Arabe et musulmane, elle présente ses excuses pour les sanglants attentats commis par des musulmans.

Courrier international, https://www.courrierinternational.com/article/attentats-moi-arabe-et-musulmane-je-presente-mes-excuses

Attentats. Moi, arabe et musulmane, je présente mes excuses.

SHAFFAF – PARIS

Publié le 10/11/2016 

En avril dernier, la journaliste et présentatrice saoudienne Nadine Al-Bdear implorait le pardon des victimes pour tous les massacres commis au nom de l’islam. Un texte publié dans notre hors-série Les libres penseurs de l’islam.

On m’a beaucoup reproché au Moyen-Orient d’avoir présenté mes excuses à l’humanité pour les sanglants attentats commis par des musulmans. []

Mes détracteurs, je vous connais. Vous vous dédouanez de tout reproche en invoquant tout ce qu’on peut reprocher à l’Occident. Vous justifiez vos turpitudes en pointant les turpitudes du monde civilisé. Par contre, l’égalité, la justice, la compassion qui y existent, vous ne les voyez pas. Vous n’y voyez que ce qui ne va pas, pour minimiser ce qui ne va pas chez vous-mêmes.

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Voici le texte de mon article “Moi, arabe et musulmane, les excuses que je présente au monde”. Ces excuses, je les ferai probablement encore. Cela m’enlève un poids, celui des cris de détresse de ceux qui ont été victimes de notre barbarie. J’ajoute des excuses particulières pour les larmes des Belges après qu’une trentaine de personnes sont mortes et des centaines ont été blessées [le 22 mars 2016]. []

Mille excuses aussi aux Afghans pour les attentats de Kaboul, pour le sort infligé aux femmes afghanes, pour les horreurs des années 1980. Des excuses sans bornes aux Pakistanais, pour l’attentat de Lahore [27 mars 2016] qui a fait au moins 70 morts et des centaines de blessés. C’est nous qui avons produit les talibans, et c’est nous qui refusons jusqu’à présent de renier cet héritage insidieux.

Des excuses aussi à chaque chrétien [d’Orient] qui a pris la décision d’émigrer. [] Mais ce sont des hommes et des femmes qui n’en peuvent plus de ne pas être respectés, d’avoir peur pour leurs enfants et de vivre dans un environnement qui n’a cure des humiliations qu’ils subissent.

Je veux que le monde sache que je ne suis pour rien dans notre manie de dénigrer les religions des autres”

[] Que je n’y suis pour rien dans les accusations adressées aux juifs et aux chrétiens et les théories selon lesquelles ils auraient falsifié la Bible. Je n’y suis pour rien dans la négation du bouddhisme, du zoroastrisme, de l’hindouisme, du confucianisme… ni dans notre manie de dénigrer les religions des autres et de décortiquer leurs dogmes, alors même que ceux qui s’en prennent à nos propres figures religieuses se font égorger.

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Celui qui tient la barre chez nous, c’est celui qui instille l’élixir de la mort et qui empoisonne les cervelles des jeunes hommes. Ils rêvent de céder à la tentation du péché et finissent par croire que la mort est le passage obligé pour un coït sans fin. Des peuples qui appellent à tuer leurs intellectuels, ce sont des peuples qui tuent le rêve.

Mes excuses au Moyen-Orient, que nous avons transformé en enfer. Nous en avons effacé le passé de milliers d’années d’empires, d’arts et de patrimoine. [] Je présente mes excuses pour la mort de centaines de fidèles à La Mecque en 1979. Je m’excuse pour les explosions dans un immeuble à Khobar, dans l’Est saoudien en 1996. Pour chaque chiite tué dans la mosquée de Qatif [en Arabie Saoudite]. Pour les morts dans l’explosion à l’ambassade américaine de Beyrouth en 1983. Pour avoir défiguré Bali [en 2002].

Pardon à l’Afrique, continent ravagé, pauvre et misérable. Pardon pour les morts du Cameroun, du Tchad, du Nigeria… Pardon pour la prise d’otages de 276 élèves nigérianes, mariées de force ou réduites à l’état d’esclaves sexuelles [par l’organisation islamiste Boko Haram en 2014]. Pardon pour celles qu’on oblige à porter le voile. Pas de place pour la féminité dans la grammaire terroriste. Pardon pour l’assassinat de centaines de personnes dans les attentats contre les ambassades de Nairobi, au Kenya, et de Dar es-Salaam, en Tanzanie, en 1998.

