Petite incursion dans la pensée de l’historien Marcel Trudel

Marcel Trudel, remarquable historien du Québec, est décédé le 11 janvier 2011 ; il avait vu le jour en 1917, en Mauricie. Il a enseigné à l’Université Laval de Québec et à l’Université d’Ottawa. Ses ouvrages sont nombreux : Mémoires d’un autre siècle (autobiographie) ; L’influence de Voltaire au Canada (thèse de doctorat) ; Deux siècles d’esclavage au Québec ; Le Régine seigneurial ; Initiation à la Nouvelle-France – Histoire et institutions Mythes et réalités dans l’histoire du Québec ; Le Terrier du Saint-Laurent en 1663 ; etc.

CITATIONS DE MARCEL TRUDEL

Cartier est au point de départ de l’occupation française des trois quarts d’un continent.

Champlain n’est pas venu pour cultiver des carottes dont la France, à l’agriculture très riche, n’a pas besoin. Ce qu’on cherche, en Amérique, ce sont des ressources en mines, en fourrures, en pêcheries, et une voie maritime directe pour commercer avec l’Asie.

C’est au régime seigneurial que la Nouvelle-France doit d’avoir été peuplée et colonisée; c’est lui qui en a fait toute la force. [] [Il] assura la survivance des 65 000 conquis. Isolés dans les seigneuries où les colons anglais ne voulaient pas s’établir, Le Canadiens ne purent pas être assimilés. On ne reconnaîtra jamais suffisamment les services que ce système de tenure des terres a rendus à la nationalité canadienne-française.

[] ce qui marque tout le régime français, c’est la pénurie d’hommes; certes, le régime seigneurial existait pour en faire venir, mais il était illusoire de penser que le régime seigneurial seul pouvait les faire venir : ce qui attire l’immigration, c’est le besoin de main-d’œuvre; or, en Nouvelle-France, le commerce ne demande qu’une main-d’œuvre restreinte; l’agriculture, n’ayant pas de débouchés extérieurs, continue de se pratiquer sur une toute petite échelle; la grande industrie qui aurait pu attirer beaucoup de monde, est prohibée.

[La Nouvelle-France n’est] pas aussi éloignée qu’elle y paraît… À bien des égards, elle s’est prolongée jusqu’aux années 1960. – (« De même, en 2003, dans La Nouvelle-France par les textes: les cadres de vie, il signale que cette Nouvelle-France n’est «pas aussi éloignée qu’elle y paraît… À bien des égards, elle s’est prolongée jusqu’aux années 1960». Il relève notamment les traces du régime seigneurial dans le paysage, le mode d’habitation, le rôle de la famille, les mesures de poids et de distance et l’importance de la religion, qu’il s’agisse des médailles ou du catéchisme inspiré de celui de monseigneur de Saint-Vallier. » Jacques Mathieu – Professeur émérite à l’Université Laval, Marcel Trudel, 1917-2011 – Les leçons du maître,dans Le Devoir, 13 janvier 201 

Devant cette Nouvelle-France du XVIIe siècle, je suis comme un spectateur qu’un mur sépare de la scène. Au travers de ce mur, grâce à quelques fissures, je puis voir des bribes de ce qui se passe. […] J’entends des voix, mais les mots n’ont pas de suite. Je voudrais poser des questions, mais ils ne m’entendent pas, ils ne savent même pas que je suis là, à tenter de faire leur connaissance. Et je prétendrais connaître cette société ?

En général, on pense que l’historien doit se dégager de tout parti politique et religieux pour essayer autant que possible de faire une histoire neutre, même si « neutre » est un terme un peu galvaudé. Les historiens, en général aujourd’hui, essaient de se montrer le plus objectifs possible. Mais tout le monde reconnaît qu’on n’y arrive pas de façon absolue. On a une certaine formation, on a vécu dans une certaine société. Par conséquent, on n’arrive pas à enlever tous les vêtements qu’on a été obligé de porter.

En histoire, on est toujours dans le doute.

DANS LA VINGTAINE, MARCEL TRUDEL A ÉCIT UN ROMAN : VÉZINE (1946), DANS LEQUEL ON LIT :

Ah! je vas dire comme on dit, un queuqu’un qui a jamais goûté au tabac, y en pâtit pas.

Ouais, vous autres, les femmes, vous voyez des tragédies partout. Quand je vas en voyage, t’as peur que je revienne entre quatre planches; quand je vas dans le bois, t’as peur que je me parde; pi tu penses toujours que la maison va passer au feu.

On n’élève pas des rongeurs dans une cage de bois.

LIENS:

http://www.marceltrudel.ca/index.html

http://agora.qc.ca/Documents/Mythe–Limaginaire_quebecois_revisite_par_Marcel_Trudel_par_Claude_Gagnon