionner aux gens qui veulent venir ici que s’expatrier au Québec n’est pas la même chose que de s’installer dans le reste du Canada. Le Québec a un rapport avec la religion, et l’égalité des sexes, que même l’Ouest du pays peine à comprendre. (…)

L’extrémisme religieux ne peut en aucun cas s’amalgamer avec la culture québécoise francophone. En fait, si je devais entretenir un candidat à l’immigration sur le sujet, je lui dirais ceci:

«Monsieur, avant de partir, vous devez savoir que depuis la désertion massive des églises, provoquée par la Révolution tranquille, les Québécois ont majoritairement un rapport particulier avec la religion. Le Québec afficherait peut-être même le plus haut taux de citoyens agnostiques en Amérique du Nord. Si bien qu’aujourd’hui, ce sont des missionnaires du Sud, principalement de l’Amérique latine et de l’Afrique, qui tentent timidement de rallumer la foi dans certaines contrées de la belle province.

«Autrefois très pieuse, cette nation est devenue le territoire des plus grands blasphémateurs de la galaxie. Ici, non content d’avoir transformé des églises en condos, on a aussi recyclé les accessoires liturgiques en autant de jurons et sacres qui rythment le langage populaire (…)

«Vous vous préparez à aller dans la nation la plus ouverte et pacifique de l’Amérique du Nord. Vous allez dans la nation où les femmes sont parmi les plus affirmées et égalitaristes du monde occidental; où la simple évocation de la droite religieuse provoque une crise générale d’urticaire; où le droit à l’avortement est un acquis non négociable; où les hommes ont droit à des congés de paternité; où le mariage n’est plus une institution sacrée et un couple sur deux divorce quand ça ne marche plus; où les adolescents, à la puberté, sont autorisés à s’embrasser et à se fréquenter; où gais et lesbiennes manifestent ostensiblement leur identité et ont le droit de se marier; où changer de sexe pour retrouver son homéostasie existentielle est aussi bien accepté.

«C’est toutes ces qualités qui font aussi du Québec, sans être parfait, une terre de liberté, d’ouverture et de tolérance, pour celui qui accepte de s’ouvrir. Si je vous raconte tout ça, c’est que certains de ces acquis sociaux très progressistes, qui cimentent fièrement notre identité collective, sont incompatibles avec une lecture rigoriste des dogmes religieux. Ce qui pourrait amener des extrémistes à nous regarder comme des représentants de Satan sur terre.

(…)

Oui, Fatima Houda-Pepin, vous avez raison de penser que les intégristes sont les véritables ennemis de la laïcité! Je rajouterai qu’ils sont aussi les ennemis de la grande majorité de croyants, à qui ils font beaucoup de tort par ricochet.