Pardon pour Paris, New York, Madrid, Stockholm, Londres…”

Pardon aux familles des 21 coptes assassinés en Libye [février 2015]. Pardon pour la mort de 20 fidèles lors de la prière dans l’attentat du Pakistan. Pardon à la France, pays des Lumières. Que Dieu ait en sa miséricorde les âmes de ces Français fauchés en novembre 2015. Pardon aux Américains. Nous n’avons pas compris votre culture, alors nous l’avons infiltrée pour faire près de 3 000 morts lors des attentats du 11 septembre 2001. Pardon pour la mort de 39 touristes sur une plage tunisienne [à Sousse en 2015]. Pardon pour la mort des dizaines de fidèles dans une mosquée du Koweït [juin 2015]. Pardon pour l’assassinat des bonnes sœurs au Yémen [5 mars 2016], dont le seul tort était de soigner des personnes âgées.

Pardon à la Russie, pays d’art et de littérature, dont nous avons fait exploser un avion [31 octobre 2015]. Pardon au théâtre de Moscou où a eu lieu l’attaque de terroristes tchétchènes en 2002. Pardon pour les centaines de morts à Madrid en 2004. Pour les attentats de Stockholm en 2010. Pour ceux de Londres en 2005, pour ceux de Bulgarie, du Caire, d’Istanbul…

Des excuses à tous les Libanais, à toutes les victimes des crispations confessionnelles depuis des dizaines d’années. Pardon, cher Occident. Nous avons tué vos photographes, vos journalistes, vos orientalistes. Faut-il prolonger la liste ? Je pense que j’ai dépassé le nombre de signes autorisés. Et je sais aussi que je n’arriverai pas à énumérer la totalité de nos massacres.

Le chemin du paradis est maculé de sang. []

Nadine Al-Bdear

  • SOURCE : SHAFFAF Paris http://www.metransparent.com – “Transparence” est un site d’information arabe créé en 2006. Il publie des articles reflétant un point de vue libéral et propose également des rubriques en anglais et en français.

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Ils tuent au nom de leur religion.

« Toutes les religions sont susceptibles d’être violentes dans un contexte national, régional ou local particulier », explique le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel. Aujourd’hui, les projecteurs sont braqués sur l’islam, en particulier sur les atrocités commises par des groupes terroristes comme Daech et Al-Qaïda. Pour autant, les autres religions ne sont pas en reste. En Israël, les juifs extrémistes qui colonisent les Territoires palestiniens pour reconstituer le « Grand Israël » biblique marquent clairement le conflit territorial israélo-palestinien du sceau religieux. Et même les traditions a priori les plus pacifistes peuvent faire preuve de violence, à l’instar de certains moines bouddhistes birmans qui s’attaquent à la minorité musulmane Rohingya. Depuis une trentaine d’années, l’Inde est également le théâtre de violents affrontements entre hindous et minorités religieuses. Chrétiens et musulmans y sont régulièrement la cible d’attaques, voire de lynchages. »

(Louise Gamichon, Ils tuent au nom de leur foi (dossier Le mal au nom de Dieu), Le Monde des religions, numéro 75, janvier-février 2016, p. 36, http://www.lemondedesreligions.fr/papier/2015/75/ils-tuent-au-nom-de-leur-foi-23-12-2015-5172_220.php)

Massacre de Haarlem (Pays-Bas), 1572 / Les troupes espagnoles catholiques massacrent des protestants.

« Dieu pleure, s’il voit ça »: la prière du vendredi endeuillée par l’attentat, dans les mosquées.

VENDREDI 9 JANVIER 2015

« Dieu pleure, s’il voit ça »: la prière du vendredi endeuillée par l’attentat – France 24.

 

« Dieu pleure, s’il voit ça »: dans une grande mosquée de Châteauroux, comme partout ailleurs en France, la prière du vendredi a été dominée par l’attentat contre Charlie Hebdo, et suivie d’un rassemblement dénonçant les auteurs du carnage.

Exil forcé, exilés et réfugiés. L’Instant du danger.

VIVRE ENSEMBLE, webzine _ http://www.cjf.qc.ca/fr/ve/numero_actuel.php

PLURALISME CULTUREL MIGRATION DIVERSITÉ RELIGIEUSE

HIVER 2013

RECENSION DE LIVRE L’instant du danger

PAR GREGORY BAUM, théologien et collaborateur du secteur Vivre ensemble

C’est un beau livre, infiniment triste, mais aussi source d’espoir. Les textes vous inquiètent, mais les photographies vous font sourire. L’auteur accuse l’humanité de cruauté, mais le photographe montre que les victimes restent capables d’aimer la vie.

L’INSTANT DU DANGER : RÉFLEXIONS D’UN PSYCHANALYSTE ET TÉMOIGNAGES SUR L’EXIL FORCÉ

Textes : Michel Peterson – Photographies : Charles-Henri Debeur

Montréal, les éditions du passage, 2012, 165 pages.

Michel Peterson est un psychanalyste montréalais. Depuis dix ans, il reçoit comme patients des demandeurs d’asile qui ont subi la persécution et la torture ou ont été témoins de massacres et de génocides. Il écoute leurs histoires, observe les blessures profondes dont ils souffrent et découvre les humiliations que beaucoup expérimentent dans les procédures légales menant à leur reconnaissance comme réfugiés par le gouvernement canadien. Par l’intermédiaire de ses patients, le psychanalyste découvre le monde souterrain des persécutions, des internements, de la torture et des meurtres organisés. Pour révéler au public les choses terribles que les humains font aux humains et pour exprimer son respect pour les victimes qui sont venus le voir, Michel Peterson décide de publier ce beau livre grand format. Il est l’auteur des textes, et Charles-Henri Debeur produit les photos.

Les textes de Peterson présentent des réflexions psychanalytiques et philosophiques sur les sujets qui touchent au sort de ces réfugiés. Il médite sur la violence organisée, la torture, la cruauté, le génocide, sur les exilés, les anonymes, les apatrides, la confusion des langues et les mensonges. Il cite des psychanalystes et des philosophes postmodernes comme Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Michel Foucault et Félix Guattari. Toutes ses réflexions révèlent le côté sombre de la vie en société, une réalité dont nous préférons nier l’existence.

Avec la permission de certains de ses clients, Peterson présente des résumés de leur biographie accompagnée par une petite photo. Le lecteur qui ne veut pas accepter la sombre évaluation de l’humanité trouve dans ces pages des exemples concrets de ce qu’expérimentent les hommes et les femmes avant de devenir réfugiés. Mais les exilés veulent vivre. Ils résistent à la déprime et sont capables de sourire. Les grandes photographies en couleur de Debeur montrent que ces réfugiés, hommes et femmes, seuls ou avec leur famille, gardent leur dignité et s’accrochent à un grain d’espoir. Ce sont ces photographies qui protègent le lecteur de la dépression et rendent ce livre si beau. L’auteur et le photographe croient, tous les deux, que, caché dans l’humanité, malgré ses pratiques cruelles, il y a un mystère de vie qui continue à se manifester.

Les réfugiés mentionnés dans ce livre viennent tous de milieux religieux : chrétien, musulman ou bouddhiste. Mais l’auteur ne nous dit pas si ces exilés, après l’expérience de l’horreur, haïssent le Dieu auquel ils croyaient ou trouvent en lui la consolation. La seule allusion religieuse de l’auteur se résume à une remarque sur Jésus, persécuté, détesté, torturé et exécuté, le grand Exilé auquel croient les chrétiens.

Brûler pour ne pas s’éteindre. La désobéissance civile expliquée aux puissants.

 « La désobéissance civile, c’est le souffle de la démocratie. Il n’y a pas de régime démocratique sans capacité à refuser de se soumettre. » (Georges Bernanos)

À propos de la crise créée par le projet de hausse des frais de scolarité au Québec

Stéphane Baillargeon  Le Devoir 28 avril 2012 – Texte tiré de http://www.ledevoir.com/societe/education/348767/bruler-pour-ne-pas-s-eteindre

La grève, enfin, le boycottage, euh, la chienlit qui sévit depuis onze longues semaines déjà s’enlise aussi dans des débats sémantiques. Dénoncer, par exemple, est-ce exactement la même chose que condamner, désapprouver, critiquer ou proscrire ? Et combien de synonymes faut-il aligner pour convaincre de la sincérité dans l’interdit de la violence ?

Et la violence, au fond, qu’est-ce que c’est et qui la porte ? La racaille qui n’étudie peut-être pas mais en profite pour casser de la vitrine et de la police ? La cavalerie prête à charger ? Le ministre de la Sécurité publique qui menace de déposer des accusations contre le leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois ?

Les disputes convergent autour de la notion-clé de « désobéissance civile ». Tous les bords l’évoquent, y compris les médias. Les associations étudiantes plaident sa nécessité. Des élus politiques et bien des préposés au sens médiatique la condamnent ou la galvaudent. Ce concept est lui-même un champ de bataille.

« Il va falloir faire des compromis, il va falloir regarder la situation dans son ensemble, a déclaré le maire au journal télévisé de Radio-Canada, jeudi soir. Pas des compromis sur la sécurité. Pas des compromis sur la brutalité. Pas des compromis, par exemple, sur la désobéissance civile. C’est pas acceptable dans notre société. »

Transgression délibérée – 
Reprenons. On parle de quoi, au juste ? « La désobéissance civile est une transgression délibérée et consciente de la loi au nom d’une cause juste », répond Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de la revue de gauche catholique Relations, qui a récemment consacré un dossier complet au sujet (numéro 743, septembre 2010). « Cette forme de contestation surgit face à un statu quo, par exemple face à des négociations bloquées avec un pouvoir politique. »

Et la violence, alors ? Où commence-t-elle ? « Normalement, les gestes symboliques doivent rester pacifiques, poursuit M. Ravet. Mais on peut s’attaquer à des lieux et des choses, faire des sit-in, occuper des immeubles, manifester illégalement. En France, le mouvement altermondialiste de José Bové a fauché du blé OGM. Le sabotage est plus problématique. Je ne suis pas certain que lancer des briques dans le métro puisse être considéré comme de la désobéissance civile. On va dire : oui, mais les casseurs ! Ça, c’est inévitable, même dans un mouvement non violent. Les provocateurs, d’ailleurs parfois envoyés par la police, peuvent infiltrer le mouvement. Dans ce rapport de forces, les autorités cherchent à discréditer l’adversaire, y compris en utilisant les médias qui sont très attentifs au spectaculaire. Mais non violent, ça ne veut pas dire passif ou inoffensif. »

Le philosophe Christian Nadeau, professeur d’histoire des idées politiques et de philosophie morale à l’Université de Montréal, insiste lui aussi sur le fondement pacifique de cette forme moderne de contestation. « On peut évidemment discuter la hiérarchie des gestes de violence, dit-il à son tour. Il y a une différence entre taper sur une voiture de police et frapper quelqu’un. Un étudiant m’a déjà répliqué que j’adoptais ainsi une position “ bon chic bon rouge ”. En fait, la réponse à cette objection brillante, c’est que la désobéissance civile, par définition, ne peut pas être quelque chose de révolutionnaire [dit le philosophe et professeur Christian Nadeau]. »

Le paradoxe essentiel est là : au fond, cette critique en action ne veut pas renverser l’ordre établi, mais bien plutôt le refonder dans le respect de ses principes. « La désobéissance civile rappelle ce qu’est l’esprit des lois, dit le professeur Nadeau. C’est un moyen de stabiliser la société contre des éléments internes qui la déstabilisent. C’est la réaction quasi épidermique d’une société civile qui dénonce une situation en train d’affaiblir les institutions ou de les détourner de leurs sens, de la valeur du bien commun par exemple, pour des intérêts particuliers. »

 

Le désordre moins le pouvoir

Henry David Thoreau, mort il y a 150 ans, père du concept (il parlait en fait de « résistance au gouvernement »), aimait répéter qu’il est parfois plus nécessaire de « cultiver le respect du bien que le respect de la loi » ; quand elle est mal faite, évidemment. Thoreau, qui s’opposait au régime esclavagiste, à la guerre contre le Mexique, a contesté pacifiquement en ne payant pas ses impôts. Martin Luther King et les militants des droits civiques dans les États-Unis des années 1960 luttaient contre la discrimination érigée en système dans le parfait mépris des droits fondamentaux.

Le numéro «Pouvoir de la désobéissance civile de la revue Relations remonte l’histoire jusqu’à Jésus et étend les études de cas à travers le monde. « Il y a des leçons à tirer des expériences étrangères, note le rédacteur en chef Ravet. En Allemagne et en France, quand des casseurs viennent entacher une manifestation pacifique, les participants non violents s’assoient, se regroupent et attendent. Voilà un mouvement non violent massif dont les étudiants devraient s’inspirer. »

De Tolstoï à Gandhi, jusqu’au philosophe politique John Rawls, les penseurs de cette forme démocratique de contestation en font un dernier recours. Mieux : ils rendent le pouvoir injuste et borné responsable des effets négatifs de cette dérive.

« Il doit y avoir une légitimité, poursuit le professeur Nadeau. Les protestations des membres de Fathers for Justice n’ont rien à voir avec la désobéissance civile puisqu’elles remettent en cause l’ordre social légitime. Il doit y avoir une rationalité derrière les gestes et les fins doivent s’accorder aux moyens. La désobéissance, par définition, dit à celui qui prétend être le plus fort qu’il n’a pas le droit d’imposer sa volonté. La force ne peut jamais donner le droit. »

De même, le refus extrême mais pacifique ne peut s’exercer au nom d’intérêts corporatistes. On l’entend assez, surtout dans les éditoriaux et les chroniques : Gabriel Nadeau-Dubois serait un vieux jeune, syndicaliste à sa façon. « Quand on reproche aux étudiants de politiser le débat, les leaders ont raison de répliquer que la grève est étudiante, mais que la lutte est populaire, explique alors Christian Nadeau. Ils affirment que l’éducation est un bien social. La légitimité du mouvement se concentre là, dans la lutte contre une menace directe d’affaiblissement d’une institution fondamentale de la société. Il y a bien des slogans stupides dans cette lutte, mais un des plus forts répète : jamais un peuple instruit ne sera soumis. »

M. Ravet en propose un autre, sublime, emprunté à Bernanos : il faut beaucoup de gens indisciplinés pour faire un peuple libre. « La désobéissance civile, c’est le souffle de la démocratie, conclut-il. Il n’y a pas de régime démocratique sans capacité à refuser de se soumettre. »